La cathédrale Notre-Dame de Laon est un édifice religieux catholique, autrefois siège de l'évêché de l'ancien diocèse de Laon. Cette ancienne cathédrale est aujourd'hui une église paroissiale située à Laon, dans le département français de l'Aisne.
Elle est l'un des premiers édifices majeurs de style gothique en France. Construite après l'église abbatiale de Saint-Denis, la cathédrale Notre-Dame de Noyon et la cathédrale Saint-Étienne de Sens, elle est contemporaine de Notre-Dame de Paris : elle est représentative du premier art gothique pour l'élévation intérieure et du gothique dit « classique » pour les parties supérieures des façades et pour les tours.
L'ancienne cathédrale est dédiée à Marie (mère de Jésus). C'est un monument historique, officiellement protégé depuis 1840.
Contexte historique : existence d'anciennes cathédrales Le diocèse de Laon est créé par saint Remi par partition du diocèse de Reims au . Nous ne connaissons rien d'une première cathédrale vraisemblablement édifiée au sommet de la butte de Laon..
La cathédrale carolingienne L'évêque Gerfid aurait fait reconstruire cette première cathédrale dédiée au saint Sauveur et à sainte Marie à la fin du . Cette cathédrale carolingienne est consacrée le en présence de CharlemagneDanielle Buschinger et André Crépin Amour, mariage et transgressions au Moyen Âge, actes du colloque des 24, 25, 26 et 27 mars 1983 organisé par le Centre d'études médiévales, Université de Picardie, Kümmerle, 1984, 10.
La cathédrale romane Une nouvelle cathédrale est reconstruite sous l'égide d'Élinand, promu évêque de Laon le . Le , le nouvel édifice est inauguré lors du deuxième couronnementÉlinand, évêque de Laon du roi .
Cette cathédrale romane est incendiée lors de l'insurrection communale survenue le jeudi après Pâques de l'année 1112. Elle ne fut pas détruite et la dédicace de l'église réparée eut lieu en 1114 sous l'évêque Barthélemy de Jur.
Historique de l'édifice actuel La dernière cathédrale à Laon fut construite à l'emplacement du sanctuaire précédent. Son édification fut commencée sous l'épiscopat de Gautier de Mortagne. Elle débuta en 1155 et continua jusqu'en 1235.
Une construction échelonnée aux La construction débuta par le chœur et le grand transept afin de recevoir les nombreux pèlerins. En 1164, y eut lieu la translation des reliques de saint Béat.
Entre 1170 et 1175, une deuxième campagne de construction très courte porta sur le fond du croisillon nord, ses portails et les travées. Mais il en reste peu de traces évidentes, car les travaux de la campagne suivante reprirent partiellement les réalisations de cette période. C'est à cette époque qu'apparurent le nouveau type de chapiteau et le profil des piles qui furent utilisés par la suiteW.W. Clark, R. King, Laon Cathedral, architecture 1, volume 1, Londres, Harvey Miller, 1983 - .
vignette|redresse=1.2|left|Les tours émergent de la vieille ville.
Entre 1175 et 1185, une troisième campagne mena à l'édification du transept avec ses deux portails (nord et sud) dont il ne reste actuellement que celui du nord, la tour-lanterne d'inspiration anglo-normandeAlain Saint-Denis, Martine Plouvier, Cécile Souchon et Claude Sauvageot, Laon, la cathédrale, Éditions Zodiaque, 2002, , . de la croisée du transept, ainsi que les cinq dernières travées de la nef, afin de contrebuter cette tour-lanterne. Durant cette campagne, on construisit également les tours du transept (tour nord, dite Thomas Becket en souvenir de son passage à Laon en 1163, et tour sud, dite de l'horloge). Vers 1180 on posa les vitraux de la rose nord (dite des arts libéraux). La quatrième campagne se termina vers 1200 par l'achèvement de la nef et de la façade occidentaleThiebaut Jacques, Les cathédrales gothiques en Picardie, C.R.D.P.d'Amiens, 1987 . .. C'est en ce début du que Villard de Honnecourt dessina et expliqua les parties supérieures des tours et tourelles octogonales en donnant le dessin des flèches alors en projet pour la façade occidentale.
