Léglise Notre-Dame-de-Roscudon est une église catholique située à Pont-Croix dans le département du Finistère en France. Construite à partir du par adjonctions successives, jusqu'au second quart du grâce au mécénat des seigneurs de Pont-Croix, puis de leurs alliés et descendants de la maison de Rosmadec, elle est un exemple du mécénat de l'aristocratie locale bretonne, et témoigne de la permanence de ce lignage noble au long des trois siècles de sa construction.

Elle est le monument le plus important de ce qu'on a pu appeler l'école de Pont-Croix, c'est-à-dire un ensemble de monuments situés à l'ouest de Quimper et qui présentent une série de caractéristiques stylistiques particulières qui les ont longtemps fait considérer comme des édifices romans. En réalité, l'église de Pont-Croix est une construction gothique qui montre, d'après certains auteurs, une forte influence de la part des constructions anglaises, en particulier du quart sud-ouest de l'Angleterre ; d'après d'autres historiens de l'art, elle réinterprète plutôt des constructions romanes bretonnes pour en faire une manifestation de réaction contre l'influence exercée par les formes du gothique d'Île-de-France. Dans tous les cas, elle a à son tour inspiré de très nombreuses constructions cornouaillaises, comme la chapelle Saint-Herbot à Plonevez-du-Faou.

L'édifice est classé au titre des monuments historiques, et abrite plusieurs objets également protégés : plusieurs retables, une chaire à prêcher, une tribune d'orgue de style flamboyant et une sculpture de la Cène.

Histoire L'église était probablement à l'origine la chapelle du château de Pont-Croix édifié par les seigneurs de la cité, la famille de Pont-Croix, avant de devenir une trêve, c'est-à-dire une dépendance, de la paroisse de Beuzec-Cap-Sizun. Quoique appelée parfois collégiale, l'église n'a jamais abrité de collège de chanoines et n'a jamais porté le titre de collégiale avant la Révolution française : il apparaît sous la plume de certains érudits locaux à partir du , puis de quelques historiens d'art à partir du milieu du .

Les premières phases de sa construction sont difficiles à dater. Les plus anciens historiens, parmi lesquels l'abbé Abgrall, considéraient que les parties les plus anciennes remontaient au et relevaient de l'architecture romane. Cependant, René Couffon propose en une nouvelle chronologie : il fixe le début de la construction au milieu du et rattache ainsi l'édifice à l'art gothique, par comparaison avec des édifices anglais contemporains.

Les parties les plus anciennes de l'édifice, bâties probablement au milieu du , sont la nef actuelle avec des bas-côtés doubles, les quatre travées occidentales du chœur avec ses bas-côtés doubles et le transept remanié par la suite. Elles pourraient également avoir été construites un peu plus tard, dans le dernier tiers du , à l'époque du seigneur Sinquin de Pont-Croix dont les textes rapportent une action de bâtisseur sur l'église. Une deuxième phase de construction conduit à l'allongement du chevet de deux travées, et au remplacement de son bas-côté sud par une chapelle. René Couffon situe cette étape sous la seigneurie de Sinquin de Pont-Croix, quand Philippe Bonnet et Jean-Jacques Rioult la placent plutôt au début du .

alt=Photographie de deux panneaux de vitrail représentant un couple de donateurs avec leurs saints patrons.|vignette|Alain II de Rosmadec et sa femme Jeanne du Chastel.|gauche

En , la famille des seigneurs de Pont-Croix s'allie avec la maison de Rosmadec et la seigneurie passe aux mains de cette famille, qui est le principal mécène des aménagements postérieurs de l'église. Dans les années qui suivent ou bien dans les années , on construit le porche méridional. Plus tard, probablement vers , Jean II de Rosmadec et sa femme Jeanne Thomelin font réaliser d'importants travaux d'aménagement : on ajoute une chapelle sur le flanc sud et on transforme le transept pour y ajouter un clocher à flèche de pierre. Dans le second quart du , Alain II de Rosmadec fait à son tour agrandir le chœur, en transformant l'ancien chevet plat en chevet à pans coupés. À cette même époque, plusieurs fenêtres du front sud sont refaites.

La façade occidentale est ensuite modernisée au , tandis qu'on construit une nouvelle sacristie le long du collatéral sud du chœur. À la même époque, les fenêtres du bas-côté nord du chœur sont élargies, et le comble surélevé.

Au , le lambris se dégrade, d'abord celui du chœur, puis celui de la nef. L'église est classée monument historique dès , à la suite d'une visite de l’architecte Jean-Baptiste Antoine Lassus. L’édifice conserve son classement lors de la révision de la liste des monuments historiques de 1862.. L'attribution d'une subvention permet des restaurations sur le clocher et le mur du côté du cimetière, puis de la charpente, sous les ordres de l'architecte diocésain Joseph Bigot. Vers , l'église est recouverte d'un badigeon blanc, retiré par la suite en , sous les ordres de l'architecte Paul Gout. Ce dernier conduit à cette époque une restauration des pignons du transept et de la pointe de la flèche. Cette dernière est abattue par la tempête de 1987, puis de nouveau restaurée par la suite. Les toitures et charpentes lambrissées, endommagées par la chute de la flèche, sont également restaurées.

Description

Extérieur

La façade occidentale alt=Photographie d'une façade d'église à deux niveaux, avec un portail de style classique surmonté d'une grande fenêtre de style gothique rayonnant|droite|vignette|redresse|Façade occidentale de l'église.

La façade occidentale actuelle a probablement été construite dès les origines de l'église, puis remaniée lors de la campagne de travaux de la construction de la chapelle méridionale du chevet : la mouluration des deux pignons est similaire. Le portail actuel est le fruit d'un remplacement au , dans le style classique, du portail médiéval dont subsistent des traces des piédroits. Quant à la grande fenêtre au-dessus, elle a été entièrement redessinée par l'architecte diocésain Bigot dans le style gothique rayonnant, au milieu du .

