L'abbaye d'Aulne est une abbaye fondée en 657 et supprimée en 1794. Elle est située à Gozée, en Belgique, dans la province de Hainaut.
À l'origine, en 656, saint Landelin planta une croix à l'endroit où un monastère bénédictin sera fondé en 657. Ce monastère sera légué à l'évêché de Liège, qui en a acquis, de Charles Martel, la temporalité. En 882, les Normands remontèrent le cours de la Sambre et le prieuré d'Aulne sera ravagé, laissé à l'abandon pendant une cinquantaine d'années avant de renaître de ses cendres grâce à l'intervention de Richer, évêque de Liège.
En 1147, le monastère devient une abbaye cistercienne. Le prince-évêque de Liège Hugues de Pierrepont contribua fortement à la prospérité matérielle et spirituelle de l'abbaye, dont les privilèges s'accroissent considérablement au . En particulier, il soustrait l'abbaye d'Aulne de la mense épiscopale. Aulne devient l'une des abbayes les plus puissantes de la principauté de Liège.
Au , Aulne rencontre des conditions climatiques moins favorables et doit faire face aux épidémies et aux guerres. Le est un siècle noir. À plusieurs reprises, les moines doivent fuir pour se protéger des affrontements entre Liégeois et troupes des ducs de Bourgogne. L'abbaye subit à chaque fois des dégâts considérables. Cependant, jusqu'au , on assiste à la montée en puissance et au rayonnement de l'abbaye, largement reconstruite au et de nouveau au , qui est le siècle d'or de l'abbaye d'Aulne.
Mais en 1794, les religieux d'Aulne fuient à l'annonce de l'arrivée des révolutionnaires français, qui pillent l'abbaye pendant plusieurs jours, la détruisent et l'incendient avec sa bibliothèque. Après le décès du dernier moine usufruitier, un hospice est créé dans les bâtiments de l'abbaye. Ce qui reste des autres bâtiments de l'abbaye est démantelé et revendu au détail. Les ruines et vestiges des bâtiments sont aujourd'hui classés au patrimoine majeur de Wallonie.
La présence de deux réfectoires à Aulne semble indiquer que certains des moines suivaient la stricte observance de la règle (dont sont issus les moines trappistes).
Situation géographique L'abbaye d'Aulne est un monastère situé dans la section Gozée de la commune de Thuin, en Belgique, à 11 km au sud-ouest de Charleroi et à 5 km au nord-est de Thuin, dans la province de Hainaut. Elle est située au bord de la Sambre, dans un cadre de trois cirques de collines boisées et accidentées.
Fondation Souhaitant vivre en ermite sous la dure règle du moine irlandais saint Colomban, Landelin quitte Lobbes et s'installe à Aulne sur un terrain dont il possède l'acte de donationSaint Landelin est à l'origine de la fondation des abbayes de Lobbes et d'Aulne, sur la Sambre, ainsi que de l'abbaye de Crespin et du monastère de Wallers-en-Fagne (département français du Nord).. Les aulnes abondent en cet endroit quand, à l'origine, il y plante en 656 la croix, le monastère bénédictin étant fondé en 657Émile Poumon, Abbayes de Belgique, Office de Publicité, S. A. Éditeurs, Bruxelles, 1954, ..
Son charisme attire les candidats à la vie religieuse, lesquels viennent gonfler le noyau de départ de ce qui évoluera vers le prieuré d'Aulne. Mais peu de novices sont pourvus de la résistance physique de Landelin, qui est contraint de remplacer la règle de saint Colomban par la règle de saint Benoît, moins rigoureuse.
Quand la communauté d'Aulne atteint le seuil de l'autonomie, vers 657, Landelin la place sous la dépendance de Lobbes et part s'établir à Wallers où il fonde un monastère. Mais faute de supérieurs à la hauteur, l'abbaye de Lobbes et sa dépendance Aulne tombent en décadence. Hydulphe, seigneur de Lobbes et Pépin de Herstal, maire du palais d'Austrasie font appel à Ursmer de Lobbes, disciple remarqué de Landelin, qu'ils placent à la tête de la communauté. Les moines suivent la règle de saint Benoît.
