Au-delà des mots ( en breton) est le original d'Alan Stivell et son studio (quatrième album instrumental), paru le en France et en août en Angleterre, nommé .
Il marque les 50 ans de la renaissance de la harpe celtique. Avec ses six harpes différentes et la collaboration de deux musiciens de renom mais avec une grande orchestration, l'œuvre puise sa source au plus ancien à travers la harpe tout en étant tourné vers le futur avec les effets modernes.
Conception Le fil conducteur de ce album est tout simplement l’histoire et les rêves de ma vie, et l’occasion de mettre à l'honneur les harpes (néo-celtiques) qui y sont arrivées comme par magie. Je dédie cet album à ces instruments merveilleux : le pluriel est de rigueur, tant est différente ma harpe cristal plexiglas (partiellement « midifiée », ou passant à travers des pédales d'effets) de la , la première et la plus pure entre toutes. Je suis heureux de célébrer ainsi le cinquantenaire du retour de la harpe celtique chez les Bretons, ou, tout du moins, de son coup d’envoi. Cherchant toujours à évoluer dans la pratique, l’écriture, ou la conception des harpes elles-mêmes, cet album se devait d’être instrumental. Les harpes y sont entourées de paysages sonores évoquant les rivages de l'archipel celtique, dont il vaut mieux rêver éveillé. Derrière mes différentes harpes, je détourne un peu les techniques et les musiques électroniques (loops, etc.), au service de sons généralement très naturels, même si ne disparaissent pas complètement les distorsions et autres effets que j'affectionne aussi, l'énergie plus rock, les « tourneries » technoïdes. Certains passages évoquent plutôt des influences ou des connexions jazz-blues, espagnols, africaines ou orientalisantes : la musique celtique se joue des frontières de l’« Orient » (voir de l'ensemble du monde extra-européen) avec l’« Occident » ; la musique, à l’instar de la culture celtique en général, est, en réalité, à cheval sur ces deux mondes.
Au-delà des mots est le quatrième album d'Alan Stivell à la gloire de ses harpes. Ce dernier est porté davantage vers l'impro et une orchestration sous l'influence des sons actuels. Environ la moitié de l'album (La harpe, l'eau, le vent, Goltraidhe...) est construite à partir d'impros très spontanées, en général à la harpe ou aux claviers, suivant les états d'âme de l'artiste, un peu comme les fameux goltraidhe, suantraidhe et geantraidhe (modes anciens qui faisaient pleurer, rêver et rire) des gaéliques harpeurs médiévaux.
Enregistré en 2001, cet album éthéré est la recherche d'une qualité sonore vers la modernité, qui s'appuie, néanmoins, sur la rigueur et le respect du passé, Alan Stivell confirmant la pleine maîtrise de son art : Alan Stivell ou l'itinéraire d'un harper hero, p. 212. La nature des cordes influence énormément le jeu et la sonorité, que ce soit sur une harpe classique, la Telenn Gentañ à cordes de boyaux, une électrique à cordes métalliques, une acoustique à cordes en bronze.
Parutions et réception En France, l'album paraît le . Après Renaissance de la harpe celtique, cet album est l'aboutissement de ce bouleversement de la musique par l'évolution de cet instrument, qui a, par la même occasion, bouleversé sa vie. Au-delà des mots est sorti en Angleterre en sous le titre . Il entre dans le « Top albums » France le , en position, et il y reste pendant 4 semainesCharts in France. L'album est remastérisé et réédité en 2007 (distribution Harmonia Mundi). Dès le , Alan Stivell présente son album à José Artur dans l'émission Pop-Club sur France InterVers les " bretonnants"..., Culture&Celtie.
La presse bretonne et spécialisée La critique salue l'album, introspectif et créatif, entre tradition, modernité et liberté absolue. En mai, l'hebdomadaire Bretagne Hebdo s'amuse même à titrer : « Alain , duc de Bretonnie » à la suite d'un sondage de popularité auprès de ses lecteursDossier de presse sur le site Harpographie et Alan Stivell le présente au Pop Club de José Artur, l'une des émissions où tout a commencé. Jean-Luc Germain dans Bretagne Magazine analyse l'œuvre ainsi : Jean-Luc Germain, Bretagne Magazine, 2002. J-J Boidron dans Trad Magazine, introduit sa chronique par « Retour à la source ! » et conclut par « À ingérer sans modération et en boucle ». Le Télégramme conclut sa chronique le jour de la sortie par : Frédéric Jambon, Alan Stivell. Un album « Au-delà des mots », Le Télégramme, 22 mai 2002.
