Le régiment d'artillerie à cheval de la Garde impériale est une unité d'artillerie montée intégrée à la Garde impériale de Napoléon . Bien que la formation en tant que régiment ne voie le jour qu'en , son origine remonte en avec une première formation à l'armée d'Italie.
Organisés initialement en trois escadrons, les artilleurs à cheval de la Garde prennent part à la campagne de Prusse et de Pologne, en particulier aux batailles d'Iéna, d'Eylau et de Friedland. Ils participent à la guerre d'Espagne en 1808, à la campagne d'Autriche en 1809 et à la campagne de Russie en 1812.
L'unité prend encore une part active à la campagne d'Allemagne en 1813 et à celle de France en 1814, avant d'être dissoute par ordonnance royale du et reversée dans les régiments de ligne.
Le régiment d'artillerie à cheval de la Garde est reformé en 1815 pendant les Cent-Jours et participe à la campagne de Belgique. Il est définitivement dissous après la seconde abdication de Napoléon et le retour des Bourbons.
Origines du régiment
thumb|upright=1.25|gauche|alt=Scène de bataille, avec des officiers à cheval et des artilleurs au premier plan, et un duel de mousqueterie entre fantassins au second.|Bataille de Marengo. Tableau de Louis-François Lejeune.
L'histoire des artilleurs à cheval de la Garde commence le lorsque Napoléon Bonaparte, alors à la tête de l'armée d'Italie, crée une section d'artillerie à cheval composée de 30 canonniers à partir de ses compagnies de guides d'escorte. Satisfait de cette organisation qui allie puissance de feu et mobilité, il réitère l'opération à l'armée d’Orient, formant cette fois une demi-compagnie de .
Après le coup d'État du 18 brumaire, Bonaparte crée la Garde des consuls, qui comprend notamment une compagnie d’artillerie à cheval. Celle-ci se distingue tout particulièrement aux batailles de Montebello et de Marengo. Les artilleurs à cheval sont portés à la taille d'un escadron après qu'une seconde compagnie a vu le jour le , incorporant les derniers guides-canonniers de l'armée d’Orient.
Le , la Garde impériale est constituée par décret impérial, intégrant l'escadron d'artillerie à cheval. Les critères de recrutement exigent des entrants de comptabiliser au moins six années de service et de ne pas être d'une taille inférieure à . Ce dernier prend part à la bataille d'Austerlitz le , où il appuie l'attaque de la cavalerie de la Garde avec réparties en deux batteries.
Organisation
vignette|alt=Portrait en pied d'un officier de l'armée napoléonienne.|Jean-Jacques Desvaux de Saint-Maurice, en uniforme d'officier de l'artillerie à cheval de la Garde.
Le régiment d'artillerie à cheval de la Garde est créé par décret impérial du . Il est organisé en trois escadrons, deux de vétérans et un de vélites, divisés chacun en deux compagnies de , pour un total théorique de 360 artilleurs. L'artillerie à cheval de la Garde subit de nombreux changements, dont le passage à de chaque compagnie, et est remaniée plusieurs fois, notamment en 1808 lorsque le de vélites est incorporé dans le régiment d'artillerie à pied de la Garde nouvellement créé, réduisant l'effectif à 320 artilleurs.
En , l'artillerie à cheval de la Garde aligne 24 bouches à feu.. L'effectif est remanié le pour atteindre par compagnie. Le , deux nouvelles compagnies sont créées, ce qui est entériné par décret impérial du suivant. À cette date, le régiment compte d'artillerie. En 1814, il s'ajoute au régiment une , constituée à partir de la Garde royale espagnole de Joseph Bonaparte, rentrée en France après la bataille de Vitoria.
À la suite de l'abdication de l'Empereur, l'artillerie de la Garde est dissoute par ordonnance royale du . Les artilleurs à cheval sont alors reversés dans les régiments de ligne.
L'artillerie à cheval de la Garde est reformée le pendant les Cent-Jours, avec quatre compagnies de six canons et huit obusiers chacune, avant d'être définitivement dissoute le . L'essentiel des hommes servent à constituer les nouveaux régiments d'artillerie de la Garde royale.
