Michel de Marolles, né à Genillé, en Touraine, le , et mort à Paris le , est un ecclésiastique, collectionneur d'art, traducteur, essayiste, mémorialiste, généalogiste et historien français. Abbé de Beaugerais à l'âge de dix ans, abbé de Villeloin de 1626 à 1674, il a été jusqu'en 1645 au service de la maison de Nevers, dont il s'est fait l'archiviste et l'historien.
Il a traduit du latin lOffice de la Semaine sainte, le Bréviaire romain, les Ancien et Nouveau Testaments, les historiens tardifs de l'Antiquité romaine et lHistoire des Francs de Grégoire de Tours. Mais il s'est attaché surtout à procurer à un public élargi des éditions bilingues et richement annotées des auteurs dramatiques (Térence, Plaute, Sénèque), et des poètes épiques, didactiques, satiriques et élégiaques (Stace, Lucain, Virgile, Ovide, Horace, Martial, Juvénal, Catulle, Tibulle, Properce, Pétrone). On lui doit, en particulier, la première traduction en langue vernaculaire du De rerum natura de Lucrèce, traduction dont Molière donna une imitation versifiée de certains fragments aujourd'hui disparue.
Il est connu en outre (et sans doute principalement) pour avoir constitué un fonds de quelque , dont la première partie fut achetée en 1667 par Colbert pour Louis XIV, acquisition considérée comme l'acte de naissance de l'actuel Cabinet des estampes de la Bibliothèque nationale de France.
Étranger à toute spéculation mystique ou théologique, l'abbé de Marolles était favorable à la réunion des confessions chrétiennes. Ouvert aux nouveautés scientifiques, il fréquentait les milieux du « libertinage érudit », auxquels appartiennent nombre de ses connaissances : Pierre Gassendi, François de La Mothe Le Vayer, Isaac La Peyrère, Samuel Sorbière, Jean de Launoy. Honni de ses pairs Chapelain et Ménage, qui méprisaient ses traductions, volontiers dénigré par la critique moderne, ce savant à la curiosité insatiable estimait Cyrano de Bergerac, avec lequel il s'était entretenu et dont il semble avoir apprécié l'œuvre à sa juste valeur.
Biographie
Famille, enfance et formation (1600-1622) La famille de Marolles possède à Genillé un château homonyme où est né Michel de Marolles le fils de Claude II de Marolles (†1633) et d'Agathe de Chatillon (†1630). Son précepteur est un jeune prêtre, Jean Imbert. Troisième fils de Claude de Marolles, il est destiné à la carrière ecclésiastique. Le , Henri IV, en souvenir des services rendus par son père, octroie à Michel de Marolles les abbayes de Saint-Aubin des Bois et de Landévennec en Bretagne. Ces bénéfices n'étant pas vacants, il se voit confier l'abbaye de Beaugerais, de l'ordre de Cîteaux, sur la paroisse de Loché après la démission de Georges de Sorbiers, seigneur des Pruneaux.
Tonsuré en mars 1610 par l'archevêque de Tours, François de La Guesle, et la confirmation par le pape Paul V en juillet de la même année de la possession de l'abbaye de Beaugerais. Il fréquente les chartreux du monastère voisin au Liget.
En octobre 1611, il est envoyé à Paris pour étudier au collège jésuite de Clermont (actuel lycée Louis-le-Grand). Puis, après l'interdiction d'enseigner aux membres de la compagnie de Jésus, il est placé au collège de la Marche, où il passe quatre années.
Au service de la maison de Nevers (1622-1645) Il fréquente à cette époque les grandes familles comme celle du duc de Nevers. Son père a quitté sa compagnie des Cent-Suisses et était passé au service de la maison de Nevers, en qualité de gouverneur du jeune duc de Rethel. Michel de Marolles a été alors introduit à l'hôtel de Nevers. Il y a été accueilli par Louise-Marie de Gonzague, fille de Charles de Gonzague, duc de Nevers, avant qu'elle devienne reine de Pologne, en 1646, traduisant pour elle des comédies de Plaute et des tragédies de Sénèque et l'accompagnant dans ses voyages.
