Dès le milieu du , le théâtre rejette certaines traditions et souhaite abandonner une certaine « neutralité ». En haut lieu, le théâtre est considéré comme une « distraction de bas étage ». Avant 1789, le monde du spectacle connaît une stabilité et un calme relatifs, malgré Beaumarchais et quelques autres. Paris est le seul endroit en France où l'on peut assister quotidiennement à des séances théâtrales, avec le soutien politique ().

Les théâtres en France

Les différents théâtres et leurs créations Les théâtres subventionnés Victor Hugo s'exprime sur les subventions en disant : . Les subventions sont discutées à la Chambre avec des questions sur le théâtre (plaintes sur le « mauvais goût, sur le modernisme…)

L'Opéra L'Opéra est le premier théâtre à obtenir un soutien et un statut officiels. En 1669, Louis XIV accorde à René Perrin, auteur du premier opéra français, l'autorisation de fonder l'Académie Royale de Musique, destinée aux spectacles de ce genre. Perrin se rend compte que produire un opéra est plus onéreux que ce qu'il pensait et ce qu'il avait prévu. Il termine sa carrière en prison pour dette. Son successeur, Jean-Baptiste Lully, se montre plus habile et renomme la troupe l'Opéra. Il obtient la salle qu'occupe Molière et le premier spectacle a un coût exorbitant. La Comédie-Française La troupe de Molière se groupe autour de Charles Varlet de La Grange et s'associe à celle du Marais. Louis XIV accorde son patronage à cette nouvelle compagnie, la Comédie-Française. Le roi leur octroie des pensions et par conséquent une stabilité financière. Cette compagnie garde le quasi-monopole des comédies et des tragédies et elle regroupe les plus illustres acteurs de l'époque. L'Odéon - ou le Théâtre-Français Régi par le décret de Moscou de 1812, l'Odéon trouve dans le Conservatoire royal le repeuplement de talents dont il avait besoin, qui ne l'empêche nullement de faire appel à des comédiens étrangers. La plupart des pièces classiques sont jouées dans ce théâtre et Victor Hugo réussit à placer le drame romantique après 1830. Sa subvention implique quand même qu'il doive jouer des pièces classiques. C'est ainsi que sont montées beaucoup de pièces de Molière, de Racine, quelquefois de Marivaux et de Corneille, puis les tragédies de Voltaire et les tragédies néo-classiques s'ajoutent à son répertoire. Le théâtre est dans l'incapacité de se passer de subventions. La Comédie-Italienne Faisant peu à peu parler d'elle, la Comédie-Italienne réussit à recevoir des subventions de l'État. Elle reprend le théâtre des auteurs modernes comme Pierre de Marivaux, Charles-Simon Favart ou encore Louis-Sébastien Mercier.

Les théâtres non-subventionnés C'est ce type de théâtre qui attire le plus de monde. Le répertoire privilégie le vaudeville et se trouve au boulevard du Temple ou à Montmartre. Les théâtres les plus vivants se trouvent au Boulevard. Ces théâtres n'ont pas de subventions et se spécialisent dans les genres vivants (mélodrames et vaudevilles).

Les principaux théâtres du Boulevard sont le Théâtre de la Gaîté, le Théâtre de l'Ambigu-Comique, ou encore le Théâtre de la Porte-Saint-Martin où sont joués des tragédies libérales, des mélodrames et des drames romantiques de Dumas ou de Hugo. D'ailleurs, la Porte Saint-Martin a assuré l'existence du drame romantique.