L'unité est cantonnée au château de Vincennes, près de Paris. Elle dispose de son propre chirurgien en la personne du chirurgien-major Therrin, promu officier de la Légion d'honneur le .
Campagnes militaires
Premières campagnes de l'Empire
vignette|gauche|upright=1.25|alt=Napoléon penché sur un canon, entouré de ses artilleurs au garde-à-vous.|Napoléon vérifiant le pointage d'un canon sur le champ de bataille. Autour de lui, les artilleurs à cheval de la Garde impériale se préparent à mettre le feu à l'étoupille. Illustration de Job.
Au moment de franchir le Rhin pour la campagne d'Allemagne en , les artilleurs à cheval de la Garde comptent 286 hommes. Sous les ordres du colonel Joseph Christophe Couin, ils sont présents à la bataille d'Austerlitz, le de la même année, avec un effectif de 298 soldats.
En 1806 et 1807, les artilleurs à cheval de la Garde participent à la campagne de Prusse et de Pologne. Lors de la bataille d'Iéna, ils soutiennent l'attaque du maréchal Ney contre les positions prussiennes. Ce dernier, très enthousiaste, se retrouve vite au milieu des lignes adverses, et le soutien de l'artillerie est décisif lorsque le général prussien Hohenlohe décide de contre-attaquer avec toute sa cavalerie.
L'artillerie à cheval s'illustre une nouvelle fois à la bataille d'Eylau en pilonnant les Russes, sous le commandement du général Lariboisière qui est à la tête de l'artillerie de la Garde impériale. Elle soutient, pendant toute la journée du , le centre de l'armée avec une batterie de de canon.
Les artilleurs à cheval participent aussi à la bataille de Friedland sous le commandement des généraux Lariboisière et Sénarmont. Alors que la cavalerie du général Latour-Maubourg se met au galop et repousse une charge russe, une batterie de de canon est rapidement déployée et inflige de lourdes pertes chez les Russes.
Guerre d'Espagne
vignette|droite|upright=1.25|alt=Un officier à cheval, au galop, fait signe au conducteur de l'attelage d'artillerie qui le suit de s'arrêter.|L'artillerie à cheval de la Garde impériale prenant position, par Alphonse Lalauze.
En 1808, Napoléon intervient personnellement en Espagne à la tête de la Grande Armée. Les artilleurs à cheval de la Garde concourent à la prise de Madrid le , où quatre de leurs officiers sont blessés. L'unité bivouaque à Chamartin, en périphérie de la capitale. Le lieutenant Bosc écrit à sa famille : .
Le , un convoi de deux pièces de l'artillerie à cheval de la Garde commandé par Bosc est pris à partie par les Espagnols et doit se replier, non sans avoir laissé sur le terrain trois tués et deux blessés.
Campagne d'Autriche
vignette|gauche|alt=Au premier plan, trois cavaliers de profil au galop, avec au fond des conducteurs d'artillerie se déployant dans un nuage de poussière. Sur les hauteurs, la silhouette de Napoléon se dessine.|L'artillerie à cheval de la Garde à Wagram, par Job.
Les deux régiments d'artillerie de la Garde (artilleurs à cheval et artilleurs à pied) sont réunis sous les ordres du général Lauriston pour participer à la campagne d'Autriche de 1809, notamment à la bataille de Wagram où l'artillerie joue un rôle décisif dans la victoire française.
Alors que les troupes du maréchal Masséna ont essuyé de lourdes pertes dans la matinée du et ont été contraintes de se replier, les Autrichiens décident de renforcer leurs ailes, ce qui affaiblit de facto leur centre. Napoléon décide alors de faire intervenir son artillerie au centre afin de préparer sa contre-offensive, et ordonne au général Lauriston d'y concentrer toutes ses batteries. L'artillerie de la Garde déploie quarante-huit pièces, dont vingt-quatre à cheval, et est rejointe peu après par l'artillerie de ligne pour un total de cent pièces sur un front de mètres. Ces efforts conjugués permettent d'ouvrir une brèche dans le centre autrichien et les troupes de Macdonald s'y engouffrent, coupant l'armée autrichienne en deux et forçant l'archiduc Charles à se replier en Moravie, avec une armée diminuée d'environ . L’artillerie française tire au cours de la bataille près de coups de canon et utilise environ de poudre.
