L'église Saint-Jean-Baptiste de Montrésor est une ancienne collégiale située à Montrésor dans le département d'Indre-et-Loire en France.

Fondée en 1521 par Imbert de Batarnay, seigneur de Montrésor, qui souhaite en faire la sépulture de sa famille, et dédiée à saint Jean-Baptiste, elle est immédiatement élevée au rang de collégiale et abrite un chapitre de cinq puis douze chanoines. Imbert de Batarnay meurt avant la fin de la construction mais son corps y est finalement inhumé un peu plus tard. À partir de 1700, avec la création de la paroisse de Montrésor, elle assure la fonction d'église paroissiale. À la Révolution française, alors que le chapitre de chanoines s'est fortement réduit depuis un siècle, les derniers d'entre eux se dispersent mais l'église, bien que pillée et victime d'importantes dégradations en 1793, conserve sa fonction paroissiale, qu'elle assure encore au .

Elle observe le plan assez original d'une croix de Lorraine. Si son architecture est marquée par la fin de l'époque gothique, son décor, extérieur comme intérieur, porte l'empreinte des débuts de la Renaissance française. L'église a fait l'objet de nombreuses restaurations et réparations, notamment dans la seconde partie du sous l'impulsion de la famille Branicki, et surtout de Xavier Branicki, maire de Montrésor de 1860 à 1870 et généreux mécène pour sa commune. La restauration du tombeau des Batarnay est l'une des interventions les plus symboliques de cette époque, tout comme la décoration intérieure de l'église faisant appel à des tableaux de la Renaissance italienne ou de l'école classique.

Elle est classée au titre des monuments historiques par la liste de 1840 ; elle renferme dix-neuf objets recensés dans la base Palissy des biens mobiliers protégés par le ministère de la Culture et de la Communication.

Localisation Située sur le territoire de la commune de Montrésor, à une quinzaine de kilomètres à l'est de Loches, non loin de la limite entre l'Indre-et-Loire et l'Indre, l'église Saint-Jean-Baptiste de Montrésor est implantée à l'est du château de Montrésor et au nord-est du noyau urbain qu'elle a précédé, sur le flanc du coteau de la rive droite d'un méandre de l'Indrois ; elle est supportée par une terrasse artificiellement aplanie à l'altitude de , dix mètres au-dessus du niveau de la rivière, en léger contrebas du château (). Rompant avec l'orientation habituelle des édifices de culte chrétien, son portail principal est orienté au nord-ouest et son abside pointe vers le sud-est.. vignette|gauche|upright|alt=Vue d'une arche en pierre enjambant une rue encaissée.|Le pont Bouvet. Jusqu'au , époque de son comblement, une douve artificielle, creusée à l'époque médiévale dans le plateau, protégeait au nord le site sur lequel s'élevaient le château et la collégiale. Deux ponts-levis, plus tard remplacés par une rampe pour l'un et par un pont fixe (le pont Bouvet) pour l'autre, permettaient aux châtelains d'accéder directement à la collégiale en franchissant les fossés du château par l'actuelle rue Potocki..

Historique De la fondation au vignette|alt=Détail du visage d'un gisant en albâtre.|Gisant d'Imbert de Batarnay. Vers 1520, Imbert de Batarnay, seigneur de Bridoré et de Montrésor, conçoit le projet de fonder une collégiale dans laquelle lui et sa famille seraient inhumés. Son choix se porte tout d'abord sur Bridoré où il possède une forteresse médiévale. et le projet avance dès . mais, en 1521, pour des raisons inconnues, Imbert de Batarnay change d'avis et décide que la fondation se fera en définitive à Montrésor, non loin de son logis Renaissance, la chapelle castrale du semblant sans doute trop exiguë ; la construction commence en .. Imbert de Batarnay dote la collégiale . ; le nombre des chanoines est rapidement porté à douze.. Imbert de Batarnay meurt en 1523. L'église en cours de construction n'étant pas encore apte à accueillir sa sépulture, il est inhumé dans la chapelle du château avant que son corps ne soit déplacé dans le chœur de la nouvelle collégiale ; la date du transfert de ses cendres n'est pas connue.. L'église est consacrée le . par l'archevêque Antoine de Bar après achèvement du gros œuvre mais les travaux ne prennent fin qu'en 1541. Ils reprennent rapidement puisque vers 1550, sous l'impulsion de René de Batarnay, fils d'Imbert, une chapelle est construite contre le côté sud du chœur ; elle est dédiée à Notre-Dame-de-Lorette, en hommage à la Sainte Maison de Lorette, dans la province italienne d'Ancône, dont les pèlerinages sont alors réputés..

