Élisabeth de Grèce (en grec moderne : et en allemand : ), princesse de Grèce et de Danemark puis, par son mariage, comtesse de Toerring-Jettenbach, est née le à Tatoï, en Grèce, et morte le à Munich, en Allemagne de l'Ouest. Épouse du chef de la maison de Toerring, c'est une personnalité du gotha européen.

Deuxième des trois filles du prince Nicolas de Grèce et de la grande-duchesse Hélène Vladimirovna de Russie, la princesse Élisabeth passe son enfance entre le royaume hellène et l'Empire tsariste. La Première Guerre mondiale et les divisions qu'elle amène en Grèce poussent cependant l'adolescente et sa famille en exil en Suisse entre 1917 et 1920. Revenue dans son pays après la restauration du roi , elle en est à nouveau bannie par la proclamation de la Deuxième République hellénique en 1924.

Installée à Paris avec ses parents et ses sœurs, la princesse entreprend alors de nombreux voyages qui la mènent auprès de sa famille élargie au Royaume-Uni, en Italie, en Yougoslavie, en Roumanie et en Allemagne. Désargentée et célibataire, la princesse vend son image à une marque de cosmétiques américaine. Après des tentatives infructueuses de rapprochement avec le prince de Galles, le prince royal d'Italie, le prince Nicolas de Roumanie et Lord Ivor Spencer-Churchill, Élisabeth épouse, en 1934, le comte Charles-Théodore de Toerring-Jettenbach, chef d'une maison médiatisée de Bavière. Le couple s'installe ensuite entre Munich et Winhöring, où il donne naissance à deux enfants prénommés Hans Veit (1935) et Hélène (1937).

Au moment de l'installation d'Élisabeth en Allemagne, Adolf Hitler vient tout juste d'instaurer sa dictature et, même si la princesse et son époux ne rejoignent jamais le parti national-socialiste, ils en ressentent toute l'influence. Utilisés pour leurs liens familiaux avec le régent Paul de Yougoslavie et le duc de Kent, époux des sœurs d'Élisabeth, les Toerring soutiennent la politique du Führer auprès de leur parentèle, ce qui n'est pas sans amener des tensions au moment de la Seconde Guerre mondiale.

Isolée de sa famille après l'invasion de la Yougoslavie par le Troisième Reich (1941), Élisabeth sort affaiblie du conflit mondial, mais reprend néanmoins sa place au sein du gotha européen. Atteinte d'un cancer, elle meurt en 1955 et sa dépouille est enterrée dans la nécropole familiale des Toerring, à Winhöring.

Famille

Élisabeth est la deuxième des trois filles du prince Nicolas de Grèce (1872-1938) et de son épouse la grande-duchesse Hélène Vladimirovna de Russie (1882-1957). Par son père, la princesse est donc la petite-fille du roi (1845-1913) et de la grande-duchesse Olga Constantinovna de Russie (1851-1926) tandis que, par sa mère, elle descend du grand-duc Vladimir Alexandrovitch de Russie (1847-1909) et de la princesse Marie de Mecklembourg-Schwerin (1854-1920), plus connue sous le nom de grande-duchesse Maria Pavlovna de Russie.

Les et , Élisabeth épouse, à Munich et au château de Seefeld, le comte Charles-Théodore de Toerring-Jettenbach (1900-1967), lui-même fils du comte Hans Veit de Toerring-Jettenbach (1862-1929) et de son épouse la princesse Sophie en Bavière (1875-1957).

