Shulgi (sumérien Šulgi(r) ou Šulge(r), quelque chose comme « Noble jouvenceau » ou « Jouvenceau du pays »), roi de la troisième dynastie d'Ur (abrégé en Ur III), fils et successeur d’Ur-Namma, règne , peut-être de 2092 à en Mésopotamie.

Il succède à son père alors que ce dernier, après avoir fondé un nouveau royaume dominant toute la Basse Mésopotamie, a trouvé la mort au combat. Les deux premières décennies de son règne sont consacrées à la consolidation de l'administration et du culte des principaux sanctuaires de Sumer. Après la vingtième année de son règne, un tournant est amorcé avec le début d'une politique de campagnes militaires vers le nord et l'est du royaume et la mise en route d'une succession de réformes qui vont donner un nouveau visage au royaume, qui devient plus centralisé et prend une allure « impériale », rappelant l'empire d'Akkad par bien des aspects tout en cherchant à s'en distinguer. Cela se traduit notamment par le développement d'un appareil administratif impressionnant, produisant des milliers de tablettes de comptabilité, contrôlant les principaux domaines fonciers et organisant les prélèvements des ressources à l'échelle du royaume depuis plusieurs centres majeurs, notamment celui de Puzrish-Dagan fondé dans sa trente-neuvième année de règne.

Shulgi se fait diviniser et son culte est implanté dans plusieurs villes, alors qu'il patronne la rédaction d'une littérature de cour en sumérien, caractérisée par un ensemble d'hymnes à sa gloire, dans lesquels il apparaît comme personnage d'ascendance divine, choisi et béni par les grands dieux du royaume depuis sa naissance, qui a les qualités du roi parfait (vigueur, force, sagesse, omniscience). Il s'appuie sur sa famille pour régner : ses fils occupent des postes importants dans l'armée et l'administration provinciale, ses filles deviennent prêtresses dans des sanctuaires majeurs ou sont mariées à des proches serviteurs du roi ou des souverains étrangers. Le royaume est organisé comme une sorte de grande famille à la tête duquel le roi occupe la position de patriarche. Il mène une politique diplomatique active de manière à s'assurer la paix avec ses voisins les plus puissants, tout en envoyant ses armées en campagne à peu près tous les ans dans la seconde partie de son règne, avant tout dans les régions du Zagros occidental contrôlant d'importantes routes marchandes et des zones de pâtures, avec l'implantation de garnisons visant à consolider son emprise. Il érige également un système défensif dans la partie nord de la Basse Mésopotamie, pour protéger le cœur de son royaume.

Son fils Amar-Sin (v. 2044-) lui succède. Le royaume d'Ur continue à prospérer pendant une vingtaine d'années après la mort de Shulgi, puis son déclin s'amorce et il disparait autour de

Shulgi est considéré comme un des principaux rois de la Mésopotamie ancienne, en particulier par l'importance de son œuvre administrative et la littérature de propagande qu'il a commanditée, connue par de nombreuses copies postérieures à son règne, même si la pratique de divinisation du roi s'est perdue avec le temps. Il est resté une figure importante, évoquée par plusieurs œuvres littéraires jusqu'à la fin de la civilisation mésopotamienne.

Sources thumb|Tablette donnant des noms d'année de Shulgi. Copie d'époque paléo-babylonienne (v. 1900-) provenant de Nippur. Musée de l'Institut oriental de Chicago.

Le règne de Shulgi est documenté par un ensemble d'inscriptions royales, textes officiels commémorant les principaux accomplissements du souverainPublication en ligne et traduction en anglais sur The Electronic Text Corpus of Sumerian Royal Inscriptions.. Il s'agit surtout de courtes inscriptions de fondations mises au jour dans des sanctuaires dont il a commandité la restauration, ou dans des copies qui en ont été faites dans l'Antiquité. Trois inscriptions commémorant des victoires militaires d'un roi d'Ur, qui pourrait être Shulgi, sont connues par des copies postérieures.

Un type de texte commémoratif sont les noms d'années du roi : suivant les pratiques de son époque, chaque année reçoit un nom rappelant un fait majeur qui a eu lieu durant l'année précédente : la restauration d'un sanctuaire, l'offrande d'un objet prestigieux à une divinité, la construction d'un ouvrage défensif ou d'une ville, une victoire militaire, une réforme politique ou administrative. Shulgi est le premier souverain pour lequel on dispose de l'intégralité (ou quasiment) des noms d'années, qui a pu être réarrangée dans un ordre chronologique, grâce à l'aide de deux listes datées de l'époque paléo-babylonienne ().

thumb|left|Photographie d'une tablette de l'hymne Shulgi D, avec sa copie par G. Barton (1918).

D'autres textes commémorant les actes et la personne de Shulgi sont un ensemble d'hymnes le célébrantPublication en ligne et traduction en anglais sur The Electronic Text Corpus of Sumerian Literature (ETCSL). : il s'agit soit de prières adressées à une divinité pour qu'elle accorde ses faveurs au roi, soit d'hymnes royaux à proprement parler célébrant des qualités du roi, tantôt écrits à la première personne, ou à la seconde ou à la troisième personne. Comme les autres textes littéraires mésopotamiens, ils étaient identifiés dans l'Antiquité par leurs premiers mots (incipit). Les historiens les désignent soit par des lettres (Shulgi A, Shulgi B, etc.) ou par un titre moderne (notamment ceux donnés par J. Klein) : ainsi l'hymne Shulgi D, dont le « titre » antique était « Ô mon roi, grand taureau aux membres splendides » (sumérien lugal-gu gud [gal] á gú-nu), a été surnommé « Shulgi, le vengeur de Sumer » (Shulgi, the Avenger of Sumer) par Klein et « Louange de soi de Shulgi » (Self-praise of Shulgi) sur le site ETCSL.. Ces hymnes sont connus par des exemplaires postérieurs au règne de Shulgi, mais plusieurs sont mentionnés dans des catalogues de la troisième dynastie d'Ur, ce qui indique qu'au moins une partie d'entre eux a effectivement été composée sous son règne. En revanche il reste possible que d'autres soit des inventions, et aussi que les textes aient été plus ou moins remaniés entre leur création et la copie par laquelle ils sont connus. Il est généralement estimé qu'ils ont bien leur origine à l'époque de Shulgi et reflètent l'idéologie royale de son temps, mais ils ne sont pas employés comme source pour l'histoire événementielle à moins qu'ils ne soient corroborés par une autre source (comme un nom d'année).

