Gustav Regler, né le à Merzig, Land de Sarre et décédé le à New Delhi en Inde, est un écrivain et journaliste allemand. Communiste, il quitte l'Allemagne en 1933, lors de l'arrivée de Hitler au pouvoir.

Ses livres Im Kreuzfeuer (Sous un feu croisé, sur le fragile statu quo dans la Sarre d'avant 1935), Das große Beispiel (Le Grand Exemple, sur la lutte des Brigades internationales pendant la guerre civile espagnole) et Das Ohr des Malchus (L'Oreille de Malchus, une autobiographie) décrivent d'une part les étapes de la lutte contre le fascisme qu'il a menée à partir de 1930, et d'autre part le chemin qui, à l'instar de nombreux intellectuels européens, l'a conduit à rompre avec le stalinisme.

Biographie Allemagne Gustav Regler, fils d'un libraire, nait à Merzig (Land de Sarre) dans une famille catholique pratiquante.

Simple soldat pendant la Première Guerre mondiale (il a 16 ans en 1914), il est blessé (enfoui) et gazé en FranceLes Alliés, et en particulier les Britanniques, ont répondu aux attaques allemandes par les gaz en utilisant largement les mêmes produits. Après la guerre, il étudie à Munich et à Heidelberg, la philosophie, le français et l'histoireParcours semblable, au moins pour le début, à celui d'autres intellectuels européens contemporains (en particulier Ernst Jünger): soldat, blessé de guerre à 20 ans, puis brillant étudiant en faculté….

En 1922 (il a 24 ans), Regler obtient son doctorat en philosophie ; le sujet de sa thèse est Die Ironie im Werk Goethes (L'Ironie dans l'œuvre de Goethe). Il épouse Charlotte Dietze, fille d'un magnat de l'industrie, propriétaire d'usines textiles à Leipzig et Berlin. L'année suivante nait leur fils Dieter (mort en 1941).

Regler divorce en 1927. Au milieu des années 1920, il vit à Nuremberg, où il travaille comme rédacteur en chef du Nürnberg-Fürther Morgenpresse, un organe de presse du Parti démocrate allemand. En 1928 il publie son premier ouvrage : Zug der Hirten (La Marche des bergers) qui est bien reçu par les critiques. En 1928, au village d’artistes de Worpswede (Basse-Saxe) il rencontre le peintre Heinrich Vogeler, et cet artiste socialiste utopique l'influence. Regler commence une liaison avec Marie-Luise (dite Mieke), la fille aînée de Vogeler. En 1929 il aménage à Berlin, place Laubenheimer, dans le Roten Block (le bloc rouge), un quartier où résident des artistes de gauche. En 1929, Regler adhère au KPD, le Parti communiste d'Allemagne. « Il n'y a aucune explication idéologique compliquée au sujet de mon adhésion au Parti communiste, dit-il. Tout a été extrêmement simple : ça ne pouvait pas continuer ainsi ! »Es gibt keine komplizierte, etwa ideologische Erklärung meines Beitritts zur Kommunistischen Partei. Alle Sicht wurde vereinfacht zu dem Satz: So kann es nicht weitergehen!.

Exil Après l'incendie du Reichstag, le , Regler fuit la Gestapo, d'abord à Worpswede puis en territoire du bassin de la Sarre alors administré par la France sous mandat de la SDN. Il s'implique dans les remous politiques agitant la Sarre.

Avec le pacifiste sarrois Karl Schneider et Oskar Brokmeier, il fonde en 1934 l’ ("Comité d'Initiative et de lutte pour la liberté").

Lors de la préparation du plébiscite sarrois de 1935, Regler milite "Pour l’Allemagne, contre Hitler", et, après que 90 % des Sarrois ont opté pour l’Allemagne (), il s'exile à Paris. Regler décrit dans son roman historique Im Kreuzfeuer ("Sous un feu croisé") les circonstances du choix des Sarrois.

Après , le nom de Gustav Regler figure sur la liste des ennemis publics de l’Allemagne avec le Mais l’article de WP de "Erste Ausbürgerungsliste des Deutschen Reichs von 1933" (" liste des ennemis du III Reich de 1933") ne mentionne pas le nom de Gustav Regler… et ses livres sont interdits sur le territoire du III Reichvoir dans l'article de WP de "Liste verbotener Autoren während der Zeit des Nationalsozialismus" la liste des auteurs interdits par les nazis.