Le théâtre de Léonard Autié Créé au début de l'année 1789, ce nouveau théâtre devient le principal concurrent de la Comédie-Française. Léonard-Alexis Autié obtient l'autorisation d'ouvrir un théâtre et d'y jouer des opéras italiens et « d'autres œuvres permises », lui laissant un choix assez libre. Cependant, après la protestation de la Comédie-Française, il est convenu que le nouveau théâtre ne pourrait jouer que des comédies en un ou deux actes. Pour se procurer les fonds nécessaires, il cède une part à Mademoiselle Montansier, l'une des personnes les plus importantes du monde du spectacle parisien, mais qui n'est alors que directrice du Théâtre Royal de Versailles. À peine cette association, des querelles se fomentent : Autié veut monter des opéras français et italiens, des vaudevilles et des spectacles de tous genres, mais Mademoiselle Montansier juge ce projet trop ambitieux pour réussir. Elle cède donc sa part à Giovanni Battista Viotti, célèbre violoniste. Pendant ce temps, Autié recrute une troupe en Italie et ramène quelques-uns des acteurs et chanteurs les plus appréciés de ce pays. Son théâtre débute brillamment. Le théâtre de Nicolet En 1759, Jean-Baptiste Nicolet obtient l'autorisation de louer un local au boulevard du Temple. Son exemple suscite l'établissement de scènes semblables au boulevard du Temple et dans les rues voisines. On y donne ainsi des spectacles qui font concurrence aux théâtres nationaux. L'autorisation officielle a été accordée à Nicolet sur son engagement de ne présenter que des acrobates et des danseurs de cordes. Ses acteurs n'ont ni le droit de chanter ni le droit de parler devant le public. Cependant, Nicolet tente d'enfreindre la règle petit à petit, sans jamais innover assez nettement pour attirer l'attention des autorités. Il introduit donc peu à peu des bribes de paroles, si bien qu'au bout de cinq ans, Nicolet donne ouvertement farces, comédies et arlequinades. Les théâtres officiels protestent et Nicolet est obligé de respecter son contrat. En 1767, Nicolet dirige un groupe de 30 acteurs et actrices, de 60 danseurs et danseuses, de 20 musiciens et dispose d'un répertoire de 250 pièces. Les Comédiens de bois / l'Ambigu-Comique Théâtre dirigé par Nicolas-Médard Audinot en 1767, un acteur de la Comédie-Italienne qu'il a abandonné à la suite d'une violente querelle entre la troupe et lui-même, les Comédiens de Bois, sis près du théâtre de Nicolet est un théâtre de marionnette qui parodie le répertoire de la Comédie-Italienne. Il agrandit finalement son théâtre et les marionnettes sont remplacées par des enfants de huit à dix ans et se renomme l'Ambigu-Comique. Dès 1771, il joue des opéras. L'Opéra proteste et Audinot est réprimandé comme l'a été Nicolet. On lui interdit de présenter des spectacles de chant et de danse et son orchestre est réduit à quatre musiciens. Audinot garde ses jeunes acteurs, qui grandissent en même temps que le champ des représentations. L'Ambigu-Comique devient alors un véritable rival pour les autres théâtres. Le Théâtre des Associés Les associés sont Jean-Baptiste Sallé (ancien acteur du théâtre de Nicolet) et Vienne (connu pour son jeu caricatural). Lors de leur fondation, il est convenu que Sallé présenterait un spectacle de marionnette et que Vienne ferait son jeu de grimace durant l'entracte. Cependant, rapidement, les marionnettes sont remplacées par de vrais acteurs qui jouent des pièces classiques. Le théâtre est fermé par ordre des autorités, mais est rouvert en 1778 avec des représentations de pièces comiques, tragiques et dramatiques. Le théâtre de marionnettes au Palais-Royal, demeure du duc d'Orléans Autorisé en 1784, Delomel s'installe au Palais-Royal. C'est un théâtre rapidement populaire, mais très vite encore, Delomel remplace les marionnettes par de jeunes enfants. Son contrat interdit à ses artistes de parler, Delomel a l'idée de leur faire mimer leur rôle tandis que des adultes dans les coulisses le déclament. Cette nouveauté plaît au public et attire beaucoup de spectateurs. La Comédie-Française se plaint à nouveau. Le lieutenant de police prescrit alors à Delomel de n'employer qu'un acteur pour chaque rôle, chant et parole interdits, même à la cantonade. Il est au bord de la faillite quand la Révolution éclate.

