thumb|300px|Illustration de Maurice Sand, pour Légendes rustiques de George Sand, qui a œuvré pour la connaissance des contes du Bas-Berry, région voisine de la Marche limousine (Paris, Bibliothèque des Arts décoratifs). Le conte limousin est une catégorie littéraire qui englobe les écrits, produits sous les diverses formes que peut prendre le genre littéraire du conte, qui illustrent tel ou tel aspect du Limousin (épisodes merveilleux, faits historiques ; activités économiques ; vie quotidienne, etc.) ; et, en même temps, le conte limousin est rattaché au conte français, et il est donc un ensemble d'œuvres appartenant à la littérature française.

Éléments pour une histoire du conte limousin thumb|La tourbière du Longéroux, site naturel emblématique du Limousin, dans le parc naturel régional de Millevaches en Limousin, un lieu qui évoque certains contes limousins. L'oral / l'écrit ; le limousin / le français Le domaine littéraire du conte limousin recouvre des récits produits à l’oral comme des récits inventés sous forme écrite, des contes restitués en langue limousine comme des contes donnés en français, des contes populaires comme des contes savants.

Ce qui est exprimé dans les récits appartenant au domaine du conte, auquel appartient le conte limousin, a été mis en lumière par Bruno Bettelheim, dans son ouvrage Psychanalyse des contes de fées (ouvrage initialement publié en 1976) :

L'unicité qui existe dans les divers textes appartenant au domaine du conte, auquel appartient le conte limousin, a été éclairée à travers les leçons de Vladimir Propp, énoncées dans son livre Morphologie du conte (ouvrage initialement publié en 1928) :

Les collecteurs de contes Le collecteur de contes effectue ce travail indispensable qui permet de garder trace de récits qui ne sont connus que dans la mémoire de personnes du Limousin qui connaissent tel ou tel récit merveilleux qui n'a pas été, jusque-là, transcris dans une forme écrite et publiable.

On peut citer, parmi les écrivains qui ont collecté des contes limousins (les collecteurs ont souvent recueilli la version d'un conte, qui est un récit déjà connu, une version qui est propre à la personne qui est sollicitée par la collectrice / le collecteur), deux auteurs qui ont joué un rôle important pour la connaissance du conte limousin.

Marcelle Delpastre, née en 1925, près de Chamberet, en Corrèze, décédée en 1998, se met, dans les années 1960, à collecter et à réécrire des contes traditionnels limousins ; ces contes sont publiés en langue limousine, avec une traduction française ; le premier de ces recueils est publié en 1970 sous le titre « Contes populaires du Limousin. »Marcelle Delpastre, Contes populaires du Limousin, revue Lemouzi, , Tulle, 1970. Claude Seignolle, né en 1917, à Périgueux', a commencé par collecter le patrimoine légendaire des régions françaises ; les résultats de ses collectes ont été publiés dans plusieurs volumes ; en 1997, une réédition de ces contes a vu le jour sous le titre Contes, récits et légendes des pays de France, avec l'un des volumes de cette publication, le tome 2, qui est consacré au conte limousin (ainsi qu'au contes des régions suivantes : Paris, Île-de-France, Val de Loire, Berry, Sologne). »Claude Seignolle, Contes, récits et légendes des pays de France : Tome 4, Paris, Île-de-France, Val de Loire, Berry, Sologne, Limousin (ces récits ont été publiés en 1977), Paris, Omnibus, 1997.

La collecte des récits auprès des conteurs et des conteuses est faite aussi, naturellement, par des personnes qui n’ont pas pour but, dans leur travail, de produire des textes, soit ré-écrits à partir de telle ou telle version d’un conte, soit inventés autour de tel ou tel motif de conte limousin.

