Slavoj Žižek Prononciation en slovène retranscrite selon la norme API., né le à Ljubljana en Slovénie, est un philosophe slovène hégélien influencé par la psychanalyse.

Formé en Slovénie et en France, il est chercheur en 2012 à l'Institut de sociologie de l'université de Ljubljana et est régulièrement invité dans des universités étrangères, particulièrement aux États-Unis (Columbia, Princeton, New School for Social Research, New York et Michigan).

Il est connu pour son utilisation des travaux de Jacques Lacan sous l'angle de la culture populaire ainsi que pour ses analyses de Hegel.

Personnalité des mouvements alternatifs slovènes, il s'est présenté en 1990 comme candidat du parti Démocratie libérale slovène (Liberalna Demokracija Slovenije, centre gauche) à la première élection présidentielle libre qui a précédé l'indépendance de son pays en 1991. Il parle couramment le serbo-croate, l'anglais, le français, l'allemand et le slovène. Biographie Issu d'une famille de la classe moyenne, Slavoj Žižek étudie la philosophie à l'université de Ljubljana et obtient une licence en 1971 (philosophie et sociologie), puis une maîtrise en 1975 (The Theoretical and Practical Relevance of French Structuralism). Mais, malgré quelques promesses, il n'obtient pas de poste à l'université, son mémoire étant alors considéré comme politiquement suspect.

De 1975 à 1977, il effectue son service national et gagne sa vie grâce à des traductions de l'allemand. En 1977, cependant, il devient employé au comité central du Parti communiste slovène, rédigeant des discours pour les dirigeants du Parti Slavoj Zizek - His Life sur le site Lacan.com, 2003.. Parallèlement, il participe à un cercle d'études lacaniennes. En 1979, il obtient un poste de chercheur à l'Institut de Sociologie de l'université de Ljubljana et soutient en 1981 un doctorat en lettres (philosophie). La même année, il fait son premier séjour à Paris ; il fait la connaissance de Jacques-Alain Miller, gendre de Jacques Lacan. Par la suite, Miller lui procure un poste d'enseignement à l'université Paris VIII où il soutient un doctorat de en 1986. Durant cette période, il côtoie aussi François Regnault.

En 1989, Žižek obtient une reconnaissance internationale lors de la parution en anglais de son premier livre, The Sublime Object of Ideology. Depuis lors, il n'a cessé de développer son statut d'intellectuel étranger et de non-conformiste. L'un des ouvrages les plus polémiques a été The Ticklish Subject (1999) qui prend position contre les déconstructionnistes, les partisans d'Heidegger et d'Habermas, et où l'auteur s'oppose également aux sciences cognitives, à une certaine tendance du féminisme et à ce qu'il décrit comme les nouveaux « obscurantistes ».

En 1990, il se présente comme candidat du parti Démocratie libérale slovène (Liberalna Demokracija Slovenije), nouveau nom de l'organisation de jeunesse de la Ligue des communistes de Slovénie (ZKS), à la première élection présidentielle libre qui précède l'indépendance de son pays en 1991. Il arrive en cinquième position, Dieter Nohlen & Stöver, P (2010) Elections in Europe: A data handbook, p. 1778 ..

Žižek est reconnu comme un conférencier qui ose affronter les controverses. Son documentaire en trois parties Le Guide pervers du cinéma a été diffusé à la télévision britannique en . Il n'a cessé de publier dans différentes revues comme Lacanian Ink (L'Encre lacanienne) et In These Times (En ces temps-là) aux États-Unis, ainsi que dans la New Left Review ou la London Review of Books au Royaume-Uni.

