James Hamilton, comte d'Arran (1537-1609) est un soldat de la noblesse écossaise qui s'est opposé à la régence sous domination Française, pendant la Réforme. Il est le fils aîné de James Hamilton, duc de Châtellerault, qui est un temps régent d'Écosse. Il est d'ascendance royale, troisième ou quatrième héritier de la couronne écossaise. Malgré de nombreuses propositions et des projets de mariages royaux, il ne se marie jamais. Il se rend en France avec Marie, reine d'Écosse, où il commande la Garde écossaise. De retour en Écosse, il devient une figure proéminente de la rébellion qui va conduire à la Réforme écossaise, au grand dam de Marie et de ses partisans français. Sa santé mentale va en se détériorant progressivement, et aboutit à la démence en 1562, il est ensuite enfermé jusqu'à la fin de sa vie.

Biographie

James Hamilton est né en 1537 ou 1538, voire 1532Calendar State Papers Scotland, vol. 10 (Edinburgh, 1936), p. 31, indique qui a 57 ans en 1589., assez probablement à Hamilton, dans le Lanarkshire, en Écosse. Il est le fils aîné de Margaret Douglas et de James Hamilton 2e comte d'Arran, qui sera fait duc de Châtellerault, en France, en 1548. Il est également l'arrière petit-fils de Mary Stuart, fille aînée de Jacques II d'Écosse. Il est donc, avant la naissance de Jacques VI le descendant mâle légitime le plus âgé de la couronne d'Écosse, et donc héritier présomptif pendant une grande partie du règne de Jacques V. La famille de son père descend de Walter FitzGilbert, le fondateur de la Maison de Hamilton, qui avait reçu la baronnie de Cadzow de Robert Ier.

A noter que la mère de James, Margaret Douglas, descend de Jacques IV par l'intermédiaire d'une fille illégitime de sa maitresse Marion Boyd, et de Jeanne Stuart, fille de Jacques d'Écosse. Elle a épousé le père de James en . Celui-ci, arrière petit fils de Jacques II, devient de par son lignage régent d'Écosse en 1542, à la mort de Jacques V.

Projets de mariage Le régent envisage plusieurs mariages royaux pour son fils James, qui est deuxième héritier en ligne de la couronne écossaise. En , il pense déjà à marier son fils à la fille de Jacques V, la reine Marie, qui n'a alors qu'un an. Sa mère, Marie de Guise veut l'éviter absolument.

En , le roi d'Angleterre souhaite marier la petite reine Marie à son fils Édouard. Le Régent se voit alors proposer, par Henri VIII, la main de sa fille Elizabeth (future Elizabeth I), pour son fils JamesDickinson, Gladys, ed., Two Missions of de la Brosse (SHS: Edinburgh, 1942), pp. 40–41.. Il se peut qu'Henri VIII ait lui-même proposé cette union dans un but politique mais cette proposition n'aboutit pas non plus, le régent ayant rejoint, en septembre, la faction pro-française du cardinal Beaton après avoir abjuré le protestantisme pour la religion catholique romaine. Henry répond en déclenchant le Rough Wooing, une guerre de huit ans qui vise à forcer les Écossais à accepter le mariage.

En 1543, James est envoyé, comme otage du cardinal Beaton, au château de St Andrews, ainsi qu'il avait été convenu pendant la médiation de Kirkliston, qui visait à réconcilier les parties prenantes au « Secret Bond », un accord signé par les partisans à une alliance française, pour s'opposer au mariage de Marie avec Edouard et à la soumission des écossais à « leurs vieux ennemis d'Angleterre ».

