Dans la mythologie grecque, Ampélos (en , ) est un jeune satyre, éromène aimé de Dionysos. Sa mort donne naissance à la vigne et au vin.

Ovide au , puis Nonnos de Panopolis au présentent deux versions assez différentes du mythe. La figure d'Ampélos emprunte vraisemblablement plusieurs caractéristiques de mythes antérieurs, et occupe dans l'univers dionysiaque une place particulière, proche d'un syncrétisme entre la mythologie et le christianisme antique. Les représentations d'Ampélos dans la statuaire et la céramique antiques sont rares et relativement peu assurées. Elles deviennent un peu plus fréquentes à l'époque baroque.

Mythe Les connaissances sur la figure mythologique d'Ampélos reposent sur les écrits de deux auteurs : Ovide et Nonnos de Panopolis. A contrario, ni Apollodore, ni Diodore de Sicile ne citent Ampélos à propos de la découverte du vin par Dionysos.

Les Fastes d'Ovide gauche|vignette|Les Fastes d'Ovide, manuscrit de Julius Pomponius Laetus, , bibliothèque du Vatican Chez Ovide, Ampélos est le fils d'un satyre et d'une nymphe. Il est l'amant de Dionysos sur le mont Ismaros en Thrace, et après une mort accidentelle, le dieu l'élève au statut de constellation, III, 407–414..

La référence à l'étoile Epsilon Virginis, dont le nom latin Vindemitor ou Vindemiatrix signifie le vendangeur ou la vendangeuse, est probable.. Située dans l'actuelle constellation de la Vierge, cette étoile indiquait lors de son lever héliaque, à l’époque romaine et hellénistique, le début des vendanges..

Les Dionysiaques de Nonnos de Panopolis Chez Nonnos de Panopolis, Ampélos vit en Lydie. Il est tué par un taureau qu'il chevauchait, à l'instigation de la déesse Artémis. Atropos, l'une des Moires gardiennes du destin des mortels, le transforme en grappe de vigne, et Dionysos fait de son sang le vin, XI, 185 et suiv..

Le mythe d'Ampélos est développé dans les chants X à XII des Dionysiaques (en grec ancien ).

Chant X vignette|Dionysos/Bacchus et Ampélos, Giovanni Domenico Campiglia (1692–1768), gravure d'une statue romaine.|alt=Gravure représentant un homme nu debout, et un autre plus jeune accroupi et tourné vers lui. Dionysos atteint l'adolescence et vit en Lydie, entouré d'une cour de satyres. Il tombe amoureux de l'un d'entre eux, Ampélos. Sa passion pour le jeune homme est cependant attristée par la certitude que ce dernier mourra bientôt, comme cela arrive à tous les jeunes gens aimés des dieux. Dionysos et Ampélos s'exercent en rivalisant au cours de nombreuses épreuves sportives où le dieu laisse gagner le satyre.

Chant XI Dionysos organise un concours de natation et laisse gagner Ampélos. Ravi de son succès, Ampélos se travestit en bacchante au cours de la célébration qui suit. Dionysos prévient Ampélos de rester toujours près de lui, au cas où une divinité jalouse de leur amour tenterait de le tuer. Un présage apprend à Dionysos qu'Ampélos va mourir et devenir le premier plant de vigne. La déesse de l'illusion, Até, suscite la jalousie chez Ampélos en lui rappelant que les dieux offrent toujours à leurs aimés des présents exceptionnels, par exemple une monture extraordinaire, et elle lui suggère de s'approprier un taureau.

gauche|vignette|upright=1.5|, gravure attribuée à Jan Miel (1599–1664).|alt=Gravure en noir et blanc représentant un jeune homme tombant d'un taureau.

Dupé, Ampélos chevauche un taureau et irrite Séléné, la déesse de la Lune, en affirmant être un meilleur monteur de taureau qu'elle. Séléné envoie un taon piquer le taureau. Le taureau commence à ruer et Ampélos finit par tomber et se briser le crâne. Un satyre apprend à Dionysos la triste nouvelle. Dionysos apprête le corps pour les funérailles et prononce un long chant de deuil. Éros, le dieu primordial de l’Amour et de la puissance créatrice dans la mythologie grecque, essaie de le distraire en lui racontant l'histoire de Calamos et Carpos, deux jeunes hommes qui étaient amoureux l'un de l'autre. Au cours d'un concours de natation, Carpos se noie et Calamos, incapable de vivre sans lui, se suicide. Calamos devient les roseaux des rivières et Carpos le fruit de la terre.

