La principauté d'Albanie est une monarchie établie en Albanie entre 1914 et 1925.
La Principauté est instituée à la suite des deux guerres balkaniques, lors de la conférence de Florence à la fin de l'année 1913 ; son territoire est rapidement occupé lors du déclenchement de la Première Guerre mondiale par les troupes serbes et monténégrines, tandis que le prince Guillaume de Wied, en fuite, se réfugie à Wied, dans le Reich impérialEntre 1871 et 1945, le nom officiel de l'État national allemand est , simplement désigné par le terme Reich par la suite.. En 1915, lors de la conquête de la Serbie par les Puissances centrales, les unités serbes en déroute traversent l'Albanie enneigée pour rejoindre les ports de l'Adriatique, où elles sont évacuées par les Alliés. Le territoire de la principauté est alors occupé et administré par l'Autriche-Hongrie, jusqu'à la fin du conflit. Évacué en , à la suite de la défaite austro-hongroise, la principauté ne retrouve pas sa stabilité, tout comme le prince, d'origine allemande, ne retrouve pas son trône. La principauté est alors régie par un conseil de régence, tandis que les luttes entre clans albanais rivaux se déchaînent, entretenues par les puissances voisines, l'Italie et le royaume des Serbes, Croates et Slovènes.
Les territoires albanais avant l'indépendance Constituée en 1913, proclamée en 1914, la principauté apparaît rapidement comme une création destinée surtout à équilibrer la région entre la sphère d'influence austro-hongroise et la sphère d'influence italienne dans la région et à contrer la politique serbe de recherche d'un accès à la mer.
Les Albanais au
Au début du , les territoires peuplés d'albanophones, alors dépendants de l'Empire ottoman déclinant, suscitent de longue date les appétits de l'Italie unifiée dans les années 1860, de la Russie, de la double monarchie, et des petits États balkaniques nouvellement indépendants.
Ainsi, dès le milieu du , les consuls autrichiens puis austro-hongrois en poste à Scutari exercent une sorte de protectorat sur les catholiques albanais, tandis que les Italiens considèrent le littoral albanais comme leur zone d'expansion privilégiée.
En 1878, à Berlin, les grandes puissances ont souhaité neutraliser ces territoires, sans succès. D'autres dispositions semblables sont à nouveau prises en 1909, entre la double monarchie et Rome. Ainsi, les représentants italiens et austro-hongrois s'engagent à défendre l'indépendance de l'Albanie dans le cas d'un effondrement de la domination ottomane dans la région, sans préjuger des modalités du partage du pays. Le mouvement national albanais, qui se manifeste dans la ligue de Prizren constituée en 1878, vise à obtenir l'autonomie des territoires majoritairement albanais, principalement dans le vilayet de Shkodër et le nord du vilayet de IoanninaLe bey ottoman de Ioannina demande en 1877 la formation d'un vilayet unique destiné à régir l'ensemble des Albanais, alors sous tutelle ottomane. ; cette revendication suscite l'opposition de Bismark, et, à ce titre, n'est pas étudiée à Berlin.
De plus, le loyalisme envers le sultan ottoman s'avère très prégnant au sein des populationsCette fidélité ne disparaît pas avant les années 1920.. Par ailleurs, le mouvement national concerne, dans un premier temps, les populations urbaines alphabétisées et le clergé, la culture des Albanophones étant jusque dans les années 1840 essentiellement orale. Ensuite, la diaspora albanaise, très présente dans les Balkans et en Anatolie, constitue un vivier de recrutement pour l'administration ottomane, qui s'appuie sur les Albanais pour gouverner et coloniser l'Empire ottoman avec des sujets supposés fidèles. Enfin, les trente-cinq dernières années de tutelle ottomane sur les territoires peuplés d'Albanais, entre l'échec de la ligue de Prizren et l'indépendance, sont marquées par une ébullition politique et culturelle : de nombreuses révoltes, toutes réprimées par le pouvoir ottoman, rythment le délitement ottoman en Europe, tandis que les régions albanophones connaissent un essor culturel important, rendu possible par les progrès de l'alphabétisation dans la région.
Enfin, les Albanais, majoritairement musulmans, comptent en leur sein une proportion non négligeable de chrétiens ; le recensement italienEntre 1939 et 1943, l'Albanie constitue un royaume, dont le roi règne aussi sur l'Italie, dans le cadre d'une union personnelle. de 1942 fournit une répartition confessionnelle de la population, que Gilles de Rapper estime proche de celle des années 1920 : les Italiens ont ainsi dénombré dans la population albanaise 68,9 % de musulmans, 20,7 % d'orthodoxes et 10,4 % de catholiques.
Les guerres balkaniques dans les territoires albanophones
Entre 1910 et 1913, les territoires albanophones sont en état d'insurrection permanente, les insurgés bénéficiant rapidement du soutien des Italiens, très actifs dans la région et en guerre contre les Ottomans.
De plus, à l'issue de la première guerre balkanique, les Ottomans sont pratiquement chassés du continent européen. Les territoires albanais, conquis au terme de profondes opérations conjointes gréco-serbo-monténégrines, sont confiés aux grandes puissances, qui doivent procéder à leur partage. Les représentants de ces puissances participant à la conférence de Londres souhaitent alors maintenir la suzeraineté ottomane en Albanie, mais échouent à en fixer les limites territoriales. De plus, les Serbes comme les Bulgares souhaitent disposer à leur profit de la Macédoine, principal butin de la guerre qui vient de s'achever, tandis que la dévolution des territoires albanais constituent un facteur de déstabilisation des relations entre grandes puissances.