Mais une cinquième et dernière campagne s'avéra nécessaire afin de reconstruire le chœur, lequel profond de seulement trois travées s'était rapidement révélé trop petit. Cette cinquième campagne eut lieu de 1205 à 1220 et vit la construction du chœur à chevet plat comprenant dix travées, tel que nous le connaissons aujourd'hui.
Enfin vers 1235-1238 se déroula la dédicace de la cathédrale. En 1250 on édifia une flèche sur la tour sud-ouest ainsi que sur la tour sud.
Les constructions du Tout au long du , furent construites entre les contreforts.
Au cours du , la façade du croisillon sud est partiellement modifiée. Deux portes y sont percées à sa base. La rose initiale est remplacée par une grande fenêtre. Avec les chapelles latérales, c'est la principale partie de l'édifice qui, esthétiquement, ne date pas de la première époque de sa construction. Les portails y sont par exemple surmontés de hauts gables.
Entre 1555 et 1697 on ferma progressivement les chapelles par des clôtures de pierre.
Heurs et malheurs de l'édifice actuel
Grande tempête de 1705. En 1772 on altéra le portail central en surélevant son linteau, afin de laisser passer plus facilement le dais des processions. En 1793 la flèche de la tour sud-ouest fut démolie par les révolutionnaires, ainsi que le beffroi entre les deux tours de la façade occidentale et une partie des sculptures des portails.
Au milieu du , une grande restauration devenue nécessaire (la façade occidentale s'étant tassée de ), des travaux de restauration furent confiés à l'architecte Émile Boeswillwald en 1853.
En 1870, l'explosion d'une poudrière provoqua la destruction des vitraux, ainsi que la mort de cinq cents personnes. Les morceaux des verrières orientales furent recueillis.
Pendant la Première Guerre mondiale, la ville de Laon fut occupée par l’armée allemande du au . Située hors de la zone des combats, la cathédrale ne subit aucune destructionhttp://www.mairie-chateau-thierry.net/1418/labase/dospromenlaonvilleallemande1repartie.pdf.
Au cours de la Seconde Guerre mondiale, la cathédrale fut épargnée lors des raids aériens britanniques qui frappèrent la ville de Laon en .. L'intervention de l'abbé Robert Lavarte, vicaire de la paroisse Saint-Léger, auprès du commandement allemand de la garnison de Laon aurait permis l'évacuation des engins explosifs déposés autour de la cathédrale.
Statut religieux et rapport à l'État Le diocèse de Laon ayant été absorbé en 1801 par le diocèse de Soissons, l'ancienne cathédrale Notre-Dame située à Laon est aujourd'hui une simple église paroissialeVoir la notice de l'ancienne cathédrale Notre-Dame dans la base Mérimée.. Elle est dédiée à Marie (mère de Jésus) et appartient à la commune de Laon, alors que la cathédrale de Soissons, siège du diocèse de Soissons, appartient à l'État.
Plan et élévation vignette|redresse=1.2|Plan de la cathédrale par Viollet-le-Duc, avec son cloître sur la droite.
C'est une cathédrale de style gothique primitif. Elle eut une grande influence sur de nombreux édifices gothiques comme les cathédrales de Bamberg (pour les tours), Magdebourg et de LimbourgMarie Bayet, Les cathédrales françaises, Hachette, 1929, 32 (pour l'élévation intérieure avec tribunes), mais aussi sur celle de Chartres, pour le transept.. Elle reprend des caractéristiques que l'on trouve à la cathédrale Notre-Dame de Tournai ou à la cathédrale de Reims..
La cathédrale Notre-Dame de Laon se dresse majestueusement sur la « montagne de Laon », la ville haute, surplombant la plaine de . La cathédrale possède trois grandes façades dotées de tours et des portails d'entrée monumentaux : à l'ouest comme de coutume, mais aussi au sud et au nord.
