Jean Chanorier, né le à Lyon et mort le à Croissy-sur-Seine, ., est un agronome et homme politique français. Seigneur, puis maire de Croissy-sur-Seine, il fut député, puis conseiller général de Seine-et-Oise et membre associé de l’Institut.

Il est connu pour avoir introduit en France la race ovine des mérinos. Inquiété durant la Terreur malgré ses idées patriotes, son amitié avec Joséphine de Beauharnais lui valut ensuite, sous le Consulat, la protection du gouvernement et sa nomination à l’Institut.

Biographie Le seigneur de Croissy thumb|La façade côté jardin du château de Croissy, résidence à partir de 1779 de Jean Chanorier qui fut le dernier seigneur et le premier maire de Croissy. Jean Chanorier est le fils unique d’Hugues Eustache Chanorier (mort en 1769), écuyer, secrétaire du roi, receveur des tailles de l’élection de Lyon, puis receveur général ancien des finances de la généralité d'AuchCharles Bonnet (1899), ., et de Jeanne Marie Philippe Pollet, son épouse. Jeanne Marie Philippe Pollet était également propriétaire du Château de Pouilly.. Son grand-père Eustache Chanorier, qui avait renoncé au droit de bourgeoisie à Lyon en 1702. était juge et maire de Cluny, lieutenant de l’élection et représentant du tiers étatCharles Bonnet (1899), ., ainsi que procureur pour l’abbé à l’Hôtel-Dieu de Tournus en 1704.. Jean Chanorier appartient donc à une riche famille bourgeoise en voie d’anoblissement.

En 1771, il succède à son père dans la charge de receveur général des finances, charge qu’il conservera (malgré sa suppression temporaire par Necker en 1780), jusqu’à ce qu’il la revende en 1789. En 1779, il achète pour la somme de livres la seigneurie de Croissy-sur-SeineDans le département actuel des Yvelines., relevant du prince de Condé. Son domaine occupe, sur le seul territoire de Croissy, près de 40 hectares, soit plus de 20 % de la superficie de la commune.. Il comprend un château, construit en 1754 pour Gautier de Beauvais. Cette gentilhommière de style classique porte toujours aujourd’hui le nom de « château Chanorier »..

Afin de mieux connaître et valoriser son domaine, il en fait dresser par l’arpenteur René Phelipeau un plan terrier en 1781. Très vite, il se lie d’amitié avec son voisin Henri Bertin, ancien contrôleur général des finances et propriétaire du domaine de la seigneurie de ChatouLes élections et les cahiers de Paris en 1789. Tome 4 / documents recueillis, mis en ordre et annotés par Ch.-L. Chassin, D. Jouaut, Charles Noblet et Maison Quantin, 1889, ., lequel partage ses idées en matière d’agronomieAndré Jean Bourde, Agronomie et agronomes en France au , Paris, S.E.V.P.E.N, coll. « Les Hommes et la terre », 1967.. En plus du château de Croissy, Jean Chanorier conserve son domicile parisien, rue Neuve-du-Luxembourg, où il reçoit Benjamin Franklin et son fils.. Il fréquente également les nièces de l’avocat général Séguier et le médecin Louis-Guillaume Le Veillard, un ami proche de Franklin.