Histoire Du Remarque préliminaire : il n'existe aucune chronique propre à Aulne du au . On en déduit trop souvent que ses origines sont entourées de plus de ténèbres que tout autre monastère. C'est vrai si l'on commet l'erreur de dissocier Aulne de ce qui l'entoure et la régit. Dépendance de Lobbes dès sa fondation, elle vit dans le sillage de la maison mère, en partage le rayonnement, la puissance et les vicissitudes. Son histoire se confond tout simplement avec celle de Lobbes.
En voici une illustration : vers 680, dans le legs écrit de la terre de Forestaille, Pépin de Herstal affecte à Lobbes tout ce que lui a donné Landelin, « à savoir l'église d'Aulne avec ses dépendances et possessions ».
Comme il l'est à Lobbes, Ursmer (680-713) est le premier religieux du prieuré d’Aulne et, à ce titre, le premier véritable animateur du prieuré dans l'Histoire.
De 732 à 737, Charles Martel, fils bâtard du maire du palais Pépin de Herstal, repousse les musulmans vers les Pyrénées et devient de fait le maître du royaume franc d'Austrasie dont Aulne fait partie. Une large distribution de terres est faite aux proches du maire du palais, qui n'hésite pas à séculariser, à cette fin, bon nombre de biens d'Église. L'abbaye de Lobbes et sa dépendance d'Aulne sont léguées à l'évêché de Liège, qui a acquis de Charles Martel la temporalitéPouvoir temporel conféré à un personnage ou une fonction représentant déjà un pouvoir spirituel. en 728 .
En 882, les Normands remontent le cours de la Sambre. Les moines de Lobbes et d'Aulne suivis des habitants proches se retranchent dans le château de Thuin, mais le prieuré d'Aulne est ravagée par les Normands. L'empereur Arnould de Carinthie sépare le domaine de Lobbes en deux parties, et verse, en 888, le prieuré lobbain d'Aulne dans la mense épiscopale de Liège. Aulne est laissée à l'abandon pendant une cinquantaine d'années avant de renaître de ses cendres grâce à l'intervention de Richer, évêque de Liège (920-945) C'est sous son épiscopat qu'on commença à nommer les évêques de Liège par ce nom ; ils étaient automatiquement nommés évêques de Tongres, même si le diocèse avait son siège à Liège et abbé de Lobbes (922-945), qui l'érige en abbaye séculière et devient ainsi, après Landelin et Ursmer, le troisième fondateur de ce monastère .
En 955, des cavaliers nomades venant de Hongrie déferlent sur la région et, une fois de plus, les moines d'Aulne et les habitants du voisinage se mettent sous la protection de l'abbé de Lobbes et résistent aux milliers de Hongrois.
En 961, Éracle, abbé de Lobbes et évêque de Liège de 959 à 971, résilie sa charge abbatiale pour se consacrer au diocèse. Il donne aux moines de Lobbes la liberté d'élire leur abbé, mais il reprend à Lobbes plus de la moitié de ses biens. Et Aulne quitte la tutelle de Lobbes pour tomber sous la tutelle directe de LiègeUne anecdote, en conséquence : en 968, ce même Éracle donne à Rathier, ancien moine de Lobbes et évêque de Vérone, les revenus - non négligeables - d'Aulne. Et Folcuin, abbé de Lobbes, y ajoute les revenus des villages de Gozée et Strée, du prieuré de Jumet-Heigne et de l'ancien monastère de Wallers-en-Fagne anéanti par les Normands. La gratitude n'étant pas la qualité première de Rathier de Vérone, il calomnie Folcuin au point que Éracle lui cède le siège abbatial de Lobbes de 971 à 972. Il faudra attendre 972 et l'épiscopat de Notger pour rendre justice à Folcuin. Après la mort en 974 de Rathier de Vérone, exilé à Aulne, les revenus de la communauté sont transférés par Notger à la ville fortifiée de Thuin .
