vignette|Caricature de Tomás Padró paru dans la revue satirique espagnole La Flaca du 28 mars 1873, qui montre l’appui des républiques du monde (dont la France, les États-Unis et la Suisse) à la Première République espagnole, tandis que les monarchies et empires la rejettent. Le républicanisme est une idéologie politique centrée sur la citoyenneté dans un État organisé en république. Dans son acception politique, le républicanisme défend l'idée selon laquelle l'objectif d'un État et le sens de son existence, comme de ses décisions, doivent être le bien commun (en latin, : « la chose publique ») et non la prospérité de ses seuls dirigeants.

En tant que conception philosophique de la liberté, le républicanisme pense que cela se traduit par l'absence de la domination d'un monarque. L'être libre serait donc un individu qui ne serait ni dominé par un autre (Dominium) ni par l'État (Imperium) c'est-à-dire d'interférence par autrui..

Pour s'en assurer, le mieux est de ne pas confier l'exercice du pouvoir à une tête couronnée seule, mais à une assemblée représentant la population. La notion de souveraineté populaire découle donc en partie de cette idéologie, bien qu'elle ne lui est pas nécessairement attachée puisqu'une monarchie parlementaire peut être démocratique. Symboliquement, le concept vient faire contrepoids à celui de Royauté. Bien qu'administrativement, la personne publique qu'est l’État se suffit à elle-même, la monarchie lui confère une légitimité nécessaire au peuple pour en accepter l'autorité. De ce fait, soit les institutions démocratiques réduisent les pouvoirs du Roi jusqu'à lui donner un rôle purement figuratif (cas du Royaume-Uni, de la Belgique, des Pays-Bas...), soit elles remplacent le concept de Couronne par celui de Chose Publique, qui n'est plus la prérogative d'un monarque mais de tous les citoyens électeurs.vignette|redresse=1.5|L'Allégorie du Bon Gouvernement est une partie d'un ensemble de fresques par Ambrogio Lorenzetti.

Une alternative non démocratique se présente aussi sous la forme du césarisme, dans lequel la République est dirigée par un dictateur non élu, qui agit unilatéralement dans l'intérêt de son peuple en tant que despote éclairé. Bien qu'assez similaire à la monarchie dans ce cas de figure, la différence entre roi et président dictateur réside surtout dans la transmission non systématiquement héréditaire du pouvoir et le soutien nécessaire de l'opinion publique, qui demeure au fondement de la légitimité du souverain.

La notion de « république » remonte à l'Antiquité grecque et romaine, et l'idéologie républicaine moderne a pris des formes légèrement différentes selon qu'elle a été développée aux États-Unis, en France ou en Irlande Philip Pettit, "The Tree of Liberty: Republicanism, American, French and Irish", Field Day Review, Vol. 1, .. À l'époque moderne, le républicanisme s'oppose à d'autres idéologies politiques telles que le monarchisme, l'autoritarisme et le despotisme.

Histoire du républicanisme Républicanisme classique

vignette|Sculpture d'Aristote.

Déjà dans le monde antique, les philosophes et historiens développaient les concepts que nous allions de nos jours connaître sous le terme de républicanisme. Que ce soit l'importance portée sur les vertus civiques, la constitution mixte. Ce sont des idées déjà présentes chez Platon (la vertu civique est un thème important de La République), Aristote et Polybe.

Le concept grec de politeia fait référence au concept latin de res publica, la chose publique.

La tradition classique du républicanisme donne une importance fondamentale à l'idée d'autonomie. Pour eux, le citoyen, c'est-à-dire l'homme libre, devait être autonome. La liberté est conçue comme étant le fait de l'indépendance de l'individu face aux autres et aux nécessités du monde. Cette indépendance se traduit, sur le plan de la propriété, par une distance avec le monde matériel. Les classiques n'avaient avec les biens matériels qu'un rapport instrumental et utilitaire, mais nécessaire. L'individu doit se vêtir, se nourrir et se loger, mais ce ne sont pas des activités qui donnent sens à l'existence. C'est pour cette raisons qu'ils rejetaient l'activité commerciale tout comme le travail comme étant des activités indigne d'un homme réellement libre..

Le républicanisme classique donne aussi une grande importance à la vertu. Les républicains classiques tels que Cicéron et Aristote considéraient que la propriété était une condition nécessaire à la vertu, car quiconque devait travailler de ses mains pour gagner sa vie n'était pas en condition de pouvoir développer la vertu. Celle-ci ne pouvait s'acquérir en réalisant la vraie nature de l'homme, c'est-à-dire en s'impliquant politiquement dans la cité. Cicéron affirmait même que le travail manuel avait un potentiel corrupteur et pouvait, par habitude, vicier le caractère de l'individu.

Républicanisme de la renaissance et moderne

vignette|Portrait de Jean-Jacques Rousseau.

Dans sa version française, développée en particulier sous la plume de Jean-Jacques Rousseau et de son concept de la volonté générale, le républicanisme défend le principe de souveraineté populaire et de participation populaire en vue de l'intérêt général. Au , il s'oppose à la souveraineté absolue, puis, après la tentative d'évasion de Louis XVI arrêté à Varennes, il s'oppose directement à la monarchie. Il perdra de la vitesse au début du avec l'entrée dans l'industrialisation où on estimera que les contraintes « éthiques » du républicanisme ne sont plus d'actualité avec la recherche accrue du profit. Cependant, au milieu du , il intègre une perspective individualiste, c'est-à-dire qu'il présume que les individus recherchent leur bonheur plutôt que la participation politique pour elle-même, et se renouvelle de façon à trouver pleinement sa place dans la pensée politique moderne et contemporaineJean-Fabien Spitz, Le Moment républicain.