Sur AllMusic, l'avis anglais est positif : « Mais en dépit de sa fascination pour l'Antiquité, Stivell est un modernisateur, comme il ressort, par exemple, par les effets de batterie électronique sur Bleimor, le Bagad. L'ambiance, les esthétiques spacieuses, portent Stivell près du domaine de nouvel âge, mais surtout on peut entendre le son naturellement grinçant des instruments à cordes acoustiques et c'est toujours un plaisir. »
Tournée anniversaire en Europe
Pour célébrer les de la « Telenn Gentañ », la harpe construite par Georges Cochevelou, « un Stradivarius au son cristallin inégalé », son fils Alan fait construire par le facteur nantais Camac une futuriste « harpe du troisième millénaire » qu'il présente sur scène en 2004Jean Théfaine, « Une harpe futuriste pour Alan Stivell », Ouest-France, 23 janvier 2004. Avec un concept plus intimiste, le Breton préféré des Bretons (Bretagne Hebdo, ) est accompagné par une nouvelle équipe scénique (un claviériste, un flûtiste et un percussionniste). C'est son premier spectacle où la musique instrumentale occupe tant de place (les deux tiers).. La tournée débute en avant-première par la Nuit celtique 2003 au Stade de France. Alan Stivell dans Le Monde, « La Bretagne vibrante d’Alan Stivell », 19 mars 2004, p. 28 et le conduit à travers l'EuropePierre-Henri Allain, La balade d'Alan Stivell, Le Point, 10 janvier 2003. Les 19, 20 et , il s'arrête dans la salle parisienne de La CigaleÉliane Azoulay, Alan Stivell et sa harpe : toute une histoire, Télérama, 20 mars 2004. Sous une forme un peu différente, de nouveaux concerts ont lieu de mars jusqu'à l'été 2005 dans les festivals européens (Celtica à Nantes, Belgique, Italie, Espagne, Pays de Galles).
Caractéristiques artistiques
Description des morceaux La Harpe, l'eau, le vent Morceau qui s'ouvre sur le bruit des éléments (l'eau, fond sonore similaire à la séquence du « Dor II » de Harpes du Nouvel Âge puis le vent représenté par des sons de synthé), arrière-plan sur lequel la harpe jaillit pour devenir la source musicale principale, avec une superposition d'arpèges « cristallins » et une basse monocordeChronique de l'album, Forces parallèles, 30 octobre 2010. Stivell détourne la représentation supposée des éléments essentiels à la vie (la terre, l'eau et le feu) par le triskellLe triskel celtique, Histoire du triskell. Il rêve d'un monde en liaison avec la nature ; du fait des éléments c'est donc une pensée en mouvementAu-delà des frontières, Stivell, documentaire de Pascal Signolet, 2012, interview de Jacques Legras vignette|Ronan Le Bars apporte sa maîtrise du uilleann pipes, la cornemuse irlandaise.
La Celtie et l'Infini (A et B) Thème, d'abord lentement interprété à la harpe, puis au low whistle - par Alan Stivell - et au pib-uilleann par Ronan Le Bars, rejoints par les percussions et accompagnés par un nappe de synthé et divers sons pertinents. Huit minutes d'émotion pour évoquer une Celtie éternelle et marine. Son nouveau prototype de harpe lui permet de moduler le son à loisir, au point de pouvoir obtenir celui d'une distorsion proche d'une guitare électriqueChronique sur le site Musiques celtiques.
(« Réveillée, la harpe enchantée ») Morceau qui célèbre le réveil de la harpe celtique, presque cinquante ans après la renaissance offerte par son père Georges Cochevelou. Inauguré par des claviers solennels, Laurent Bourdelas trouve qu'il est « comme transpercé par le son cristallin de la harpe, dans un surgissement qui confine au magique ».
