Le palais des Conservateurs (en italien Palazzo dei Conservatori ) est un édifice de la Renaissance italienne situé sur la place du Capitole à Rome, à côté du Palais sénatorial et en face du Palais Neuf. Le palais des Conservateurs et le palais Neuf, avec le Tabularium, constituent actuellement le site d'exposition des musées du Capitole, parmi les musées romains les plus représentatifs et les plus visités.

Les Conservateurs du sénat et du peuple de Rome, actifs entre le et l'année 1870 marquant la fin de la domination papale sur la ville, constituaient le gouvernement de la ville « laïque » de Rome, aujourd'hui comparables à des magistrats élus. Ils étaient en conflit constant avec le gouvernement de l'Église catholique pour la suprématie dans la ville. À l'époque de l'Empire romain, le triomphe romain se terminait sur la place du Capitole où se situait l'entrée du forum.

Au Moyen Âge, le palais des Conservateurs était le siège de la justice. Dans la salle des Horaces et des Curiaces, le 25 mars 1957, la Belgique, la République fédérale d'Allemagne, la France, l'Italie, le Luxembourg et les Pays-Bas signent le Traité établissant une constitution pour l'Europe (Traité de Rome) instituant la Communauté économique européenne et la Communauté européenne de l'énergie atomique.

Histoire

Magistrature des Conservateurs L'édifice doit son nom au fait d'avoir été, presque sans interruption pendant quatre siècles, le siège de la magistrature civile élective de la ville, les Conservateurs, qui étaient assignés par les statuts communaux, à partir de 1363 au moins, pour assister le Sénateur dans le gouvernement de la villeCommune di Roma, Les musées capitolins, guide, p. 67..

La magistrature des Conservateurs joue un rôle central dans l'administration municipale à partir du milieu du . Expression d'une classe municipale formée par la noblesse locale, qui possède des terres aux environs de la ville, et par les « bovattieri » enrichis par le commerce des denrées alimentaires, cette magistrature revendique fermement son autonomie, du moins administrative, par rapport au pouvoir central lié à la Curie romaine. Les Statuts de la ville de Rome, publiés en 1363, reconnaissent aux Conservateurs leur autonomie sur le plan financier et économique, mais aussi un pouvoir de contrôle sur les décisions du Sénateur. Ils président notamment la Camera Urbis, administrent et contrôlent les douanes et les impôts municipaux. Ces statuts leur confèrent aussi la faculté de créer d'autres magistratures et offices à l'intérieur de la structure municipale, comme les « caporioni » à qui sont confiés le maintien de la paix civile, et les magistri viarum chargés du respect des dispositions relatives aux règles d'urbanisme. Les Conservateurs tiennent dans leur palais des réunions du Conseil Public et du Conseil Secret, assemblées auxquelles participent les représentants du corps municipal et des magistratures capitolinesCommune di Roma, Les musées capitolins, guide, p. 73-74..

La charge de Gouverneur de la ville de Rome crée sous le pape Eugène IV, émanation directe du pouvoir pontifical, finit par disqualifier les magistratures capitoline qui perdent leur pouvoir réel au cours de décennies suivantes : tout en continuant à exister, elles finissent par ne plus assumer, durant de longs siècles, qu'un rôle purement formel.

Au moins depuis le , le lieu est occupé par les Banderesi, les capitaines de la milice communale organisés en « felice societadei balestrieri e pavesati » (arbalétriers et porteurs de pavois).

Palais médiéval Jusqu'au , la façade de l'édifice est caractérisée par un long portique dont les arcs reposent sur des colonnes, et sous lequel s'ouvrent les sièges des corporations des arts et métiers. La partie haute de la façade se caractérise par une série continue de fenêtres à croisées qui éclairent les salles principales du premier étage. Les extrémités sont occupées par des loggias à ouvertures bifores en direction de la place. Une loggia à trois arcs s'ouvre également sur la façade donnant sur le Champ-de-Mars. La cour est accessible depuis la place par un portique ; un document en certifie l'agrandissement en 1522. Sur le côté droit, une série d'arcs en ogive la mettent en communication avec une salle latérale, premier siège du « statuario » du Capitole. Un escalier à volée unique conduit au premier étage.

Le palais actuel est construit par Nicolas V vers le milieu du pour souligner le pouvoir du pape et sa supériorité sur les autorités civiques. A la fin du siècle, avec la donation des bronzes par Sixte IV en 1471, et avec la commission du premier cycle important de fresques des salles de représentation, dans le courant de la première décennie du , le palais connait un profond renouveau décoratif et artistique qui culmine avec la restructuration opérée par Michel-Ange.

Travaux de Michel-Ange En 1537, Michel-Ange commence les travaux de restructuration de la place du Capitole (Rome) avec la création de trois palais, le palais des Conservateurs, le palais Neuf (Rome) et le palais sénatorial. Il réorganise la place du Capitole avec notamment le déplacement de la statue équestre de Marc Aurèle depuis le palais du Latran jusqu'à cette place, ainsi que la construction de la façade du palais des Conservateurs, mais il ne verra pas son œuvre achevée. La nouvelle façade est conçue par Michel-Ange qui redessine ensuite la place devant elle.

Le palais des Conservateurs s'oppose par le type au palais Sénatorial : bâtiment large, relativement bas, à deux niveaux, soubassement ouvert en arcade continu sur colonnes. Derrière se trouvent les locaux des corporations communales et, à l'étage supérieur, les pièces administratives et les salles de réunion. Dans les védutes, l'édifice laisse une impression légèrement négligée, et le désir de plus de magnificence est sans doute général. Le projet de Michel-Ange ne porte pas seulement sur la façade, mais aussi sur la structure générale du bâtiment, à l'inclusion de la cour intérieure et de l'escalierA. Morrogh, The Palace of the Roman People : Michelangelo at the Palazzo dei Conservatori, Römische Jahrbuch der Bibliotheca Hertziana, 1994..