L’agronome

Grand propriétaire terrien, correspondant de Daubenton, Chanorier contribue à l’amélioration de l’élevage ovin en France en y introduisant le mérinos en 1786. Il est alors l’un des trois propriétaires de ces moutons d’origine espagnole, avec Louis Silvy, à Champgueffier, et le roi dans sa bergerie de RambouilletLagarde, , Mémoires de la société d’agriculture, sciences et arts d’Angers, , , 1834, (lire en ligne).. C’est dans cette dernière que Chanorier, premier acheteur de la bergerie, s’est procuré ses propres bêtes, dont la brebis Dangourde. Elles-mêmes viennent du troupeau acheté à Ségovie (Espagne) par le diplomate Jean-François de BourgoingDaubenton, Fourcroy, Desmarets, Troupeaux de bêtes à laine de pure race d’Espagne du C. Chanorier, membre associé de l’Institut, à Croissy-sur-Seine, près Chatou, département de Seine-et-Oise, Vve Huzard, Paris, an VII, 8 (télécharger le livre). Ayant acheté une vingtaine de têtes en 1786, Chanorier, par une reproduction soigneusement contrôlée, augmente la taille de son troupeau à 300 têtes en 1793, puis 350 en 1799, sans compter la centaine d’agneaux qu’il vend chaque année. Chanorier accorde une grande importance au choix des femelles, contrairement à l’usage courant de l’époque. Par le croisement de brebis locales, sélectionnées par ses soins, avec des béliers espagnols, il obtient une variété métisse, dont la laine est indistinguable de celle d’Espagne. Son troupeau est réputé parmi les agronomes qui s’intéressent alors aux possibilités d’acclimatation du mérinos d’Espagne en France. Chanorier adopte pour ses mérinos, à la suite de Perthuis un système de bergerie sur plancher pour récupérer le fumier fortement imprégné d’urine, qui constitue un engrais fertileNouveau cours complet d’agriculture théorique et pratique ou Dictionnaire raisonné et universel d’agriculture, article , , (lire en ligne)..

Le troupeau de Chanorier est considéré comme d’importance publique, à tel point que lorsqu’il se verra contraint d’émigrer en Suisse pour échapper à la Terreur, en 1795, ses moutons seront protégés par le vétérinaire François-Hilaire GilbertGeorges Cuvier, , in Éloges historiques des membres de l’Académie royale des sciences, , 1819 (télécharger le livre)., qui les fait transférer à la bergerie nationale de Rambouillet, sous la garde de son directeur, TessierE. Pariset, , in Bulletin de l’Académie royale de médecine, , 1840-41, (télécharger le livre).. Le Comité de salut public décrète le domaine et le troupeau de Chanorier , évitant leur vente après la saisie, et les place sous le contrôle de la commission d’agriculture et des artsCharles Bonnet (1899), .. Tessier, Gilbert et Huzard collaborent pour assurer la bonne conservation du troupeauÉloge de J.-B. Huzard, prononcé le 11 décembre 1841, à l’Académie royale de médecine, par M. Pariset, Paris, Impr. de veuve Bouchard-Huzard, (lire en ligne).. En rentrant d’exil, Chanorier aura la surprise de constater que son troupeau s’est agrandi et qu’il s’est donc enrichi durant son absence. Le soutien des plus grands noms de la médecine vétérinaire de l’époque s’explique par l’enjeu économique et scientifique de l’acclimatation du mouton mérinos en France.

Son travail d’expérimentation agronomique ne s’arrête pas à l’élevage : il met en place un système de puisage à manivelle pour l’irrigation des cultures maraîchères ; fait clôturer son domaine pour le protéger des déprédations animales, notamment des lapins qui abondent sur les terres voisines du comte d’Artois ; fait planter des mûriers pour l’élevage des vers à soie ; installe un métier à tisser Vaucanson ; enfin, en 1788, il fait ouvrir une école dans la grande rue du villageCharles Bonnet (1899), ..

Alors que la pomme de terre est encore une nouveauté en France, Chanorier démontre par l’expérimentation qu’il est possible de cultiver ce tubercule sur des sols arides et siliceux en reportant au printemps la plantation. Cette méthode sera signalée dans le Cours complet d’agriculture de l’abbé Rozier et de ses continuateursNouveau cours complet d’agriculture théorique et pratique ou Dictionnaire raisonné et universel d’agriculture, , (lire en ligne).. Enfin, il met au point et développe une nouvelle variété de pomme de terre qui portera son nom, la .