La Harpe et l'Enfant Composition limpide et fluide - sans exclure les diverses modulations de sons - en plusieurs mouvements, qui dit un éveil, une joie, un apprentissage, l'acquisition d'une virtuosité, ce qui a été le cas d'Alan Stivell tout petit. Ronan Le Bars l'accompagne en douceur au low whistle, comme David Hopkins aux percussions. Le tout s'inspire aussi d'Eured ar Beg (« Le mariage de la pie ») de l'ethno-musicologue Donatien LaurentLes titres de Au-delà des mots, Culture & Celtie, dossier Stivell
Bleimor, le Bagad Hommage rythmé rendu au bagad Bleimor, dont il utilise un sample tiré de l'album Sonerezh keltiek (1974) qui se baigne en partie dans le flux et le reflux océanique, le tout ponctué par un son très électrique de harpe. vignette|L'expert des percussions du monde David Hopkins agrémente de ses rythmiques les morceaux dansant.
Gourin-Pontivy Stivell s'inspire de son « pays » Vannetais, des villes de Gourin (Poher) et Pontivy (Pourlet) où sont nés ses grands-parents, pour réaliser un dialogue mâtiné d'électro entre la harpe et les percussions vigoureuses ; un appel à la danse comme il les affectionne, et un rappel de l'importance de l'enracinement et de l'authenticité.
Morceau qui poursuit l'hommage aux lieux aimés (ici les Hauts de Cornouaille) et l'invitation à la danse (percussions assurées par Alan Stivell et David Hopkins).
Goltraidhe Morceau de harpe mélancolique - « les gammes de la tristesse » est-il indiqué - rejoint par le pib-uillean très nostalgique de Ronan Le Bars ; Alan y joue aussi du low whistle, dont les notes s'entremêlent subtilement à celles de sa harpe. Il s'agit d'exprimer ici à la fois l'émotion ayant fait suite aux attentats du 11 septembre 2001 mais aussi celle du souvenir de la disparition de son père, ravivé par ce disque d'une certaine manière commémoratif (Stivell a traversé aussi à cette époque, sur le plan personnel, un moment déstabilisant).
Et les feuilles repousseront Titre faisant allusion aux paroles de Délivrance : . La harpe y est à la fois proche et lointaine, disant peut-être le souvenir et la mémoire, peut-être aussi des espoirs déçus, marqués par des ruptures de rythme.
Demain matin chez O'Carolan Nouvel hommage de Stivell à Turlough O'Carolan, l'un des derniers harpistes professionnels irlandais, via cette slip jig, après lui avoir dédié un morceau - Kervallan - sur Harpes du Nouvel ÂgeDidier Le Goff, Chronique de l'album Au-delà des mots, Ethnotempos. thumb|La mer ouvre et ferme l'album (ci-dessus une plage de Saint-Malo)
Harpe Atlantique / La Route de l'étain Morceau qui témoigne à sa manière, avec des silences, ses reprises et ses improvisations, ses percussions même (de Stivell et Hopkins), le chemin mystérieux qui reliait la Bretagne aux rivages de la Méditerranée à l'âge du bronze. Il comprend le thème irlandais de Cooley's Reel, joué avec dextérité à la harpe, surtout connu interprété au violon, qui sera d'ailleurs repris par le groupe italien Rhapsody comme interlude sous le titre Elnor’s Magic Valley sur l'album Rain of a Thousand FlamesCollection Alan Stivell part.1, L'Auberge des Korrigans, 29 décembre 2007.
La Celtie et l'Infini / La harpe, l'eau, le vent Morceaux qui referment le cercle formé en ouverture, avec tous les musiciens qui jouent de tous les instruments présents sur le disque et toujours le bruit de l'eau pour les relier, en début et fin de morceauAu-delà des mots en écoute gratuite, Deezer.
Pochette et disque vignette|Telenn Strink, « harpe de cristal »
La pochette, une photo de plage/océan/ciel (la plage du Sillon à Saint-Malo) d'Andrée Lebrun, redesignée jusqu'à l'abstraction, illustre les propos du musicien : . L'horizon de cet océan onirique s'étend à perte de vue, tout comme les cordes graves de la harpe dite « de cristal », intégrée sur la pochette du CD, qui se prolongent jusqu'en bas.