L'art omeyyade regroupe la production artistique de la dynastie omeyyade, qui règne sur le monde islamique entre 661 et 750. Encore fortement marqué par les traditions antiques tardives byzantines, sassanides, et arabes préislamiques, notamment Ghassanides, il marque le début de l'histoire des arts de l'Islam.

Contexte historique thumb|Constitution de l'empire islamique de l'hégire à la fin de la dynastie omeyyade (622-750) La dynastie omeyyade émerge durant les premières décennies qui suivent la mort de Mahomet. Son fondateur, Muawiya, est nommé gouverneur de Syrie en 639, sous le règne du deuxième des califes rashidun, OmarHinds, M., « Muʿāwiya », Encyclopédie de l’Islam, publication en ligne 2010, consultée le 6 septembre 2020. Après l'assassinat du successeur de celui-ci, Othman, Muawiya s'oppose aux partisans du quatrième calife, Ali, dont la légitimité est contestée. S'il parvient à obtenir en 657, à la bataille de Siffin, un arbitrage avec ce dernier, cette période de guerre civile (fitna) marque un traumatisme pour la jeune communauté musulmane, qui voit naître la division entre plusieurs branches religieuses, bientôt appelées sunnite, chiite et kharijite. L'assassinat de Ali en 661 par un Kharijite permet finalement au gouverneur de Syrie de s'emparer du califatThierry Bianquis, Pierre Guichard, Mathieu Tillier, Les débuts du monde musulman, s, Paris : PUF, 2012, p. 89-91. Les Alides demeurèrent néanmoins une source d'agitations, malgré la défaite du fils de Ali, Husain, lors de la bataille de Karbala en 680.

La période omeyyade est traditionnellement divisée en deux selon les branches familiales au pouvoir : les Sufyanides (661-683), puis les Marwanides (684-750). Elle est marquée par la poursuite des conquêtes islamiques, les armées continuant à s'étendre tant vers l'ouest (passage du détroit de Gibraltar en 711) que vers l'est (prise de Samarcande en 712. Face à ce territoire immense et nouvellement conquis, un empire émergea, qui dépassa largement le cadre arabe originel de l'islam. Le centre de l'empire se déplaça de l'Arabie vers la Syrie, Damas devenant la capitale. C'est durant cette période que se mirent en place les premières structures de gouvernement, largement inspirées des traditions administratives antérieures, ainsi que les symboles d'une religion qui n'était pas encore considérée comme universelle. Alors que de nouveaux bâtiments cultuels étaient érigés, le calife Abd al-Malik (r. 685-705) imposa usage de l'arabe dans toute l'administration et fut à l'origine de nouvelles formes monétaires, aniconiques, dont formules célébrant la souveraineté divine du calife.

D'importants changements sociaux se produisirent sous la dynastie omeyyade. Le nombre des nouveaux convertis (mawali), non-Arabes, s'accentua, et certains purent intégrer les rangs de l'armée ou de l'administration. Les conversions entraînèrent cependant d'importants problèmes fiscaux et sociaux, l'inégalité de traitement entre Arabes et mawali étant perçue comme une injustice. Le ralentissement des conquêtes, au milieu du , accentua les difficultés de trésorerie par la diminution des butins, tandis que le règne d'al-Walid II (r. 743-744), prince esthète et poète, dénoncé comme impie, cristallisait les tensions. Une nouvelle guerre civile, parfois nommée troisième fitna, éclata en 745, permettant à une autre dynastie, les Abbassides d'origine orientale, de s'imposer par la révolte en 750 et de massacrer la famille omeyyade. L'unique survivant, Abd al-Rahman Ier s'enfuit cependant en Espagne, où il fonda l'émirat de CordoueThierry Bianquis, Pierre Guichard, Mathieu Tillier, Les débuts du monde musulman, s, Paris : PUF, 2012, chap. VIII, p. 93-106 ; Clifford Edmund Bosworth, Les dynasties musulmanes, Actes Sud, 1996, p. 28-30.

