La mythologie universelle, ou mythologie du grec muthologia, μυθολογία, c’est-à-dire muthos, μŨθος, « fable » et logos, λόγος, « discours », consistait, dans l’antiquité, en un récit imagé servant à établir des fonctions spécifiques imputées à des entités immatérielles dans le but d’établir à travers elles diverses fonctions religieuses.
Cette activité, basée sur une pratique cultuelle (relevant de rituels, d’invocations et de sacrifices) consistait en une demande adressée à une entité (jugée supérieure) en mesure d’intervenir pour exaucer une exigence particulière. En appliquant ce principe dans un sens universel à toutes les grandes religions du monde, tant passées que présentes, la « mythologie » devrait permettre de dresser un portrait suffisamment précis afin de choisir quelle entité invisible doit correctement être sollicitée pour accomplir cette tâche.
Le panthéon révisé
Une étude sur le sujetBrodeur, Apologie mythologique ou La clé des anges. est parvenue à établir une concordance entre les divinités des grands courants religieux (sans exclure l’actuelle religion chrétienne) en se basant sur une symbolique animalière. Cette étude prend comme point de départ une citation d’Ovide selon laquelle, au moment de leur fuite en Égypte sous les attaques de Typhon, les dieux de l’Olympe se dissimulèrent sous une forme animale :
Liste inachevée si l’on tient compte de l’absence de trois principales divinités, Héphaïstos, Arès et Athéna, fort heureusement complétée pour deux d’entre elles par son contemporain Antoninus Liberalis :
Après une correction nécessaire, la liste complète de cette symbolique totémique s’établit de la sorte : Zeus identifié avec le faucon (permuté avec le bélier chez Ovide) Apollon identifié avec le bélier (permuté avec Zeus chez Ovide et Antoninus) Dionysos identifié avec le taureau (permuté avec le bouc chez Ovide et Antoninus) Artémis identifié avec le chat Aphrodite identifié avec le poisson (lépidôtos imputé à Arès chez Antoninus) Hermès identifié avec l’ibis Héphaïstos identifié avec le bouc (permuté avec le bœuf chez Antoninus) Arès identifié avec l’âne (absent de la nomenclature d’Ovide et d’Antoninus) Athéna identifié avec le vautour (absent de la nomenclature d’Ovide et d’Antoninus)
Une fois cette identité animalière précisée, une correspondance fondamentale s’établit avec le panthéon égyptien. Zeus correspond à Horus (faucon, Falco peregrinus) Apollon correspond à Amon (bélier, Ovis ammon aries) Dionysos correspond à Min (taureau, Bos primigenius primigenius) Artémis correspond à Bast (chat, Felis silvestris libyca) Aphrodite correspond à Neith (perche du Nil, Lates niloticus) Hermès correspond à Thôt (ibis, Ibis religiosa) Héphaïstos correspond à Khnoum (bouc ou bélier, Ovis longipes palaeoaegyptiacus) Arès correspond à Seth (âne, Equus hermionus) Athéna correspond à Nekhbet (vautour, Gyps fulvus)
En Inde, cette association prend la forme d’un animal support appelé vāhana.
Restitution des fonctions primitives
, car il serait impropre, par exemple, d’implorer une divinité pour la guérison si le domaine sur lequel règne cette dernière relève de la défense. Évidemment, en raison de l’influence imposée par l’intérêt politique, économique ou religieux, certaines de ces fonctions ont été altérées, imputées à une autre divinité ou même carrément supprimées. Toutefois, l’ensemble de la personnalité du dieu survit toujours suffisamment pour en reconnaître les grandes lignes principales.