Un autre type de source textuelle connu par des tablettes postérieures sont les lettres de la correspondance des rois d'Ur, certaines étant adressées à Shulgi ou bien rédigées par lui.. Elles font apparemment référence à des personnes et événements de son règne, mais il est généralement considéré qu'il s'agit d’apocryphes composés après son règne. Ces sources sont donc rarement employées pour reconstituer l'histoire de son règne.

La documentation administrative produite par sous le règne de Shulgi est également une source importante pour connaître le fonctionnement de son royaume. Les tablettes administratives sont peu nombreuses pour ses premières années de règne, puis leur nombre va croissant à partir de sa troisième décennie de règne, manifestement sous l'effet des réformes administratives entreprises par le roi. Pour ses dernières années de règne, plusieurs milliers de tablettes sont connues. Ces sources proviennent d'un nombre limité de sites (surtout Girsu, Umma et Puzrish Dagan). Elles sont pour la plupart issues de fouilles clandestines du début du et ont été vendues sur le marché des antiquités de manière dispersée à des musées, des universités ou des collectionneurs privés occidentaux.

Les sceaux-cylindres et les empreintes de sceaux-cylindres de membres de l'administration trouvées sur des tablettes et bulles d'argile de l'époque sont une autre source importante, croisant information textuelle et visuelle : elles portent souvent des inscriptions identifiant leur porteur, leur fonction et le roi, et des images qui ont une signification religieuse et politique.

Peu d'édifices ont été dégagés dans l'état qui était le leur sous le règne de Shulgi. On lui attribue la première phase de l'Ehursag d'Ur, un édifice palatial. Sa tombe se trouve peut-être dans cet édifice.

Les représentations visuelles du roi connues se trouvent pour l'essentiel sur des sceaux-cylindres. En dehors de cela, peu de représentations royales de l'époque d'Ur III sont connues : des figurines de fondation en cuivre enfouies sous des édifices en même temps que des inscriptions commémoratives, deux statuettes en pierre fragmentaires dont l'inscription indiquent qu'elles représentaient Shulgi.. L'attribution d'autres réalisations à ce règne est débattue. Il a été proposé que le bas-relief rupestre représentant un roi-guerrier à Darband-i Gawr dans le Kurdistan méridional, région où Shulgi a mené des campagnes, soit daté de son règne. Une tête en pierre, seul fragment conservé d'une statue antique, est parfois présentée comme étant une représentation de Shulgi : en l'absence d'inscription, cela est indémontrable (s'il ne s'agit pas d'un faux moderne)..

Le déroulement du règne thumb|L'extension approximative de l'empire de la troisième dynastie d'Ur sous le règne de Shulgi, et son organisation centre/périphérie.

Éléments de chronologie

Selon l'opinion générale, Shulgi a régné durant quarante-huit années. Cela s'appuie sur le fait que la séquence de quarante-huit de ses noms d'années a pu être reconstituée par les documents administratifs, mais aucune des deux listes de ses noms d'années connues n'est complète. Les différentes versions de la Liste royale sumérienne s'accordent pour lui donner un règne avoisinant le demi-siècle ou le dépassant : 46, 48 ou .

Les noms d'années permettent de reconstituer la trame de la chronologie relative du règne, donc à quel moment situer les principaux événements apparaissant dans les sources de l'époque. Mais leur datation dans le système courant est complexifiée par les différents problèmes de datation qui reflètent autant de débats. On trouvera donc différentes propositions : la plus courante, dans la chronologie dite « moyenne », situe son règne de 2094 à 2048/ ou 2092-. Quoi qu'il en soit les historiens préfèrent généralement dater les événements de son règne en fonction de l'ordre de ses années de règne tel qu'ils l'ont reconstitué, par exemple « troisième année du règne de Shulgi » (souvent abrégé en « Š3 »)Par ex. , ..

La prise de pouvoir

Les circonstances de la montée sur le trône de Shulgi ne peuvent être approchées que par des sources littéraires, dont la fiabilité historique ne peut être clairement établie.

Il est le fils du roi Ur-Namma d'Ur, qui a régné dix-huit années (2110- en chronologie moyenne) et fondé le nouveau royaume d'Ur. Sa mère est l'épouse de ce dernier, dont le nom n'est pas traduit avec certitude : SI.A-tum, généralement compris comme Watartum.

L'hymne surnommé La mort d'Ur-Namma relate, comme son nom l'indique, le décès du père et prédécesseur de Shulgi. Un passage du texte raconte que le roi est ramené au palais blessé et agonisant, ce qui a pu être interprété comme l'indication qu'il avait trouvé la mort au combat. Il a pu être proposé que l'hymne Shulgi D, aussi intitulé Shulgi, le vengeur de Sumer, fasse référence à une campagne militaire que Shulgi aurait conduite au début de son règne pour venger la mort de son père. Son adversaire dans le texte, les Gutis, seraient alors les responsables de la défaite qui aurait coûté la vie à Ur-Namma.