L'ermitage Saint-Guillem de Combret est une petite chapelle romane rurale située sur le flanc méridional du massif du Canigou, dans le département français des Pyrénées-Orientales. Il se trouve à égale distance des villages de Prats-de-Mollo, siège de la paroisse dont dépendait la chapelle, et du Tech, chef-lieu de la commune à laquelle elle appartient.

Selon la légende, la chapelle fut construite par un ermite nommé Guillem qui, au début du Moyen Âge, se serait installé en ce lieu après avoir défait les esprits mauvais qui le hantaient. La construction romane date du . Elle est appuyée sur un bâtiment un peu plus ancien. La chapelle est classée monument historique, de même que divers objets (dont une cloche rare en fer forgé) qui en sont issus. Deux manuscrits médiévaux destinés aux prêtres officiant dans cette église sont également parvenus jusqu'au .

L'ermitage est attesté depuis plus de mille ans comme lieu d'accueil et de repos des voyageurs. Son site est traversé par plusieurs sentiers de randonnée et propose un refuge. Si elle n'abrite plus d'ermite depuis 1840, l'église est encore un lieu de recueillement deux fois par an, lors de festivités religieuses traditionnelles catalanes (aplecs) pour les fêtes de saint Guillem et de sainte Marie-Madeleine, à qui elle était originellement dédiée.

Le site

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Le massif du Canigou est le plus oriental des massifs des Pyrénées dépassant les d'altitude. Situé dans le département français des Pyrénées-Orientales, il sépare les régions naturelles et historiques de tradition catalane du Vallespir, au sud, et du Conflent au nord.

C'est sur le flanc sud de ce massif, à d'altitude, que se situe l'ermitage Saint-Guillem de Combret, sur un mamelon surplombant d'une cinquantaine de mètres le lit du torrent de la Coumelade. Il dépend de la commune du Tech, d'où il est accessible par une route carrossable puis une route forestière non goudronnée ou, à pied, par différents sentiers de randonnée balisés, le plus court mesurant trois kilomètres depuis le lieu-dit de La Llau, ce qui demande environ une heure de marche. Les sentiers de randonnée du Tour du Vallespir et du Tour du Canigou passent également à proximité immédiate de l'ermitage. Ces chemins anciens sont ceux qu'empruntaient les pèlerins venant de Prats-de-Mollo et Montferrer. L'ensemble du site est entouré de la forêt domaniale du Vallespir..

Le site de l'ermitage comporte une chapelle romane prolongée par une habitation ainsi que, quelques mètres en aval, plusieurs bâtiments désaffectés et un refuge. En amont est plantée une croix de fer et plus haut, près des sentiers de randonnée, une aire de pique-nique est aménagée avec aussi des pratiques de canyoning dans les cascades en contrebas. Par héritage, l'église est une propriété privée. Il s'agit de la même famille depuis plusieurs générations.

Toponymie Le mot Combret, ancien nom de la Coumelade, est d'origine obscure. Il pourrait venir du terme d'origine germanique Comboros, qui désigne un terrain rocailleux ou, via le village aveyronnais de Combret, aurait une origine gauloise. Dans ce dernier cas, il proviendrait du mot Combra qui désigne un confluent ou un barrage. La configuration des lieux proches, comportant à la fois des secteurs très rocailleux et un confluent de torrents, peut correspondre à l'une comme à l'autre de ces deux origines supposées. Il apparaît sous la forme Combred au ..

Le de l'église pourrait ne pas désigner le saint habituel connu sous ce nom, Guillaume de Gellone, ayant vécu à l'époque carolingienne, mais un ermite nommé Guillem qui aurait vécu dans ce lieu et aurait été nommé « saint » par les habitants des environs sans avoir été canonisé par l'Église officielle. Si ce personnage a réellement existé, il pourrait s'agir de Guillem de Llívia, personnage semi-légendaire connu par ailleurs vénéré comme saint à Llívia où se trouveraient ses reliques. Guillem est la version catalane du nom germanique (français : Guillaume, occitan : Guilhem), bâti sur les mots Wil, « volonté » et Helm, « casque ».