Telle est la situation du spectacle à la veille de la Révolution : quatre théâtres nationaux (l'Opéra, la Comédie-Française, l'Odéon ou le Théâtre Français et la Comédie-Italienne) se partagent le quasi-monopole de tout le répertoire, mais leur suprématie est mise en cause par des théâtres plus petits, populaires et situés Boulevard du Temple. Ceux-ci survivent et prospèrent malgré de lourdes récriminations policières. L'histoire de ces petits théâtres se ressemble finalement beaucoup.

Le rôle des théâtres dans la Révolution Les premiers mois de 1789 sont sources de tension à Paris. L'été apporte les États généraux à Versailles, l'institution de l'Assemblée Nationale et le Serment du Jeu de paume qui suscitent l'intérêt pour la politique chez le peuple. Cependant, ces diversions n'ont pas compromis les recettes du théâtre.

Le geste prouvant la « trahison aristocratique » est le renvoi le du ministre Jacques Necker. Le roi n'ignore pas que ce renvoi sera mal accueilli car Necker est considéré comme le plus puissant soutien du Tiers-État. Le roi l'invite donc à quitter discrètement Paris, ce qu'il fit. Dans cette atmosphère de méfiance, le départ de Necker ne pouvait pas se faire dans le secret et dès le , le renvoi du ministre se fait savoir dans la capitale.

Ce jour-là, les Parisiens se rendent en foule dans la cour du Palais-Royal, le foyer de l'agitation politique. C'est là que Camille Desmoulins incite le peuple à l’insurrection en déclamant :

Les pressant de prendre les armes contre la troupe qui encercle Paris. Maret, auteur dramatique au service de Beaujolais, exige la fermeture des théâtres jusqu'à ce que .

L’Anglais Edward Rigby, qui séjourne à Paris, décrit dans ses lettres ce qui s'y passe cette nuit-là. Ayant passé la matinée à Versailles, il s'est rendu le soir à la Comédie-Française. Avant le début de la pièce, un début d'émeute se déroule dans la rue et la représentation est annulée. La salle réclame des explications, mais l'acteur, chargé d'expliquer la situation, se contente d'annoncer qu'il y a une déclamation du peuple qui exige la fermeture des théâtres. Les spectateurs rejoignent les insurgés et se pressent dans le Boulevard. Le groupe envahit le Salon de Curtius, musée de cire proche de la Comédie-Française, et emporte les bustes de Necker et du duc d'Orléans (on disait qu'il était menacé d'exil) qui sont portés en procession dans les rues.

Le matin du , Paris semble avoir retrouvé son calme et on rejoue le soir même. Le , le roi donne l'ordre d'évacuer les troupes stationnées autour de Paris et nomme un nouveau maire qui enchante le peuple.

Les genres théâtraux

Le théâtre cherche, malgré le contexte historique, une nouvelle approche, à accomplir une quête novatrice, une modernité et une rénovation des genres.

Le théâtre tragique Le théâtre tragique est représenté par des pièces comme Zaïre de Voltaire ou encore Cinna de Corneille, mais il rencontre surtout un succès grâce aux acteurs présents sur la scène qui parviennent à . Les acteurs sont surtout Zafon, Mars ou encore Talma. Ils bouleversent le théâtre de l'époque par leur jeu.

Par exemple, la mort de Talma suscite un deuil national et Delécluze lui rend hommage dans un article publié dans son Journal le .

Le théâtre tragique connaît finalement une certaine évolution et se mue peu à peu en tragédie moderne (dit « drame historique »). L'année 1827 marque un tournant avec La comédie des mœurs en France au siècle de Victor Hugo, non marquante pour sa pièce même car elle est irréalisable (trop d'acteurs et un texte trop long avec vers), mais marquante pour sa préface qui rejette la tragédie classique et indique une théorie de la tragédie moderne. Victor Hugo revendique la liberté et marque le refus de « suivre les règles » notamment en refusant celles des trois unités et le culte du beau. Ce texte est connu sous le nom de La Préface de Cromwell, de Victor Hugo.

La comédie