En , James est toujours à St Andrew sous la garde du cardinal quand celui-ci est assassiné par un groupe de ProtestantsLetters & Papers Henry VIII, vol. 21 part 1, (1908), no. 1456State Papers Henry VIII, vol. 5, part IV part 2 (London, 1836), p. 560, James Lindsay to Wharton, 29 May: Sanderson, Margaret H. B., Cardinal of Scotland (Edinburgh: John Donald, 1986), pp. 226–228.. James est alors fait prisonnier par les conspirateurs qui se retranchent dans le château. Le 14 aout, le Parlement décide de le destituer de tous ses droits de succession à la couronne d'Écosse (et aux propriétés familiales) au cas où il serait livré aux Anglais par les Protestants. Un véritable siège du château commence en sans obtenir la reddition des conspirateurs, qui sont ravitaillés par les Anglais, jusqu'à ce qu'Henry II envoie une flotte française commandée par l'amiral Leone Strozzi, en , pour appuyer le gouvernement écossais. Le château est pris le Lindsay of Pitscottie, Chronicles of Scotland, vol. 2 (Edinburgh, 1814), p. 490..

Le régent accepte alors le mariage de Marie avec le dauphin François, fils et héritier du roi Henri II ; l'accord est officialisé par le traité de Haddington. En remerciement, le régent est fait duc de Châtellerault. James lui succède comme comte d'Arran mais il n'héritera pas du titre français, son père l'ayant perdu en 1559 lorsqu'il change d'alliance et bascule du côté protestant.

Années en France vignette|Bourguignotte En aout 1548, Marie Stuart part vivre en France, James l'accompagne ou la précède d'un moisMarcus Merriman, The Rough Wooings (Tuckwell, East Linton, 2000), p. 309.. Bien qu'ayant à peine 16 ans, au mieux, il est nommé commandant de la Garde écossaise et se distingue lors de la Bataille de Saint-Quentin (1557).

Le , l'armurier royal français Bénédict Claye reçoit une commande pour une armure décorée de gravures dorées, destinée à Jacques, elle comprend un morion, une bourguignotte et des accessoiresCathérine Grodecki, Documents du Minutier Central des Notaires de Paris: Histoire de l'Art au siècle, 1540-1600, vol. 2 (Archives Nationales Paris, 1986), p. 279 no. 959..

En , Henri II propose à James d'épouser Françoise, fille du duc de MontpensierMerriman, Marcus, The Rough Wooings (Tuckwell, 2000), pp. 301–302.. Après le mariage de Marie au Dauphin, un certain nombre de dames de la cour sont proposées en mariage à James dont, notamment, Mademoiselle de Bouillon, fille de Diane de Poitiers, en , Claude de Rieux, Louise de Rieux (qui épousa René II, marquis d'Elbeuf), et Jeane de Savoie. Mais Jacques n'en épouse aucune.

Projet de mariage avec Élizabeth d'Angleterre vignette|N. Hilliard, Elizabeth I jouant du luth Le Duc de Châtellerault, père de Jacques, renonce à la régence de l'Écosse en 1554 et suit par la suite une politique pro-anglaise. En 1558, il propose de marier Jacques à la reine Élisabeth Ire d'Angleterre pour cimenter une alliance anglo-écossaise. Ce projet de mariage, encouragé par John Knox, principal ecclésiastique protestant d'Écosse, et par John Jewel, évêque de Salisbury est soutenu par les Lords de la Congrégation. La reine Élizabeth y réfléchit sérieusement car elle indique à l'évêque Quadra, en , que James n'a jamais été près du trône d'Écosse du fait de la maladie de Marie Stuart et que tout le monde rêve de réunir les couronnes d'Écosse et d'Angleterre au moyen de ce mariage. L'évêque Jewel reste favorable au mariage jusqu'en Hastings-Robinson ed., The Zurich Letters 1558–1579 (Parker Society, Cambridge, 1842), pp. 82–83.. Le 31 aout 1560, les « États d'écosse » décident d'envoyer des députés à Elizabeth pour « la soliciter, s'il est possible, de prandre à mary le conte d'Arrane ».

Le , Élisabeth déclare aux ambassadeurs écossais, William Maitland, le comte de Morton et le comte de Glencairn, qu'elle rejette la demande en mariage de JamesAdams, Simon ed., Household Accounts of Robert Dudley, Earl of Leicester (Cambridge, 1995), p. 146. Un chroniqueur ultérieur, David Hume de Godscroft, estime que la demande en mariage est « tellement improbable qu'une telle proposition, comme le sait Morton, ne serait pas vraiment acceptable pour elle »David Reid, Hume of Godscroft's History of the House of Angus, vol. 1 (Edinburgh: STS, 2005), pp. 135–136, bien qu'elle ait été faite par le Parlement d'Écosse.