Le terme de Pausa Guillelmi apparaissant dans un texte du et pouvant signifier « refuge de Guillem » ou « plateau de Guillem » peut être attribué à l'ermitage, mais aussi au pla Guillem., un haut plateau situé à quelques heures de marche à l'ouest. Les deux lieux sont liés : les voyageurs prenant du repos à l'ermitage passaient de l'autre côté du massif du Canigou par le pla Guillem, ou y allaient pour la transhumance.

La chapelle, dédiée initialement à sainte Marie-Madeleine, est mentionnée sous le double patronage de Marie-Madeleine et de Guillem au .

L'ermite Guillem et ses successeurs La légende de l'ermite Guillem vignette|upright|alt=Paroles catalanes d'un chant, placées de part et d'autre d'un dessin en noir et blanc, qui représente un saint tenant d'une main un rameau et de l'autre un panier de nourriture|Goigs de Sant Guillem, chant traditionnel et prière rappelant sa légende.

Un ermite nommé Guillem aurait vécu au ou avant dans ce lieu et y aurait tenu un refuge pour les voyageurs.. Certaines sources vont jusqu'à placer son existence au .

Selon une légende, c'est cet ermite, aidé de bergers, qui aurait bâti une chapelle sur ce site. Vers l'an 600, les montagnes du Canigou étaient peuplées d’encantades (fées) qui vivaient dans un palais situé dans la vallée du Cady. Personne ne pouvait entrer dans cette vallée protégée par un dragon. Lorsque les fées lavaient leur linge, la montagne se couvrait de gros nuages noirs et des tempêtes de grêle s'abattaient sur toute la région et les régions avoisinantes du Roussillon et de l'Empordà. Aucun humain ne pouvait vivre dans ces contrées désolées..

À cette époque, un saint homme nommé Guillem, cherchant à se retirer du monde, gravit les montagnes afin de trouver un endroit où s'installer. Cela provoqua la colère des fées qui déclenchèrent des cataclysmes : tempêtes, incendies, tremblement de terre. Saint Guillem poursuivit son chemin et parvint jusqu'aux abords de la vallée interdite, où il fut attaqué par le dragon. Le saint voulut d'abord s'enfuir, mais fut aidé par un ange qui lui donna une épée. Saint Guillem affronta alors le dragon et le vainquit, le faisant tomber dans un précipice, ce qui mit les fées en fuite. Elles se réfugièrent dans les vallées reculées du Cady ou de la Carança.

Saint Guillem put ainsi s'installer dans la vallée de la Coumelade, où il vécut très simplement, en ermite, dans une grotte, ne se nourrissant que des produits donnés par la forêt. L'hiver, il n'avait pour toute nourriture que le lait des daines et femelles isards qu'il trayait. L'été, les paysans de toute la région venaient l'écouter. Voyant tant de piété, il décida de construire une église.

Saint Guillem aurait également forgé la cloche de la chapelle par miracle : voulant fabriquer une cloche pour sa nouvelle église, il serait allé demander de l'aide à des mineurs de Montferrer (ou Valmanya). Ceux-ci, pour se moquer de lui, lui laissèrent prendre tout le fer qu'il pourrait faire contenir entre ses mains. Guillem prit alors, à main nues, du fer en fusion contenu dans un creuset et se mit à battre le fer à coups de poing pour forger cette cloche.

La tradition attribue également à Saint Guillem d'avoir transporté seul la lourde pierre de granite qui constitue l'autel de la chapelle (dimensions : × × ) depuis les bords de la Coumelade..

