Hélène Marie Marguerite Perdriat (1894Notice biographique, n° FRBNF16188555.-1969) est une peintre figurative et graveuse française devenue dans l'entre-deux-guerres, avec l'émergence de l'Art déco, une vedette internationale de l'art moderne. Issue de l'avant garde parisienne à la suite de Marie Laurencin, elle peint, dans un style parfois très proche de l'École de Paris, une image de la femme qui est une invitation du spectateur à entrer dans son rêve. Retirée du monde dès 1937, elle laisse de rares poèmes, restés inédits.

Biographie Rencontre du libertin Roché et vocation (1914-1915) Née dans une richeAn., in Time, New York, 27 janvier 1930. famille de La Rochelle, Hélène Perdriat suit sa scolarité avec son aînée dans un pensionnat tenu par les sœursM. Georges-Michel, De Renoir à Picasso. Les Peintres que j' ai connus avec 50 illustrations de ces peintres., , Librairie Arhème Fayard, Paris, 1954.. L'adolescente rêve face au port d'exotisme et d'évasion. Encore mineure, elle « monte » à Paris en 1914 dans l'idée de vivre de sa plume et y épouse un jeune homme, que la consomption emporte peu avant la déclaration de guerre.

Veuve à vingt ansC. Du Toit, Henri-Pierre Roché : à la recherche de l'unité perdue, le devenir d'un écrivain. - thèse de doctorat, I "Henri dit Pierre Roché : Itinéraire d'un dispersé.", , Département de l'université de Pretoria, Pretoria, 2006., elle est découverte par le collectionneur séducteur Pierre Roché, pygmalion de l'avant garde qui a quinze ans de plus qu'elle et encourage son talent de dessinatrice. Il la présente à ses compagnons de nuit, André Salmon, Guillaume Apollinaire, . Pour la soutenir financièrement, Roché, qui cherche à s'imposer comme le spécialiste de l'« art féminin », achète tous ses tableaux, dont La CréoleV "La Belle Époque", ., dans le but de les revendre. Il lui commande les illustrations d'un roman qu'il ne publiera qu'après la guerreJean Roc, Don Juan et…, La Sirène, Paris, 1921. et lui donne pour chaque dessin vingt francs, de quoi manger et acheter son matérielRoché lui-même est un jeune rentier, propriétaire avec sa mère de trois immeubles, dont une maison close de Pigalle, sise rue Fontaine.. Devenu son amant en parallèle de , un élève norvégien de Christian Krohg venu en 1912 étudier auprès de Fernand Léger, il conservera cinquante et une toilesA. Dimanche, in G. De Luca, A. Dimanche, S. Reliquet & A. Petitier, « Roché et l’Art », in Actes des Rencontres internationales Jules et Jim, , Association Jules & Jim, Couzon-au-Mont-d'Or, 2003..

En 1915, au cours d'une maladie qui la tient à son tour alitée et à laquelle elle ne pense pas non plus survivre, elle réalise un autoportrait testamentaire qui signe son engagement dans la carrière de peintre. La convalescence se prolongeant, elle poursuit son œuvre en autodidacte, avec des portraits de ses proches, des réminiscences de ses rêves, des peintures d'animaux ou de personnages imaginaires mais aussi, voie dans laquelle la suivra Adolphe Beaufrère, des marines et des illustrations de sa Bretagne affectionnéeM. Wolpert & J. Winter, ., & sq., , Atglen, 2004..

