Félix Potin est une ancienne enseigne française de distribution créée par l'épicier Félix Potin au milieu du , et qui perdura jusqu'à la fin du Prisunic, Mammouth, Shopi... Ces 7 enseignes de supermarchés aujourd'hui disparues ont marqué leur époque.
Sous le Second Empire, son fondateur parvient à développer son commerce à Paris grâce à une conception novatrice du métier d'épicier ; commerçant, Potin possède également sa propre usine de transformation des produits bruts qu'il achète. Les héritiers de la marque poursuivent le développement et la transformation de l'enseigne jusqu'à sa cession après la Seconde Guerre mondiale. À partir des années 1980, confrontés à la concurrence des autres enseignes de la grande distribution, les magasins perdent en rentabilité ; l'enseigne disparaît en 1995.
Histoire du groupe Félix Potin Histoire chronologique du groupe Félix Potin
L'histoire du groupe Félix Potin peut se découper au fil du temps en cinq périodes distinctes : l'ère de la pose des fondations qui va de 1844 jusqu'au décès de Félix Potin en 1871 ; l'ère du développement qui va de 1871 jusqu'en 1924, Félix Potin est alors dirigé par la veuve de Félix Potin et ses enfants ; c'est la génération des héritiers de Félix Potin qui est aux commandes ; une période d'incertitudes s'installe de 1924 à 1945 lorsque la génération d'héritiers prend les commandes du groupe Félix Potin. La période est dominée par l'action de Jean Potin aux commandes du groupe jusqu'à son décès en 1945 ; une période de déclin s'amorce lorsque la génération d'héritiers de Félix Potin prend les commandes du groupe en 1945 puis cède le groupe Félix Potin par manque d'intérêt et d'implication personnelle ; de 1984 à 1995, on assiste à la mort annoncée d'un groupe qui périclite au fil des cessions.
La création (1844-1871) Les épiceries vignette|upright=1.3|droite|Tableau représentant la queue à la porte de l'épicerie Félix Potin du boulevard de Sébastopol pendant le siège de Paris en (œuvre d'Alfred Decaen et Jacques Guiaud, musée Carnavalet).
Félix Potin, né en 1820 à Arpajon, monte à Paris en 1836 où il est commis épicier pendant huit ans. Il s'installe à son compte en 1844 au numéro 28 de la rue Neuve-Coquenard dans l'actuel de Paris. Le choix de cet emplacement est judicieux : la rue est très commerçante et est située non loin des abattoirs de Montmartre. Après son mariage en 1845, il tient son épicerie avec son épouse. Son échoppe est à cette époque modeste et ressemble aux autres épiceries du quartier. Son gendre la décrira ainsi Philippe Camborde, « L'installation de Félix Potin à Paris », in Jacques Marseille (dir.), La Révolution commerciale en France : du Bon marché à l'hypermarché, Le Monde éd., Paris, 1997, p. 71-90
Félix Potin a une pratique novatrice du métier d'épicier : aux habitudes parfois malhonnêtes des épiciers de l'époque, il préfère le respect du client. A de fortes marges sur des produits vendus en faible nombre, il préfère vendre beaucoup à bon marché. Il affiche les prix, qui sont fixes, et la vente se fait au comptant. Il entend vendre , suivant en cela l'exemple de son ami et ancien patron Bonnerot, qui tenait une épicerie de détail au 6, rue du Rocher à Paris.
Pour attirer et fidéliser la clientèle, Potin vend certains produits de base (sucre, huile) à prix coûtant, faisant son bénéfice sur d'autres produits plus luxueux. Contrairement à son ancien patron, Félix Potin ne sacrifie pas le prix au détriment de la qualité. Pour pouvoir vendre à bas prix, il réduit les intermédiaires et cherche à se passer des grossistesJean-Michel Dumay, « Félix Potin réinvente l'épicerie », article paru dans Le Monde Magazine du 7 août 2010, p. 36-39..
En 1850 Félix Potin vend son épicerie de la rue Neuve-Coquenard pour reprendre celle de son ancien patron Bonnerot, rue du Rocher. Rapidement, il a une autre idée en vue : s'implanter sur un des boulevards que le préfet de la Seine, le baron Haussmann perce dans Paris.
