Le phtalate de benzyle et de n-butyle ou benzyle butyle phtalate (BBzP), n-butyl benzyl phtalate (BBP), calques de l'anglais benzyl butyl phthalate est un composé chimique qui est l'ester phtalate du butanol et de l'alcool benzylique, principalement utilisé comme plastifiant. Il est vendu sous plusieurs noms commerciaux dont Palatinol BB, Unimoll BB, Sicol 160 ou Santicizer 160.

Il est principalement utilisé dans les mousses de vinyle et dans les PVC (qui peuvent en contenir jusqu'à 60 % de leur masse, pour assouplir (RIVM, 1998).

En raison de sa toxicité mais surtout de son caractère de perturbateur hormonal d'abord démontré chez l'animalTyl R.W., Myers C.B., Marr M.C., Fail P.A., Seely J.C., Brine D.R., Barter R.A. et Butala J.H. (2004). Reproductive toxicity evaluation of dietary Butyl Benzyl Phthalate (BBP) in rats, Reprod. Toxicol. 18, 241-264, il fait partie des substances jugées (Substance of very high concern) en FranceSecrétariat de la Commission d'Évaluation de l'Écotoxicité des Substances Chimiques, Rapport d'activité de la commission d'évaluation de l'écotoxicité des substances chimiques pour l'année 2001 ; La Documentation française, 14 février 2002 et en EuropeCommission européenne, DG ENV (2000) Towards the establishment of a priority list of substances for further evaluation of their role in endocrine disruption - preparation of a candidate list of substances as a basis for priority setting. Rapport final. BKH Consulting Engineers, Delft, The Netherlands in association with TNO Nutrition and Food Research, Zeist, The Netherlands. Project No M0355008/1786Q/10/11/00 et identifié comme CMRCMR according to Article 57 (c) of Regulation (EC) 1907/2006(REACH) au regard de la Directive REACH et classé comme reprotoxique en catégorie R 61, ce qui signifie qu'il peut altérer le développement de l'embryonAnnex I to Directive 67/548/EEC, Benzyl butyl phthalate (BBP) is classified as asubstance toxic to reproduction Repr. Cat. 2; R 61 (may cause harm to the unborn child)ECHA, Benzyl butyl phthalate, MEMBER STATE COMMITTEE SUPPORT DOCUMENT FOR IDENTIFICATION OF Benzyl butyl phthalate (BBP) AS A SUBSTANCE OF VERY HIGH CONCERN, adopté 2008-10-01. Il a fait l'objet d'une première évaluation des risques par la Norvège, pour l'EuropeCouncil Regulation (EEC) No 793/93 on the Control and Evaluation of the Risks of Existing Substances (rapport rendu en 2007EU RAR, 2007: European Union Risk assessment report, Benzyl butyl phthalate (BBP), 76 ). Toxique pour les plantes et les organismes aquatiques, c'est (comme d'autres phtalates et plastifiantsJobling S., Reynolds T., White R., Parker M.G. et Sumpter J.P. (1995) A variety of environmentally persistent chemicals, including some phthalate plasticizers, are weakly estrogenic, Environ. Health Perspect. 103, 582-587Zacharewski T.R., Meek M.D., Clemons J.H., Wu Z.F., Fielden M.R. et Matthews J.B. (1998) Examination of the in vitro and in vivo estrogenic activities of eight commercial phthalate esters, Toxicol. Science 46, 282-293) un perturbateur endocrinien (anti-androgène, c'est-à-dire féminisant à haute dose (10 à ). Deux de ses métabolites semblent l'être égalementPiersma A.H., Verhoef A., te Biesebeek J.D., Pieters M.N. et Slob W. (2000) Developmental toxicity of butyl benzyl phthalate in the rat using a multiple dose study design, Reprod. Toxicol. 14, 417- 425. Issu du rapport : Piersma A.H., Verhoef A., Dormans JAMA, Elvers L.H., de Valk F., te Biesebeek J.D., Pieters M.N. et Slob W. (1999). Developmental and testicular toxicity of butyl benzyl phthalate in the rat and the impact of study design RIVM rapport 650040 001.Parks L.G., Ostby J.S., Lambright C.R., Abbott B.D. et Gray LE (1999), Perinatal butyl benzyl phthalate (BBP) and di-(2ethylhexyl) phthalate (DEHP) exposures induce antiandrogenic effects in Sprague-Dawley (SD) rats, Biol. Reprod. 60 (1), 153Nagao T., Ohta R, Marumo H., Shindo T., Yoshimura S. et Ono H. (2000) Effect of butyl benzyl phthalate in Sprague-Dawley rats after gavage administration: a two-generation reproductive study, Reproductive Toxicology 14, 513-532Imajima et al., 1997; Shono et al., 2000 ; Tyl et al., 2004; Ema et al., 2002; Ema et al., 2003, cités dans EU RAR).Il est aussi source de réduction du poids des testiculesPiersma et al. (2000) cités par l'ECHA (voir biblio) de réduction de la distance ano-génitaleEma M., Miyawaki E., Hirose A. et Kamata E. (2003) Decreased anogenital distance and increased incidence of undescended testes in fetuses of rats given monobenzyl phthalate, a major metabolite of butyl benzyl phthalate, Reprod. Toxicol. 17, 407-412.Swan S.H., Main K.M., Liu F., Stewart S.L., Kruse R.L., Calafat A.M., Mao C.S., Redmon J.B., Ternand C.L., Sullivan S., Teague J.L. et le Study for Future Families Research team (2005) Decrease in anogenital distance among male infants with prenatal phthalate exposure, Environ. Health Perspect. 113, 1056-1061 et de mauvaise migration du testiculeImajima T., Shono T., Zakaria O. et Sulta S. (1997) Prenatal phthalate exposure causes cryptorchidism postnatally by inducing transabdominal ascent of testis in fetal rats, J. Pediatric Surgery 32 (1), 18-21.Shono T., Kai H., Suita S. et Nawata H. (2000) Time-specific effects of mono-n-butyl phthalate on the transabdominal descent of the testis in rat fetuses, BJU International 86, 121-125 (en cas d'exposition270 mg de BBP/kg bw/jour et 580 mg/kg bw/jour entre le et de gestation), et de malformation génitale chez plus de 80 % de rats mâles exposés in uteroDans 84 % des mâles de la progéniture (âgés approximativement de 90 jours) exposés à 750 mg/kg bw/jour de BBP du de gestation au postnatal à des doses importantes (), avec des effets observables à partir de 3750 ppm) et reprotoxiqueRochelle W. Tyl, Christina B. Myers, Melissa C. Marr, Patricia A. Fail, John C. Seely, Dolores R., Brine, Robert A. Barter, John H. Butala, Reproductive toxicity evaluation of dietary butyl benzyl phthalate (BBP) in rats, Reproductive Toxicology, 18, Issue 2, mars–avril 2004, 241-264 (résum). Il peut aussi être présent en tant qu'impureté d'autres produits chimiques.

