Armand-Marcel Petitjean – qui signait généralement Armand Petitjean – (Mons (Belgique), - Saint-Hippolyte-du-Fort, ) est un écrivain, essayiste, journaliste, éditeur et philosophe français, dont la carrière littéraire s'arrête à sa participation à la Collaboration entre 1940 et 1943.

Biographie

Une enfance bourgeoise

Le père qui s'appelle également Armand Petitjean, est un ingénieur commercial qui crée, avec ses deux frères, une société d'import-export au Chili. Cette aventure dure jusqu'en 1925 environ. Proche collaborateur du parfumeur François Coty, Armand Petitjean père devient le directeur général de la société Coty, puis crée lui-même l'entreprise Lancôme, en . Son fils reprendra quelque temps la direction de la société, dans les années 1960.

La famille réside à Ville-d'Avray, dans une villa voisine de celle de Jean Rostand, ami des Petitjean. La famille vit dans l'aisance.

Une intense formation intellectuelle

Armand Petitjean est un élève brillant, maîtrisant vite de nombreuses langues. Selon l'historien Martyn Cornick, « à Santiago, au Chili, « Armandito » a une gouvernante anglaise qui lui apprend (avec sa sœur Louise) à parler couramment l’anglais ; il apprendra aussi l’allemand, l’espagnol et l’italien. »Martyn Cornick, Préface à Jean Paulhan, Armand Petitjean, Correspondance, 1934-1968, Gallimard, 2011.

Il suit une hypokhâgne et une khâgne au Lycée Louis-le-Grand, entre 1931 et 1933. Très tôt, il tisse un réseau de contacts dans le monde littéraire parisien. Il fréquente assidûment la librairie d'érudition d'Aron Natanson, juif roumain ayant mené des études de philosophie à l'Université de Berlin, et dont la boutique du Quartier latin, rue Gay-Lussac, était un lieu de rencontres et d'échanges intellectuels : Armand Petitjean lui demande le moyen d'entrer en contact avec des acteurs de la vie intellectuelle de cette période comme Benjamin Fondane, Vladimir Jankélévitch… Il s'intéresse à James Joyce, à la philosophie allemande, fréquente des égéries du surréalisme : Lise Deharme, Georgette CamilleSelon les Carnets d'Armand Petitjean, étudiés par Martyn Cornick de l'Université de Birmingham et Clara Mure-Petitjean.…

À l'issue de ses études, il obtient une licence de lettre et un diplôme de sciences politiques.

La NRF puis l'amorce d'une dérive fasciste (1935-1940)

En , il entre en contact avec Jean Paulhan et est admis à la rédaction de La Nouvelle Revue française (NRF), à la fin de 1935La correspondance entre Jean Paulhan et Armand Petitjean a été publiée par Martyn Cornick en janvier 2011, aux éditions Gallimard. et le restera de 1936 à 1940. En , Armand Petitjean est engagé comme secrétaire de la rédaction. La même année, Jean Paulhan affirme à Gaston Gallimard que « Petitjean est un homme de génie ; […] qu’il est, en outre, parfaitement droit et sûr ; qu’il pourrait devenir un très grand écrivain (et même qu’il le doit) »Martyn Cornick, Jean Paulhan, Armand Petitjean, Correspondance, 1934-1968, Gallimard, 2011.. L'écrivain Georges Hyvernaud, qui apprécie peu les articles de Petitjean sur Péguy, dans La Nouvelle Revue française, le décrit, au début de 1940, comme « l'un des plus exaspérants chouchous de la maison »Cité par Véronique Bonnet, Conflits de mémoire, Karthala, 2004, ..

Il publie effectivement, dans cette période très active, quatre livres : Imagination et réalisation (1936) ouvrage de philosophie, encensé par Gaston Bachelard qui surnomme Armand Petitjean (qui a alors 23 ans) « le Rimbaud de la philosophie », Le Moderne et son prochain (1938), Présentation de Swift et Buffon. Morceaux choisis (1939).

