L'actuelle frontière entre la France et l'Italie dans le massif du Mont-Blanc a été établie en application du traité de Turin (1860).
Son parcours fait cependant l'objet de trois points de contestation, concernant d'est en ouest les versants valdôtains du col du Géant, du mont Blanc au mont Blanc de Courmayeur, et du dôme du Goûter : l'interprétation italienne place la frontière sur la ligne de partage des eaux principale des Alpes, alors que pour la France, elle se situe sur le versant adriatique. La partie de la frontière la plus emblématique et la plus discutée se trouve au sommet du mont Blanc, point culminant des Alpes : il est placé entièrement en France sur les cartes françaises alors que les cartes italiennes le représentent partagé entre les deux pays.
Secteurs litigieux Bien que le tracé officiel de la frontière franco-italienne figure précisément sur les conventions, cartes et procès-verbaux de délimitation en application du traité de Turin (1860)Nicolas Jacob, « Représentation des crêtes sur les cartes et fixation de la frontière : le cas des Alpes du Nord », Langages et communication : espaces, territoires, pouvoirs, Éditions du Comité des travaux historiques et scientifiques, 2015, , la limite de souveraineté se situe toujours, pour les autorités italiennes, sur la ligne de partage des eaux (en référence au traité d'Utrecht de 1713) tandis qu’elle se trouve, pour les autorités françaises, en certains points un peu en contrebas sur la ligne de rupture de pente des plateaux et du dôme neigeux (sur la base du traité de Paris de 1796).
Dôme du Goûter vignette|Vue du dôme du Goûter.
Selon la version italienne, la frontière suit la ligne de crête du col de Bionnassay jusqu'au sommet du dôme du Goûter (en passant par le piton des Italiens), puis rejoint le col du Dôme avant de rejoindre l'arête des Bosses à la Grande Bosse.
Pour les Français, la frontière quitte la ligne de crête avant le dôme du Goûter vers pour la rejoindre vers en dessous de la Grande Bosse. Le dôme du Goûter et le col du Dôme sont ainsi entièrement en France.
Sur les cartes topographiques des Instituts géographiques français (IGN) et italien (IGM), l'abri Vallot et les rochers Foudroyés sont entièrement en France.
Mont Blanc Pour les Italiens, la frontière suit l'arête des Bosses jusqu'au sommet du mont Blanc, puis redescend jusqu'au col de la Brenva en passant par les petits Mulets : le mont Blanc de Courmayeur, le col Major et le rocher de la Tourette sont entièrement en Italie.
Selon la version française, la frontière quitte l'arête des Bosses au rocher de la Tournette () pour suivre la ligne de rupture de pente au-dessus des versants Miage, Brouillard, Frêney et Brenva du mont Blanc, en passant par le mont Blanc de Courmayeur, pour rejoindre la ligne de crête en haut du mur de la Côte vers : le sommet du mont Blanc, la Tourette et le col Major sont entièrement en France. Conformément à cette représentation, un arrêté préfectoral de 1946 départage la zone entre les communes de Chamonix et de Saint-Gervais“Cartes à l'appui, le maire de Saint-Gervais revendique sa place au Mont-Blanc”, France 3, 2 janvier 2014.
Col du Géant Selon la version italienne, la frontière passe par le col du Géant depuis la pointe Helbronner jusqu'à l'arête rocheuse des aiguilles Marbrées : le refuge Torino est entièrement en Italie.
Pour les Français, la frontière suit la crête rocheuse depuis la pointe Helbronner jusqu'au refuge Torino avant de rejoindre la crête rocheuse des aiguilles Marbrées : le col du Géant est entièrement en FranceMont-Blanc : l’Italie ne veut plus se laisser voler du territoire, sur Courrier international, 9 septembre 2015...
Carte suisse Jusqu'en 2013, la carte topographique officielle suisse adoptait le point de vue français sur ces trois zones litigieuses, voisines du territoire helvétique. Depuis 2018, elle les indique par des hachures correspondant à un « statut de territoire contesté » sauf pour la zone du col du Géant, où le tracé italien est repris par la .
Situation dans les États de Savoie droite|vignette|upright=1.3|Royaume de Sardaigne (1839).
Avant les guerres révolutionnaires, la question de la souveraineté sur le mont Blanc ne pose aucune difficulté : le duché de Savoie et la vallée d'Aoste font partie d'un seul pays, les États de Savoie. Aucune frontière étatique ne traverse donc le massif à cette époque.
Révolution et Empire : la Savoie devient française Le , les forces françaises pénètrent en Savoie, qui est annexée le . Vaincu par les troupes de Napoléon à plusieurs reprises, le roi de Sardaigne reconnaît de jure les annexions et cède la Savoie (et Nice) à la France par le traité de Paris du Ce traité de Paris de 1796 est disponible sur le site Gallica de la Bibliothèque de France (page 271).. Pour la première fois, une frontière internationale traverse donc le massif.
Selon l' de ce traité, la limite . Selon Nicolas Jacob« Cartes topographiques et déterminations des frontières en zones montagneuses », CFC, , juin 2016, cet acte donne lieu à un procès-verbal d’abornement, dressé en 1797 au Val Ferret (territoire de la commune de Courmayeur), d'où sont visibles le sommet du mont Blanc et le mont Blanc de Courmayeur, la frontière demeurant visible de la commune de Chamonix comme de celle de Courmayeur.
Cette première annexion prend fin avec l'exil de Napoléon à l'île d'Elbe : le traité de Paris du Les traités de Paris de 1814 et 1815 sont disponibles sur Gallica, page 6. restitue au royaume de Sardaigne la partie orientale de la Savoie — les États de Savoie retourneront à leurs frontières originelles en 1815.
