( en anglais) est le dix-neuvième album d'Alan Stivell, paru en par les Disques Dreyfus. Le titre signifie indifféremment « une terre » en breton et « un village » en arabe« Douar » sur TLFi et en kabyleJ. Théfaine, Alan Stivell, le sourcier, Ouest-France, mars 2003. La musique se joue des frontières pour aller à la rencontre des autres cultures, formant néanmoins une unité.

La musique celtique traditionnelle, au contact d'autres cultures, délivre un message d'ouverture et de paix. L'album atteint donc un idéal que s’était fixé l’artiste, une quête que Stivell résume avec ces quelques mots : « Les frontières sont maintenant déjà fossiles, comme le sont leurs derniers gardiens ».

La production des chansons se partage entre John Cale, Simon Emmerson, , Pascale Le Berre-Pascal et Robert Le Gall. Des stars participent aux chansons, issues du monde celtique comme Paddy Moloney (The Chieftains) et Jim Kerr (Simple Minds) mais aussi d'Afrique (Youssou N'Dour et Khaled).

Présentation de l'album As far as I'm concerned, the music of the entire planet can be fused together. There are no limits! 1 Douar (une seule Terre) fait le point de mes envies, de mes influences, de mes rencontres dont j’aimerais tant que vous partagiez l’émotion. Dans un monde qui me fascinait déjà très jeune, étonné par le paradoxe de ses ressemblances, aussi grandes que ses différences. Les frontières sont maintenant déjà fossiles, comme le sont leurs derniers gardiens. Mais, sans diversité, ce serait l’asphyxie. Entre les deux enfers de l’uniformité et de la division, il y a une voie praticable...

Contexte Eunn Douar, un titre breton qui symbolise bien les opinions de l’artiste tant Stivell a toujours cherché à mettre en valeur dans sa musique l'universalité de sa pensée et de ses idées avec sincérité. Stivell montre encore une fois que la musique bretonne est très vivante et ne vit pas repliée sur elle-même mais s'ouvre à des musiques qui lui sont plus ou moins proches. 1 Douar s’impose comme un réquisitoire pour la paix et l’amour entre les peuples et ouvre une nouvelle voie pour le millénaire à venir, une manière de balayer toutes les horreurs du siècle passé. Une manière de faire avancer aussi la cause des peuples et langues minoritaires en réclamant une plus grande tolérance. Alan Stivell remarque que douar signifie « monde » en breton et « village » en arabe. Le professeur Laurier Turgeon commente cette vision dans son ouvrage Regards croisés sur le métissage : « Le monde est un village et tout village un monde, double énoncé qui signifie qu'aucune voix ne saurait être réduite ni à l'universalisme béat ni au régionalisme étroit »Laurier Turgeon, Regards croisés sur le métissage, Presses Université Laval, 2002, p. 109-110.

En explorant ses sources instrumentales, Alan Stivell remarque des liens divers et anciens : Eliane Azoulay, « Bardé d'influences », Télérama, 1 mars 2008.

Intervenants

C'est un album aux sonorités world évidentes qui fait le point sur les influences et les rencontres de l’artiste, ce qui en fait un album plutôt « à part » dans l'œuvre du « barde »« D'une manière très différente et seulement musicalement, le disque qui a été le plus loin dans ce sens c'est la Symphonie celtique en 1979 », . L’esprit celtique plane tout de même, grâce à la présence de Paddy Moloney, le leader des Chieftains, pour un hommage personnel au barde breton Glenmor et la présence du leader de Simple Minds, Jim Kerr, pour un duo sur Scots are right. L'éloignement géographique entre la Bretagne et l'Afrique ne se confirme pas tant au niveau artistique, entre Alan Stivell et Youssou N'Dour ou entre l'arabe et le breton chanté par Khaled« Alan Stivell le Breton dans le monde », Le Télégramme, 27 juillet 1998.

Cette abolition des frontières n’est pas seulement géographique, elle est aussi générationnelle grâce au « duo » avec les Sœurs Goadec (La Mémoire de l'Humain) et avec une jeune Anglaise d'origine Afghane pour terminer l'album en douceur (Aet On). En fusionnant des sons du passé et du futur, le disque devient intemporel.

