Harpes du Nouvel Âge ( en breton, en anglais) est le quinzième album d'Alan Stivell et son douzième album studio, paru en 1985 par Keltia III et distribué par WEA puis Disques Dreyfus en France et en Allemagne. Il est distribué au Japon et aux États-Unis par Rounder Records en 1986. Cet album, qui porte sa signature sur la pochette, est enregistré en solo, mais le harpeur est entouré de ses quatre différentes harpes, de l'acoustique à l'électrique.
Démarche artistique Vous pouvez entendre principalement sur ce disque la quatrième version d'une harpe électro-acoustique à cordes métalliques que j'avais conçue et dessinée après la mort de mon père en . […] En effet, dès 1964, s'était posé pour moi le problème de l'amplification satisfaisante d'une harpe bardique dans un contexte socio-musical contemporain. J'ai en effet toujours été fasciné par le merveilleux et la magie qui se dégagent des technologies de pointe quand elles aiment l'humanité ; elles permettent un voyage sans fin dans le futur. En même temps, résonnera toujours en moi le fil qui me relie aux origines, une passion complexe pour des mélodies de type pré-médiéval, que propageront les traditions celtiques au-delà du . Cette dualité – racines et modernité – a toujours été la base de ma musique. La musique de ce disque, jouée principalement sur des harpes du futur, prend sa source plus que jamais dans les finisterres de l'Eurasie. [...] On peut considérer ce disque comme une suite à Renaissance de la harpe celtique. [...] Les nouvelles harpes celtiques peuvent symboliser l'entrée dans l'ère du Verseau, elles en ont le caractère aquatique, l'aspect unificateur, unifiant à nouveau les Celtes, mariant les cultures de partout, les genres, les techniques, rapprochant aussi les distances temporelles, dans un Amour universel..
Parutions et réception Le disque sort en chez le label WEA (Warner). Il est distribué au Japon et aux États-Unis par Rounder Records dès 1986, sous forme de CD, ce qui est une première pour l'artisteDiscographie internationale, harpographie.fr.
Gérard Simon remarque dans son livre qu' Le magazine Best trouve que dans les Jean-Michel Reusser, Best, mars 1986.
Dans le Folk Harp Journal, Patrice J. Cardenas écrit en anglais : Patrice J. Cardenas, « Harpsounds. Harpes du Nouvel Âge, Alan Stivell (Rounder Records #3094) », Folk Harp Journal, , juin 1986, .
En 1985, l'album est consacré en Amérique par un Indie Award (décerné par The American Association of Independent Music), quelques années après sa nomination aux Grammy Awards pour Renaissance de la harpe celtique.
Caractéristiques artistiques Analyse musicale
Alan Stivell utilise comme seul instrument la harpe celtique mais quatre harpes différentes sont présentes et parfois il se dédouble au sein d'un morceau. Les suites s’enchaînent sans interruption, avec des intermèdes, appelés Dor. Ce disque, plutôt intimiste, invite donc à la méditation (chants d'un ruisseau et du vent), aux rêves (les îles, les fées...), à l'espace cosmique, au vide en soi. C'est la première fois que l'artiste utilise l'enregistrement numérique ; la vibration des cordes est saisie à la source dans le bois et dans l'air ambiant, sauf bien sûr, pour la harpe électrique dont le son est capté par des micros magnétiques et piézosTexte de la pochette intérieure du disque, haut de la page 1..
Un hommage à Jord Cochevelou se devine, puisque Alan Stivell utilise un peu la harpe réalisée par son père en 1953 (à cordes noyau, boyau et métal filée soie), notamment pour les intermèdes et Pedenn ewid Breizh, d’ailleurs arrangé par Jord (c'est cette partition, arrangée par Denise Mégevand sous le titre Lavaromp ar Chapeled, que travailla Stivell lorsqu'il joua pour la première fois en public). Pour autant, les intermèdes se veulent modernes et expérimentaux, avec l'utilisation pour la première fois d'une harpe électrique à cordes métal. La réalisation du prototype de harpe bleue d'apparence électrique, débutée par Tantra vers 1983 et terminée en , constitue l'aboutissement de son rêve. L'autre électro-harpe utilisée est à cordes nylon, construite par Camac. Il joue surtout sur une harpe électro-acoustique à cordes métalliques, dont il a dessiné les plans, fabriquée par Michèle Sangineto à Milan en , avec des innovations électroniques apportées par Lionel Gwirineg..