En 2015, dans un entretien au quotidien Libération, il déclare :

La même année, il publie Quelques réflexions blasphématoires - islam et modernité et La Nouvelle Lutte des classes : Les vraies raisons du terrorisme et des réfugiés en 2016. Concernant la crise migratoire en Europe, il se dit refuser l'« approche humanitaire qui domine dans la gauche bien-pensante et qui moralise la situation ». Il dénonce la volonté de passer sous silence les problèmes et de nier le fait que

Vie privée Après un premier mariage dans les années 1970Cf. site Lacan.com qui indique qu'il a charge de famille (femme et enfant) entre 1975 et 1977. Renata Salecl, étant née en 1962, ne peut pas être cette première épouse., Slavoj Žižek a épousé la philosophe Renata Salecl (née en 1962), puis, en 2005, la mannequin argentine Analia Hounie (née en 1979)Analia Hounie serait la fille d'un psychanalyste argentin et aurait eu une éducation assez poussée. Ils divorcent en 2011..

Philosophie

En plus de son travail comme interprète de la psychanalyse lacanienne, il a écrit sur divers sujets comme le fondamentalisme, la tolérance, le politiquement correct, la mondialisation, la subjectivité, les droits de la personne, le mythe, le cyberespace, le postmodernisme, le multiculturalisme, le marxisme, l'anticapitalisme ou encore sur des personnalités comme Lénine, David Lynch ou Alfred Hitchcock.

Outre Hegel et Lacan, Žižek cite souvent des philosophes français de gauche tels que Jacques Rancière, Étienne Balibar, Gilles Deleuze ou encore Alain Badiou, et a formulé une critique de Carl Schmitt.

Formation du sujet Žižek écrit sur les identités — son travail est largement redevable à l'explication de la formation identitaire du psychanalyste Jacques Lacan.

L'inconscient, « structuré comme un langage » (Lacan), s'oriente vers des objets particuliers du désir. De tels objets sont contingents, bien qu'ils doivent trouver leur place dans nos cadres mentaux pour que l'on puisse les désirer. Ils ont certaines qualités — un de ces êtres que l'objet nous retire. Le désir, comme le disait Luis Buñuel, est toujours un « objet obscur ».

Ces objets constituent le symptôme de l'être humain, mais ils peuvent aussi devenir son opposé : son fétiche. Pour Žižek, le fétiche est effectivement la contrepartie du symptôme ; fonctionnant comme une feinte, il structure notre vie entière dans le but de la supporter. (Žižek, 2000). Ceci est le réel lui-même (dans son sens lacanien), un objet isolé (l'« objet petit a ») dont la présence, fascinante et significatrice, garantit le réel structuré, l'ordre social. Ce réel rend possible la distanciation avec la réalité quotidienne : on introduit un objet qui n'a pas de place, qui ne peut être nommé ou symbolisé d'une manière ou d'une autre. Žižek affirme que toute structure symbolique doit contenir un élément qui incorpore le moment de l'impossibilité autour duquel il est organisé. Ceci est simultanément impossible et réel (dans son effet). Le symptôme, d'un autre côté, est le retour de la vérité oppressée sous une forme différente.

Žižek explique cet objet petit a — ce que Hitchcock appelle le MacGuffin — de cette manière :

