Plou- est un appellatif toponymique préfixé d'origine bretonne qui a pour sens « communauté » puis, par extension, « paroisse » Jean-Christophe Cassard, La Bretagne des premiers siècles - Le Haut Moyen Âge, èd. Les Universels Gisserot, .

Il procède du moyen breton ploe, lui-même du vieux breton pluiu. Ce dernier terme est emprunté au latin plebs, plebis, « paroisse ». Les langues celtiques ont aussi fait des emprunts au latin, c'est pourquoi la toponymie bretonne est marquée par la présence d'appellatifs issus de cette langue, ainsi trouve-t-on par exemple l'appellatif toponymique Loc- « lieu » et ses variantes Lo-, Lou- ou Lec'h qui remonte au latin locus, loci de genre masculin et de sens identique. Loc- est extrêmement répandu également, parfois conjointement à Plou-, ex. : Plounévez-Lochrist).

Plou- est à l'origine de très nombreux toponymes bretons ayant comme premier élément Plou-, Plo-, Plé-, Pleu- ou Plu- : et quelques autres variantes peu nombreuses comme .

Le nom commun breton ploue ou ploe (du moyen breton ploe) qui a ce même sens y trouve également son étymologiehttps://fr.wiktionary.org/wiki/ploue Ploue, Wiktionnaire.. En breton moderne, on utilise plutôt le terme .

Plou- et Gui-/Gwi-, plou-, lann et loc En règle générale, on distingue en breton le plou (la paroisse entière, c'est-à-dire le bourg et les hameaux, soit l'équivalent du pagus roman) du gwi (le bourg seul), mais cette distinction n'apparaît pas toujours dans les formes officielles des toponymes (ex. : Ploudalmézeau en français correspond à Gwitalmeze en breton moderne). Plus que des désaccords proprement linguistiques, la neutralisation récurrente de la distinction plou / gwi en toponymie française reflète l'opposition entre les milieux administratifs et les couches populaires de l'ancienne société bretonne : la forme en Gwi- était souvent d'usage oral, la forme en Plou- d'usage écrit (c'est d'ailleurs souvent cette dernière qui est attestée dans les textes les plus anciens). Les gens du bourg s’identifiaient en effet d'abord à ce dernier avant de se retrouver dans la paroisse tout entière.

« Sans doute la ploue naquit-elle de la nécessité d'encadrer d'emblée des populations à peine christianisées » à une époque où il n'existait pas encore de structures monastiques. « Le fait que dans près de 80 % des cas le terme ait pour déterminant un nom de saint indique que ces communautés se déterminaient par rapport aux pasteurs autour de qui elles se constituèrent et se cristallisèrent. (...) Pour les deux tiers d'entre eux, ces saints éponymes sont inattestés par ailleurs ou inconnus. Leur culte a parfois disparu. Ils ne sont plus qu'une cinquantaine à être honorés dans les anciennes ploue auxquelles ils ont donné leur nom »Bernard Tanguy, Les noms de lieux. Mémoire des hommes et du paysage, revue ArMen .

Parfois les ploue et les lann (« ermitage ») partagent les mêmes saints éponymes comme Plouedern et Lannédern (qui font référence à saint Edern), Ploërdut et Lanildut (qui font référence à saint Ildut), etc. Le nom de certaines ploues indique qu'elles se sont constituées à partir d'un ermitage comme à Guiclan (appelé encore Ploulan au , Poullan (Ploelan en 1405), Plélauff (Ploelan en 1311), Plélan-le-Grand et Plélan-le-PetitBernard Tanguy, op. cit..

179 occurrences de l'appellatif toponymique préfixé Plou- et ses variantes Plo-, Plœ-, etc. comme début de nom de lieu sont recensées en Bretagne. Il existe un seul nom de paroisse commençant par l'appellatif plou- dans l’évêché de Nantes, un seul aussi dans celui de Rennes, cinq dans celui de Dol, douze dans celui de Saint-Malo, ils sont nombreux par contre dans les autres évêchés situés en Bretagne occidentale. En revanche, il n'en existe aucun dans les autres régions de France et les apparents Plou ou autres nom en Plou-, Pleu-, hors de Bretagne, sont dus à des coïncidences phonétiques liées à la mutation d'une syllabe initiale en gallo-roman ou en ancien français qui engendre des homographies et des homophonies.