Du milieu du En 1144, il existe à Aulne une petite communauté conduite par l'abbé Raoul qui tente d'imposer la règle des chanoines de saint Augustin. Ses efforts échouent et la même année, le prince-évêque de Liège Albéron annule le diplôme accordé aux religieux ayant opté pour la règle des chanoines de saint Augustin et offre Aulne à saint BernardDans le Chronicon Alnense, il est dit des anciens occupants qu'ils menaient une existence "qui n'avait rien d'édifiant" ). Le , Dom Francon de Morville, qui sera le premier abbé cistercien d'Aulne, arrive à la tête d'une douzaine de moines. Les chanoines et les habitants du village leur opposent une résistance opiniâtre, mais doivent se résigner. En 1158, Henri II de Leez, prince-évêque de Liège (1145-1164) confirme la donation d'Albéron II de Chiny-Namur, car la population voisine persiste à harceler les "imposteurs" par une lutte procédurière qui va durer jusqu'en 1205, quand le prince-évêque Hugues de Pierrepont (1200-1229) met fin définitivement au procès, confirme les donations de 1147 et 1158 et éloigne du voisinage tous ceux qui perturbent la tranquillité du monastère.
Les interventions du prince-évêque de Liège Hugues de Pierrepont (1200-1229) contribuent fortement à la prospérité matérielle et spirituelle de l'abbaye, dont les privilèges s'accroissent considérablement à cette époqueComme Hugues de Pierrepont aime à venir se délasser de temps à autre quelques jours parmi eux, les religieux lui construisent de leurs mains une vaste habitation au pied des anciens jardins en étage et lui creusent même un vivier rempli de poissons de choix, à peu de distance de là, afin qu'il pêche avec plus de tranquillité et de succès qu'au bord de la Sambre . En particulier, Hugues de Pierrepont soustrait l'abbaye d'Aulne de la mense épiscopale. Aulne devient l'une des abbayes les plus puissantes de la Principauté de LiègeJacques Duvigneaud et Françoise Carlier in Le patrimoine majeur de Wallonie, Namur, 1993, .
Le Les volumineux cartulaires d'Aulne montrent de quelle façon s'est formé le domaine, dont l'essentiel est constitué à la fin du : le prieuré devient un grand monastère. Les abbayes qui n'ont pas été dotées à cette époque ne le seront jamais et c'est le cas pour le plus grand nombre d'entre elles. Les conditions climatiques au favorisent l'agriculture : la communauté d'Aulne s'enrichit et la construction de l'église ogivale débute en 1214 et s'achève en 1247.
Le La montée en puissance et le rayonnement de l'abbaye durent jusqu'au : pour exemple, l'abbaye de Soleilmont est placée sous la direction de l'abbaye d'Aulne dès son incorporation en à l'ordre de Cîteaux ; elle restera sous la juridiction d'Aulne jusqu'au .
Le fléchissement de la discipline apparaît à Aulne sous l'abbatiat de Jacques de Gozée (1298-1331). En 1304, l'abbé de Clairvaux est sommé par son chapitre de procéder à la réforme de l'abbaye. En 1322, le pape Jean XXII recommande au prince-évêque de Liège de veiller sur Aulne ; Benoît XII, pape en Avignon (1334-1342) formé à la rude école de Cîteaux, publie une bulle le visant à réformer l'ordre cistercien. Au , les conditions climatiques moins favorables, les épidémies (peste bubonique, e.a.), les guerres (l'abbaye est une proie facile) et la migration vers les villes naissantes, réduisent sévèrement le nombre de frères convers et de travailleurs de la terre. C'est la crise à Aulne.
Le est un siècle noir. À plusieurs reprises, les moines doivent fuir pour se protéger des affrontements entre Liégeois et troupes des ducs de Bourgogne. L'abbaye subit à chaque fois des dégâts considérables. En 1492, l'abbaye est à ce point appauvrie que le pape Innocent VIII (1484-1492) ordonne aux abbés de Lobbes et de Cambron, ainsi qu'au doyen de Binche de mettre leurs ressources en commun pour procurer une subsistance convenable à la communauté et pour payer les dettes de l'abbaye. Demeurés fervents malgré leurs épreuves, les moines d'Aulne sont appelés - avec ceux de Clairvaux, de Villers et de Cambron - à réformer les monastères de moniales de Moulins à Anhée et du Jardinet à Walcourt, où la discipline monastique laisse à désirer .
Du à la révolution liégeoise de 1789 Le