Du mariage d’Élisabeth et de Charles-Théodore naissent deux enfants : Hans Veit de Toerring-Jettenbach (1935), comte de Toerring-Jettenbach, qui s'unit, en 1964, à la princesse Henriette de Hohenlohe-Bartenstein (1938). D'où trois enfants : Clarissa de Toerring-Jettenbach (1965), comtesse de Toerring-Jettenbach, qui épouse le prince Tassilo de Hohenlohe-Schillingsfürst (1965), Ignatius de Toerring-Jettenbach (1966), comte héréditaire de Toerring-Jettenbach, qui s'unit à Robiana Mentasti-Granelli (1976), Karl de Toerring-Jettenbach (1969), comte de Toerring-Jettenbach, qui se marie, en 2009, à Natasha Ivanova (1975) ; Hélène de Toerring-Jettenbach (1937), comtesse de Toerring-Jettenbach, qui épouse, en 1956, l'archiduc Ferdinand d'Autriche (1918-2004). D'où trois enfants : Élisabeth d'Autriche (1957-1983), archiduchesse d'Autriche, qui s'unit, en 1982, à James Litchfield (1956), Sophie d'Autriche (1959), archiduchesse d'Autriche, qui épouse, en 1990, le prince Mariano Hugo de Windisch-Graetz (1955), Maximilien d'Autriche (1961), archiduc d'Autriche, qui s'unit, en 2005, à Sara Maya Al-Askari (1977).

Biographie Petite enfance (1904-1909) Une enfance grecque

Deuxième fille du prince Nicolas de Grèce et de la grande-duchesse Hélène Vladimirovna de Russie, la princesse Élisabeth voit le jour le au palais de Tatoï. Surnommée à cause de son épaisse chevelure, l'enfant naît moins d'un an après sa sœur aînée Olga, avec laquelle elle devient très proche en grandissant. Deux ans plus tard, la famille s'élargit à nouveau avec l'arrivée de la princesse Marina, qui n'a pas tout à fait la même complicité avec ses aînées.

Régulièrement vêtues à l'identique par leur mère, les trois fillettes grandissent au sein d'un foyer aimant et uni. Ensemble, leurs parents s'expriment généralement en anglais et c'est cette langue que les enfants utilisent le plus spontanément, même si elles maîtrisent parfaitement le grec, qu'elles parlent notamment entre elles à l'étranger lorsqu'elles ne veulent pas être comprises. Pendant leur petite enfance, Élisabeth et ses sœurs reçoivent une éducation relativement simple, sous la supervision d'une gouvernante britannique du nom de Kate Fox. Élevées dans la foi orthodoxe, les princesses reçoivent leur instruction religieuse de Ioulía Somáki-Karólou, une amie de leur grand-mère paternelle, la reine des Hellènes Olga.

En Grèce, Élisabeth et les siens résident au palais Nicolas, cadeau de mariage athénien du tsar de Russie à sa cousine. Pendant le règne de , la famille séjourne aussi régulièrement à Tatoï, où Élisabeth et ses sœurs retrouvent avec plaisir leurs nombreux cousins et cousines grecs. Après l'accession au trône de , cependant, les parents de la princesse acquièrent leur propre résidence secondaire, à Kephissia. Kate Fox étant une adepte des sorties au grand air, Élisabeth fréquente régulièrement les plages de Vouliagméni et de Phalère, où elle s'adonne à la natation et aux bains de soleil. Avec leurs parents, l'enfant et ses sœurs ont également l'habitude de visiter sites archéologiques, musées et galeries d'art.

Voyages et relations familiales

Le prince Nicolas et son épouse se rendant une à deux fois par an en Russie, Élisabeth et ses sœurs effectuent, dès leur plus tendre enfance, des séjours dans le pays de leur mère. Leur première visite dans l'empire tsariste coïncide d'ailleurs avec la révolution de 1905, ce qui oblige les princesses à quitter précipitamment Saint-Pétersbourg et à trouver refuge à Schwerin avec leur grand-mère maternelle.

Pour les fillettes, ces voyages en Russie sont l'occasion de retrouver leur nombreuse parentèle Romanov : d'abord la branche des Vladimirovitch (autrement dit le grand-duc Vladimir, la grande-duchesse Maria Pavlovna, leurs trois fils et les familles de ceux-ci), ensuite la branche des Konstantinovitch (issue du grand-duc Constantin Nikolaïevitch, grand-père maternel du prince Nicolas) et enfin la famille impériale elle-même (et notamment les trois derniers enfants du tsar , plus proches en âge des princesses grecques).