Le 11 mars 1563, après inspection du site, Paul IV demande le début des travaux sur la nouvelle construction. Le 8 juin, la travée droite de l'ancienne façade est démolie et les fondations du pilier d'angle droit de la nouvelle construction sont jetées. Le 26 juillet, Guidetto Guidetti est nommé chef de chantier de Michel-Ange; le 10 décembre il reçoit un paiement pour des dessins et divers travaux sur le palais. Le 13 février 1564, Michel-Ange meurt, les travaux sont poursuivis par Guidetto Guidetti qui meurt à son tour à l'automne. Le 12 décembre, Giacomo della Porta lui succède, à qui des paiements sont attestés en date des 24 août et 31 décembre 1565 pour une maquette en bois des chapiteaux et de l'entablement du grand ordre des colonnesZöllner, Thoenes, p. 724.

Les travaux sont achevés en 1568 par Giacomo della Porta qui a presque fidèlement suivi les plans de Michel-Ange, à l'exception d'une salle de réception plus grande au premier étage et, par conséquent, également d'une fenêtre plus grande que les autres.

Architecture Michel-Ange conçoit une architecture en tous points nouvelle, transformant le vieux palais encore de conception médiévale en un édifice de noblesse classique : son idée de base est de remplacer les arcades par un système de piliers architravés dans lequel les colonnes s'entendent comme des éléments porteurs d'appoint. Au niveau de la façade elle-même, vient s'y superposer un ordre de pilastres colossal érigé sur deux niveaux, constituant le premier plan du mur et supportant un entablement supérieur couronné d'une balustrade de statuesZöllner, Thoenes, p. 500-503. Cette façade est inscrite dans un schéma géométrique à deux ordres : l'un d'ordre corinthien, avec les parastades géantes qui parcourent et scandent toute la surface, l'autre d'ordre ionique, pour les colonnes qui soutiennent les voûtes du portique. Dans la cour, du côté de l'entrée, Michel-Ange reprend le schéma de la façade en soulignant plus nettement sa division en deux ordres.

La configuration des deux systèmes peut-être retracée jusqu'au projet pour la basilique Saint-Pierre de Bramante en passant par ceux de Baldassarre Peruzzi et de Raphaël, où elle résidait dans la combinaison entre les grands piliers-pilastres et les colonnes architravées de l'antique basilique vaticane. Mais seul Michel-Ange l'interprète comme une sorte d'ouvrage de force, comme si ses colonnes venaient se presser en renfort des piliers pour supporter le poids de l'étage supérieur. L'entablement intermédiaire court en continu derrière les pilastres, mais est fermement solidaire des profonds encadrements de murs qui le jouxtent. Les maçonneries en briques aujourd'hui dénudées des murs de remplissage de l'étage supérieur étaient autrefois recouvertes d'une couche de travertinC.L. Frommel, Il Palazzo dei Conservatori : Forma e struttura, Tittoni, 1997..

L'architecture du palais se présente comme une antithèse du vestibule de la bibliothèque Laurentienne : si la tectonique classique pilier/charge y était présenté comme un artifice, ici, l'art est consacré à lui restituer l'apparence naturelle. Le traitement de détail est placé sous le signe de la réconciliation avec l'architecture classique. Le grand ordre des pilastre est corinthien, l'ordre des colonnes est ionique, mais les chapiteaux à festons en feuille de laurier pendant entre les volutes sont des créations du sculpteur Michel-Ange, et les masques figurent une sorte de signature personnelle.

Façade

Michel-Ange conçoit une façade à ordre colossal supportant un entablement et une corniche énormes avec une balustrade ; les travées de la façade entre les pilastres géants comportent une loggia ouverte en bas et de grandes fenêtres au-dessus, soit du solide au-dessus d'un vide. Chaque ouverture de la loggia est encadrée d'un ordre de colonnes, dont l'entablement forme la base sur laquelle repose l'ordre encadrant la grande fenêtre du dessus ; un ordre mineur est donc enfermé dans un ordre plus grand. Les pilastres géants sont soutenus par des éléments d'encadrement : le dégradé habituel de l'artiste est présent ici aussi. Sur le mur du fond de la loggia, de grandes portes à fronton correspondent aux fenêtres de l'étage supérieur ; les frontons sont alternés, surbaissés et encadrant de grosses coquilles au-dessus, triangulaires en dessous. Ces portes sont placées entre les colonnes reprenant l'ordre de l'extérieur de la loggia : chaque élément contribue donc à la cohérence de l'ensembleMurray, p. 122.

Les édicules de l'étage supérieur qui manquent plutôt d'inspiration, ont vu le jour sous la direction de Guidetti.

Della Porta termine la façade à son idée : il est l'auteur des chapiteaux et de l'entablement du grand ordre des pilastres ; il perce la fenêtre protobaroque centrale, sans doute prévue pour être de même taille que les autres, et place au-dessus de l'énorme ouverture un fronton triangulaire serré entre les pilastres l'encadrantMurray, p. 123, rompant ainsi la régularité des travées, ce qui était contraire aux intentions de Michel-Ange.

Une certaine monotonie participe de fait des caractéristiques de cette façade : les proportions générales étirées dans la largeur étaient imposées par l'ancien bâtiment, mais les différentes travées sont frappantes par leur effet exagérément large, comme si elles étaient écrasées par le poids des entablements. Peut-être Michel-Ange voulait-il souligner le contraste avec la haute construction du palais Sénatorial, ou peut-être pensait-il que dans la configuration globale de la place, les palais latéraux étaient perçus en raccourci, leur vue purement frontale étant l'exception.

Portique et porche