vignette|Avancée soviétique du au : la poche de Courlande se situe en Lettonie. La poche de Courlande ou le chaudron de Courlande désigne l'encerclement par l'Armée rouge des forces de l'Axe dans la péninsule de Courlande, à l'ouest de la Lettonie, durant la dernière année de la Seconde Guerre mondiale.

Préambule Le , trois ans après le début de l', l'Armée rouge lance l' destinée à libérer entièrement de toute occupation militaire allemande la RSS de Biélorussie (Russie blancheL'historien militaire allemand Paul Carell parle d'opération « Russie blanche » (1968, ).) et à éliminer le groupe d'armées Centre.

Ainsi, le , son chef d'état-major Kurt Zeitzler, soutenu par les commandants sur le front, notamment Walter Model alors commandant sur le Front de l'Est, proteste contre le refus d'Hitler de retrait des troupes allemandes de Courlande, alors que l'Armée rouge n'a pas encore atteint la Baltique, protestation qui reste sans effet.

Après deux mois de combats et dans le cadre de la poursuite des offensives soviétiques de l'été 1944, les unités soviétiques enfoncent la ligne de front de plus de et détruisent un grand nombre de divisions du groupe d'armées Centre. Les troupes du de la Baltique atteignent les rivages de la mer Baltique le après le succès de l'offensive Siauliai qui permet de libérer Šiauliai, le , et Jelgava le . Cette offensive menace alors directement d'enfermement du groupe d'armées Nord dans les pays baltes. Cependant, un succès précaire allemand maintient cette menace éloignée pendant encore quelques semaines.

La Courlande dans la stratégie allemande Hitler réitère son opposition à ce retrait le , à l'occasion d'un échange avec Heinz Guderian, lors de la préparation de l'offensive des Ardennes. Par la suite, en notamment, Guderian évoque à de nombreuses reprises le retrait lors de conférences plus tardives dans le conflit, sans autre résultat que l'évacuation partielle de trois des divisions de la poche. L'évacuation de la totalité des unités maintenues dans la poche aurait permis la constitution d'une réserve opérationnelle en mesure de stopper les opérations menées par les Alliés contre le territoire du Reich proprement dit. Au mois de , peu de temps avant son limogeage, Guderian, conscient de la réalité de la situation militaire, tente une dernière fois d'obtenir, sans succès, l'évacuation de la poche.

Cependant, cette évacuation aurait généré de nombreux problèmes logistiques, totalement occultés par Guderian et son état-major : le retrait aurait été une opération rendue compliquée par la forte concentration d'unités soviétiques dans le secteur, par les possibilités d'attaques aériennes constantes et par les capacités de la à ce stade de la guerre. L'évacuation de la totalité des unités engagées en Courlande aurait mobilisé les moyens d'une flotte importante pendant .

La perspective de cette évacuation, ou plus simplement de vastes transferts d'unités par une encore en mesure de les opérer, constitue, lors de la planification par l'Armée rouge des opérations en Prusse-Occidentale, un facteur important appuyant fortement à partir de les arguments soviétiques en faveur de la conquête de Dantzig et Gotenhafen.

Hitler considère la péninsule de Courlande comme une base devant faciliter la reconquête des territoires perdus au cours de , reconquête qui pourrait être rendue possible par d'hypothétiques succès face aux Alliés occidentaux. Ainsi, à la suite du possible succès dans les Ardennes, une offensive lancée conjointement depuis la Vistule et la poche permettrait d'encercler les unités soviétiques en Pologne et dans les pays baltes. Enfin, influencé par Dönitz, Hitler souhaite conserver des points d'appui dans l'est de la Baltique afin de disposer d'une base d'essais pour la nouvelle génération de sous-marins promise par la marine. Cependant, le , Dönitz se ravise et affirme à Guderian que le contrôle des ports de la péninsule de Courlande n'est pas indispensable à la mise au point des nouveaux sous-marins, la mer comprise entre la péninsule du Jutland et le delta de la Vistule étant, selon lui, suffisante.