Au même moment, Nicolas , l'ambitieux roi du Monténégro, souhaitant réaliser ses ambitions albanaisesSes ambitions sont connues dès 1908., met le siège devant Scutari le ; les troupes monténégrines occupent la ville le , mais doivent l'évacuer devant la pression coordonnée des grandes puissances.
Isolés des territoires ottomans par les conquêtes monténégrines, serbes, grecques et bulgares de la première guerre balkanique, les animateurs du mouvement national albanais, notamment Ismail Qemal Bey, se prononcent alors en faveur de l'indépendance de l'Albanie, afin de s'opposer aux ambitions des vainqueurs sur la régionCelui-ci, fonctionnaire ottoman, se montre au départ favorable l'autonomie des territoires albanais dans le cadre d'un empire ottoman profondément réformé..
À l'issue des conflits balkaniques, les troupes du royaume de Belgrade, soutenues par l'ensemble des représentants serbesLes députés serbes de la diète de Bosnie-Herzégovine proposent l'adoption d'une résolution en faveur de l'acquisition par la Serbie d'un débouché sur l'Adriatique., interviennent en Albanie, s'installant dans la région, non seulement afin de disposer d'un port sur l'Adriatique, mais aussi pour protéger les populations serbes, victimes de massacres perpétrés par les Albanais : cette intervention matérialise les ambitions serbes dans la région, exprimées depuis 1908En 1908, le gouvernement serbe, devant faire face à l'hostilité de la double monarchie, imagine la réalisation d'une ligne de chemin de fer reliant Belgrade à la côte adriatique, empruntant les territoires albanophones.. Ainsi, au cours du conflit face aux Ottomans, les Serbes s'assurent le contrôle de Durazzo et les Monténégrins celui de Scutari, Face à cette politique entreprenante, les gouvernements italiens et austro-hongrois, pour des raisons différentes, unissent leurs efforts pour chasser les Serbes du littoral adriatique, obtenant des autres grandes puissances, en , la création d'une Albanie indépendante : l'Italie souhaite contrôler le détroit d'Otrante ; la double monarchie, quant à elle, aspire à la fois à interdire à la Serbie l'accès direct à la mer et à se faufiler dans les Balkans jusqu'à Salonique, ce qui revient à contrôler la région avec un État client totalement soumis à la tutelle austro-hongroise. Le diplomate français Paul Cambon, alors en poste à Londres, n'est pas dupe de l'objectif que se sont assignés les responsables austro-hongrois en Albanie : dans les courriers adressés à son frère Jules Cambon entre 1912 et 1914, il analyse la politique locale, notamment les initiatives d'Ismail Qemali, fonctionnaire ottoman à la tête du mouvement national albanais, comme le moyen utilisé par la double monarchie pour s'immiscer plus avant dans les Balkans.
Pour obliger Belgrade à évacuer des territoires dévolus à la principauté, le gouvernement austro-hongrois, soutenu par le , tente, dans un premier temps, d'obtenir un arrangement sur l'évacuation du territoire albanais par la Serbie, mais se heurte à Nikola Pasic, le retors président du conseil serbe : la double monarchie cède le Sandjak à la Serbie, permettant aux royaumes serbe et monténégrin d'avoir une frontière commune, en échange d'une frontière terrestre commune entre l'Albanie et le Monténégro, obstacle à la constitution d'un débouché maritime pour le royaume de Belgrade ; dans un second temps, après des mois de négociations entre grandes puissances, Leopold Berchtold, ministre austro-hongrois des Affaires étrangères, fait parvenir, le , un ultimatum au gouvernement serbe, le sommant d'évacuer sous huit jours les territoires dévolus à la future principauté. Abandonné par les Russes, le gouvernement du royaume de Serbie s’exécute.
Des débuts difficiles Modalités de création
Le congrès national albanais proclame l'indépendance de l'Albanie le , reconnue lors de la session du de la conférence des ambassadeurs. Érigé en principauté, le nouvel État est le fruit de la collaboration politique austro-hongroise et italienne dans les Balkans ; de plus, lors de sa session du , les puissances constatent la rupture de tous les liens entre l'empire ottoman et les autorités du nouvel État, encore en cours de constitution.
État reconnu internationalement, la principauté se voit assigner par les diplomates austro-hongrois le statut de satellite, et est instrumentalisé par Vienne à la fois comme un moyen légal d'empêcher le royaume de Serbie de disposer d'un port sur l'Adriatique et comme le vecteur de l'expansion de la double monarchie dans les Balkans. Ainsi, lors de la séance du de la conférence des ambassadeurs, les représentants austro-hongrois obtiennent certes de leurs homologues la reconnaissance internationale de l'État albanais, mais ne parviennent cependant pas à imposer des frontières conformes à leurs souhaits.
Durant la période qui s'écoule entre les traités de paix qui mettent un terme aux guerres balkaniques et la proclamation effective de la principauté, le chaos semble régner sur les territoires albanophones non formellement annexés à la Serbie, accentuant l'importance numérique de la diaspora albanaise installée dans l'Empire ottoman.
Le , le statut définitif du territoire est fixé : les puissances européennes érigent l'Albanie en une principauté indépendante et neutre, dont le maintien de l'ordre intérieur est confié dans un premier temps aux troupes hollandaises, représentant un État notoirement non intéressé au contrôle des territoires albanais.
Définition des frontières vignette|Les différents projets de frontières de la principauté.|alt=carte de l'Albanie.
Les frontières du nouvel État constituent en réalité un compromis négocié à Londres en , puis à Florence en décembre, entre les représentants des grandes puissances et des États voisins, tandis que le gouvernement provisoire albanais émet lui aussi des propositions de tracés frontaliers.