La reine Élizabeth essaie par la suite d'inciter Marie Stuart à épouser James pour éviter qu'elle n'épouse un étranger, ce qui renforcerait l'Écosse au détriment de l'Angleterre.

Monsieur de Beaufort vignette|Portrait de Pierre Martyr Le , Henri II, furieux des agissements de James qui, s'étant « depuis quelque temps laissé séduire au faict de la religion, y est entré si avant qu'il a faict infinis scandalles à chastellerault et aultres lieux de mon pays de Poictou où il a demeuré et gasté beaucoup des peuples et subjects desdicts pays ». Il demande très instamment à la reine Elizabeth « de le faire arrester prisonier en son royaulme pour m'estre rendu et restitué comme criminel de lèze Magesté et fugitif de mon dict royaulme ».

James, qui se trouve avec son père à Châtellerault, devient un fugitif des autorités françaises ; il part se mettre en sécurité en Suisse en juillet, et passe 15 jours caché dans un bois en chemin. Son évasion de France est orchestrée par William Cecil, conseiller d'Élisabeth, et Nicolas Throckmorton, ambassadeur d'Angleterre à Paris.

James se rend d'abord à Genève, puis à Zurich où il est l'invité de Pierre Martyr, et enfin à LausanneCSP Scotland, vol. 1 (Edinburgh, 1898), 234, où il rencontre Thomas Randolph (alias Barnaby). Ils voyagent incognito vers l'Angleterre en passant par les Flandres. À Londres, il séjourne chez Cecil à WestminsterCalendar State Papers Foreign Elizabeth, vol. 1, no. 1274, 1290, 1293 et a un entretien avec la reine elle-même dans le jardin de Hampton CourtCSP Scotland, vol. 5 (Edinburgh, 1907), p. 375 : Calendar State Papers Foreign Elizabeth, vol. 2 (London, 1865), p. 33n; Teulet, Papiers, vol. 1, p. 357.

Fin , Throckmorton écrit à Cecil pour lui décrire la façon dont James été traité en France. Après son départ, certains de ses gardes écossais se sont battus avec des soldats français. L'un des commissaires français chargés de son arrestation a tenté de s'excuser auprès de Marie, reine d'Écosse, mais Throckmorton apprend que Marie a dénoncé James comme un étant un traître et espère que cette nouvelle fera avancer la politique pro-anglaise en ÉcosseStevenson, Joseph, ed., Calendar of State Papers Elizabeth: 1558-1559, vol.1 (London (1863), p. 340, no. 888 : Forbes, Patrick, ed., A Full View of the Public Transactions of the Reign of Elizabeth, vol.1 (London, 1740), p. 147.

La reine Elizabeth considère que le sauvetage de James est un pas de plus vers la fin à l'Auld Alliance, vu qu'à son retour, son père, deviendra probablement le chef des Lords de la Congrégation. William Cecil remercie Châtellerault pour le sauvetage, écrivant le : « Je ne convoite qu'une chose, c'est que cette île soit unie dans la concorde »Forbes, Full View, vol. 1 (1740), 166CSP Scotland, vol. 1 (Edinburgh, 1898), 231, 241, no. 521 : George Buchanan, trans. Aikman, History of Scotland, vol. 2 (Glasgow, 1827), pp. 414–5.

Le , la reine Élizabeth demande à Throckmorton d'aider James, que le roi de France veut capturer mort ou vif, à revenir en Écosse ou en Angleterre depuis Genève où il se trouve. Elle lui recommande d'agir très discrètement « par respect pour les amis et sujets de l'empereur et ceux du roi catholique et des français ». Elle lui écrit à nouveau le pour lui recommander d'user de sagesse pour « le préserver du danger du roi français et des Guise ».

D'après l'évêque d'Aquila, James est vu deux ou trois fois à Londres les premiers jours de septembre, en compagnie de la reine Élizabeth qui fomente « des tumultes en Écosse, à son profit, au moyen d'un prêcheur hérétique nommé Knox ». James quitte Londres pour l'Écosse le .