Chant XII L'Automne demande quand la vigne apparaîtra sur Terre afin qu'elle devienne son attribut personnel. Dionysos est toujours en deuil. Ampélos est transformé en vigne et Dionysos fabrique pour la toute première fois du vin, en songeant à la façon dont Ampélos a échappé à la mort en se transformant.

Dionysos adopte le vin comme attribut personnel et s'affirme supérieur aux autres dieux, car aucun fruit n'est aussi beau ni ne procure tant de plaisir à l'humanité. Une seconde variante est donnée sur les origines du vin : la vigne poussait à l'insu de tous jusqu'à ce que Dionysos aperçoive un serpent en train de sucer le jus des grappes ; Dionysos et ses satyres fabriquent les premiers pressoirs, préparent le tout premier vin et organisent la toute première fête des vendanges, complètement ivres.

Études et interprétations mythologiques Le thème des amours d'un dieu, ou demi-dieu pour un jeune garçon, tout comme celui de la métamorphose d'un dieu, sont tout à fait communs, voire banals dans la mythologie grecque. Cependant le mythe d'Ampélos porte la marque de l'élaboration poétique de Nonnos de Panopolis, qui montre un goût pour les paradoxes et adopte une structure toute particulière pour son œuvre. Selon l'helléniste Vincent Giraudet, , car l'épopée ne suit pas une ligne claire, mais progresse dans l'agencement de thèmes récurrents, tels les luttes cosmiques, les métamorphoses et la vigne, qui lui donnent complexité et intensité..

Tradition et invention dans le mythe antique d'Ampélos L'helléniste Nicole Kröll remarque que si les mythes relatifs à l'invention du vin ont de longues traditions d'origines diverses, Nonnos crée cependant avec le destin d'Ampélos un mythe quasiment nouveau, un récit absent de la littérature antique, et qui s'affranchit de la tradition. Outre le texte d'Ovide, on ne connaît dans les textes antiques qu'une seule autre, très brève, mention d'Ampélos, dans le roman pseudo-clémentin. De plus, les représentations certaines d'Ampélos dans la sculpture et la céramique antique sont très rares. Ainsi, selon Kröll, si Nonnos de Panopolis s'appuie sur une tradition existante pour créer son récit, cette tradition reste, faute de sources, largement inconnue.

L'helléniste Robert Turcan estime que Les Bassariques de Sotérichos d'Oasis, poète épique contemporain de Nonnos de Panopolis, ont pu constituer une source d'inspiration pour ce dernier.

Dans son étude sur les Dionysiaques, Nicole Kröll reconnaît surtout la fonction symbolique du mythe d'Ampélos : si ce satyre, par sa mort et sa renaissance en vigne, renvoie bien à la métamorphose du raisin en vin, il symbolise plus généralement la victoire de la vie sur la mort, la renaissance de Zagreus en Dionysos, autant d'éléments constitutifs du culte dionysiaque :

L'écrivaine et helléniste Marguerite Yourcenar, qui mentionne le mythe d'Ampélos dans son anthologie poétique La Couronne et la Lyre, remarque ce paradoxe : Nonnos est un auteur imbu de rhétorique traditionnelle, et livre avec les Dionysiaques le ; et cependant, le poète innove en matière de prosodie, en favorisant une métrique fondée sur l'accent, métrique vouée à un développement constant dans les langues modernes..

Mythologie comparée vignette|Hylas et une nymphe, école française, .|alt=Tableau représentant un jeune homme et une nymphe nus, le jeune homme tentant de s'arracher à l'étreinte de la nymphe. Dans le poème de Nonnos, l'invention du vin est annoncée par plusieurs prédictions antérieures à l'épisode d'Ampélos. Dionysos-Zagreus, fils de Zeus et de Perséphone, a été tué par les Titans. Zeus se venge en ravageant la Terre par un incendie gigantesque, suivi d'un déluge qui noie le monde. Puis, .