Ces personnes, qui sont des spécialistes dans divers domaines, ceux du folklore, de l’ethnologie, de la littérature populaire, de la langue limousine, ont, en fait, un autre objectif, qui est de proposer des recueils rassemblant des versions de contes, transcrites fidèlement (et non pas ré-écrites), à, partir de l’écoute de conteurs et de conteuses. Geneviève Massignon propose ainsi, dans son ouvrage De bouche à oreilles : le conte populaire français, 9 récits qui ont été recueillis en Charente limousineGeneviève Massignon, De bouche à oreilles : le conte populaire français, Paris, Berger-Levrault, 1983.. Une autre anthologie de contes a été constituée par deux collecteurs, Jacques Chauvin et Jean-Pierre Baldit, tous les deux professeurs, linguistes, spécialistes de la langue d’oc ; ces textes ont été publiés sous le titre de Contes populaires du Limousin : la Haute-Marche, Lemouzi, , Tulle, 1991 ; on trouve dans ce recueil de contes 10 contes facétieux d’animaux, 18 récits de diableries, 8 contes merveilleux ; quatre de ces contes viennent de l’ouvrage de Darchy, Les Contes de la MarchePierre-Paul Darchy, Les Contes de la Marche, Guéret, impr. de R. Delage et D. Joucla, 1885..

En matière de recueils de contes qui sont des anthologies de récits collectés auprès des conteurs et des conteuses par des collecteurs ou des collectrices, spécialistes de la culture populaire, il faut, bien sûr, citer ici le très important ouvrage de Paul Delarue et Marie-Louise Ténèze, Le Conte populaire français, publié en 4 tomes, entre 1957 et 1985, et réédités par Maisonneuve et Larose, en 2002. Cette grande et précieuse compilation de contes présente le texte intégral de plus de 200 récits, dont quelques-uns appartiennent au domaine du conte limousinPaul Delarue & Marie-Louise Ténèze, Le Conte populaire français, Maisonneuve et Larose, 2002..

Le conte limousin : petit historique Le savoir le plus reconnu dans le domaine du conte a donc été rassemblé par Paul Delarue qui a décrit le Conte français dans le passé dans la préface du tome premier de l’ouvragePaul Delarue & Marie-Louise Ténèze, Le Conte populaire français, tome premier, Maisonneuve et Larose, 1957. dont il a été l’initiateur, et qui a été poursuivi par Marie-Louise Ténèze, Le Conte populaire françaisQuatre tomes publiés entre 1957 et 1985..

Concernant les siècles qui précèdent le , Jean Rouquette, traitant de la littérature d'oc pour toutes les régions concernées par cette littérature, a célébré le conte :

Pour la période qui est celle de la fin du , et celle du , Paul Delarue évoque trois courants, pour ainsi dire. Il y a le courant, qui débute vers 1685, qui voit naître les Il y a ensuite le courant de la littérature de colportage, qui commence vers 1720, et Paul Delarue relève Il y a également un courant, qui se manifeste par moments, à partir de 1750 environ, à travers telle ou telle publication (on pense, par exemple, aux récits de Jeanne-Marie Leprince de Beaumont), et il s’agit d’une littérature

Un domaine voisin de celui du conte est celui de la fable ; dans ce domaine de la fable figure le recueil de Jean-Baptiste Foucaud, Quelques fables choisies de La Fontaine, mises en vers patois limousinJean-Baptiste Foucaud, Quelques fables choisies de La Fontaine, mises en vers patois limousin, avec le texte français à côté, Limoges, J.-B. Bargeas, 1809., publié en 1809 ; ce recueil se place dans l’héritage des courants du , et il est, en quelque sorte, le « grand ancêtre » dans la catégorie littéraire qui est celle du conte limousin. Une vingtaine d’années plus tôt, un autre auteur limousin, François Richard composait des textes qui se rapprochent de ceux de Jean-Baptiste Foucaud, des poésies, et aussi des récits en forme de fables ou de contesFrançois Richard, Poésies en patois limousin et en français, Limoges, Vve H. Ducourtieux, 1899 (ces pièces contiennent fables et contes et datent des années 1780)..