Aucune mention ne semble faite de dégâts causés à la collégiale récemment construite du fait des guerres de religion.

Dès 1680, face à la faiblesse des revenus de la collégiale, le nombre des chanoines est réduit à quatre. ; à la même époque, en 1683, Isabeau de Savoie, belle-fille d'Imbert de Batarnay, élargit la possibilité d'inhumation dans l'église collégiale à tous les habitants de Montrésor , .. En 1700, la paroisse de Montrésor est créée aux dépens de celle de Beaumont-Village et la collégiale Saint-Jean-Baptiste en devient le lieu de culte paroissial..

Le et la Révolution française Vers le milieu du , divers travaux intéressent l'église comme la réparation, par deux fois, du clocher ou la suppression de certains autels..

En 1789, avec la Révolution française, le chapitre de chanoines est dissous et l'église est mise à la disposition de la Nation en application du décret du 2 novembre 1789. Le détail des événements survenus à Montrésor pendant la période révolutionnaire est mal connu., mais en 1793, l'église subit de nombreux dommages : le tombeau des Batarnay est démantelé mais une partie des fragments sont abandonnés sur place., les verrières fortement endommagées et les statues extérieures comme intérieures détruites ou mutilées ; deux des quatre cloches disparaissent.. L'église reprend sa fonction paroissiale à la fin de la Révolution ; à compter de ce moment, l'ancienne chapelle Notre-Dame-de-Lorette fait office de sacristie..

De la grande restauration du à l'époque contemporaine vignette|alt=Vue générale de l'intérieur d'un édifice religieux, vu dans l'axe de sa nef.|Vue générale intérieure de l'église. vignette|gauche|upright=0.5|alt=Photographie en couleurs d'une maquette en bois représentant la flèche d'un clocher.|Maquette du clocher restauré. L'église fait partie des édifices classés par la liste des monuments historiques protégés en 1840 mais, en 1853, le maire de Montrésor écrit au préfet pour s'inquiéter de l'état de délabrement de l'édifice. ; la même année, la société archéologique de Touraine envoie une commission enquêter sur l'état du tombeau des Batarnay démoli mais dont la plupart des éléments, plus ou moins endommagés, sont stockés dans l'église.. D'importants travaux, en grande partie financés par le comte Branicki, ont lieu dans le seconde moitié du . Le clocher, en mauvais état, est démonté en 1861 ; sa reconstruction, temporairement interrompue en 1869 se termine en 1875. L'architecte Roguet en conduit la reconstruction, et une maquette du nouveau clocher est exposée au château de Montrésor. La charpente et la couverture sont refaites en 1867-69. Le tombeau des Batarnay est restauré et remonté dans l'angle nord-ouest de la nef, en 1875, en même temps qu'une fenêtre, jusque-là murée, est ouverte à l'extrémité de la nef, au-dessus du portail pour éclairer le tombeau.. La verrière qui la garnit est reconstruite à partir des éléments d'un ancien vitrail détruit en 1793.. En 1877, le culte est de nouveau célébré dans la chapelle Notre-Dame-de-Lorette alors qu'une petite sacristie est construite au nord du chœur et, en 1883, le bras méridional du transept est restauré et meublé à partir de la chapelle Saint-Roch, autre édifice cultuel de Montrésor, désaffecté. ; c'est désormais le bras sud du transept de l'église qui prend le nom de , la chapelle du bras nord étant dédiée à la Vierge.