De plus, les ingénieurs du son (Simon Emerson d'Afro Celt Sound System, Alain Cluzeau…) et musiciens (Robert Le Gall, Michael McGoldrick, Pascale Leberre-Pascal, Martin Russel…) sont des artistes reconnus dans leur domaine.

Enregistrement Équipe d'un Macintosch, Stivell a préparé dans son home studio les bases de l'album. Il travaille sur Cubase Audio avec un Roland JV 80 et un clavier maître ORIA, ce qui permet d'enregistrer des programmations, la voix, la harpe et la cornemuseThierry Moreau, Interview reportée sur le site culture.celtie, novembre 1998 : « Cette technologie engendre une nouvelle spontanéité car avec un enregistrement numérique, je peux conserver ce qui me plaît ». Il s'est servi pour certains titres d'enregistrements audio en DAT, de la chanteuse irlandaise Breda Mayock et des sœurs Goadec, qui dataient d'un film réalisé par Arte en 1996.

Les enregistrements finaux et leur mixage sont effectués dans plusieurs studios, entre Rennes, Paris et Londres principalement. Alan Stivell s'est également rendu à Rotterdam, New-York et Dublin, aux côtés de ses invités.

Parutions et réception 1 Douar paraît en chez Dreyfus Music. La publicité télévisée, réalisée par Gérard Pont, est accompagnée d'images de tous les continents, que ce soit les pays de langue celtique, l'Occident/l'Orient, les États-Unis/l'Afrique, etc.Pub en ligne sur le site de l'INA (31 s) L'album entre dans le « Top albums » France le , en position et il atteint la position la semaine suivantechartsinfrance.net.

Son duo avec Youssou'N Dour sur le premier titre de l'album, A United Earth I, fera le tour de la planèteAu-delà des frontières, Stivell, reportage de Pascal Signolet pour France Télévisions, 2012, visible sur tebeotv.fr, à partir de 42 min. Le , 1 Douar est nommé aux Victoires de la musique dans la catégorie « Album de musiques traditionnelles et musiques du monde ».

Articles journalistiques Le Journal du dimanche décrit 1 Douar comme un « album-concept résolument celte et non moins futuriste, pétri d’influences world et techno »Le Journal du dimanche, 26 avril 1998. Dans Libération, Luc Le Vaillant apprécie : Luc Le Vaillant, 1 Douar, Libération, 8 décembre 1998. Quant à Rock & Folk (), il estime ;

Télérama note qu'avec Télérama, 22 avril 1998. Le journal Le Monde y voit un « album riche » mais qui Véronique MORTAIGNE, Le Monde, 27 juin 1998, p. 28.

Pour le magazine belge Télé Moustique, qui met trois étoiles, J.-L. C., Télé Moustique, novembre 1998, lire en ligne. En effet, comme toujours, ce nouvel album surprend ou déstabilise certains auditeurs - peut-être ceux qui ont une vision « figée » du musicien. Cela suppose un temps d'adaptation aux innovations. Selon le fanzine Zebrock, Zebrock, Automne 1998 Le producteur musical et radiophonique américain Derek Rath qualifie l'album comme « une déclaration intense et individualiste de grande intégrité ».

Tournée « planétaire »

En Bretagne, la tournée Eunn Douar passe par les festivals. L'ouverture culturelle est accueillie avec étonnement par des spectateurs, habitués de la part d'Alan Stivell à une musique essentiellement celtique. En juillet, la coupe du monde de football de 1998 qui a lieu en France renforce l'esprit de communion et festif des concerts, comme après le quart de finale France-Italie ; Alan Stivell se produit à Nantes, à l'Olympic, avec comme invité sur scène Youssou N'Dour (compositeur de l'hymne officiel du Mondial) et dans la salle Francis Cabrel (qui a également assisté à la victoire de la France au stade). La tournée française s'ouvre à d'autres pays, à l'Est (Allemagne, République tchèque), au Sud (Espagne, Italie, Brésil), au Nord (Royaume-Uni, Irlande, États-Unis), dans les îles (Corse, La Réunion, Maurice). L'album bénéficie ainsi d'une couverture médiatique étendue. Il est par exemple présenté sur la National Public Radio américaine en ..