Unités engagées Initialement composées d'unités du groupe d'armées Nord, les unités déployées dans la poche sont placées sous le commandement de Ferdinand Schörner, relevé le par Heinrich von Vietinghoff, auparavant en poste en Italie. Ce dernier prend dès lors en charge des unités dépendant anciennement du groupe d'armées Nord regroupées sous l'appellation de groupe d'armées CourlandeLe groupe d'armées Nord correspondant dorénavant aux unités chargées de défendre la province de Prusse-Orientale..

Dans un périmètre de , sont confinés , soit allemandes, réparties en deux armées allemandes, soutenues par et de combat. En , le groupe d'armée compte .

À ces soldats s'ajoutent de nombreux collaborateurs baltes, réfugiés dans la poche.

Formation de la poche vignette|Les différentes avancées lors de l'offensive de la Baltique de l'automne 1944. L'encerclement est mené côté soviétique par le général Bagramian dans le cadre de l'offensive de la Baltique de l'automne 1944, lorsque, lors de l'offensive de Riga et de l'. Le , des unités de la soviétique atteignent la mer Baltique au nord de Palanga (Apskritis de Klaipėda en Lituanie). Ainsi, le groupe d'armées allemand Nord, composé des et , est coupé du centre du groupe d'armées.

Le même jour, quatre armées soviétiques (, , , ) tentent de prendre Riga. Cependant, la allemande oppose une résistance féroce et lance plusieurs des contre-offensives. La partie est de Riga est finalement prise par les Russes le et la partie ouest le .

La superficie de la poche de Courlande est de . La communication avec le reste de l'Allemagne s'effectue via les ports de Liepaja et de Ventspils. Les allemands ainsi encerclés sont répartis en deux armées. Le commandement général du groupement de Courlande est assuré par Carl Hilpert. Du point de vue du commandement allemand, la poche de Courlande est une tête de pont.

À partir du , la ligne de contact des troupes allemandes et soviétiques longe la ligne Tukums-Liepaja et mesure .

Isolées depuis le mois d'octobre du reste du Reich, les unités engagées en Courlande restent en contact avec le reste du Reich et leur ravitaillement constitue l'une des priorités de la Dönitz érige ce ravitaillement en objectif stratégique de la Kriegsmarine.. Ce ravitaillement s’opère, jusqu'au mois de , à partir des ports de Dantzig et Gotenhafen, pas encore contrôlés ou même directement menacés par l'Armée rouge. Les hommes stationnés dans la poche restent en contact avec leur famille restée dans le Reich en entretenant une correspondance qui parvient irrégulièrement à ses destinataires.

Le le groupe d'armées allemandes enfermé dans la poche est renommé groupe d'armées Courlande .

Batailles vignette|, état du front sur le théâtre d'opération européen lors de la Seconde Guerre mondiale.

On dénombre chez les Soviétiques cinq à six tentatives pour éliminer le groupe Courlande, qui ont toutes échoué.

La première tentative pour briser la ligne de défense allemande eut lieu du 16 au , juste après la formation du « chaudron » ( signifie « chaudron » en allemand), la prise de Riga et la destruction du grand pont de la Daugava, le . Vingt-neuf divisions soviétiques, appuyées par un corps blindé équipé de chars lourds Josef Staline et quatre brigades motorisées lancèrent l'offensive dans le cadre de la première bataille de Courlande, avec pour objectif d’attaquer Libau et Windau.

Le quartier général du commandement suprême soviétique ordonne aux et de liquider immédiatement le groupement de troupes allemandes du Courlande. La de choc, avançant sur la côte du golfe de Riga, agit avec plus de succès que les autres armées soviétiques. Le , elle traverse la rivière Lielupe et s'empare du village de Kemeri, mais le lendemain elle est arrêtée par les Allemands dans la périphérie de Tukums. En effet, des éléments des et d'infanterie, arrivés rapidement et soutenus sur place par des lance-fumée et des batteries antiaériennes, réussirent à repousser les attaques. Le reste des armées soviétiques ne peut alors pas avancer en raison de la résistance farouche des Allemands, qui lancent des contre-attaques.