De 1814 à 1860 : la Savoie de nouveau sous souveraineté sarde vignette|upright=1.3|La carte d'état-major sarde de 1823.
Même s'il ne court plus de frontière internationale au sein du massif, une frontière intérieure des États de Savoie y sépare le duché d'Aoste et le duché de Savoie. Celle-ci est représentée à deux reprises sur des documents militaires sardes.
En 1823, l’état-major sarde charge le lieutenant Felice Muletti de dessiner une carte du massif du Mont-Blanc ; sur cette carte, la limite administrative des deux duchés pourrait passer par le sommet et rejoindre le mont Blanc de Courmayeur. En 1854, le capitaine (futur lieutenant-colonel) Vittorio Federici, officier d’état-major sarde et commissaire du Roi (il signe le le protocole de Nice et en le procès-verbal de démarcation de la frontière), fait figurer un autre tracé, qui ne passe pas par le mont Blanc de Courmayeur mais passe sans ambiguïté par le sommet du mont Blanc, repéré par un triangle - symbolisant un sommet - et avec l'indication d'une altitude (voir extrait de carte illustrant le paragraphe relatif à la carte Mieulet ci-dessous), sur l’Atlas officiel sarde. La valeur juridique de ces cartes - à la différence de celles qui sont annexées aux traités conclus entre la France et le royaume de Sardaigne - est toutefois inconnue en l'absence d'éléments juridiques clairs : on ne sait pas si l'état-major sarde avait, en droit national, la mission de représenter sur des cartes les limites administratives du royaume et, partant, si les limites représentées par le lieutenant Muletti en 1823 et le capitaine Federici en 1854 étaient opposables aux tiers. La même question se pose d'ailleurs en France pour la carte Mieulet de 1865 ou les cartes successives des armées puis de l'IGN.
1860 : nouvelle cession de la Savoie à la France En route vers la constitution de l'unité italienne, Victor-Emmanuel II de Savoie reçoit l'aide militaire et diplomatique de la France ; celle-ci a un prix : les États sardes de Savoie et Nice. Le , par le traité de TurinGallica propose le traité de Turin de 1860 (), les protocoles de Paris () et Nice () et la convention de délimitation de Turin de 1861 ()., ils sont cédés à la France.
Plusieurs actes diplomatiques complètent ce traité. Un « protocole réglant les bases de la délimitation entre la Sardaigne et la France », signé le à Paris organise les travaux qui conduisent à la signature à Nice le puis à Turin le d'un « protocole dressé pour fixer la délimitation entre la France et la Sardaigne »Convention du 7 mars 1861, annexe 1.. Puis à Turin le , une « Convention de délimitation des frontières » reprend le texte du protocole du (en le complétant de diverses dispositions douanières). Enfin, un « procès-verbal d'abornementCe procès-verbal de bornage est aussi disponible sur Gallica (). » clôt le cette succession d'actes bilatéraux.
Les deux protocoles de 1860 et la convention de 1861 reprennent la même formule : — rectifications qui sont détaillées dans le protocole suivant puis reprises à la convention de délimitation, mais ne concernent pas le secteur inhospitalier du mont Blanc.
Également, les commissaires conviennent dans le protocole de Nice
Le procès-verbal d'abornementAlexandre Jehan Henry de Clercq, Jules de Clercq, Recueil des traités de la France, 1888 de la frontière dressé à Turin le par les plénipotentiaires des deux pays et ratifié par les deux gouvernements, rappelle que « les commissaires, se reportant à l'article de la convention signée à Turin le , où il est dit que la nouvelle frontière suivrait l'ancienne limite entre le duché de Savoie et le Piémont, ont reconnu que cette limite avait son origine au sommet du mont Grapillon. Ce sommet, inaccessible d'ailleurs, a dès lors été considéré par eux comme le point de départ de la frontière qu'ils avaient à tracer ; or, comme la limite entre le duché de Savoie et le Piémont suivait la grande chaine des Alpes, d'après le dernier paragraphe de la convention déjà citée, les commissaires ont recherché les cols importants où des bornes devaient être établies. Ces cols sont au nombre de 13, savoir : 1° Le col de la Seigne ; 2° Le col du petit Saint Bernard » : la frontière suit par conséquent un parcours de cime en cime.
Sont enfin annexés au protocole de Nice (en tant qu') puis à la convention de Turin (comme ) la « carte au 1/50000 de la frontière de la Savoie depuis le mont Grapillon, du côté suisse, jusqu’au mont Thabor où la limite de la Savoie rejoint la frontière de la France. » Au procès-verbal du PV du est annexée, « Sous le , la carte au 50/1000 de la frontière de la Savoie depuis le mont Grapillon jusqu'au rocher du Chardonnet ». La carte annexée au PV d'abornement du est intitulée légèrement différemment du texte du PV : « carte indiquant le tracé de la frontière entre la France et l'Italie depuis le mont Grapillon jusqu'au rocher du Chardonnet », conservée au service des archives de Turin. Les partisans de la thèse italienne (Guido Marrese, les époux Aliprandi ou Paul Guichonnet, notamment) y voient un tracé par le sommet du mont Blanc, les tenants de la thèse française (ainsi Charles Durier en 1877 ou une note de l'IGN en 1946) y voient un passage sous le sommet du mont Banc à plusieurs dizaines ou centaines de mètres.
Ce traité sur les frontières avec ses conventions d'application est actuellement toujours en vigueur en France. et en Italie.
Selon Nicolas Jacob, le tracé issu des conventions d’application de ce traité entre les deux nations et approuvé par les commissaires des deux pays est le seul juridiquement valable« Cartes topographiques et détermination des frontières en zones montagneuses », Centre des archives de l’armement et du personnel civil, Ministère de la Défense, juin 2016..
Le mont Blanc au