Ontologie et politique L'ontologie chez Žižek implique un retour à la catégorie du sujet cartésien, de l'idéologie et de la notion du réel lacanien. L'un des points centraux de Žižek, qui peut être considéré comme hégélien, est l'équivalence qu'il pose entre la singularité absolue (à distinguer du particulier) et l'universel, au lieu d'une contradiction classique. Par exemple, selon lui, le choix d'Abraham qui sacrifie son fils n'est pas celui d'un choix entre la fidélité au devoir vis-à-vis de Dieu d'un côté, ou vis-à-vis de son fils aimé de l'autre, mais au contraire un choix entre Dieu et Dieu, entre deux facettes de Dieu, l'une en tant que système universel de normes morales et l'autre en tant que singularité absolueVoir par ex. Slavoj Žižek, « Carl Schmitt in the Age of Post-Politics », in The Challenge of Carl Schmitt (dir. Chantal Mouffe), Verso (revue), London – New York, 1999, , en part. . De même, il insiste, suivant en cela une longue tradition marxiste, sur la distinction entre classe ouvrière et prolétariat : alors que la classe ouvrière est une catégorie objective particulière (une catégorie socio-professionnelle), le prolétariat est une catégorie subjective absolument singulière, dont la libération signifie la libération de l'humanité : la libération du singulier (le prolétariat) vaut comme libération de l'universel (l'humanité)Voir Slavoj Žižek, « Carl Schmitt in the Age of Post-Politics », in The Challenge of Carl Schmitt (dir. Chantal Mouffe), Verso, London – New York, 1999, , en part. . Ou encore: de Gaulle à Londres, engageant la Résistance, parle pour la France entière, et pour cette raison même divise les Français entre collabos et résistants. L'universalité ne s'oppose pas à la prise de parti singulière. Ainsi, en contraste frappant avec les principes intellectuels de la « gauche universaliste » européenne en général, et ceux qu'Habermas définit comme postnationaux, en particulier, Žižek ne ménage pas ses efforts dans sa défense claire et sans équivoque des processus pro-souveraineté et pro-indépendance ouverts en EuropeInterview dans ARGIA (27 juin 2010). En outre, puisque le prolétariat est une catégorie subjective, n'importe quel individu, quelle que soit sa classe, peut appartenir au prolétariat, selon lui, dès lors qu'il refuse l'Ordre de l'Être comme horizon ultime de la connaissance et de l'action, prenant au contraire parti pour l'efficace de l'Evenement-Vérité (ici, il s'inspire de Badiou) irréductible à cet Ordre. Cette conception, indissolublement ontologique et politique, s'oppose à la fois à ce qu'il appelle l'« erreur du stalinisme » (le fait de croire que le prolétaire est l'ouvrier) et au dualisme de l'ami et de l'ennemi mis en œuvre par Carl Schmitt, la distinction interne à la communauté politique entre l'Ordre de l'Être et l'Evenement-Vérité prenant le pas sur le critère belliciste de Schmitt, opposant nation contre nation.

La défense de la catégorie du sujet implique tout d'abord une justification de la notion de subjectivité afin de rendre adéquate toute théorie politique descriptive. L'auteur dit, en effet, que les régimes hégémoniques fonctionnent en interpellant les individus dans leurs rôles sociaux et en les mandatant dans un cadre politique donné, de telle sorte que nous ne pouvons comprendre le fonctionnement du pouvoir sans tenir compte de la psychologie des sujets politiques. Par suite, Žižek introduit la justification de « la catégorie du sujet » : suivant Lacan. Žižek soutient que la subjectivité correspond à un manque qui résiste toujours à cette même pleine autorité, celle prescrite aux individus par les régimes hégémoniques.

Dans son déploiement de la catégorie « idéologie », Žižek s'inspire de L'Idéologie allemande de Marx, qui se concentre sur la notion de « fausse conscience ». L'aspect le plus original de Žižek reste cependant son insistance sur le modèle lacanien qui l'aide à stipuler que les motivations les plus profondes des individus sont de nature inconsciente, ce qui peut servir à démontrer .

Dans l'extension controversée sur son analyse référentielle de l'idéologie, Žižek maintient que les idéologies dominantes structurent le sens du réel des sujets. Pourtant, le réel n'est pas l'équivalent de la réalité expérimentée par les sujets comme une totalité ordonnée et chargée de sens. Selon l'auteur, le Réel indique des points sur le tissu ontologique que tissent les systèmes hégémoniques de représentation et de reproduction, bien que ces emplacements résistent à une adhésion plénière aux termes de ces systèmes, de telle sorte que des poches actives de résistances politiques peuvent ainsi apparaître.

Dans The Parallax View (2005), Žižek met en scène la confrontation entre les compréhensions idéalistes et matérialistes des différents aspects de l'ontologie. Une telle confrontation est exprimée en termes lacaniens où la prétendue capacité de l'idéaliste à théoriser le Tout s'oppose à la compréhension matérialiste qui définit un Tout apparent comme étant un non-Tout. Cette tendance à mettre en scène de pareilles confrontations a poussé à décrire ses travaux en termes paradoxaux, comme étant une « théologie matérialiste ».