Dans la révolution artistique (1916-1918) Pierre Roché, dont Hélène Perdriat espère avoir un enfant mais qui refuse de l'épouser par principe, la présente au mécène Jacques Doucet, qui lui achètera quatorze gravures, à Georges Auric, auquel il donne des livrets et qui travaille à la mise en musique des poèmes de la jeune femmeH. Perdriat, 21 poèmes copiés par Georges Auric, Paris, 1916, cote 223.5., puis bientôt à Jean CocteauH. Perdriat, Lettre à Jean Cocteau, Paris, [s. d.], cote 48.2., boute en train du Groupe des Six. Elle peint sa première huile, un paysage, à l'ongle et au coton-tige. En 1916, il présente le portrait qu'elle a fait de lui à Pablo Picasso, lequel désapprouve. Le maître du cubisme n'a pas pardonné à Marie Laurencin, autre maîtresse et femme libre que Roché lui a présentée, la séparation de celle-ci d'avec Guillaume Apollinaire.

Roché confie à l'impétrante la réalisation et la distribution du programme du concert privé que Georges Auric donne chez Paul PoiretB. Klüver, Un jour avec Picasso: le 12 août 1916, , Hazan, Paris, 1994.. C'est une ode écrite par Roché et mise en musique par Erik Satie. En juillet, le grand couturier commande à la jeune artiste le portrait de sa femme, Denise, et en profite pour lui faire réaliser discrètement une frise érotique dans la salle de bains de sa garçonnièreB. Klüver, Un jour avec Picasso: le 12 août 1916, , Hazan, Paris, 1994.. La Presqu'île, revue d'art et de littérature aussi connue sous le nom de "cahier d'art et de pensée du front" J. Sylvaire, « Explications inutiles. », in La Presqu'île - Cahier d'art et de pensée du Front, deuxième série, , Paris, juillet 1916., qui fait découvrir les très jeunes talents tels Pierre de RégnierFils naturel de Pierre Louÿs et de Marie de Heredia., René Clair, Joseph Kessel, Mireille Havet, Francis Ponge, lui offre sa première publication, une oeuvre en pointe sèche avantgardiste , aux connotations érotiques, Trois filles folles dansent à la luneLa Presqu'île - Cahier d'art et de pensée du Front, deuxième série, , Paris, juillet 1916..

Mobilisé à la fin de l'année pour une mission diplomatique à New York, où il fonde avec Marcel Duchamp et Béatrice Wood l'éphémère revue Dada The Blind Man alias Rongwrong, le simple soldat Roché organise pour sa deux expositions à la Modern Gallery de Marius de Zayas, en puis, à la suite de Marie Laurencin, du au An., « Helene Perdriat at Modern Gallery », in American Art News, vol. XVI, , , New York, 23 février 1918.Ch. Lehman, Miscellaneous art exhibition catalog collection, 1813-1953, vol. 1915-1925, série 5, boite 3, microfilm 4859, Archives of American Art, Washington, 2005.. En , il convainc la collectionneuse et mécène Katherine Dreier« Hélène Perdriat - b. 1894, FRENCH » , in R. L. Hebert, E. S. Apter & E. K. Kenny, The Société Anonyme and the Dreier Bequest at Yale University : A Catalog Raisonné., , Yale University Press, New Haven, 1984. d'acheter deux petites évocations des amours lesbiensUne petite gravure (7,3 x .) et un dessin, aujourd'hui conservés à Yale. Le dessin représente par des courbes enlacées l'étreinte chaste de deux femmes nues. Les seins sont cachés par des fruits, thème récurrent chez Perdriat. La gravure montre le baiser furtif de deux jeunes femmes en amples robes au moment où elles se croisent devant une fenêtre.. À Paris, Hélène Perdriat continue de fréquenter les « cafés cubistes » de Montmartre et de Montparnasse. Le , elle est de ceux qui assistent à la première de ParadeM. Georges-Michel, De Renoir à Picasso. Les Peintres que j'ai connus avec 50 illustrations de ces peintres., , Librairie Arhème Fayard, Paris, 1954..