En 1933, son roman Der verlorene Sohn (Le fils prodigue, une critique de l’attitude attentiste de l'Église), a été publié à Amsterdam par les éditions Querido Verlag, spécialisées dans l'édition d'ouvrages anti-nazis.

À Paris, Regler retrouve de nombreux compatriotes et Européens germanophones (souvent Juifs) qui ont fui l’Allemagne devant la montée du nazisme, et en particulier Arthur Koestler, qu’il avait connu à Berlin.

Gustav Regler, Arthur Koestler, Stefan et Frederike Zweig se retrouvent Rue de Tournon (Paris, ) chez Joseph Roth, et forment le noyau d'un mouvement littéraire germanophone : l'Exilliteratur. Maria Osten et Willi Bredel fondent un journal en allemand : Das Wort (La parole)selon Dieter Schiller, Das Traum von Hitlers Sturz. Studien zur deutschen Exilliteratur 1933-1945 ("Un rêve : le renversement de Hitler. Une étude de l'Exilliteratur allemande, 1935-39").

Regler fait plusieurs voyages en URSS. Mais l’évolution politique de l'URSS vers un régime dictatorial lui déplait, et il peine à oublier tout son passé d’intellectuel catholique. Ainsi, lors du Congrès des Écrivains soviétiques à Moscou en , il trouve choquante l'apparition soudaine d’un détachement de l'Armée rouge, qui vient se faire acclamer sur la scène de l'amphithéâtre où a lieu le congrès de littératurevoir l’article sur la correspondance entre Regler et Klaus Mann : Schock, Ralph, "Am besten gefiel mir wieder Regler", Gustav Regler und Klaus Mann, dans "Sinn und Form", février 2011 http://www.sinn-und-form.de/index.php?tabelle=leseprobe&titel_id=4347.

Pour Oskar Maria Graf (un écrivain bavarois de tendance socialiste-anarchiste), à Moscou Regler se comportait comme « un étudiant en communisme modèle », studieux, mais visiblement en proie à un combat intérieurOskar Maria Graf: Reise in die Sowjetunion 1934-1974, aus dem Nachlass veröffentlicht. Page 31. Pour Klaus Mann (homme de lettres, fils de Thomas Mann), « certes on sentait chez Regler du zèle militant pour le communisme, mais aussi une certaine appréhension »… derartig kommunistisch, dass einem vor so viel militantem Glaubenseifer etwas ängstlich zumute wird. In Klaus Mann: Der Wendepunkt. Ein Lebensbericht ("À tous les vents. Histoire d’une vie"). Frankfurt/M., Hamburg 1963,

Chez Regler, cette attitude réservée face au stalinisme deviendra un refus pur et simple d’approuver la politique de rapprochement menée par l’URSS vis-à-vis de l’Allemagne nazie, rapprochement qui culminera lors de la signature du pacte Hitler-Staline (). Regler rompra d'ailleurs officiellement avec le Parti communiste en 1942.

Son roman Die Saat (La récolte), une parabole sur la lutte anti-fasciste, paraît en 1936.

Espagne thumb| , province de Castille et Leon, à 60 km au nord-est de Madrid assiégée. Pendant la bataille de Guadalajara, l’objectif des forces italiennes appuyant les franquistes est la Carretera de Aragón et Madrid. Ici, dans la pluie, la boue et le froid, deux soldats aident un ami blessé. Comme beaucoup d’opposants plus ou moins déclarés à Staline (ou supposés tels), Regler arrive en Espagne pour y combattre les franquistes pendant la guerre d’Espagne (1936-1939).

Il est nommé commissaire politique de la XIIe Brigade internationale (appelée aussi "Brigade Giuseppe Garibaldi), commandée par le général Máté Zalka. Regler est aussi correspondant spécial du journal DZZ ("Deutsche Zentral Zeitung"DZZ : la Deutsche Zentral Zeitung, éditée en allemand à Moscou, et surnommée la Pravda allemande, était l'organe du KPD. Ont écrit aussi pour la DZZ : Maria Osten, Mikhaïl Koltsov… En 1939, lors de la Grande Purge, presque tous les journalistes germanophones avaient été arrêtés par le NKVD, et la DZZ cessa de paraître (selon WP en et WP de). Voir Dieter Schiller, Der Traum von Hitlers Sturz: Studien zur deutschen Exilliteratur 1933-1945 (« Un rêve : le renversement de Hitler. Étude sur la littérature des exilés allemands, 1933-1945 »), Peter Lang GmbH (2010), . . https://books.google.com/books?id=oQiLIKWO9DAC&lpg=PA592&ots=BPiZ7dnm-v&dq=&pg=PA592#v=onepage&q&f=false).