Il renoue de manière personnelle avec les techniques des anciens harpeurs d'Irlande et d'Écosse, en particulier dans les rythmes. En effet, il utilise abondamment la technique de l'étouffement, très difficile d’exécution : la vibration de la corde est arrêtée aussitôt que celle-ci a été pincée et ceci, en général, par le doigt même qui a pincé cette corde.. Il imite également les anciennes techniques des sonneurs de cornemuses écossaises : Texte de la pochette intérieure du disque, bas de la page 1.
Description des morceaux thumb|Alan Stivell utilise notamment une harpe électrique pour la première fois (ici la harpe d'Athy, construite par Les Harpes Camac). Musique Sacrée Suite comprenant les musiques sacrées : (« Tout passe »), (« Prière pour la Bretagne »), (2) et (« L'Esprit »). Stivell note que c'est par cette musique qu'il a commencé est une version arrangée par Denise Mégevand de (« Disons le chapelet »), le tout premier morceau joué par Alan en public à la Maison de la Bretagne à Paris en 1953., qu'il considère comme l'.
Dor I (« Porte 1 ») : Intermède qui est une (Taol-arnod), avec en toile de fond l'utilisation de l'enregistrement inversé, pour arrêter le cours normal du temps, dit le musicienPage intérieure gauche de la pochette.. L'usage du n'est pas nouveau : il avait été inauguré par les Beatles dès 1966 sur Revolver. Il utilise aussi le glissement des doigts mouillés sur les cordes de son électro-harpe Camac. Stivell écrit : .
Piberezh : Autre expérience musicale dans laquelle Alan Stivell adapte à la harpe trois extraits significatifs (thèmes Urlar) de pìobaireachd (musique classique de cornemuse d'Écosse du ) : Cumh Chlaibhers, et . Le second extrait, dont le titre original est Cumha na Chloinne, fut composé par Padruig Mor MacCrimmon, vers la fin de la décennie 1650 Gaelic songs. Cumha na Cloinne, site du gouvernement écossais destiné à l'éducation : educationscotland.gov.uk. La musique lui aurait peut-être été inspirée par la défaite du clan MacLeod à la bataille de Worcester, le , à laquelle il fut lui-même fait prisonnierLament For The Children - Cumha Na Chloinne, sur le site Bagpipe Tutorials. Sans imiter la cornemuse, Alan Stivell parvient néanmoins à en retrouver les sonorités, tout en innovant sans trahir. L'emploi de la technique du bourdon (avec un effet sans doublage de sa harpe) dégage une atmosphère lancinante, circulaire, ponctuée par des petites notes aiguës, au début notammentChronique sur le site nightfall.fr. Stivell atteste d'une filiation entre le harpiste et le sonneur : Page intérieure droite de la pochette. À la fin, des sons liquides et étranges venus d'ailleurs font le lien avec le titre suivant, comme un chant de baleines, puisqu'il en existe au large de l'Écosse.
Dor II : Deuxième énigmatique porte, intitulée , « Improvisation », ; un voyage enchanteur dans les paysages celtiques.
Rory Dall's love tune : Chanson d'amour – clin d’œil à Rory Dall, harpiste aveugle du – pour une jeune Écossaise (son nom irlandais est , « Donne-moi la main »)Paroles en anglais de Give Me Your Hand (Tabhair dom do Lámh). Stivell dit avoir légèrement modifié les harmonies et le rythme ; son interprétation demeure tout en douceur, plutôt dans les aigus, avec un arrière-plan sonore éolien qui inscrit la mélodie dans son temps contemporain discret.
Kervallan : Courte interprétation du morceau irlandais Marbhnagh Ò Neil (« Chant funèbre de O'Neil ») du harpiste Turlough O'Carolan au nom « bretonnisé » dans le titre ; Stivell dit qu'il phrase cet air à la bretonne et remarque, non sans humour, que « ça se défend au moins autant que de jouer comme une marquise du italien », ce qui est amusant lorsqu'on connaît le goût du compositeur irlandais pour le baroque italien.