Ermites attestés Plusieurs ermites sont mentionnés par des textes au cours des siècles, du ; ils sont notamment connus par leurs dates de décès. Miquel Deltrull est mentionné le . Pere Corominas meurt le . Jérôme Rondoni est mentionné le et meurt le . Joseph Falgos meurt le . Climent Orri, mentionné en 1818, meurt le .

La tradition concernant l'ermite Climent est connue. À sa mort à Prats-de-Mollo en 1840, il avait 61 ans. Il serait né à Pardines, dans la province de Gérone. Ses parents sont inconnus. Il vivait très simplement, selon le modèle de l'ermite Guillem, passant l'été à l'ermitage et l'hiver dans les villages des environs, où il était hébergé chez les habitants à qui il racontait des histoires pieuses, des légendes et pour lesquels il récitait des prières. Selon ses vœux, il aurait été inhumé à proximité de l'ermitage, son corps ayant été transporté à dos d'homme depuis l'hospice de Prats-de-Mollo, où il est mort, jusqu'à Saint-Guillem..

Sa présence comme ermite dès 1818 est attestée par une croix de fer, autrefois plantée près d'un chemin menant à l'ermitage et qui fut, pour sa protection, déposée dans la chapelle. Cette croix porte la mention de l'année 1818 à son sommet et « CLIMEN ORRI ERMITA DE SANT GUILLEM MA FET » (« Climent Orri ermite de Saint-Guillem m'a fait ») sur sa barre transversale..

On prête un miracle à l'ermite Climent. Cet ermite détestait la danse. Or, pendant un aplec, des habitants voulaient faire la fête et danser. Climent voulut le leur interdire, mais ils passèrent outre. Pendant la fête, l'ermite quitta les abords de la chapelle et, afin de les en empêcher, se retira au bord du torrent de la Coumelade où il pria Dieu en lui demandant de faire pleuvoir. Le temps restait beau, les villageois continuaient de danser. L'ermite entendait la musique. Désespéré de ne pas être entendu de Dieu, l'ermite lança son crucifix dans l'eau. Immédiatement, le temps changea et une violente pluie s'abattit sur l'ermitage et ne cessa pas jusqu'à la nuit.

Histoire

Au Moyen Âge et sous l'Ancien Régime Dès 1007, un document mentionne une pausa Guillemi, ou « refuge de Guillem ». Il s'agit d'un texte comportant une donation du comte Guifred en faveur de l'Abbaye Saint-Martin du Canigou, située de l'autre côté du massif.

À l'origine, l'église est dédiée à Marie-Madeleine comme l'indique une mention de 1195 sous la forme ecclesia Santae Mariae Magdalenae in parrochia Sancta Justae de Pratis. qui signifie qu'elle faisait partie de la paroisse Sainte-Juste de Prats-de-Mollo. Ce document de 1195 indique qu'elle est cette fois donnée à l'Abbaye Sainte-Marie d'Arles-sur-Tech. Elle passe peu à peu sous le patronage de saint Guillem (capella Sanctae Marie Magdalene Sancti Guillelmi de Combreto, 1329).

À une date sans doute comprise entre 1195 et 1198, l'abbaye d'Arles-sur-Tech accorde à l'église Sainte-Marie-Madeleine une poule de censive..

Un texte daté de 1321 autorise la construction de deux forges hydrauliques sur le site de Saint-Guillem..

Au , les forêts de Saint-Guillem font partie du domaine royal. Des concessions sont accordées pour leur exploitation, à l'exception de l'abattage des arbres qui peuvent servir à fabriquer des navires, réservés au roi.. Les environs de l'ermitage sont surexploités par les bûcherons et charbonniers et la forêt qui l'entourait disparaît jusqu'au .. Ce déboisement excessif étant jugé en partie responsable des inondations dont est victime la plaine du Roussillon, des programmes de reboisement du Vallespir sont entamés à partir du et accélérés après l'aiguat de 1940, particulièrement catastrophique..

Après la Révolution française : un déclin progressif