Architecture et urbanisme

Urbanisme L'expansion de l'Islam sous les califes Rashidun et Omeyyades s'accompagne d'une vague d'urbanisation. Si les conquérants s'installent souvent dans des villes antiques, de tradition arabe préislamique (Jabiyah, Resafa, Hira, Palmyre), romano-byzantine (Damas, Alep, Jérusalem) ou iranienne (Ispahan, Rayy, Hamadan), ils sont aussi à l'origine de créations urbaines : les villes de la conquêtes (amsar) et les villes nouvelles plus tardives.

Au Proche-Orient, les Omeyyades s'inscrivent dans la continuité artistique de leurs prédécesseurs arabes Ghassanides. Ces derniers, qui avaient joué un rôle culturel, religieux et politique important durant la période préislamique, ont continué à exercer une grande influence dans la région après la conquête islamique. Leur culture de cour et leur penchant pour les palais du désert comme Qasr ibn Wardan, ont fourni le modèle pour les califes omeyyades et leur cour. Les Arabes Ghassanides sont d'ailleurs considérés par beaucoup de chercheurs comme les prédécesseurs des Omeyyades en matière d'influence architecturale. L'art arabe préislamique des Ghassanides a grandement influencé l'art des Omeyyades.

La citadelle d'Amman, en Jordanie, est probablement l'un des meilleurs exemples d'installation islamique au cœur d'une ville préexistante. Siège du gouvernorat régional de la Beq'a pendant toute la période omeyyade, elle est installée dans la partie supérieure de la ville, déjà marquée par des installations antérieures, notamment romaines. Elle s'organise en trois parties entourées de murs, lesquelles sont subdivisées ensuite en unités centrées autour de grandes cours à portiques. Des bains, une citerne, une mosquée ont pu y être identifiésLes Omeyyades. Naissance de l'art islamique, Aix-en-Provence : Edisud, 2000, p. 62-67.. Si son plan rappelle celui de certains châteaux du désert, comme Mshatta, son irrégularité tient à la réutilisation d'une partie du temple romain. Deux édifices à plan cruciformes, situés à l'entrée du complexe palatial et dans la partie la plus au nord, présentent également d'évidents emprunts à l'architecture iranienne, dans leur forme même, l'usage de trompes, de voûtes en berceau et d'un décor de stuc, peu adapté à l'appareillage de pierre de taille. Ils pourraient s'expliquer par l'intervention d'artistes irakiens sur le chantier. Un important tremblement de terre en 131/749, suivi l'année suivante par la révolte abbasside, a précipité l'abandon et la dégradation du site.

Les ʾamṣār (sg. miṣr), où « villes de la conquête », sont des centres urbains, au nombre desquels on compte Fostat, Bassorah, Koufa et Kairouan. Elles naissent en tant que quartiers d'hiver et lieux de repli pour l'armée des conquérants musulmans et suivent un schéma simple : la grande mosquée et dār al-ʾimārah, le palais, occupent le centre, et sont entourés de quartiers d'habitations. Si certaines ʾamṣār périclitent complètement peu de temps après leur création, d'autres se développent considérablement.

Le Proche-Orient, sous la domination de l'Empire byzantin jusqu'à la conquête, est déjà fortement urbanisé. C'est pourquoi moins de cités sont construites dans ces régions, les nouveaux arrivants s'installant dans les villes déjà bâties, comme Damas, Alep, Homs, Lattaquié, Apamée ou encore Jérusalem. Une grande mosquée y est édifiée, soit à la place de l'église, comme à Damas et Jérusalem, soit sur un lieu laissé vide, comme à Alep. L'église peut aussi parfois être coupée en deux, une partie étant réservée au culte chrétien, l'autre au culte musulman.

D'autres villes sont créées plus ou moins ex nihilo, sans être pour autant des ʾamṣār, mais simplement de nouveaux centres urbains civils. C'est par exemple le cas à Wasit, en Irak ou à Chiraz, en Iran, où il est impossible de distinguer actuellement des éléments omeyyades. Celle de Ramla, au Proche-Orient, est uniquement connue par les textes. Capitale de la Palestine sous Al-Walīd , cette cité s'étend sur , s'ouvrant par douze portes, dont quatre axiales, et comprenant une grande mosquée, un palais, des édifices pour l'artisanat, des citernes, des marchés, des ateliers et des quartiers d'habitation.