Caractéristiques artistiques Analyse musicale Alan Stivell se sent « à l’aise dans un perpétuel bain d’influences ». Ainsi, dans cet album, « il n’a pas hésité à flirter avec ce qui flotte dans l’air du temps : la techno, le trip-hop, le dub. Mêlant avec jubilation la bombarde, le violon, la flûte, le violoncelle, et les claviers au djembé, au derbouka et à la kora. Tirant de sa harpe des sons distordus, étrangement proches de ceux de la guitare électrique. Construisant des architectures sonores dont le tempo rappelle à la fois la tradition bretonne et les rythmes d'aujourd'hui. Une sorte d'ethno-rock new age, dont il rêve quelquefois qu'on puisse le danser dans des « boest-noz » (boites de nuit, en breton), « le chaînon manquant entre la discothèque et le fest-noz ». »Jean Théfaine, « Alan Stivell : « J'aime le côté faux-paradoxe entre la spécificité bretonne et l'universalité de la planète. » », Ouest-France, 19 avril 1998.

Description des chansons vignette|Youssou N'Dour, ici au festival de Cornouaille 2010, évoque au chant A United Earth avec Alan Stivell. (« Une terre unie ») Duo entre le chanteur breton et le chanteur et musicien sénégalais Youssou N'Dour, considéré comme l'un des plus grands artistes africainsYoussou N'Dour : Ambassadeur itinérant, UNICEF.org : « Décrit comme l'un des plus grands chanteurs du monde et désigné comme « l'Ambassadeur culturel de l'Afrique de l'Ouest dans le monde » (New York Times) ». Tout semblait conduire ces deux artistes à travailler ensemble : leur ouverture musicale, mais aussi leur engagement en faveur des droits, de la paix ou du respect de la nature. Le texte d'Alan Stivell en breton et adapté en wolof par Youssou N'Dour est donc un plaidoyer en faveur de l'égalité des hommes, malgré leurs différences originelles. Rythmée (batterie, djembé), avec un thème à consonances africaines joué à la harpe, faisant aussi la part belle à la flûte irlandaise et à la kora, elle est conçue comme une marche.

La Mémoire de l'humain Hommage aux sœurs Goadec, trois chanteuses bretonnes qu'Alan Stivell a rencontré dans un fest-noz quand il avait 17 ans. Sur un rythme électro (trip-hop), le chanteur mêle sa voix à un sample du trio revenant ponctuer la chanson, ce qui lui confère une dimension mystérieuse, mêlant poétiquement le passé et le présent. Rendre hommage aux sœurs Goadec, c'est souligner l'importance de la tradition et de ce qu'elle peut apporter aux hommes (« Lumières de mémoire » chante-t-il), c'est aussi n'accepter ni « les crimes contre l'esprit », ni « contre l'espoir »La Mémoire De L'humain, paroles.

(« Espoir ») Une chanson qui porte bien son titre, très rythmée (invitant donc à la danse) et marquée par l'électro (claviers de et Pascale Le Berre) avec des effets autour de la voix d'Alan Stivell. Elle réaffirme le manifeste du chanteur : « Un monde uniforme / Ou en mille morceaux / Entre les deux on peut vivre / Différents et métis »Hope, paroles.

Ensemble () en breton et français, en duo avec Khaled, chanteur algérien de raï, déjà croisé avec Idir au Zénith. Au moment de l'enregistrement, il est à l'apogée de sa carrière, venant de recevoir une Victoire de la musique pour Aïcha, écrit en collaboration avec Jean-Jacques Goldman. La danse est rythmée par les instruments traditionnels arabes et des sons programmés. Les paroles prônent l'ouverture aux autres, avec notamment la répétition par Khaled de « Il faudra bien s'entendre, il faudra vivre ensemble » et par une voix féminine de « Understand, each other »Ensemble (Understand), paroles.