D’autres éléments de noms de lieux préfixés sont également fréquents en Bretagne comme l'appellatif tre ou tref, qui procède du vieux breton treb signifiant « hameau, village » et qui prit par la suite au Moyen Âge le sens de trève (Treffiagat, Trégastel, Tréguier, Trébeurden, Trénivel (en Scrignac), Trémaouézan, etc.) et surtout le préfixe loc ou lok, qui est le plus courant avec environ 250 noms de lieux recensés ; cet appellatif préfixé est presque toujours suivi du nom d’un saint, dans environ 60 % des cas celui d’un saint breton, mais dans presque 40 % des cas le saint éponyme n’est pas breton, mais fait référence à un saint reconnu par l’église catholique (Locmaria, Lochrist, Locjean (en Riantec), Locmiquélic, Locmariaquer, Loc-Brévalaire, etc.) ; Dans deux cas seulement, l'appellatif loc, qui signifie en breton « lieu consacré » et qui est issu du latin locus (lieu), n’est pas suivi d’un nom de saint : Locminé (noté Locmenech en 1060, ce qui signifie en vieux breton « le lieu des moines », locus monachorum en latin médiéval) et Locmeltro, un hameau de Guern, qui signifie « le lieu de la vallée de la boule ».

Exemples de toponymes commençant par l'appellatif préfixé Plou- (et ses variantes) thumb|Toponymes en Plou- et Plo-. Ailleurs qu’en Bretagne, il s’agit d’une syllabe initiale sans rapport avec l’appellatif breton.