En 2008, quatre vendeurs de BBP ont été sanctionnés en Belgique par le Belgian Competition Council pour avoir agi en cartelCommuniqué de presse Belgian Competition Council 2008-04-04 communiqué du ministère de l'Économie, 2008-04-04.

Fabrication et consommation On le fabrique en faisant réagir le butanol et le chlorure de benzyle avec de l'anhydride phtalique. En 1997, l'Europe en aurait consommé de à t/an [RIVM, 1998], mais sa production aurait régressé depuis la fin des années 1990. Il ne reste que deux grands fabricants en Europe. En tant que produit commercialisé, il est considéré comme pur à plus de 98,5 % (w/w). Les impuretés sont selon l'ECHA : < 1,0 % phtalate de dibenzyle (CAS ) ; < 0,5 % benzoate de benzyle (CAS ) ; < 0,5 % phtalate de dibutyle (CAS ) ; < 2 ppm α-chlorotoluène (CAS ) ; < 2 ppm α,α-dichlorotoluène (CAS ) ; additif < 0,5 ppm tétrakis (3-(3,5-di-tert-butyl-4-hydoxyphényl)propanoate de pentaérythritol (CAS ).

Usages Le BBP est (aux États-Unis surtout) utilisé comme assouplissant du PVC. On le retrouve par exemple dans le PVC de bandes de convoyeur alimentaire, de revêtements de sol, dans certains Skaï (imitations de cuir) ou pour la fabrication de cônes de signalisation routière [CERHR, 2003]. En Europe, plus de 90 % de la production est orientée vers la production de PVC ainsi que de divers polymères utilisés pour produire des revêtements de sol et certains emballages alimentaires, des peintures plastiques, joints ou colles.