Le front méridional L'élévation nord est traitée de manière relativement pauvre. En revanche, le front méridional est richement décoré par plusieurs éléments différents : le porche méridional ; la chapelle des fonts baptismaux ; le pignon du transept ; la fenêtre du bas-côté sud du chœur, et enfin la grande chapelle méridionale du chevet. Le dénivelé entre la façade occidentale et le chevet, situé un peu plus haut, donnent à l'ensemble un charme particulier.

Détails du porche par Charles Chaussepied.|gauche|vignette|redresse|alt=Dessin colorisé représentant un porche d'église très décoré.

Le portail méridional est l'un des joyaux architecturaux de l'église. La structure générale reprend celle du portail septentrional de l'église des Cordeliers de Quimper : un arc encadré par deux massifs de maçonneries, surmontés de trois gâbles aigus, celui du centre étant le plus haut. Ces gâbles sont décorés d'une résille de roses et de quadrilobes qui rappelle les grands portails de la fin du , comme les portails des Libraires et de la Calende de la cathédrale de Rouen. La principale différence réside dans le fait que les propriétés du granite ont imposé un décor aveugle, alors que les gâbles rayonnants sont en général ajourés. Le décor se prolonge sur les contreforts et sur les parois latérales de l'intérieur du porche, ainsi qu'autour du portail qui permet l'accès à l'église. Les chapiteaux de l'ensemble du porche sont proches de ceux de l'église des Carmes de Pont-l'Abbé, dont les travaux se terminent, ce qui permet de dater cette phase de construction dans les années .

Le mur pignon du transept donne accès à l'église par un portail en tiers-point surmonté d'une archivolte en accolade ; deux gros contreforts l'épaulent, un de chaque côté.

La chapelle méridionale du chevet, construite en équerre par rapport à celui-ci, est éclairée à l'est par un triplet de baies irrégulières retombant sur des trumeaux unifiés par une frise végétale. Ces ouvertures sont dotées d'un remplage en trilobes anguleux d'influence anglo-normande.

La tour de croisée et sa flèche alt=Photo d'un clocher d'église avec une flèche, au-dessus du transept|droite|vignette|redresse|Le clocher de l'église.

Le clocher est construit sur la croisée du transept. Composé d'une tour et d'une flèche, il est érigé vers sous Jean II de Rosmadec, petit neveu de Bertrand de Rosmadec, alors évêque de Quimper et bâtisseur des tours de la cathédrale de Quimper, achevées, sauf les flèches, en . Jean II est également le neveu de Henry de Lespervez, abbé de Quimperlé, qui fait construire à la même époque une tour relativement proche de celle de Pont-Croix sur la chapelle Notre-Dame de son abbaye. Les piliers du transept primitif, jugés insuffisants pour supporter la nouvelle tour, furent enrobés dans des piliers gothiques.

La tour est inspirée de celles de la cathédrale de Quimper, dont elle reprend les galeries superposées juste au-dessous de la flèche. Elle n'est en revanche ouverte sur ses côtés que par une seule baie peu décorée, et jugée « lourde et écrasée » par Joseph Bigot. Elle fait de côté. Au-dessus de cette baie, une galerie ajourée constitue le dernier niveau la tour. Elle comprend deux registres : un rang étroit de quatre-feuilles qui sert de garde-corps à la galerie, et une série d'arcatures étroites trilobées qui ornent l'ouverture sur toute sa hauteur. Au-dessus, un second rang de quatre-feuilles couronne la tour.

À partir de ce niveau s'élève la flèche. Elle a un aspect très élancé, car les différents côtés forment un angle très aigu avec la verticale. Les clochetons, de forme octogonale s'étagent et se combinent dans la perspective de la galerie ; ils encadrent aux quatre points cardinaux quatre baies divisées par un meneau central. La flèche également octogonale, est garnie de tores relevés par des crochets. Dans la partie supérieure de la flèche s'échelonnent des quadrilobes ajourés, surmontés de petits gâbles à crochets et fleuron.

Le clocher culmine à du sol, la flèche en elle-même mesurant .

Cette flèche inspira différents clochers des alentours. Elle servit notamment de modèle pour l'édification des flèches de la cathédrale de Quimper entre et par l'architecte Joseph Bigot, à la fois parce que le chantier des tours s'était déroulé sensiblement à la même période et dans un style très proche, et parce qu'il admirait la légèreté et le décor de la flèche de Pont-Croix..

Le chevet Le chevet actuel date du deuxième tiers du . Il reprend un modèle créé au siècle précédent : les trois pans de l'abside sont surmontés de pignons aigus. Cependant, l'exemple de Pont-Croix est peu réussi : l'ensemble est trapu et écrasé, alors que le modèle devrait être étiré verticalement, comme à Notre-Dame de Confort, achevée en .

Intérieur alt=Photographie d'un intérieur d'église avec une nef séparée du transept par un arc triomphal imposant|vignette|Intérieur de l'église.

Le plan de l'église a été complexifié par les multiples adjonctions et modifications. À l'origine, sans doute vers , il devait être structuré par une nef à trois vaisseaux et huit travées, un transept peu débordant et un vaste chœur de quatre travées doté d'un double collatéral. La deuxième campagne de travaux a allongé encore ce chœur, sur le modèle anglais, en le fermant par un chevet plat, pour aboutir à un ensemble de longueurs équilibrées de part et d'autre du transept.

La nef alt=Photographie montrant des arcades en plein cintre entre une nef et son bas-côté|gauche|vignette|redresse|Les arcades de la nef.