Toponymes commençant par Plou- Plouaret : paroisse dédiée à saint Barvet, éponyme masculin de sainte Barbe (en breton, barvet signifie « barbu »). Plouarzel : paroisse dédiée à Saint Armel des Boschaux (la forme ancienne d'Armel est Arthmael, c'est-à-dire arth (« ours ») + mael (« prince »), soit « prince aux qualités de l'ours ») ; Plouarzel est le doublon étymologique des communes de Ploërmel et Plouharnel (cf. infra). Plouasne : selon toute vraisemblance, paroisse liée à déesse celte Anna, mère des dieux. Plouagat : paroisse dédiée à saint Agat, appelé également Egat, intercesseur privilégié pour les accouchements et les indigestions. Plouay : paroisse dédiée, soit à saint Douë, soit à saint Zay. Ploubalay : paroisse dédiée à saint Balay, appelé également Valay, Balley ou Biabailus. Ploubazlanec : ploe (« paroisse ») + banadl (« genêt») + ec (« endroit ») → « paroisse de l'endroit où pousse le genêt », « paroisse plantée de genêts ». Ploubazlanec est le doublet étymologique de Plobannalec, toponyme que l'on retrouve dans le nom de la commune de Plobannalec-Lesconil (cf. infra). Ploubezre : paroisse dédiée à saint Pierre ; attention, le z est muet : on prononce /plubɛr/. Plouëc-du-Trieux Ploudalmézeau : ploe « paroisse » + tel « bosse » + medovie « milieu » → « paroisse de la bosse du milieu ». Ploudaniel : paroisse dédiée à saint Daniel de Bangor Fawr ; Ploudaniel est le doublet étymologique de Ploudaniel (cf. infra). Ploudiry : ploe + diri « chênes » → « paroisse aux chênes ». Plouédern ; paroisse dédiée à saint Edern ; voir aussi la commune de Lannédern. Plouégat-Guérand Plouégat-Moysan Plouénan Plouër-sur-Rance : ploe + hern → paroisse dédiée à Saint Hernin. Plouescat : ploe + esgat → « paroisse du hareng » ou « de l'anguille », à moins que ce ne soit une paroisse dédiée à saint Gouezcat. Plouézec : ploe + hez « paix » + ec « lieu » → « paroisse du lieu paisible ». Plouezoc'h Ploufragan Plougar Plougasnou : paroisse dédiée à Caint Cathnou. Plougastel-Daoulas : « paroisse du château » ; signifie « château » en langue bretonne et subit une mutation consonantique en Gastell. Plougonvelin : commune du département du Finistère, dans la région Bretagne Plougonven : paroisse dédiée à saint Conven, intercesseur invoqué en cas de maux de tête. Plougonver Plougoulm Plougoumelen Plougras Plouguerneau Plouguin Plouguiel Plouha Plouharnel : paroisse dédiée à saint Armel des Boschaux (la forme ancienne d'Armel est Arthmael, c'est-à-dire arth (« ours ») + mael (« prince »), soit « prince aux qualités de l'ours ») ; Plouharnel est le doublon étymologique des communes de Plouarzel et Ploërmel. Plouhinec Plouider Plouigneau Plouisy Ploujean : paroisse dédiée à l'un des saint Jean ou à saint Jean-Baptiste. Ploulec'h : ploe + loc → « paroisse du lieu ». Ploumagoar Ploumanac'h : paroisse dédiée à Saint Mannacus ou, plus vraisemblablement la déformation de Poull Manach, le « marais du moine » ou encore l'« anse du moine » (le mot breton Poull pouvant prendre ces deux sens), Ploumanac'h faisant partie de la paroisse de Perros-Guirec. Ploumilliau : paroisse dédiée à saint Miliau. Ploumoguer Plounéour-Ménez : paroisse dédiée à saint Enéour, associé ici à la montagne ; signifie « montagne » en langue bretonne. Plounéour-Trez : paroisse dédiée à saint Enéour, associé ici à la plage ; signifie « sable, plage » en langue bretonne. Plounérin : paroisse dédiée à saint Nérin, ou peut-être paroisse de la peuplade d'Erin, c'est-à-dire des Irlandais. Plounéventer : paroisse dédiée à saint Néventer, Plounéventer est le doublet étymologique – bien mieux conservé – du nom de la commune de Plaintel (cf. infra). Plounévez-Lochrist : ploe (« paroisse ») + nevez (« nouveau ») + loc (« lieu consacré ») + Christ → « nouvelle paroisse du lieu consacré au Christ ». Plounévez-Moëdec : ploe (« paroisse ») + nevez (« nouveau ») → « nouvelle paroisse » ; Moëdec est d'origine inconnue. Plounévez-Quintin : idem ; Quintin proviendrait du latin quintum, terme désignant ici la cinquième borne milliaire de la voie romaine à proximité. Plounévézel : idem (nevezel serait une variante de nevez). Plounez : soit ploe + enez (« île ») → « paroisse de l'île », soit ploe + nevez (« nouveau ») → « nouvelle paroisse », soit « paroisse de Neis » (ou Neiz, anthroponyme relativement courant, ici peut-être un saint). Plourac'h : ploe + gwrahelle (« tas, monceau, monticule ») → « paroisse du monceau » Plourhan Plouray Plourin : soit ploe (« paroisse») + rin (« lieu retiré ») → « paroisse de la retraite », soit paroisse dédiée à saint Rin ; la commune est aussi appelé Plourin-Ploudalmézeau pour la différencier de Pourin-lès-Morlaix (cf. infra). Plourin est également le doublon étymologique du nom de la commune de Plérin (cf. infra). Plourin-lès-Morlaix : paroisse dédiée à saint Rin, « à côté » (lès vient du latin latus, « côté ») de Morlaix Plourivo : paroisse dédiée à saint Rion (ou Riom). Plouvara : paroisse dédiée à saint Bara. Plouvien : paroisse dédiée à saint Gwien, nommé également Wien ou Wigon. Plouvorn : paroisse dédiée à saint Maorn, appelé également Mahorn ou Mahouarn en Cornouaille. Plouyé : paroisse dédiée à sainte Hia, connue également sous le nom de Ia ou Ié. Sainte Hia est une vierge honorée dans les Cornouailles (anglais: Cornwall). Plouzané : paroisse dédiée à saint Sané. Plouzévédé : paroisse dédiée à saint Tévédé, disciple de Saint Paul Aurélien de Léon (). Plouzélambre : paroisse dédiée à saint Zélambre.

Toponymes commençant par Plo- Plobannalec-Lesconil : ploe (« paroisse ») + banadl (« genêt») + ec (« endroit ») → « paroisse de l'endroit où pousse le genêt », « paroisse plantée de genêts ». Ploubannalec est le doublet étymologique du nom de la commune de Ploubazlanec (cf. supra). Ploërdut : paroisse dédiée à Saint Ildut. Ploërmel : paroisse dédiée à Saint Armel des Boschaux (la forme ancienne d'Armel est Arthmael, c'est-à-dire arth (« ours ») + mael (« prince »), soit « prince aux qualités de l'ours ») ; Ploërmel est le doublon étymologique des communes de Plouarzel et Plouharnel. Ploéven : paroisse dédiée à l'ermite local Even. Ploëzal : paroisse dédiée à Saint Saül, saint breton inconnu. Plogastel-Saint-Germain : ploe + castel → « paroisse du château ». Accolé à ploe, castel (kastell en graphie bretonne moderne) subit ici une mutation consonantique, phénomène typique des langues brittoniques : castel → gastel. Quant à Saint Germain, il y est honoré dans cette commune en la chapelle qui porte son nom.