En 1623, Michel de Marolles, fait paraître son premier ouvrage, une traduction de La Pharsale de Lucain qu'il dédie au roi Louis XIII et qui lui fut présenté par le Cardinal François de La Rochefoucauld. En 1624, il livre une traduction de l'''Office de la Semaine sainte. À la demande du pape, il publie la même année les Constitutions de l'ordre de la congrégation de la Vierge.
Pressenti pour devenir évêque de Limoges, Michel de Marolles reçoit l'abbaye de Villeloin, en Touraine à quelques kilomètres du domaine familial, par brevet royal du et par bulle du pape Urbain VIII du . Il en prend possession le . L'abbaye comprend alors quatorze religieux dont onze prêtres et trois novices. Le il reçoit les ordres des mains d'Étienne de Puget, évêque de Dordonie, suffragant de Metz, au nom de l'archevêque de Paris, le des mains de Bertrand d'Eschaud, archevêque de Tours, et le de l'archevêque de Paris, Jean-François de Gondi. Il conserve cette charge abbatiale jusqu'en 1674, année où il démissionne en faveur de Gilles Brunet, jusqu'alors prieur de Villeloin..
À partir de 1633, il commence ses travaux de recherche en vue de composer une généalogie des maisons nobles de la province, qui le conduisent à séjourner à Paris. Il songe aussi à un ouvrage sur une histoire de la Touraine. À son Histoire romaine, parue en 1630, succèdent en 1644 Les Tragédies de Sénèque, les Psaumes et cantiques mis en français et traité de saint Athanase sur les psaumes. En 1649 paraissent Les œuvres de Virgile dédiées au roi, version qui lui vaut les éloges de nombreux esprits cultivés en Europe, et Le Nouveau Testament avec une préface et chronologie. En 1650, paraît Les six livres de Lucrèce, de la nature des choses… Au total son œuvre comprend plus de quarante ouvrages dont le plus célèbre sans doute reste les Mémoires de Michel de Marolles (Paris, 1656).
Une longue et studieuse retraite (1645-1681) À sa mort, il laisse de très nombreux manuscrits, fruits de son étonnante production littéraire. Sa collection d'estampes, réunie sur plus de quarante années, est achetée en 1668 par Colbert au nom du roi et déposée au Cabinet des estampes de la Bibliothèque royale. Selon le chanoine Bosseboeuf, elle compte pièces de plus de maîtres en 400 volumes. Une seconde collection servit de base à un inventaire publié en 1672 sous le titre de Catalogue des livres d'Estampes ; elle fut dispersée à la mort de Marolles.
Arrivé à Paris au printemps de 1681, l'abbé est frappé par la maladie. Il meurt le . Ses obsèques ont lieu, le surlendemain, à l'église Saint-Sulpice et ses restes sont inhumés à côté du chœur entre deux chapelles. Le Journal des savants du consacrera un article de trois pages (138-140) à cette disparition, soulignant que « s'il [Marolles] n'a pas donné la dernière main à ses ouvrages, nous lui avons du moins cette obligation qu'il a frayé le chemin à plusieurs traducteurs qui sont venus après lui et qui peut-être ne lui ont pas rendu toute la justice qui lui était due. Car il est constant que c'était un homme d'une très grande érudition et qu'il y avait beaucoup à profiter de son entretien ».
Les matériaux réunis pour une Histoire de Touraine, avec l'aide d'André Du Chesne en plus de huit volumes, n'ont jamais été retrouvés.
La collection d'estampes Marolles accumule dans un premier temps estampes — sans compter plusieurs milliers de dessins —, dont il produit en 1666 le Catalogue de livres d'estampes et de figures en taille-douce, publié à Paris, chez Frédéric Léonard. Dans sa préface, il expose la joie qu'il avait eue à réunir cette collection, les estampes étant . En 1667, Marolles vend sa collection au roi, transaction négociée par Colbert et exceptionnellement avantageuse, puisqu'il ne reçut que livres.
Collectionneur dans l'âme, il commence aussitôt une seconde collection, qui atteint en peu d'années l'importance de la première et dont il publie le Catalogue des livres d'estampes et de figures en taille-douce comprenant les recueils depuis ceux qui furent mis en la Bibliothèque du Roy (Paris, chez Jacques Langlois, 1672, in-12). Il espérait peut-être écrire une histoire de la gravure, projet qu'il ne put mener à bien. Cette deuxième collection, qui dans son esprit devait rejoindre celle du roi, fut dispersée après sa mort, en 1681Fonds Marolles, notice biographique du Comité Histoire, BnF..