Le motif de la transformation du jeune satyre en cep de vigne a pu être inspiré à Nonnos par des auteurs grecs plus anciens remontant à l'époque hellénistique comme Nicandre, grammairien et poète grec, du , ou Parthénios, poète élégiaque grec du .

Plusieurs indices invitent à rapprocher le mythe d'Ampélos et la légende d'Hylas, l'éromène d'Héraclès, dont la disparition entraîne la fin de la participation d'Héraclès à l'expédition des Argonautes. Les références de Nonnos aux Argonautiques d'Apollonios de Rhodes et à l’Idylle XIII de Théocrite nourrissent un riche jeu d'intertextualités. Nonnos revendique une filiation littéraire, mais s'approprie plutôt qu'il n'imite ses modèles. Le renversement est net : si la mort d'Hylas met fin à la participation d’Héraclès à l’expédition des Argonautes, au contraire celle d'Ampélos s'avère, grâce à sa métamorphose, bienfaitrice pour l'humanité.

Selon G. D'Ippolito, le mythe d'Ampélos se serait d'abord diffusé à partir d'un épisode central, celui de la compétition de natation entre Ampélos et Dionysos. Parmi la grande variété des pantomimes antiques une forme particulière de pantomime aquatique est fréquente à l'époque de Nonnos : elle représente, sur l'eau, des scènes de métamorphoses. Ce type de spectacle, également appelé mime de Thétis, est conçu comme une ; il est l'illustration, par les transformations successives de principes contraires, de la dynamique vitale. Il aurait ensuite été repris et travaillé par Nonnos pour aboutir au mythe exposé dans les Dionysiaques. Hélène Frangoulis estime, en étudiant le paradoxe de l'omniprésence de l’eau dans ce mythe de la découverte du vin, que .

En relevant plusieurs analogies littéraires, dont certaines ironiques, Hélène Frangoulis estime que dans l'Enlèvement d'Hélène de Collouthos, . Cette remarque renforce une probable parenté entre les mythes de Carpos et Calamos, d'Hylas et Héraclès, d'Ampélos et Dionysos..

Enfin, le terme grec ampélos est une origine étymologique probable pour le nom d'Embla : Ask et Embla (Askr ok Embla en vieux norrois) sont, dans la mythologie nordique, respectivement le premier homme et la première femme créés par les dieux. En revanche, il est difficile de distinguer la façon dont le mythe d'Ampélos aurait pu inspirer ce mythe nordique.

Mythe d'Ampélos et foi chrétienne L'idée d'un Dionysos rédempteur et l'association avec la foi chrétienne sont évoquées par plusieurs hellénistes qui ont avancé des analyses divergentes.

Charles-François Dupuis mentionne assez longuement. dans son Origine de tous les cultes, ou religion universelle, publié en 1795, le mythe d'Ampélos. L'ouvrage, cherche à démontrer l'existence d'une force universelle et naturelle commune à toutes les religions.

gauche|vignette|Jésus change l'eau en vin lors des Noces de Cana, vitrail de l'église Sainte-Marthe des Quatre-Chemins de Pantin.|alt=Vitrail représentant Jésus auréolé pointant son doigt vers des tonneaux, entouré d'une petite foule de personnages secondaires.

Paul Decharme rejette dès 1881 l'idée d'un Dionysos médiateur et purificateur des âmes : Ampélos est un génie .

Francis Vian indique que si Dionysos confère effectivement une certaine forme d'immortalité à ceux qu'il a aimés, le vin n'apporte au commun des mortels . Si l'on souhaite parler d'une , il faut reconnaître qu'elle est sinon épicurienne, au sens commun du terme, du moins bien profane.

De même, selon Hélène Frangoulis, . La consolation qu'apporte Dionysos aux hommes, avec le vin, est un salut profane et limité, celui de l'ivresse.

Marguerite Yourcenar reconnaît certes dans les Dionysiaques , mais la distingue nettement du christianisme contemporain, car . Si , ce naturalisme était inhérent aux mythes grecs anciens, même s'il s'est appauvri, et reste en tous cas étranger à ce qu'elle appelle le jeune dogmatisme chrétien.