La déportation est l'action pour un pouvoir politique de contraindre une catégorie ou un groupe de personnes à quitter son habitat (territoire ou pays), soit pour l'obliger à s'installer autre part (déplacement forcé, regroupement forcé ou « purification ethnique »), soit pour le retenir dans des camps (travail forcé).
On a parlé de populicide, actuellement de génocide, lorsque la déportation n'a pas seulement pour objectif ou pour effet l'éviction d'une population d'un territoire, mais sa destruction physique et culturelle ; ainsi la Shoah avant et pendant la Seconde Guerre mondiale ou bien pendant l'esclavage.
Historique La déportation collective et forcée de populations civiles vaincues ou rebelles contre leur domination est attestée dans l'Antiquité, comme le montrent la Bible avec l'exil à Babylone, les Commentaires sur la guerre des Gaules de Jules César, ou La Guerre des Juifs de Flavius Josèphe. Entre le et le , on estime que de personnes ont été déportées par le pouvoir assyrien, notamment vers la Haute-Mésopotamie..
Le bannissement, qui est une mesure individuelle, semble avoir été une peine fréquente dans différentes civilisations ou systèmes tribaux. La déportation politique, ou exil, en était la forme la plus arbitraireEncyclopédie des gens du monde, Répertoire universel des sciences, des lettres et des arts, (1833-1844).
Dans l'Empire romain, le banni perdait les droits de cité et ses droits de famille. Après la conquête de la Gaule, Jules César fait déporter de nombreux Gaulois. Cette pratique fut souvent employée sous l'Empire romain (Suétone évoque Sicambres déportés; déportation des Carpes, sous la Tétrarchie, etc.), parfois en association avec la constitution de troupes auxiliaires. Voir aussi lètes.
À la fin du , l'empereur byzantin Justinien II fait déporter en Asie mineure un grand nombre de familles slaves capturées en Thrace (100 à selon les sources) et les installe en Bithynie.
Lors de la conquête de la Saxe (772–804), Charlemagne déporte en masse les rebelles saxons, les dispersant en Gaule avec leurs femmes et leurs enfants, et les remplace par des Francs afin d'éviter de nouvelles révoltes.
En Russie, elle a été un temps substituée à la peine de mort (abolie en 1741, sauf de rares exceptions, sous le règne d'Élisabeth ), avant de devenir un moyen massif de peupler la Sibérie et l'Asie centrale à l'époque soviétique.
La déportation de bagnards a été utilisée par plusieurs pays pour peupler ses colonies lointaines. En particulier, l'Empire britannique eut comme lieu de destination Botany Bay (près de Sydney) où un premier convoi arriva en 1788 avec la First Fleet (« Première flotte »)Australia Day.
En 1802 eut lieu la déportation de Guadeloupéens et Haïtiens en Corse.
La déportation en droit français
La déportation forcée et collective d'un ensemble de population civile apparaît, sans que le mot soit utilisé, dans la loi française avec le décret en 14 articles de la Convention nationale du août 1793 ordonnant dans son article VIII de séparer par la force la population des habitants de la Vendée en deux groupes, d'un côté les femmes, les enfants et les vieillards et de les conduire vers l'intérieur, de saisir les récoltes et les bestiaux, de tuer les hommes, et de brûler les maisons et les forêts.
En France, il existe sous l'Ancien Régime une peine individuelle de bannissement, c'est-à-dire d'obligation de quitter le territoire du ressort d'une juridiction (ban), mais cette peine n'est pas appelée du nom de « déportation ». Il existe depuis longtemps d'autre cas de lois obligeant à quitter le territoire du royaume, soit des étrangers, en particulier avec les ordonnances révoquant le privilège de séjour des juifs, soit des sujets du roi refusant de quitter la « religion prétendument réformée » avec la révocation de l'édit de Nantes.
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Lors de la Révolution de 1789, elle a été introduite dans le Code pénal du 25 septembre 1791« Les peines qui seront prononcées contre les accusés trouvés coupables par le juré, sont la peine de mort, les fers, la réclusion dans la maison de force, la gêne, la détention, la déportation, la dégradation civique, le carcan. » Titre I, art. .. Elle ne figure plus dans le Code des délits et des peines du 3 brumaire An IV (23 octobre 1795) qui, dans son titre III, ne prévoit comme peines afflictives que la peine de mort et la réclusion.