Les Années folles et la célébrité (1919-1929) Au début de 1919, l'autoportrait d'Hélène Perdriat nue en bas noirs accroché au Salon des indépendants fait scandale. Elle se remarie finalement dans l'année au peintre et part en voyage de noces pour Christiania. Son mari expose à la Hall, et elle, à la galerie des L. Garafola & N. van Norman Baer, The Ballets Russes and Its World., , Yale University Press, New Haven, 1999.. De passage, Fernand Léger, que le couple hébergeF.Léger, Lettre à Ccnstantin Brancusi, Vursenkolle, 11 décembre 1919, cité in Fonds Constantin Brancusi, "Lettres ou cartes postales manuscrites", cote 47.f, Bibliothèque Kandinsky, Paris., rédige la notice. La reine Maude, en achetant la toile peinte à l'ongle, fait d'Hélène Hellesen une artiste internationale, exposée à Londres et BerlinJ. Brunereau, « Ballade des Saintongeaises. Femmes de Saintonge à découvrir ou redécouvrir. », , in Aguiaine-Le Subiet, , SEFCO, Saint-Jean-d'Angély, 2011..

En 1920, pour son retour à Paris, Roché, fidèle en affaires, inaugure sous la forme d'un poème en prose son exposition que Jacques Hébertot accueille à la galerie MontaigneR. L. Hebert, E. S. Apter & E. K. Kenny, The Société Anonyme and the Dreier Bequest at Yale University : A Catalog Raisonné., , Yale University Press, New Haven, 1984.. L'année suivante, il lui consacre un long articleV "La Belle Époque", .. Elle peint une des œuvres qui servent de décor au bar du cirque Medrano<ref>L. D., « Spectacles », in Cinéa, , , Paris, 17 mars 1922.</ref>, lieu de rencontre de l'imaginaire absurde avec le peuple où triomphent, entre autres, les Fratellini. Lucien Vogel l'édite dans un de ses Feuillets d'artG. Barbier, H. P. Roché, É. Faure, É. Laboureur, Feuillets d'art, , Lucien Vogel, Paris, octobre 1922.Exemplaire sans les collections du Jardin-musée départemental Bourdelle d'Égreville., revue qui invente, dans la suite de la Gazette du Bon Ton d'avant la guerre, la mode Art déco, et Ricciotto Canudo, dans La Gazette des sept arts, qui promeut la modernité dans l'art. Aux États-Unis, Jeune fille à l'éventailH. Perdriat, « Girl with a Fan », . se retrouve dès cette époqueM. A. Meyers, , , Transaction Publishers, New Brunswick (New Jersey), 2006 . à côté des Pascin, Segonzac, Derain, Laurencin, Gritchenko, Lotiron, Chlrico, Kars etc. dans la collection du pharmacien millionnaire Albert Barnes, aujourd'hui musée de la Fondation Barnes, à PhiladelphieW. Schack, « Art and », The Philadelphia Inquirer, , Philadelphie, 11 juin 1960..

En 1922, elle écrit l'argumentNotice bibliographique,n° FRBNF42161643. et dessine le décorNotice bibliographique,n° FRBNF42161602., le rideauService des archives, Contents of the Archives of Les ballets suédois, , , Stockholm, juin 2006. et les costumesCf. photographie in Comœdia, I, Paris, 27 mai 1923. du Marchand d'oiseaux, ballet de Germaine Tailleferre créé par les Ballets suédois de Rolf de Maré le au Théâtre des Champs-Élysées. Le spectacle est bref mais c'est le premier qui est écrit, texte et musique, exclusivement par des femmes et monté sous leur direction, ce qui lui vaut d'être reçu par la critique comme un manifeste féministeL. A. Hamer, « Germaine Tailleferre and Helene Perdriat's Le Marchand d'oiseaux (1923): French feminist ballet? », in , 4(1), , Intellect, Bristol, 2000 .. Femme libre dans un Paris où l'homosexualité féminine est une manière pour les garçonnes de revendiquer leur émancipation, elle divorce et épouse en troisièmes noces une figure des Années folles, le scénariste et riche avocat Henri Falk, son aîné de treize ans. Le couple mène grand train à Auteuil.