Politiquement, il fréquente des gens fort divers, écrit dans des journaux de gauche comme Vendredi où il tient une rubrique littéraire. Marqué par l'expérience du service militaire en 1935-1936, dans un régiment de tirailleurs algériens, il est patriote, antimunichois et anticommuniste. Revenant en 1940 sur cette période, il oppose la stérilité des « thurnes et [des] coteries de l'"élite française" : aussi bien ceux de Normale, du Quai, que des innombrables concours dans lesquels se distribue notre gloire littéraire […] privés d'inspiration et d'avenir » à son temps de régiment d'où date « la première joie que j'aie rencontrée dans ma citoyenneté »Combats préliminaires, chapitre « Avant l'orage », NRF, Gallimard, 1941, réédition 1942, ..

Il ressent de façon forte la montée des périls, ce qui le conduit vers des positions de plus en plus marquées à droite : il déclare en 1995 qu'à cette époque Armand Petitjean, De 1938 à 1945 : un parcours singulier, article paru dans la revue Esprit, , août-septembre 1995, à 224. ; pour lui, les Français « sont contestés, menacés, de partout attaqués : d'Allemagne par la Race, d'Italie par l'Empire, d'Europe par la Grande Peur, de France par la Trahison »« Prière pour les copains après la mobilisation de septembre 1938 », La NRF, juillet-décembre 1938, , cité par Laurent Gayard, Les Intellectuels et l'Engagement : Deux revues au pied du mur : La NRF et Esprit 1936-1939, .. Il évoque la nécessité d'une « nouvelle Révolution française » et fonde ses espoirs sur la jeunesse qu'il faut mobiliser, fût-ce au prix d'une « dictature de la France » selon le titre d'un de ses articles dans La Nouvelle Revue française, en , qui provoque beaucoup de réactions. Il y affirme : « Nous voulons qu'on mobilise non point seulement les hommes, mais aussi les capitaux. Nous voulons des canons pour la France, des avions pour la France et un gouvernement national, nous voulons la dictature de la France sur les Français. »

Armand Petitjean oppose ainsi la jeunesse porteuse d'un espoir de révolution à « la génération des hommes de cinquante ans, formée, sclérosée par la guerre [de 1914], et à jamais saturée d'événements. »« Disponibilité de la jeunesse française actuelle », La NRF, janvier 1937, . Armand Petitjean évoque dans sa correspondance avec Jean Paulhan des rencontres avec des militants de l'extrême-droite : en , il fréquente tour à tour Gaston Bergery, du mouvement frontiste, Jean Maze, rédacteur de La Flèche de Paris, hebdomadaire bergeryste, puis Paul Marion, du groupe « Travail et Nation », qu’il retrouvera plus tard à Vichy. Il se lie d'amitié avec Drieu la Rochelle à partir de 1937.

Malgré tout, il garde de nombreux liens avec des hommes et des revues de gauche et fonde, avec André UlmannJournaliste de la revue Esprit et secrétaire de la rédaction de Vendredi (revue dans laquelle Armand Petitjean tient longtemps une rubrique littéraire). Il sera déporté à Mauthausen pour faits de résistance., en 1939, Le Courrier de Paris et de la Province, pour défendre une « révolution nationale et populaire »Biographie d'André Ulmann, dans Gérard Lurol, Emmanuel Mounier.: Tome 2, Le lieu de la personne, L'Harmattan, 2000.. Paul Nizan compte parmi ses amis et Roger Caillois, qui a fait hypokhâgne et khâgne avec lui, est un de ses plus fidèles comme l'attestent ses Carnets.

L'écrivain et philosophe Jean-Paul Sartre raille cette carrière opportuniste dans ses Situations, faisant d'Armand Petitjean l'archétype de l'écrivain médiocre des années 1930 : « Une jeunesse triste et sévère, consciente de la brièveté de sa vie, prenait sa place hâtivement dans la troupe en marche, semblable à ces gens dont le peuple dit plaisamment "qu'ils sont revenus de tout avant d'y avoir été". On vit même une curieuse espèce d'arrivistes tristes, de Julien Sorel au sang pauvre, comme Armand Petitjean, qui misait sur cette déflation pour parvenirJean-Paul Sartre, Situations I, Paris, Gallimard, 1947, . »

La bataille de France et la Collaboration (1940-1943)

Il est mobilisé en 1939 et gravement blessé en 1940 devant Forbach : il perd l'usage de sa main droite, déchiquetée par l’éclat d’un obus ; il est hospitalisé à l'hôpital militaire de Marseille.