La loi de séparation des Églises et de l'État du confirme l'État dans sa propriété de l'église, mise à sa disposition en 1789. En 1919, le portail est refait ; le trumeau central, en mauvais état, est démonté et entreposé à l'intérieur de l'église..

Un accord intervenu en 2013 entre la municipalité de Montrésor et le diocèse de Tours, permet l'organisation de manifestations culturelles dans l'église..

En 2015, l'église Saint-Jean-Baptiste de Montrésor est l'un des huit lieux de culte de la paroisse de Montrésor, au sein de l'archidiocèse de Tours...

Quelques dates de l'histoire de l'église de Montrésor.

Histoire de Montrésor et de la France - Principales dates dans l'histoire de l'église

Architecture vignette|upright=1.2|alt=Plan d'un édifice religieux mentionnant, au moyen de couleurs, la péériode de construction des différentes parties.|Plan schématisé de la collégiale. (Les verrières ne sont pas représentées.) L'édifice, dans sa configuration initiale avant la construction de la chapelle Notre-Dame-de-Lorette, adopte sensiblement la forme d'une croix de Lorraine, sa branche principale étant constituée par l'alignement du chœur et de la nef, la plus grande des branches transversales étant figurée par le transept et la plus petite par les chapelles latérales au chœur. L'église mesure de long, de largeur au niveau de la nef et de hauteur sous voûtes.

Comptant parmi les rares églises de Touraine construites au ., associant architecture gothique et décor Renaissance, l'église a suscité l'admiration de Dorothée de Courlande, duchesse de Dino, qui décrit ainsi son passage à Montrésor le lors d'un voyage en Touraine et dans le Berry en compagnie de Talleyrand :

[…] Nous nous sommes arrêtés ensuite à Montrésor, pour inspecter une des plus jolies églises de la Renaissance que j'ai vues ; elle est bâtie à côté d'un vieux castel, qui doit son origine au fameux Foulques Nera, le plus grand bâtisseur avant Louis-Philippe.

La façade et la nef vignette|upright=0.6|gauche|alt=Vue de la façade d'une église, de son portail à deux battants et de la verrière qui le surmonte.|Le portail principal.

La façade flanquée de deux contreforts obliques s'ouvre par un portail formé de deux portes jumelles en anse de panier et séparées par un trumeau, surmonté d'un tympan de cinq niches à coquille abritant des statues. Un perron de cinq marches permet d'accéder à ce portail. Une verrière ouverte au-dessus du tympan éclaire la nef.

La nef unique, sans collatéraux, est composée de deux travées voûtées en ogive. L'emplacement des quatre verrières prévues pour éclairer la nef est simplement marqué et les arcatures en sont aveugles.. Une porte simple, ouverte dans le flanc méridional de la première travée, offre un autre accès à la nef par un escalier de six marches.. Une tourelle dont l'escalier est accessible à partir de la nef, à l'angle sud-ouest de l'édifice, donne dans les combles.

Des contreforts massifs renforcent la façade à chacun des angles ainsi que la nef et le chœur entre ses deux travées. Si, du côté sud de la nef, leur style est typique de la fin de l'époque gothique avec un double étage de pinacles et de volutes, au nord, le style Renaissance leur est clairement appliqué, et ils sont décorés de blasons dont beaucoup, martelés à la Révolution, sont difficilement identifiables ; il est même possible d'observer, au niveau du chevet, des contreforts « composites » comportant un étage unique de volutes et pinacles (gothique) surmonté d'un blason (Renaissance)..

Le transept et les chapelles vignette|alt=Vue partielle extérieure du chevet d'une église et d'une construction attenante.|La chapelle Notre-Dame. Le transept est composé, de part et d'autre de la nef, d'une seule travée dont les angles extérieurs sont épaulés par des contreforts. Son croisillon sud est dédié à saint Roch.