Luskellerezh : Berceuse traditionnelle qui veut aussi dire « balancement », correspondant au « suantrai » ( en anglais), un des trois styles anciens, permettant la relaxation et le sommeil. demande le musicien dans le texte du disque. En fait, la composition vaut pour sa propre beauté mélodique et par son interprétation il est vrai presque jazzy à certains moments par le musicien et son final en cascades de notes, comme le chant clair d'un ruisseau.
Dihun' ta ! (« Réveille-toi ! ») : Marche traditionnelle de la région d'Alan Stivell, limitrophe de la Cornouaille et du Vannetais, où il a voulu transcrire un phrasé mettant en évidence la complexité de la rythmique bretonne, en tension par rapport à un tempo : .
En dro Inis-Arzh (« Autour de l'île d'Arz ») : Être « autour de l'île-d'Arz », c'est approcher une impression de paradis sur terre, ou plutôt sur l'océan, dans le golfe du Morbihan (à noter que l' est une danse traditionnelle du pays vannetais). Le musicien se nourrit d'influences plus ou moins jazz – pour cela il accorde différemment sa harpe ce qui lui permet des sorties hors du domaine modal – et utilise aussi sa harpe comme percussion, ce qui est assez exceptionnel pour un harpiste, au contraire des guitaristes.
Dañs Fañch Mitt : Stivell développe, pour cette variante du Plinn ancrée dans le pays Fañch, un jeu de main gauche qu'il assimile au son de la basse électrique. Il poursuit ici aussi son jeu percussif et ses frottements. C'est un appel à la danse, , mais aussi un petit clin d'œil au président de l'époque François Mitterrand45 tours Dañs Fañch Mitt, avec extrait, harpographie.fr.
Suite Écossaise : Elle se divise en quatre strathspeys et trois reels : , , , et , , . Le musicien précise : Avec sa harpe électrique, il joue des cordes et frappe parfois pour marquer le rythmeFrappements sur sa harpe pouvant faire penser au bruit des claquettes ou des pas des danseurs..
Dor III''' : Troisième porte qui ferme l'album, intitulée Harp'noun !, « Aide-moi ! », avec cette mention de Stivell : . C'est donc un moment ouvert sur l'imaginaire, avec ses volutes progressives de harpe et ses sons comme issus du frôlement d'un mobile d'enfant ou des touches de son carillon. Dans sa biographie, Laurent Bourdelas s’interroge sur le sens que donne l'artiste dans cet appel à l'aide : .
Pochette et disque Sur la pochette, le dessin de Loïc Tréhin est presque aussi réaliste qu'une photo : Alan Stivell, cheveux longs et barbu, vêtu d'une chemisette blanche, jouant d'une harpe bleue. En haut à gauche, le nom de l'artiste en rouge, style signature ; en haut à droite, une diagonale alternant le titre de l'album en français et en breton (Telenn a' skuilh-dour). En bas à droite, la mention « Enregistrement numérique (Digital) - En solo »Pochette sur le site harpographie.fr. Une technologie et donc un son résolument nouveaux pour le musicien, qui se met progressivement à la musique assisté par ordinateur. Il le précise dans le livret explicatif. Au dos, en diagonale, les titres des compositions, quelques informations complémentaires et une photo en gros plan du musicien à la harpe, signée Daniel Cariou.
Fiche technique Liste des morceaux
Musiques issues de thèmes du répertoire celtique arrangées par Alan Stivell, sauf Pedenn ewid Breizh'' par Jord Cochevelou.
Crédits
Équipe artistique Alan Stivell : harpes celtiques (nylon, électro-acoustique, électrique à micros magnétiques, électro-harpe à cordes nylon de Camac), effets
Équipe technique Production : Alan Stivell (Keltia III) Musiques et arrangements : A. Stivell Enregistrement et mixage : Fabrice Sauré (Studios Max Waldberg, Croissy-sur-Seine, France) Mixage final et enregistrement numérique : Thierry Rogen (Studios Guillaume Tell) Mastering (gravure) : Christian Orsini Photographe : Daniel Cariou