De là, il rejoint Vichy où il intègre le secrétariat d'État à l'Éducation nationale et à la jeunesse.

En 1992, il expliquera qu'il était, en 1940, dans un tel « état de fureur » qu'il souhaitait une reprise en main de la jeunesse françaiseDans une lettre adressée à Jean Jacob, Le Retour de "l'ordre nouveau": les métamorphoses d'un fédéralisme européen, Droz, 2000, lettre citée .. Il se charge donc de la propagande en direction de la jeunesse, puis est chargé de mission par Paul Marion, secrétaire général à l’information et à la propagande, membre du PPF. À ce titre, il séjourne en Algérie, au début de 1942, persuadé que l'organisation d'une jeunesse d'un type « nouveau » y est plus facile qu'en France métropolitaine.

Il se réfère souvent à Péguy en qui il croit voir l’un des « théoriciens nationaux-populaires » dans « L’Appel de l’histoire »Dans la revue Idées. Revue de la révolution nationale, , oct. 1942, ..

Il publie, en 1941, Combats préliminaires. Cet ouvrage réunit une série d’articles politiques parus dans La Nouvelle Revue française, depuis « Dictature de la France », jusqu’en . Les derniers articles proviennent de La Nouvelle Revue française de Drieu la Rochelle : il y parle de « réintroduire dans le grand jeu de l'Occident un pays qui paraît aussi exsangue que le soleil au bout de sa course […] un pays dont l'élite même s'est montrée dépourvue d’ambition et dont les plus nobles composantes raciales se sont abâtardies. » Pour aboutir à ce « redressement » , Armand Petitjean souhaite une « révolution de la volonté » ; il s'adresse « à ceux des Français qui conservent encore quelque volonté de puissance »Combats préliminaires, chapitre « Reconquête de la France », NRF, Gallimard, 1941, réédition 1942, .. Très appuyé par la propagande et la presse de Vichy, le livre connaît un succès et est réédité en 1942.

En 1940, Malraux et Mauriac ont refusé d'écrire dans La Nouvelle Revue française, désormais dirigée par Drieu la Rochelle ; Gide et Éluard qui participent aux premiers numéros, s'en éloignent très vite ; Armand Petitjean, lui, continue de contribuer à la revuePascal Fouché, L'édition française sous l'Occupation, 1940-1944, tome II, Bibliothèque de Littérature française contemporaine de l'Université Paris 7, 1987, . et fréquente beaucoup Drieu la Rochelle, avant 1943, mais il écrit à un rythme moins dense qu'avant la guerre : sept articles dans La Nouvelle Revue française sous l'Occupation contre trente-neuf avant-guerre. Il écrit aussi dans d'autres revues (La Légion, Révolution Nationale, La Gerbe…). Cependant, ces articles marquent une radicalisation à l'extrême-droite comme cet article de , intitulé « Sauver la race »Article publié dans La Légion, mars 1943.. Il y propose la mise en place d'un qui regrouperait La Légion, revue mensuelle illustrée publiée par la Légion française des combattants, , mars 1943, .…

Bien que participant aux activités de propagande du gouvernement de Pétain, son regard est sévère à l'égard de Vichy, mais cette critique est proche de celle des milieux parisiens de la collaboration extrême :

« Voyez plutôt leur capitale administrative, bâtie sur pilotis dans la bile de la France ; là chuchotent et paradent, se pressent et se grillent des patriotes sans patrie, des généraux sans armée, des syndicalistes sans syndicat, des doctrinaires sans foi, des conjurés sans secret, des arrivistes sans force et sans cynisme, et des banquiers fort bien pourvus. C'est là que s'est inventée la Révolution sans révolutionnaires. On y distribue frénétiquement des leviers de commande qui n'embraient plus sur rien ; et l'on y met aux enchères les menues faveurs réelles du moment : essence, laissez-passer, cartes de vivres. »Combats préliminaires, chapitre « Huit mois de défaite », NRF, Gallimard, 1941, réédition 1942, .

La tentative de prise de distance (1943-1946)