vignette|La Vénus de Laussel, l'une des plus célèbres Vénus paléolithiques. vignette|Depuis le Paléolithique inférieur, les hommes semblent avoir été fascinés par la forme de leur propre corps et tentés de le représenter (galet de Makapansgat, ca. 3 millions d'années avant notre ère).. vignette|La Vénus de Hohle Fels, première manifestation attestée de l'art figuratif.

L'art préhistorique est l'ensemble de la production artistique au sens large (sans appréciation esthétique) réalisée par l'Homme durant la Préhistoire.

Si les premières manifestations discrètes de l'art préhistorique datent de la fin du Paléolithique moyen, celui-ci ne prend une réelle ampleur qu'au début du Paléolithique supérieur ( ) avec l'Aurignacien qui marque la première manifestation de l'art figuratif. Il est alors très diversifié dans ses thématiques, ses techniques et ses supports. Il inclut des représentations figuratives animales, des représentations anthropomorphes souvent schématiques, ainsi que de très nombreux signes. L'art préhistorique se développe ensuite durant le Gravettien, le Solutréen, puis le Magdalénien, souvent considéré comme l'apogée de l'art paléolithique.

Au Mésolithique ( ), les manifestations artistiques figuratives sont rares. De cette époque sont connus des galets peints ou gravés de figures géométriques.

Au Néolithique ( ), l'art figuratif se développe à nouveau, en incluant notamment des animaux domestiques. De nouveaux supports commencent à être utilisés, par exemple lors du décor de poteries en céramique.

L'art préhistorique est surtout le fait d'hommes modernes (Homo sapiens) mais quelques découvertes sont attribuées aux Néandertaliens (grotte de Gorham).

Théories interprétatives de l'art préhistorique : des interprétations globalisantes à l'interprétation actuelle pluraliste vignette|left|Le sorcier dansant de la grotte ornée des Trois-Frères pourrait évoquer le chamanisme et le totémisme. vignette|Exemple d'art préhistorique indigène australien. Selon la théorie du chamanisme pariétal, le but de ces œuvres picturales n'était pas de faire des « images » des mains. Les chamanes fondaient leurs mains dans la paroi assimilée à un voile tendu entre le monde humain et celui des esprit. Les mains disparaissent métaphoriquement et établissaient ainsi une liaison avec le monde des esprits.. vignette|mains négatives réalisées au pochoir, dont certaines avec doigts tronqués (grottes de Gargas). Selon l'hypothèse chamanique, ces mains symboliquement renforceraient le rituel chamanique. Il est possible aussi que l'amputation réelle des phalanges ait à l'occasion fait partie de rites d'initiation chamanique.. vignette|left|Une analyse mythologique de la grotte des Nageurs propose que les personnages en train de nager, s'engouffrent dans la gueule d'un monstre peint au fond de la cavité (symbolisant l'Océan primordial), ce qui illustrerait les croyances mortuaires des dynasties pharaoniques.. Les préhistoriens ont longtemps considéré que l'art préhistorique avait un berceau unique (naissance en Europe) et avait évolué progressivement pour devenir de plus en plus raffiné (du plus simple au plus compliqué comme la chronologie stylistique en quatre périodes d'André Leroi-Gourhan par exemple, avec « chevauchements » possibles entre les périodes). L'émergence de l'art dans différentes régions du monde et l'invention de la grotte Chauvet en 1994 remettent totalement en cause cette conception. Les datations au carbone 14 des peintures âgées de de Chauvet « font littéralement voler en éclats l'idée d'une évolution linéaire de l'art préhistorique et d'un art primitif balbutiant, au style fruste et grossier dont aurait progressivement émergé l'apothéose créatrice de Lascaux ».

La plupart des théories sur l'art préhistorique sont . Bien que le domaine de l'interprétation reste spéculatif car échappant à la démarche scientifique, différentes théories sur les origines de cet art sont proposées pour expliquer le grand boom artistique du Paléolithique :

L'art pour l'art selon l'école matérialiste : l'Homme préhistorique qui manifeste un pur plaisir de dessiner et de peindre, a des préoccupations artistiques. Cette théorie, dont un des premiers défenseurs est Gabriel de Mortillet, refait parfois surface.. Elle est reprise récemment par Nicholas Humphrey qui rapproche la naissance de l'art préhistorique de l'absence d'intention des artistes autistiques. Elle est en partie contredite par l'art pariétal qui est souvent dans des grottes sombres ou inaccessibles. De plus, elle apparaît dans la seconde moitié du marquée par l'anticléricalisme militant de préhistoriens éminents, tels Mortillet, Édouard Lartet ou l'anglais Henry Christy, dont le parti positiviste et matérialiste lutte contre le parti clérical hostile à l'ancienneté de l'homme préhistorique (l'homme antédiluvien de Jacques Boucher de Perthes). Les luttes idéologiques contaminent alors la recherche, ce qui explique le scepticisme d'Émile Cartailhac devant les peintures de la grotte d'Altamira, jusqu'à la parution en 1902 de son « Mea culpa d'un sceptique. », qui marque la reconnaissance tardive de cet art.

L'art comme recours au totémisme, évoqué par , Joseph Déchelette ou l'abbé Breuil qui insère cet art dans la reconnaissance plus vaste de pratiques religieuses (thèse remise au goût du jour avec l'archéologue Emmanuel Anati qui parle de proto-religion.) : les animaux représentés seraient les animaux-totems, les ancêtres d'un clan auxquels les hommes rendent un culte. Cette théorie est sévèrement critiquée. Les animaux représentés avec des flèches ou des blessures sont incompatibles avec le tabou qui s'attache au totem... Alain Testart propose une interprétation totémiste renouvelée en 2016., elle aussi critiquée..