Campagne de Russie
vignette|alt=Un soldat à cheval à gauche trinquant avec un fantassin.|Artilleur à cheval et vétéran, dessin de Lacoste.
L'artillerie à cheval de la Garde participe également à la campagne de Russie avec le de cavalerie du général Grouchy. Elle se distingue notamment aux batailles de la Moskova et de la Bérézina.
Le , le régiment assiste à l'attaque de Chevardino par le général Compans, à la tête de la du de Davout, qui résonne comme un air de fête pour le major Griois : .
Dans la nuit du 6 au , Griois avance ses pièces d'artillerie pour rejoindre le d'Eugène de Beauharnais sur le flanc gauche, en vue de la bataille qui se prépare. Il a beaucoup de mal à franchir . L'artillerie joue un rôle déterminant à la Moskova où pas moins de coups de canons sont tirés par les artilleurs français et alliés selon un bilan officiel dressé par le général Lariboisière, inspecteur général de l'artillerie de la Grande Armée. En se basant sur coups de canons russes, on obtient un chiffre de trois coups de canon par seconde pour les dix heures de bataille.
Campagnes d'Allemagne et de France
vignette|gauche|upright=1.25|alt=Napoléon donnant ses ordres aux servants d'un canon.|Napoléon donnant ses directives aux artilleurs à cheval de la Garde à la bataille de Montmirail.
Les artilleurs à cheval de la Garde prennent encore une part active à la campagne d'Allemagne en 1813 et à celle de France en 1814.
Le , ils participent à la bataille de Montmirail. Le colonel-major Griois décrit l'engagement de son régiment en ces mots : .
Ils prennent également part à la bataille de Montereau le Au cours de la bataille, Napoléon pointe lui-même une des pièces de l'artillerie à cheval de la Garde. Alors que plusieurs artilleurs sont tués à ses côtés et que son état-major l'implore de se retirer, l'Empereur répond : . Une autre version dit que, alors que Napoléon passait en revue les grenadiers de la Garde pendant la bataille d'Arcis-sur-Aube, un boulet roule devant lui. Poussant son cheval sur l'explosif, celui-ci éclate et Napoléon roule à terre. Se relevant indemne, c'est là qu'il aurait prononcé sa phrase passée à la postérité…. Vers du matin, l'artillerie à cheval se met en route pour Villeneuve-les-Bordes avec le reste de la Garde impériale, où Napoléon doit la rejoindre. Aux alentours de , après une charge de cavalerie des généraux Delort et Pajol, une pièce de gros calibre est installée et a le temps de tirer six coups sur les forces coalisées dans la plaine de Saint-Maurice avant que ces dernières soient hors de portée. Napoléon pointe lui-même l'une des pièces de deux batteries d'artillerie à cheval en direction de la route de Fossard.
Campagne de Belgique
vignette|alt=Des fantassins vêtus de rouge, à gauche, attaquent à la baïonnette un cavalier français démonté, que tentent de protéger ses camarades.|L'artillerie à cheval de la Garde impériale aux prises avec l'infanterie britannique à Waterloo. Aquarelle de Denis Dighton, 1819. Un officier est visible en avant-plan. Par erreur, l'auteur donne les cavaliers coiffés d'un colback à visière.
Dissoute sous la Restauration, l'artillerie à cheval de la Garde est reconstituée en 1815 lors des Cent-Jours. Durant cette période, elle combat lors de la campagne de Belgique à Ligny et Waterloo, sous le commandement des généraux Duchand de Sancey et Desvaux de Saint-Maurice, le second étant à la tête de toute l'artillerie de la Garde.