Principaux secteurs et leurs représentants
Secteur judiciaire
La divinité grecque veillant sur la sécurité citadine était Athéna Polias, terme signifiant « cité » d’où provient le mot moderne police et son animal familier était la chouette au regard nocturne perçant. En Égypte ancienne, la déesse Nekhbet était représentée sous les traits d’un autre rapace, le vautour fauve qui, associé lui aussi à un rôle de vigilance, la désignait comme protectrice du pharaon et de la Haute-Égypte. En Inde, cette entité a été désignée sous le nom de Devi. Son vāhana, sa monture, l’aigle, emprunte à celui de son géniteur, Vishnu, et la manière dont elle vient au monde est digne de mention :
« De la face de Vishnou en colère émana une grande lumière et il en fut de même de celle de Shiva et de Brahmá. Du corps des autres dieux sortit également une grande lumière. Toutes ces lumières se rassemblèrent en une seule extraordinaire qui « se transforma en une femme ! »Loth, page 221. La curieuse naissance de la déesse, émergeant de la « face de Vishnou », recèle un important arcane, car, faut-il le rappeler, Athéna ne naquit pas d’une manière conventionnelle, affirme la Fable, « adulte et toute armée, elle sortit du crâne de Zeus »Hamilton, page 24..
À titre comparatif, Nekhbet était intimement associée à l’Uræus, motif ornant le diadème du pharaon dans lequel se fondaient les symboles de deux divinités protectrices, le vautour de la Haute-Égypte (Nekhbet) et le cobra de la Basse-Égypte (Ouadjet). La tradition juive évoque indirectement une correspondance similaire dans le personnage de Métatron, dont le nom signifie « Au-dessus du trône », du grec meta « au-dessus » et thronos « trône » ; ange assurant la protection du char divin, la Merkabah, en veillant sur son zénith. « Pour cette raison, dans le Livre d’Énoch, il est appelé Phanuel, c’est-à-dire « Visage de Dieu », car Métatron est « l’Ange de la Face. » (Énoch, XL. 9) »Davidson, page 183.
Secteur législatif
La divinité grecque préposée à la promulgation des lois était le roi de tous les autres Olympiens, le grand Zeus dont l’animal attitré était l’aigle ; une forme revêtue par lui au moment de l’enlèvement du jeune prince troyen Ganymède. En Égypte ancienne, le dieu Horus, régent de toutes les autres divinités, avait le faucon pèlerin comme emblème, oiseau appartenant lui aussi à l’ordre des rapaces. En Inde, l’entité équivalente est Vishnou, divin conservateur de l’univers dont le vāhana est un aigle à moitié humain appelé Garouda.
Pour les anciens Grecs, l’attribut principal de Zeus était le foudre (terme masculin), une sorte de javelot servant à allumer des incendies chez l’ennemi ; même si, à priori, ces traits enflammés étaient plutôt l’œuvre d’Héphaïstos qui les forgeait avec la collaboration des Cyclopes. « De nombreux textes anciens nous montrent que pour les Grecs et pour les Romains la [sic] foudre, arme de Jupiter forgée par les Cyclopes, était un trait de guerre, mais c’était un trait incendiaire. »Martin, page 386.
On retrouve une allusion à cette capacité de foudroiement dans la tradition hébraïque où l’ange, retenant le bras d’Abraham au moment où il allait sacrifier son fils unique Isaac sur l’autel propitiatoire, Zadkiel, c’est-à-dire « Droiture de Dieu », reçoit également l’épithète de Barachiel, signifiant « Foudre de Dieu ».
Secteur culturel
La divinité impartie aux arts était, chez les anciens Grecs, le dieu Apollon auquel la lyre servait de symbole. Ses animaux emblématiques étaient nombreux, mais, à Sparte, on l’honorait sous la forme particulière d’un être humain dont la tête s’ornait de cornes de bélier parfaitement reconnaissable sur d’antiques pièces de monnaie. « Tantôt Karneios, dieu du bélier à Sparte (…) le loup que le dauphin, le chevreuil que le vautour, le cygne que le corbeau. »Salles, pages 129 et 130.
Ayant reçu un jour l’insigne honneur de conduire le char du soleil, il en était resté indéfiniment jeune et radieux. Cette qualité solaire a été conservée chez les anciens Égyptiens où il était honoré sous les traits du dieu Amon dont l’une des deux formes animalières les plus communes (la seconde étant l’oie du Nil, Anser fabalis) était justement le bélier.
Ce rôle incandescent s’est transmué en Inde dans l’invocation du dieu lors de la crémation rituelle des offrandes où il reçoit le nom d’Agni, c’est-à-dire « Feu », étant considéré comme l’incarnation divine de l’élément igné. Son vāhana, son animal-support, est encore une fois le bélier.