Le républicanisme aujourd'hui vignette|Portrait de Nicolas Machiavel.

Par conséquent, outre les penseurs historiques reconnus comme appartenant au républicanisme : Machiavel (Discours sur la Première Décade de Tite Live), Harrington (Oceana) ou les penseurs de la Révolution française, actuellement l'Irlandais Philip Pettit, l'Anglais Quentin Skinner, les italiens Maurizio Viroli, Sauro Mattarelli ou les Français Jean-Fabien Spitz et Patrick Savidan appartiennent à ce courant. Le républicanisme contemporain peut prendre des voies relativement diverses. Ces diverses voies sont incarnées par Hannah Arendt, Michael Sandel, Charles Taylor, Iseult Honohan, Philip Pettit, John Maynor, entre autres.

L'histoire du républicanisme a été profondément révisée depuis les années 1970 et les travaux de J. G. A. Pocock et Quentin Skinner, qui en retracent le parcours depuis l'Antiquité jusqu'au , en passant par l'Italie de la Renaissance et l'Angleterre du . En 2007, Paul Baquiast et Emmanuel Dupuy, appuyés sur une équipe internationale d'une trentaine d'universitaires et d'acteurs engagés, ont établi une photographie de l'idée républicaine en Europe et dans le monde -La république universelle, 2 volumes (Sous la direction de Paul Baquiast et Emmanuel Dupuy), L'Harmattan, 2007

Néorépublicanisme On appelle néorépublicanisme l'ensemble des formes de républicanisme qui est né vers la fin du sous l'impulsion, notamment, du philosophe américain d'origine irlandaise Philip Pettit. Le néo-républicanisme est le nom donné au courant en philosophie politique issu des efforts de relecture, dans les années 1990, de l'histoire et des concepts du républicanisme pour les appliquer à des enjeux contemporains. Inspiré par des travaux d'historiens comme J. G. A. Pocock, Skinner sur l'histoire du républicanisme (parfois appelé l'école de Cambridge). Inspiré par ces travaux, des chercheurs comme Michael Sandel (qui a plus tard pris ses distances du républicanisme pour se tourner vers le communautarisme.), Philip Pettit, Cass Sunstein, Frank Lovett. ont développé une conception de la liberté comme non-domination. Pour réaliser cette non-domination, il serait nécessaire d'instaurer un gouvernement du peuple par le peuple structuré par des mécanismes permettant aux individus de contester les décisions s'appliquant à eux..

Les diverses formes du républicanisme vignette|Portrait de Thomas Paine.

Le néo-républicanisme a participé à l'émergence de plusieurs théories cherchant à fonder des alternatives post-socialistes aux critiques de la société de marché par la gauche. Dans la lignée rawlsienne, de nombreux philosophes ont développé des théories républicaines de l'économie visant à défaire l'individu de la domination issue de causes économiques.. D'autres défendent l'idée que les principes fondamentaux du républicanisme mènent nécessairement à défendre le revenu de base, notamment parce que l'autonomie économique est une condition de la liberté.. C'est une idée que le néo-républicanisme a reprise du républicanisme classique (notamment par Cicéron) et qui a été reprise tout au long de son histoire. Thomas Paine, un personnage important de l'indépendance américaine a écrit un pamphlet défendant directement le principe du revenu de base Agrarian Justice. L'idée étant que la liberté n'est possible que si l'individu n'est pas dépendant des autres pour sa survie. Cette dépendance aurait tôt fait de soumettre l'individu à l'arbitraire d'un autre et ainsi d'aller à l'encontre de la conception de la liberté républicaine. C'est pourquoi, selon lui, il était nécessaire de donner à chaque individu un revenu de base pour qu'il puisse survivre. À ce titre, une allocation universelle, un revenu de base ou une autre forme de distribution inconditionnelle d'une part de la richesse générale est populaire chez les républicains.

Le néo-républicanisme de l'école de Cambridge a reçu plusieurs critiques, notamment concernant son élitisme. Le républicanisme de Pocock, Skinner et sa version raffinée par Pettit considère le gouvernement mixte et représentatif comme étant l'institution la plus cohérente avec le républicanisme. Or, des auteurs comme John McCormick ou Nadia Urbinati rejettent cette insistance sur des structures insensibles aux enjeux de classe et de pouvoir. Dans Machiavellian Democracy, John McCormick reprend la conception néo-républicaine de la liberté comme non-domination, mais propose des mécanismes sensibles aux disparités de pouvoir (notamment économique).. Toute une tradition républicaine s'est développée autour du projet de développer une théorie républicaine de l'économie..

Considérant que le républicanisme a pour valeur centrale l'autonomie des individus et des communautés, il a fortement influencé d'autres mouvements politiques, notamment le mouvement municipaliste..

Républicanisme commercial et républicanisme du travail Le républicanisme contemporain s'est rapidement transformé et a pris plusieurs chemins parfois opposés. Ce développement vient du fait que les auteurs de ce courant s'inspirent de la longue histoire républicaine et prennent certaines de ses idées pour les réinterpréter à la lumière du contexte contemporain.