Si le grand-duc Vladimir intimide ses petites-filles avec sa voix de stentor, la grande-duchesse Maria Pavlovna se révèle une grand-mère aimante et généreuse, qui choie les princesses tout en surveillant attentivement leur éducation et leurs manières. La grande-duchesse est cependant à l'origine d'un important traumatisme dans la vie d'Élisabeth et de ses sœurs. En 1913, Maria Pavlovna contraint, en effet, sa fille et son gendre à renvoyer Kate Fox, sous peine de les priver de tout soutien financier en cas de refus. L'Anglaise est alors éloignée de ses protégées, sans même pouvoir leur dire au revoir. En dépit de cet événement, Élisabeth et sa famille conservent toute leur affection à la gouvernante, qui revient à leur service après la disparition de son ennemie, en 1921.

Outre la Russie, la princesse Élisabeth découvre, très jeune, le Royaume-Uni, l'Allemagne, la France et l'Italie. Avec ses parents et sa sœur aînée, elle visite aussi Constantinople, où elle rencontre le sultan ottoman en 1905.

Turbulences politiques (1909-1920) De l'ascension de Venizélos aux guerres balkaniques (1909-1913)

La petite enfance d'Élisabeth est également marquée par la série de bouleversements qui secoue la Grèce à partir de 1909. Cette année-là, un coup d'État militaire, connu sous le nom de « coup de Goudi », contraint les fils du roi , dont le prince Nicolas, à démissionner de l'Armée. Peu de temps après, Elefthérios Venizélos, un homme politique crétois connu pour sa défiance vis-à-vis de la famille royale, prend la tête du gouvernement. Sous l'égide de celui-ci, la Grèce s'engage dans les guerres balkaniques de 1912-1913, ce qui lui permet d'étendre considérablement son territoire aux dépens de l'Empire ottoman. Cependant, le roi est assassiné pendant le conflit, ce qui cause un grand chagrin à Élisabeth et à ses sœurs.

Dans les mêmes moments, se produit la mise à l'écart de Kate Fox et l'éducation des trois fillettes prend un tour nouveau. Confiées aux soins de deux tutrices, une Française nommée et une Grecque nommée Kyria Anna, les princesses reçoivent des cours de littérature française, d'allemand et de gymnastique tandis que leur instruction religieuse est renforcée en vue de leur première communion. Avec sa sœur Olga, Élisabeth suit, en outre, des leçons d'équitation et devient bientôt une cavalière émérite, ce qui la distingue de son aînée. Dans un premier temps, ces cours se tiennent dans les jardins du palais royal et c'est sur des poneys appartenant à leurs cousins le prince Paul et la princesse Irène que les petites filles apprennent à monter à cheval. Cependant, le refroidissement des relations entre la reine Sophie et la grande-duchesse Hélène conduit ensuite les petites filles à s'entraîner loin du palais royal.

La Première Guerre mondiale et le Schisme national (1914-1917)

En dépit de l'attentat de Sarajevo et des tensions qu'il provoque dans les Balkans, Élisabeth et sa famille entreprennent leur visite annuelle en Russie en . Surpris par le déclenchement de la Première Guerre mondiale alors qu'ils se trouvent à Saint-Pétersbourg, les princes de Grèce rentrent précipitamment à Athènes en septembre après avoir traversé la Roumanie et la Serbie. C'est le début d'une période difficile, connue sous le nom de « Schisme national », pendant laquelle le peuple hellène se déchire entre vénizélistes, partisans d'une entrée en guerre au côté de la Triple-Entente, et royalistes, soucieux de préserver la neutralité du pays affaibli par les guerres balkaniques.

Au sein même de la famille royale, la question de la participation au conflit mondial n'est pas sans causer des tensions, d'autant que la mère d'Élisabeth suspecte la reine Sophie de soutenir la cause de son frère, le Kaiser . Outre ces divisions, qui conduisent Élisabeth à voir moins régulièrement les filles du roi , la guerre apporte aussi son lot de difficultés financières. Les revenus du prince Nicolas dépendant très largement de l'apanage de son épouse, son foyer est lourdement affecté par la crise économique qui sévit dans l'Empire russe. Longtemps préservée des combats, la capitale hellénique est, en outre, frappée par des tirs alliés en , ce qui contraint Élisabeth et ses sœurs à trouver refuge dans les caves du palais Nicolas.