L’homme politique

En 1788, Chanorier est l’un des douze représentants du tiers état à l’assemblée provinciale de Saint-Germain, tenue chez le Comte d’ArtoisF. Bournon, , La Correspondance historique et archéologique, Paris, A. Fontemoing, , 1899, (lire en ligne).. Siégeant au bureau des impositions, il critique le système fiscal, la taille et l’impôt d’industrie, et soutient la création d’un impôt territorial. Il participe, à l’assemblée de la noblesse de la prévôté et vicomté de Paris, à l’élection des députés aux États-Généraux. Lors de l’émeute de Chatou du , dirigée contre son voisin et ami Bertin, il joue le rôle de médiateur entre les habitants du village et l’ancien contrôleur général des financesLes élections et les cahiers de Paris en 1789. Tome 4 / documents recueillis, mis en ordre et annotés par Ch.-L. Chassin, D. Jouaut, Charles Noblet et Maison Quantin, 1889, (lire en ligne).. Chanorier est enfin élu, par sur 52 votants, le premier maire de la commune de Croissy, du au .. Ensuite, il est élu commissaire de l’Assemblée primaire de la première section du canton extra-muros de Saint-Germain-en-Laye.

Maire de Croissy, c’est lui qui prend en charge les frais de la création de la Garde nationale, et met à disposition ses pâtures pour célébrer la messe pour la Fédération, le , durant laquelle il renouvelle son serment civique. Le , il verse livres de don patriotique. Cependant, il démissionne de la mairie le , officiellement parce qu’il s’apprête à passer l’hiver à Paris. Le , sur réquisition du district, en son absence, la municipalité met les scellés et saisit la poudre dans son château. Cette mesure s’applique à l’ensemble des riches parisiens ayant une demeure dans le village, bien que le nouveau maire proteste du patriotisme de Chanorier. Il est soupçonné d’avoir émigré pour rejoindre à Coblence son suzerain, le prince de Condé. Dès son retour, Chanorier prête le serment d’égalité et de liberté, rappelle son attachement à la Révolution, approuve les saisies et pour preuve de sa bonne foi, fait don de son argenterie à la Monnaie de ParisCharles Bonnet (1899), ..

thumb|left|La façade côté jardin de la « maison-Joséphine » à Croissy, où vécut Joséphine de Beauharnais à partir de 1793.

Lorsque Joséphine de Beauharnais vient habiter Croissy, en 1793, elle place sa fille Hortense, âgée de dix ans, en apprentissage auprès de Julie Blezeau, couturière du château de Chanorier. Le château devient alors le lieu de rendez-vous d’aristocrates qui ont fui Paris, tels madame Campan, l’une des dames de compagnie de Marie-Antoinette, le prêtre réfractaire Mayneaud de Pancemont, ou encore Jean-Charles Gravier, baron de Vergennes, fils de l’ancien ministreCaroline d’Arjuzon, Hortense de Beauharnais, Calman-Lévy 1897 (aperçu du livre). et surtout son épouse, la comtesse de Rémusat qui y vivra plusieurs mois.. Le Girondin Pierre-François Réal est également un habitué du château Chanorier. Les liens noués à Croissy entre Chanorier et ses amis et la future impératrice Joséphine vont plus tard favoriser leur carrière sous l’EmpireFrédéric Masson, Joséphine de Beauharnais, 1763-1796, Paul Ollendorff, 1899, (lire en ligne)..

Lors de son procès devant le Tribunal révolutionnaire, le notaire parisien François Brichard. mentionne le nom de Chanorier, qui l’avait renseigné sur la solvabilité d’un client. Le Comité de salut public décrète d’accusation Chanorier, mais l’agent envoyé à son domicile parisien -alors situé rue des Fossés-Montmartre (actuelle rue Feydeau)- ne le trouve pas chez lui. Chanorier se voit contraint de fuir Paris et d’aller passer quelque temps en Suisse, revenant seulement après Thermidor.

La commune, puis le district, attestent qu’il est un patriote. Le département, considérant qu’il avait émigré dans un pays ami, autorise son retour, après avis de la commission de l’agriculture et des arts. L’école qu’il avait créée à Croissy ayant été mise en vente comme bien national, il la rachète et en fait don à la commune.. Il est également nommé répartiteur de l’impôt foncier pour la commune de Croissy, le 19 thermidor an V (), puis le 6 frimaire (), membre de la commission d’équité du département, dont il est aussitôt radié en tant qu’ex-nobleCharles Bonnet (1899), ..