Œuvres Traductions Les Œuvres de M. Année Lucain, ou l'Histoire des guerres civiles entre César et Pompée et des principaux combats qui se passerent en la sanglante journée de Pharsale, mises en prose par M. de Marolles, 1623 ; rééditions 1647, 1649, 1655, sous le titre Les Œuvres de Lucain. Contenant l'histoire des guerres civiles entre Cesar et Pompée. Avec le Poëme de Pétrone, du changement de la République, & le Panegyrique de Lucain à Pison, consultable sur Google Livres. Histoire romaine [de Nicolas Coeffeteau], continuée depuis le commencement de l'empire de Dioclétian et de Maximian jusques à celuy de Valentinian et de Valens, avec les épitomés de Messala Corvinus, Aurelius Victor, Sextus Rufus, et autres, 1630, consultable sur Google Livres. Livres des Pseaumes et des Cantiques, tirez tant de l'Ancien que du Nouveau Testament, nouvellement mis en François, selon les veritez des langues originales de la saincte Bible, 1644, consultable sur Google Livres ; 1666 (), consultable sur Google Livres. L'Office de la semaine saincte et de toute la quinzaine de Pasques, selon le missel & breviaire romain, en latin et en françois, 1645 ; 1651, consultable sur Google Livres ; 1673, consultable sur Google Livres. Les Œuvres de Virgile, traduites en prose, enrichies de tables, remarques, commentaires, éloges et vie de l'autheur, avec une explication géographique du voyage d'Énée et de l'ancienne Italie et un Abrégé de l'histoire, contenant ce qui s'est passé de plus mémorable depuis l'embrazement de Troye jusques à l'empire d'Auguste, pour l'intelligence du poëte, 1649, consultable sur Google Livres. Le Nouveau Testament de Nostre Seigneur Jésus-Christ, 1649, consultable sur Google Livres, 1653, consultable sur Google Livres, 1655 (édition bilingue latin-français), consultable sur Google Livres. Le Poëte Lucrece, latin et françois, 1650, consultable sur Google Livres ; seconde édition sous le titre Les Six livres de Lucrece de la nature des choses, 1659, consultable sur Google Livres. Les Œuvres d'Horace, en latin et françois, 2 vol., 1652-1653. Premiere partie, contenant Les Odes et les Épodes, consultable sur Google Livres ; seconde édition, 1660, première partie, consultable sur Google Livres, seconde partie, consultable sur Google Livres. Les Poésies de Catulle de Vérone, 1653, consultable sur Google Livres. Les Elégies de Tibulle chevalier romain. En quatre livres, 1653, consultable sur Google Livres. Les Œuvres de Properce, 1654, consultable sur Google Livres. Toutes les Épigrammes de Martial, en latin et en françois, 2 vol., 1655, consultable sur Google Livres : première partie ; seconde partie. Les Satires de Juvénal et de Perse, 1658, consultable sur Google Livres. Les Sylves et l'Achilléide de Stace, 1658, consultable sur Google Livres. La Thébaïde de Stace, 1658, consultable sur Google Livres : première partie; seconde partie. Les Comédies de Plaute, avec des remarques en latin et en françoys, 1658, consultable sur Gallica ; tome I, tome II, tome III, tome IV. Le Breviaire romain, 1659, consultable sur Google Livres. Les Six comedies de Terence en latin et en françois, 1659, consultable sur Google Livres. Les Livres d'Ovide de l'Art d'aimer et des Remedes d'amour, 1660, consultable sur Google Livres. Réédition : Les Bibliophiles de Montmartre, Paris, 1950. Les Fastes d'Ovide, 1660, consultable sur Google Livres. Le Livre d'Ovide contre Ibis, 1661, consultable sur Google Livres. Les Épistres héroïdes d'Ovide, 1661, consultable sur Google Livres. Les Tristes d'Ovide, de la Traduction de M. D. M. A. D. V., 1661, consultable sur Google Livres. Les Amours d'Ovide, d'une nouvelle Traduction, 1661, consultable sur Google Livres.