Il est blessé en pendant la bataille de Guadalajara, alors que la XII Brigade Internationale contre-attaque brillamment et repousse les Italiens.

Trois mois plus tard, (le ), près de Huesca, Regler est en reconnaissance avec Máté Zalka quand leur voiture explose, apparemment sous l’impact d’un obus franquiste. Zalka est tué ainsi que le chauffeur, Regler est grièvement blessél’origine de l’explosion a fait l’objet de nombreuses supputations. Il est connu que Regler et André Marty, commissaire politique en chef et envoyé spécial de Staline, se haïssaient. L’ "obus" a ainsi liquidé un général efficace et trop aimé de ses troupes (Zalka) et mis hors de combat un "déviationniste trotskiste" (Regler)..

États-Unis, France Très handicapé par ses blessures, Regler s’éloigne du front ; il accompagne la journaliste américaine Lillian Hellman lors d'une visite de l'hôpital de Benicàssim (près de Valencia) en le reportage de Lillian Hellman paraît dans The New Republic (un hebdomadaire de tendance centre-gauche) en avril 1938 (selon Thomas Carl Austenfeld, American Women Writers and the Nazis, University Press of Virginia, 2001, . thumb| Guerre d'Espagne : cet homme mûr en béret, à l'équipement important (un officier ? Un reporter ? Un commissaire politique ?) pense peut-être qu'il a déjà vu, vingt ans plus tôt, des fantassins courant ainsi sous les balles.

Il entreprend ensuite un voyage aux États-Unis pour susciter un mouvement de sympathie en faveur des républicains espagnols et collecter des fonds destinés à leur service de santé. Il est reçu par Eleanor Roosevelt et Ernest Hemingway, participe à la campagne publicitaire en faveur du film de Joris Ivens, Terre d'Espagne, dans lequel il tient un petit rôle. Sur une idée émise par son ami Ernst Toller, Regler promeut une campagne de collecte des surplus de céréales américains en faveur des enfants de la République espagnole ; mais Franco gagne la guerre et la campagne est abandonnéeselon l’article de WP de "Ernst Toller", (§ "Emigration und Tod") qui cite les mémoires de Regler : Das Ohr des Malchus (Erinnerungen), Köln 1958, p. 509.

Regler retourne alors à Paris. Quand l’Allemagne et la France entrent en guerre (le ) il est arrêté par les autorités françaises et interné au Vernet d'Ariège (camp d'internement). Il y retrouve de nombreux brigadistes et des amis, en particulier Max Aub et Arthur Koestler qui ont décrit les épouvantables conditions de détention au Vernetdans "La lie de la terre" pour Arthur Koestler - et pour Max Aub dans Manuscrito cuervo. Historia de Jacobo, publié en 1999 par J. A. Pérez Bowie, ed. Segorbe, Fundación Max Aub-Universidad de Alcalá de Henares (selon l'article de WP es "Max Aub", § "Relatos").

Regler est libéré grâce à l’intervention d'Eleanor Roosevelt et d'Ernest Hemingway, et émigre en 1940 au Mexique, avec sa femme Marie-Louise Vogelerle Mexique avait été officiellement allié de la II République espagnole, et lui avait envoyé des fonds, des armes, et des combattants. Les "conseillers militaires" russes étaient plaisamment appelés "los mejicanos" par le peuple espagnol.

Mexique Au Mexique, Regler fréquente des écrivains germanophones immigrés, entre autres Lenka ReinerováLenka Reinerová : écrivaine de gauche Juive née à Prague en 1916, qui a écrit en allemand et Egon Erwin KischEgon Erwin Kisch : écrivain germanophone Juif né à Prague en 1885, journaliste et "citoyen du monde", qui a été (selon WP es) commandant du bataillon (bataillon Mazaryk) de la 129 Brigade Internationale pendant la guerre d'Espagne. L’article de WP de "Deutsche Minderheit in Mexiko" (§ "Bekannte deutschsprachige Flüchtlinge in Mexiko") mentionne aussi parmi les immigrés allemands de l’entre-2-guerres, outre Gustave Regler : Alexander Abusch, Bruno Frei, Walter Janka, Otto Katz, Paul Merker, Hannes Meyr, Wolfgang Paalen, Ludwig Renn, Anna Seghers, Bodo Uhse, Paul Westheim.