Anjar constitue probablement l'un des ensembles urbains les plus complets conservés à ce jour, classé au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1984. Fondée par al-Walid Ier ou son fils al-Abbas, la ville a été partiellement détruite et abandonnée en 744, après la défaire du calife Ibrahim. Elle constituait un centre de commerce situé au croisement de la route de Beyrouth à Damas et de celle allant d'Homs à Tibériade, non loin des restes antiques de la cité de ChalcisJanine Sourdel-Thomine, « ʿAynal-Ḏj̲arr », Encyclopédie de l’Islam en ligne, Brill, 2010.. Identifié par Jean Sauvaget en 1939Jean Sauvaget, « Les ruines omeyyades deʿAndjar », Bulletin du Musée de Beyrouth, III, 1939, p. 5-11., puis fouillé partiellement par Maurice ChéhabParmi ses nombreuses publications dédiées au site on peut citer Maurice Chéhab, « The Umayyad Palace at 'Anjar », Ars Orientalis, 5, 1963, p. 17-25 et Maurice Chéhab, « Les palais omeyyades d’Anjar », Archeologia, 1975, p. 18-24. et Barbara FinsterBarbara Finster, « Researches in ‘Anjar. I. preliminary report on the architecture of ‘Anjar, », Bulletin d'archéologie et d'architecture libanaises, 7, 2003, p. 209-244., le site se présente comme enserré dans une vaste enceinte rectangulaire de × m et organisé par deux axes se coupant à angle droit au centre de la ville, selon le principe du cardo et du decumanus romains. Un grand tétrapyle, un portique monumental de plan carré à quatre supports, marque l'intersection, comme dans certaines grandes villes romaines du Proche-Orient. Des portiques bordent les rues principales, tandis que des bâtiments publics et privés (habitations, bains, commerces, jardins) ont été identifiés. Sur la partie la plus élevée du site, au sud-est, un grand palais jouxte une mosquée à cour ; un second palais a été identifié au nord-est et des bains au nord. Une grande basilique, située près du carrefour central, est également fouillée. Son assemblage à carreaux et boutisses et son fort jeu de moulures sont des éléments assez typiques du premier art islamique.

L'organisation rigoureuse autour d'un cardo et d'un decumanus n'est pas spécifique à Anjar : on la retrouve par exemple sur le site d'Ayla (Aqaba), en Jordanie, où une ville nouvelle a été édifiée au milieu du au sud d'une installation préexistante. On y retrouve une enceinte à tourelles, de taille plus modeste que celle d'Anjar (165 x 140 m), deux axes perpendiculaires dont l'intersection est marquée par un tétrapyle et des colonnadesLes Omeyyades. Naissance de l'art islamique, Aix-en-Provence : Edisud, 2000, p. 183-185.. Le modèle de ces villes doit probablement être cherché dans l'urbanisme et les camps militaires romano-byzantins.

Architecture religieuse

thumb|Dôme du Rocher, Jérusalem, 72/691-692.

Les premiers édifices monumentaux religieux sont apparus dès les premières années ayant suivi la mort du Prophète, notamment dans les villes de la conquête. C'est ainsi en 638 que fut construite la mosquée de Koufa, mais elle fut rapidement remplacée par un bâtiment plus important en 50/670Volkmar Enderlin, « Syrie et Palestine, le califat des Omeyyades. Architecture », dans Markus Hattstein, Peter Delius, L'Islam, Arts et civilisations, Potsdam : H. F. Ullman, 2015, p. 68. Le lieu est marqué par une très forte symbolique chiite, puisqu'il s'agit de l'endroit où le premier imam, Ali, a été assassiné. Il a donc subi de nombreuses restaurations, et son état actuel n'a rien à voir avec celui de la période omeyyade, connu uniquement par des sources littéraires.

Le Dôme du Rocher