La fonction artistique n’a hélas pas été conservée, pas plus qu’en Égypte d’ailleurs, même si le feu et la musique demeurent intimement liés. En effet : « Tan Sen, un grand musicien hindou, avait le pouvoir, il y a des siècles, d’éteindre le feu avec ses chants. En 1926, un naturaliste de Californie, Charles Kellog répéta l’exploit à New York. Il se munit d’un grand archet qu’il frotta rapidement sur un diapason d’aluminium : l’effet produit un son très perçant et, aussitôt, le feu témoin (…) passa d’une grande flamme jaune de soixante centimètres de hauteur à une petite flamme bleue de quelques centimètres. Un seul autre coup d’archet eut totalement raison du feu qui s’éteignit tout à fait. »Nostra, Les musiques secrètes et initiatiques, no 264, page 28.
Dans la tradition orthodoxe chrétienne, le patron des arts se reconnaît fort heureusement aisément sous les traits de Jehudiel dont le vocable signifie « Louanges de Dieu ». Jehudiel, ou Anael (Haniel), est représenté tenant à la main une couronne, symbole de la réussite, or, les anciens Grecs représentaient fréquemment Apollon couronné de laurier.
Secteur médical
L’octroi de la fertilité, comprise comme la pierre angulaire de la santé et de la prospérité, était l’apanage chez les anciens Grecs de la déesse de l’amour, Aphrodite. Selon Hésiode, cette dernière devait sa naissance à la mutilation d’Ouranos dont l’appareil génital avait été jeté à la mer. Sortant littéralement du sein des eaux, « les vagues de la mer l’auraient poussée dans une coquille vers les rivages de Cythère. »Otto, page 113.
Cette association avec l’élément liquide est constante chez cette entité. En Égypte, sous le nom de Neith, elle protégeait le Delta avec pour emblème animalier la perche du Nil. Décrite dans la cosmologie d’Esna comme une antique divinité primordiale, elle émergea des eaux primitives pour engendrer la vie.
En Inde, elle est Lakshmí, déesse incarnant la beauté, la fortune et la prospérité. Sa naissance résulte de la quête pour un breuvage d’éternité, l’amrita : « Cette liqueur devant sortir de l’océan, (ou de la mer de lait), le mont Mandara fut arraché et emmené là, non sans difficulté, afin de servir de baratton (…) Vishnu se manifesta sous la forme d’une gigantesque tortue qui se plaça sous le mont (..) au cours du barattage (…) Śrî, radieuse de beauté, apparut assise sur une fleur de lotus. »Loth, pages 58 et 238. La tortue de mer (kurma) doit être correctement interprétée comme le symbole de la déesse, son vāhana, en lieu et place de l’éléphant blanc.
Faisant écho au mythe égyptien, le poisson se retrouve pareillement dans la tradition chrétienne. Dans le Livre de Tobit, Dieu envoie un ange, Raphaël, signifiant « Guérison de Dieu », aider Tobias, fils de l’aveugle Tobit, afin de découvrir un remède à la cécité de son père. « Alors un gros poisson sauta hors de l’eau et voulut lui avaler le pied (…) Le garçon se rendit maître du poisson et le tira à terre. L’ange lui dit : « Ouvre-le, enlève-lui le fiel, le cœur et le foie, mets-les de côté, puis jette les entrailles ; en effet, ce fiel, ce cœur et ce foie sont très utiles comme remèdes. »La Bible, Le Livre de Tobit, chapitre 6, versets 2 à 4. Avec les parties préservées, Tobias rendit la vue au vieil homme et chassa les démons qui obsédaient Sarah, l’épouse d’Abraham.
Secteur religieux
Le héraut des dieux, en Grèce ancienne, était le dieu Hermès, guide des voyageurs et psychopompe, c’est-à-dire « conducteur des âmes des morts ». Son animal familier était la grue, oiseau voyageur par excellence en raison de ses constantes migrations. Cette communication entre le royaume céleste et la terre des mortels doit être comprise comme le fondement même de la religion servant à « relier » l’un à l’autre.