Sur les sept tours prévues, cinq s'élancent vers le ciel : les deux tours couronnant le bloc de façade ouest ; la tour-lanterne à la croisée du transept et deux tours aux extrémités du transept, qui comporte aussi deux tours semblables, mais seulement achevées à hauteur de la toiture. Villard de Honnecourt, maître d'œuvre et dessinateur du , a dit qu'elles étaient les « plus belles du mondeMarie Bayet, , 32 ». On dit aussi que l'architecte allemand Hermann Friedrich Waesemann s'en inspira dans la seconde moitié pour les plans du beffroi du Rotes Rathaus (hôtel de ville de Berlin)Jay Brunhouse, Maverick Guide to Berlin, Pelican Publishing Company, 2007, 184.
Les deux tours de la façade occidentale sont ornées de statues de bœufs grandeur nature. Elles rendent hommage aux bœufs qui ont acheminé les blocs de pierre depuis les carrières avoisinantes, notamment celles de la commune de Chermizy située à plus de , puis de les monter au sommet de la « montagne couronnée » de Laon. Selon la légende, épuisés par les efforts, les bœufs aurait été remplacés par un bœuf miraculeusement apparu..
Dimensions Longueur : Largeur : Hauteur sous voûte de la nef : Hauteur de la tour-lanterne : Longueur du transept : (ou 54 selon les sources) Hauteur des tours de la façade occidentale: Hauteur de la tour de la façade nord du transept : Hauteur de la tour de la façade sud du transept : Diamètre de la rosace du chevet du chœur : Largeur du transept :
Matériaux de construction La haute colline sur laquelle est installée la vieille ville de Laon est une butte témoin, un détachement de la côte d'Île-de-France, composée de divers sédiments du Tertiaire, tandis que la plaine en bas est composée de terrains crayeux du Crétacé. La table rocheuse peu épaisse juchée au sommet de ce promontoire, qui forme un plateau, est constituée de calcaires du Lutétien, datant d'environ d'années. C'est une excellente pierre à bâtir, solide tout en restant relativement facile à travailler. Cette pierre est caractéristique de toute la région parisienne. Laon est situé à la limite nord de la répartition de ces calcaires dans le Bassin parisien.
Le sous-sol de la ville est entièrement creusé de carrières souterraines sur deux à trois niveaux directement sous les maisons, dont la pierre a servi à construire la ville et ses monuments. Mais l'activité de ces carrières n'a pas toujours été suffisante : d'autres carrières ont aussi été exploitées sur les autres collines tertiaires autour de Laon pour alimenter les grands chantiers de construction médiévaux. La cathédrale est construite en un calcaire lutétien à ditrupa, tandis que les sculptures des portails sont en calcaire lutétien à milioles qui est plus fin. Les nombreuses restaurations plus récentes de la cathédrale ont été faites en calcaire lutétien à milioles importé des carrières de l'OiseGuide de la géologie en France, éditions Belin, 2008, , pages 582 à 584..
Extérieur de la cathédrale
Façade occidentale vignette|Les portails de la façade occidentale.
La façade occidentale de la cathédrale reprend des éléments de l'architecture des églises carolingiennes. Elle présente un puissant massif débordant la largeur du vaisseau de la nef en la contrebutant. Le rez-de-chaussée est composé de trois porches au fond desquels ont été trois portails. Au premier étage, la rosace à roue est formée d'un oculus d'où partent douze rayons de pierre. De part et d'autre de la rose, une fenêtre haute ornée de voussures a été percée. Au second étage, une galerie ajourée court le long de la façade. La partie centrale de la galerie est plus élevée que les parties latérales. Au-dessus de la partie centrale a été placée un groupe sculpté représentant la Vierge entourée de deux anges.
Portail central : le couronnement de la Vierge vignette|Portail central : le couronnement de la Vierge.