C'est chose faite en 1860, année où Félix Potin ouvre une épicerie sur le nouveau boulevard de Sébastopol, au , à l'angle de la rue Réaumur. Le magasin du boulevard de Sébastopol se développe tandis que son beau-frère déménage à son tour pour ouvrir en 1864 une grande épicerie au 47, boulevard Malesherbes : ces deux magasins constituent la « maison Félix Potin ». À partir de 1870, la Maison Félix Potin propose à sa clientèle un service de livraison à domicilePhilippe Camborde, « Un innovateur nommé Félix Potin » publié par le mensuel L'Expansion en mai 1994.
Les usines et entrepôts En fin observateur de son temps, Félix Potin note le développement du chemin de fer au cours des années 1850-60. Ce développement lui permet de révolutionner le processus des achats de l'épicerie en allant s'approvisionner directement en province, chez les producteurs. Cette intégration verticale permet de court-circuiter les grossistes, d'éliminer les intermédiaires et d'en absorber les marges commerciales.
vignette|droite|Carte postale représentant l'usine de patisserie Félix Potin rue de l'Ourcq. Parallèlement au développement de ses magasins, Félix Potin bâtit sa propre fabrique dès 1861 rue de l'Ourcq à la Villette sur un terrain de . L'objectif est de transformer les produits qu'il reçoit directement de province. Dans son usine, Félix Potin produit du sucre en morceaux obtenu grâce à une casserie mécanique de pains de sucre, activité novatrice à une époque où l'on casse encore les pains de sucre à la main dans les épiceries. Cette nouveauté attire les concurrents, et peu à peu s'installe dans le quartier de la Villette un écosystème consacré au sucre avec des raffineurs, des concasseurs, des producteurs d'emballages, des confiseurs et des chocolatiers. Félix Potin fabrique également du chocolat, torréfie le café, distille des liqueurs, fabrique des conserves de légumes, produit des confitures, prépare moutarde et condiments : Félix Potin crée la première marque de distributeur. Son développement est servi par les changements intervenus au cours du Second Empire : développement du chemin de fer et des transports par voie d'eau, dont bénéficie l'implantation de sa fabrique à La Villette et le développement urbain de Paris avec la création de nouveaux boulevards où il installe ses commerces.
À l'usine de La Villette, une partie des ouvriers de Félix Potin est logée sur place. Pour les autres, la sortie s'effectue par le grand portail de l'usine en respectant un délai de quelques minutes : les hommes et les femmes ne sortent pas en même temps. Cet usage est justifié par la protection de la moralité et la sauvegarde des bonnes mœurs.
Les biens agricoles vignette|droite|Caves Félix Potin Épernay Afin d'intégrer encore plus verticalement la chaine de valeur, Félix Potin achète des terres agricoles à Miramont, en Lot-et-Garonne, qui produisent les pruneaux. Il achète également une propriété, le Château Malakoff à Épernay en Champagne où il produira son propre champagne pour ses magasins, ainsi qu'une centaine d'hectares de vignobles aux alentours de Montpellier. Paul Potin, le fils de Félix Potin, acquiert en 1884 des vignobles à Borj Cédria en Tunisie, domaine surnommé « Potinville » comprenant environ de terres agricoles et de vignobles. Les vignobles tunisiens de Paul Potin produisent en 1895. En 1920, la production quotidienne des usines Félix Potin atteint le chiffre impressionnant d'un million et demi de bouteilles de vin par jour.
La guerre de 1870 Lors du siège de Paris en 1870, il se distingue en refusant la spéculation sur les produits alimentaires, Félix Potin maintient des prix bas dans son magasin où il organise le rationnement et met de la nourriture ( de riz) à disposition des cantines nationales. Félix Potin va jusqu'à acheter Castor, un des éléphants du Jardin d'Acclimatation, qu'il débite en tranches dans ses épiceries. En , une étrange campagne de presse (relayée par des dizaines de journaux) le donne pour mort, supposément suicidé pour échapper au déshonneur d'avoir été dénoncé comme profiteur de la pénurie de nourriture. Il se voit contraint de publier une lettre ouverte clamant « Je ne suis pas mort ».