Toxicologie Elle fait encore l'objet d'une réévaluation, mais on sait que ce produit (comme les phtalates) peut migrer d'un contenant en plastique vers la nourriture ou l'environnement [EC, 2004]. Sa toxicité pour l'homme n'avait pas encore en 2004 été vraiment étudiée, mais une étude épidémiologique de type cas témoin, concluait à un risque accru de myélomes multiples chez les ouvriers fabricant du PVC depuis au moins cinq ans et exposés à un mélange de phtalate [Heineman, 1992], des indices (études sur quelques dizaines à centaines de sujets) laissaient penser que l'enfant pouvait conserver des séquelles d'une exposition in utero, et une étude (2006) ayant porté sur 463 hommesHauser R., Meeker J.D., Duty S., Silva M.J., Calafat A.M. (2006) Altered semen quality in relation to urinary concentrations of phthalate monoester and oxidative metabolites. Epidemiolog, 17(6):682-91. a montré une mauvaise qualité de sperme fortement corrélée à des taux plus élevés de monoester de phtalate ou de ses métabolites urinaires. De plus, du MBeP (monobenzylphtalate) a été trouvé dans 94 % des échantillons de sperme, ce qui montre une large contamination par ce produit (au début des années 2000). Ce produit peut être trouvé dans le lait maternel humainMain K.M., Mortensen G.K., Kaleva M.M., Boisen K.A., Damgaard I.N., Chellakooty M., Schmidt I.M., Suomi A.M., Virtanen H.E., Petersen J.H., Andersson A.M., Toppari J. et Skakkebæk N.E. (2005) Human breast milk contamination with phthalates and alterations of endogenous reproductive hormones in three month old infants, Environ. Health Perspect., en ligne le 7 septembre 2005.

Écotoxicologie Des effets œstrogéniques et anti-androgéniques ont été recherchées chez le poisson, et constaté au moins chez Pimephales promelasHarries C.E., Runnalls T., Hill E., Harris C.A., Maddix S., Sumpter J.P. et Tyler C.R. (2000) Development of a reproductive performance test for endocrine disrupting chemicals using pairbreeding fat-head minnows (Pimephales promelas), Environ. Sci. Technol. 34:3003–3011, chez la truiteChristiansen L.B., Pedersen K.L., Pedersen S.N., Korsgaard B. et Bjerregaard P. (2000). In vivo comparison of xenoestrogens using rainbow trout vitellogenin induction as a screening system, Environ. Toxicol. Chem. 19, 1867-1874Knudsen F.R. et Pottinger T.G. (1998) Interaction of endocrine disrupting chemicals, singly and in combination, with estrogen-, androgen- and corticosteroid-binding sites in rainbow trout (Oncorhynchus mykiss), Aquat. Toxicol. 44, 159-170., mais sans preuves de synergies avec l'estradiolbutylbenzylphthalate and estradiol on liver estradiol receptor modulation and induction of zona radiata proteins in rainbow trout: no evidence of synergy, Env. Poll. 103, 75-80. à forte concentration, mais pas chez la carpe à faible concentrationECHA, 2008, biblio, 4, ENVIRONMENTAL HAZARD ASSESSMENT.

Symptômes d'intoxication Selon les données disponibles : à très haute dose, ce sont par ordre de gravité : perte d'appétit et inhibition de l'activité ; perte de poids ; apathie ; leucocytose ; collapsus, puis mort. L'examen histologique post mortem montre des hémorragies pulmonaires, des inflammations gastrointestinales aiguës et une dégénérescence de certaines parties du système nerveux central [EC, 2004].

Doses toxiques DL50 orale : la dose létale dans 50 % des cas est de (dilué dans l'huile de maïs) chez le rat et de administré pur chez le rat également. Elle est de – pour la souris. DL50 cutanée : la dose létale dans 50 % des cas est de plus de chez le lapin.

Chez le rat, à partir de 120 à par jour, une augmentation du poids relatif de certains organes (reins et foie surtout) est observée. Des lésions graves touchent d'abord le pancréas et les reins ; puis à plus forte dose, apparaît une dégénérescence testiculaire et des lésions dans le foie.

Classifications toxicologiques Il est classé : reprotoxique chez l'homme, de catégorie 2, pour le développement de l'enfant par l'Union européenne ; phrase de risque R61 : « risque pendant la grossesse d'effet néfaste pour l'enfant ») ; reprotoxique chez l'homme, de catégorie 3, pour la reproduction ; phrase de risque R62 : « risque possible d'altération de la fertilité » ;