Les récits de Jean-Baptiste Foucaud sont donc publiés à Limoges en 1809, et on constate que, dans les soixante années qui suivent cette publication, soit pendant deux générations, pour ainsi dire, le conte limousin est un genre ignoré des milieux littéraires et scientifiques, et cela est également vrai pour les contes de toutes les régions de France : thumb|André Léo est, avec Légendes corréziennes, recueil de contes publié en 1870, une pionnière dans la mise en lumière du conte limousin. À l’inverse, les deux générations qui suivent, des années 1860 jusqu’à la fin de la première guerre mondiale, sont riches, pour le conte limousin, en publications, ou bien de recueils de contes « récrits » par des écrivains (comme André Léo, Jean Grange, ou Jérôme Tharaud et Jean Tharaud), ou bien de compilations de récits recueillis par des collecteurs (comme Pierre-Paul Dachy, Denis Roche, ou Georges-Michel Coissac).

Dans la génération suivante, celle qui suit la première guerre mondiale, ce qui est vrai pour le conte français, en général, est également vrai pour le conte limousin :

Dans les deux générations les plus proches de nous, qui sont celles qui mènent de la fin de la seconde guerre mondiale jusqu’à nos jours (en 2012), nous assistons, pour le conte français, comme pour le conte limousin, à la publication de recueils, assez nombreux, qui présentent, soit , soit ; on comprend que cette collecte de contes se fait moins prolifique, au fur et à mesure que le temps passe ; il reste que tout le travail de collecte qui a été fait après 1945 nous a laissé de précieux recueils de contes, comme ceux de Paule Lavergne, ou ceux de Marcelle Delpastre, ou encore ceux de Claude Seignolle.

Pour le , Charles Camproux, traitant de la littérature d'oc dans toute son étendue géographique, a rendu hommage au genre littéraire du conte :

Des auteurs et des recueils de contes Les auteurs d'une « bibliothèque idéale » Parmi les auteurs de cette « bibliothèque idéale » du conte limousin, le nombre d’écrivains féminins est assez important, représentant environ un tiers du total ; les auteurs qui ont présenté, dans les recueils qu’ils ont publiés, des récits en langue limousine est important également, avec environ un tiers des ouvrages qui contiennent des textes en langue limousine ; les auteurs liés au mouvement du félibrige sont présents dans cette liste, comme Marcellin Caze, Pierre Verlhac et Henri Monjauze, Eusèbe Bombal, Marguerite Priolo, et on peut relever le rôle joué par le Félibrige limousin (mouvement visant à la sauvegarde, l’illustration et la promotion de la langue limousine et de la culture spécifique du Limousin) dans la collecte des contes.

La « bibliothèque idéale » Cette « bibliothèque idéale » présente des œuvres qui sont vieilles de plus de 12 ans (en 2012), qui ont donc été publiées avant 2000, et qui sont donc comme des « classiques » du genre, et qui couvrent deux siècles de publication de recueils de contes :

Années 1790 à 1839 François Richard, Poésies en patois limousin et en français, Limoges, Vve H. Ducourtieux, 1899 (ces pièces contiennent fables et contes et datent des années 1780) Jean-Baptiste Foucaud, Quelques fables choisies de La Fontaine, mises en vers patois limousin, avec le texte français à côté, Limoges, J.-B. Bargeas, 1809

Années 1840 à 1879 Élie Berthet, La famille du paysan ; Le loup-garou, Paris, De Vigny, 1843 Duléry (Abbé), Rochechouart, histoire, légendes, archéologie, Limoges, Impr. de Ducourtieux, 1855 Louis Guibert, Légendes du Limousin, Paris, P.-M. Laroche, 1865 Jean-François Bonnafoux, Légendes et croyances superstitieuses, conservées dans le département de la Creuse, Guéret, Vve Bétoulle, 1867 André Léo (nom de plume de Victoire Léodile Champseix), Légendes corréziennes, Paris, Hachette, 1870 Paul Ratier, Les Légendes marchoises, Roanne, Impr. de Marion et Vignal, 1870 Alfred Assolant, François Buchamort, récits de la vieille France, Paris, Impr. de Cusset, 1873 Louis Duval, Esquisses marchoises, superstitions et légendes, histoire et critique, Paris, Champion, 1879

Années 1880 à 1914 Lingamiau, Patoiseries illustrées. La Gnorla de Lingamiau, Limoges, Ducourtieux, (s. d.), vers 1880 Pierre-Paul Darchy, Les Contes de la Marche, Guéret, Impr. de R. Delage et D. Joucla, 1885