Cependant, la contre-attaque du groupe d'armées Nord pour rejoindre les dernières unités de la Wehrmacht près de Memel se solda par un échec et de nombreuses pertes.

Hitler ordonna alors que la « » (forteresse de Courlande) soit tenue à tout prix et interdit au groupe d'armées, commandé par le colonel-général Ferdinand Schörner, de tenter de nouveau de percer en direction de la Prusse-Orientale.

La deuxième bataille de Courlande a lieu du 27 au . Les armées des deux fronts de la Baltique ont combattu sur la ligne Kemeri-Gardena-Letskava, au sud de Liepāja. Le , après un intense bombardement de l'artillerie soviétique, six armées combinées (60 divisions) et une armée de chars, appuyées par de tous calibres attaquèrent les positions allemandes.

Au cœur de la de Courlande, la de chars de la Garde lança environ 400 blindés et mena plusieurs percées dans les lignes allemandes. Les contre-attaques soviétiques n'eurent que des résultats limités, et la pluie battante suivie de routes boueuses ralentit l'avancée, permettant aux renforts allemands d'abattre de nombreux chars. Près de blindés soviétiques furent détruits, mais au prix de lourdes pertes côté allemand. Le d'armée perdit près de la moitié de ses effectifs, et un régiment de la brigade SS Panzergrenadier « Nederland » fut réduit à seulement 25 hommes. Fin , le groupe d’armées comptait et blessés, obligeant à dissoudre ou fusionner plusieurs unités, tout en ayant subi d'importantes pertes matérielles. Malgré cela, des assauts acharnés continuèrent sur Frauenburg jusqu'à ce que les pluies de fin novembre rendent les déplacements quasiment impossibles. Libau fut transformée en port fortifié, avec des provisions pour trois mois, et l'approvisionnement par mer devint vital, les rares avions de transport Ju 52 restant sans escorte de chasse.

Le , l'offensive marque une pause, faute de munitions, et la plupart du matériel est en panne.

En décembre, le gel s'installa, figeant le sol boueux et permettant de relancer les opérations offensives. Le à , la troisième tentative débute par un tir d'artillerie de , suivit d'un assaut des et de choc, de la de la Garde et de la 42e armée sur un front de . La se déroula à la jonction des 16e et 18e armées allemandes pour tenter de rompre l'encerclement et progresser vers Libau. Les 329e, 225e, 205e et 132e divisions d’infanterie allemandes tenaient le centre principal. Les contre-attaques de la 12e Panzerdivision et de la 227e division d'infanterie allemandes échouèrent, et la 132e division allemande dut abandonner ses positions. Avec , blessés ou disparus, l'offensive soviétique fut stoppée le 23 décembre 1944. Pendant Noël, les canons se turent deux jours, mais le 26 décembre, les Soviétiques reprirent leur avancée, d'abord au sud de Tukums, puis devant Libau. À Džūkste, les positions de la 19e division SS lettone et de la 227e division furent submergées, et des réserves improvisées rétablirent la situation le 27 décembre. Au début de 1945, environ étaient encore sous les ordres du groupe d’armées allemand. Le front s'étendait alors à quelque au sud de Libau, puis vers l'est, au sud de Durbe et Skrunda, passant par Frauenburg en direction de Tukums jusqu'au golfe de Riga. La , la d'infanterie, ainsi que les , et d'infanterie épuisées, ainsi que la SS lettone, furent regroupées et évacuées par Libau.Le , le colonel-général Schörner remit la direction du groupe d'armées au Colonel général Lothar Rendulic qui fut remplacé seulement dix jours plus tard par le colonel général Heinrich von Vietinghoff.Selon les Allemands, les troupes soviétiques de Courlande ont perdu jusqu'à et .