Le développement du groupe (1871-1924) Félix Potin meurt en juillet 1871, deux mois après la fin de la Commune de Paris. La Maison Félix Potin est alors la plus importante épicerie de Paris. Sa veuve prend les rênes de l'entreprise jusqu'à son décès en 1890. La marque commerciale « Félix Potin » est déposée en 1886. C'est durant cette période que la maison Félix Potin accueille Auguste Fauchon qui y fait son apprentissage dans les années 1880.
Ses trois fils (Paul [1847-1923], Félix [1853-1896] et Julien [1857-1927] Potin) ainsi que ses deux beaux-fils (Alfred Mézières [1850-1925] et Ansbert Labbé [1842-1920]) prennent en main la destinée de la Maison Félix Potin au décès de leur mère. Ils s'attellent notamment au développement de l'entreprise. Ils fondent pour cela en 1890 la société en nom collectif Félix Potin & Cie au capital de 15 millions de francs.
vignette|droite|Sortie des femmes de l'usine Félix Potin rue de l'Ourcq
Toujours dans les années 1880, Félix Potin développe ses ateliers dans le quartier de la Villette à partir de son implantation initiale de la rue de l'Ourcq. Le « Roi de la conserve » tel qu'est surnommé Félix Potin, emploie à l'époque (en majorité une population féminine non qualifiée). Peu à peu les ateliers Félix Potin grignotent le quartier. Le 123 rue de Flandres accueille de nombreux bâtiments, dont des vestiaires, un dépôt de bouteilles vides, mais surtout deux grandes remises pour les voitures d'expédition. Le service des expéditions de Félix Potin monopolise à la fin du 58 voitures à deux chevaux, 6 fourgons et 19 camions ou flèches.
Deux nouvelles usines sont ouvertes, une à Pantin (comprenant notamment un immense entrepôt) dès 1880, une autre à Saint-Denis, les effectifs des usines Félix Potin passent de en 1906 à en 1927. Ne limitant plus son offre aux seuls produits alimentaires, les épiceries deviennent . En 1893, la société Félix Potin installe une savonnerie à Pantin.
De nouveaux magasins sont ouverts : dans le Faubourg Saint-Antoine (1899), rue de Rennes (1904), alors que le magasin du Boulevard Sébastopol est reconstruit en 1910. En 1910, la Maison Félix Potin compte cinq succursales supplémentaires à Paris et en région parisienne, chaque magasin employant 300 à 400 commis. En région parisienne comme à Paris c'est la même recette qui est appliquée : implantation à un angle de rue, sur un boulevard à forte fréquentation, dans un immeuble grandiose. Il en va ainsi du magasin Félix Potin qui s'installe en 1910 au 159, avenue du Roule à Neuilly-sur-Seine (actuellement 159, avenue Achille Peretti). Immeuble surmonté d'un dôme, dû à l'architecte Lemaresquier, qui est également l'architecte à qui l'on doit la construction des immeubles du boulevard Malesherbes et du boulevard de Sébastopol à ParisJean-Philippe Camborde « L'évolution du modèle - Félix Potin » dans Les Cathédrales du commerce parisien - Grand Magasins et enseignes sous la direction de Béatrice de Andia, Action artistique de la Ville de Paris, 2006, p. 198.
Le 30 mars 1918, durant la première Guerre mondiale, un obus lancé par la Grosse Bertha explose sur l'usine Potin située rue de l'Ourcq Excelsior du 9 janvier 1919 : Carte et liste officielles des obus lancés par le canon monstre et numérotés suivant leur ordre et leur date de chute. vignette|Affiche publicitaire réalisée vers 1922 par l'illustrateur Joë Bridge. Elle met en scène le clown Chocolat au visage simiesque, dansant sur un fond de rayures (symbole de l'exclu) et battant le chocolat Félix Potin dans un bol. Cette affiche véhicule le stéréotype du nègre « battu et content ».