L'art comme rituel de la chasse magique : hypothèse développée en 1914 par Salomon Reinach qui imagine que les représentations d'animaux ou de scènes de chasse donnent aux hommes préhistoriques le pouvoir magique de possession et de domination sur la bête, leur assurant ainsi une chasse fructueuse.. Elle est enrichie par le comte Henri Begouën. et l'abbé Breuil. Cette théorie ne fonctionne pas pour les représentations d'animaux ou d'éléments qui n'ont aucun rapport avec la chasse alimentaire. En outre, les animaux les plus souvent chassés, d'après les ossements retrouvés par les archéologues, ne sont pas les animaux les plus représentés. Cependant, la magie cynégétique n'implique pas seulement la chasse alimentaire mais comprend aussi la chasse rituelle, dont la chasse qualifiante qui permet au chasseur de passer d'un statut social ou symbolique à un autre (comme chez les Maasaï qui pratiquent une chasse aux lions rituelle)..

l'art comme rituel chamanique communiquant avec les esprits surnaturels : la théorie du chamanisme pariétal proposée par . (1952) et André Glory. (1964), est modernisée par David Lewis-Williams et Thomas Dowson. et introduite en France par Jean Clottes.. Elle a connu depuis lors de nombreux développements. et est très critiquée, à la fin du siècle dernier, par les spécialistes, préhistoriens et ethnologues : elle présente en effet une visée universaliste mais très réductrice et extrapolée, du chamanisme, elle a une assise ethnographique faible et elle ne correspond pas à la réalité archéologique, seules quelques images pouvant être interprétées en ces termes... Malgré ces critiques, cette théorie a la faveur du grand public et des médias..

L'approche structuraliste d'André Leroi-Gourhan dans les années 1960 qui démystifie les interprétations précédentes. Selon lui, le système iconographique de l'art paléolithique est structuré selon une partition binaire qui recouvre un dualisme sexuel complémentaire, un couplage constant avec la présence de signes masculins plutôt à l'entrée et au fond des cavernes, ou dans des espaces étroits, et des signes féminins, dans les espaces plus ouverts, ce qui débouche sur le concept de la féminité de la caverne (creuse). Cette binarité se reflète dans le dualisme des animaux et des matières qui leur sont empruntées. . Chez Leroi-Gourhan, comme chez bien d’autres chercheurs en sciences humaines dans les années 1960 à 1975 (comme Annette Laming-Emperaire qui élabore une explication sociale de l'art préhistorique en interprétant le couplage des animaux et des signes comme le symbole d'alliances matrimoniales)., le symbolisme sexuel et la grille d’interprétation psychanalytique tiennent lieu de référent ultime. Mais si précise et argumentée soit-elle, cette approche .

L'art comme représentations rupestres et pariétales liées aux mythes de la région où elles se trouvent, mythes locaux encore présents chez les populations actuelles (thèse mythologique). L'un de ces grands mythes est celui de l'émergence primordiale selon lequel les animaux ou les humains seraient sortis du sol, d'un rocher, d'une grotte, d'une colline ou montagne.. C'est dans ce cadre que s'est développée la thèse de l'art comme témoignage d'une hiérarchie sociale permettant à une caste de se prévaloir de ses origines mythiques, cette hiérarchie pouvant être une conséquence d'un début de division du travail (avec notamment des individus désignés soumis à un apprentissage spécifique, se spécialisant dans la peinture, le travail de la pierre ou de l'ivoire, d'œuvres d'art ayant une fonction de prestige) et d'accumulation des ressources. Les inégalités sociales ne seraient pas nées, comme on le croit ordinairement, avec la révolution néolithique et l'apparition de l'agriculture, mais dès le Paléolithique récent, en lien avec l'émergence d'un système économique fondé sur le stockage des ressources sauvages... Cette hypothèse de la stratification sociale est critiquée, ..

L'art comme une proto-écriture (empreintes de main) ou une ébauche de calculs avec les doigts (mains négatives aux doigts raccourcis)..

L'art paléolithique non considéré comme de l'art : cette conception utilitariste des préhistoriens anglo-saxons suppose que les hommes préhistoriques ont des préoccupations non esthétiques mais fonctionnelles, et insiste sur le rôle social des œuvres d'art pariétal perçues comme des expressions symboliques de rites de formation, d'initiation, de fécondité, de rituels de préparation à la chasse, d'invocation magique, de rituels de communication avec les esprits (chamanisme, revivification des animaux selon les saisons), etc.. La multiplicité de ces rôles et les interprétations spéculatives qui en découlent expliquent pourquoi, selon l'archéologue Paul Bahn, « un nombre croissant de chercheurs ont décidé d'abandonner la vaine quête des significations » des œuvres d'art..

Depuis toutes ces interprétations globalisantes, la majorité des préhistoriens considèrent que ces théories ne sont pas exclusives les unes des autres et se sont rangés . La diversité de l'art préhistorique, sa richesse et la complexité des associations symboliques, rendent son interprétation unique et globale périlleuse. Les nombreuses théories attestent leur superfluité par la multiplicité des explications sur lesquelles elles reposent.. Toutes les significations sont en effet envisageables car elles varient selon les époques préhistoriques et les régions du monde. L'art .

Histoire des représentations vignette|redresse=1.5|left|Les artistes préhistoriques d'Émile Bayard, gravure extraite de L’Homme primitif, de Louis Figuier (1870). Dans le prolongement des mouvements féministes dits de la vague, l'archéologie féministe réévalue la place des femmes dans l'art préhistorique, longtemps exclue des représentations stéréotypées véhiculées par l'évolutionnisme culturel, les préhistoriens et les artistes du , en majorité des hommes, au gré de leurs convictions et/ou revendications. Cf ..