La peine de déportation est prévue en 1810 par la promulgation du nouveau Code pénal à l'article 7, et elle sera appliquée aux révolutionnaires de 1848Louis-José Barbançon, La loi de déportation politique du 8 juin 1850 : des débats parlementaires aux Marquises. 1/3, Revue Criminocorpus, dossier . Troisième peine « afflictive et infamante », souvent utilisée pour châtier les « délits politiques », la déportation arrivait en effet après la peine de mort et les travaux forcés à perpétuité, mais avant les travaux forcés à temps. Or, sous la Restauration et la monarchie de Juillet, l'État ne disposait de nul lieu prévu, outre-mer, pour la déportation. Cette peine était donc souvent commuée, de facto ou de jure, en détention (au Mont Saint-Michel ou à Doullens).
Mais l'abolition de la peine de mort pour les crimes politiques par la Constitution de 1848 conduisit les parlementaires à substituer celle-ci par la déportation, avec la loi du 8 juin 1850. Les îles Marquises furent le premier lieu utilisé, pour ceux condamnés par la Seconde République. Sous le Second Empire, d'autres furent déportés, mais en fonction de décrets et non de la loi de 1850.
La Troisième République déporta les Communards, ainsi que les Kabyles du Pacifique, en Nouvelle-Calédonie, tandis que les bagnes de Guyane étaient davantage utilisés. Une loi du 31 mars 1931 remplaça définitivement la Nouvelle-Calédonie comme lieu de déportation par la Guyane, l’île Royale étant choisie pour la déportation simple, et l’île du Diable pour la déportation en enceinte fortifiée — il ne restait alors, en Nouvelle-Calédonie, qu'un tirailleur sénégalais, qui fut transféré en Guyane.
La déportation a été définitivement supprimée du droit français lors de la présidence du général de Gaulle, par une ordonnance du 4 juin 1960Louis-José Barbançon, Chronologie relative à la déportation, transportation et relégation française, Criminocorpus..
Exemples de déportations historiques Même si le statut précis des faits (non exhaustifs) listés ici est sujet à discussions parmi les historiens et les juristes (les recherches et l'ouverture d'archives ne cessant d'apporter des éléments nouveaux, surtout depuis la mondialisation des moyens de communication), elles sont néanmoins perçues comme des « déportations historiques » par les descendants des survivants ou par les groupes qui s'en revendiquent culturellementIsraël W. Charny : Le Livre noir de l'Humanité, encyclopédie mondiale des génocides (préfaces de Simon Wiesenthal et Desmond Tutu), Privat, : Déportation des Israélites du royaume d'Israël par les Assyriens ; Déportation des Juifs du royaume de Juda par les Babyloniens (exil à Babylone) ; Déportations de communautés vaincues (lètes) sous l'empire romain ; Déportation des Juifs de Judée par les Romains ; Déportation des Juifs d'Espagne en 1492 (décret de l'Alhambra) ; Déportations de communautés vaincues (mitimaes) sous l'empire inca ; Expulsion des Morisques d'Espagne (1609-1614) ; Expulsions répétées des Juifs d'Europe durant le Moyen Âge ; Expulsions répétées des Roms tout au long de leur migration de l'Inde vers l'Europe ; Déportation des Indiens de la moyenne vallée du Gange vers l'Afghanistan au par les Turcs ghaznévides ; Déportation dans l'Empire ottoman de diverses populations juives, chrétiennes ou musulmanes en fonction de la politique de la Sublime Porte ; Aux , déportation de Noirs africains vers les états musulmans d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient (Traite orientale) ; Aux , déportation de Noirs africains vers des colonies européennes (Traite des noirs) ; Déportation des Acadiens par les Britanniques entre 1755 et 1763 ; Déportation des opposants politiques et des prêtres réfractaires en 1797, sous le Directoire, à Sinnamary et à Counanama en Guyane ; Avec l'Indian Removal Act le président Andrew Jackson ordonne la déportation des Nord-Amérindiens vers l'Ouest, en 1829-1837 ; d'autres déportations et déplacements de tribus amérindiennes dans des réserves indiennes furent organisées durant la conquête de l'ouest à la suite des guerres indiennes ; Déportation en 1836 des Aborigènes de Tasmanie survivants de la Black War à Flinders Island ; Déportation des Garifunas (Afro-Amérindiens) de l'île Saint-Vincent vers l'Amérique centrale ; Déportation en 1861 de 90 % des polynésiens de l'île de Pâques vers les îles Chincha (pour y extraire le guano) ; Déportation des communards, dirigeants de l'insurrection de Paris après la guerre franco-prussienne de 1870, en Nouvelle-Calédonie et en Guyane : environ furent alors condamnées à la déportation ; La déportation-extermination des Héréros par les Allemands, en 1904, considérée comme le premier génocide du ; Déportation des Abés de Côte d'Ivoire (du groupe ethnique des Akans) de 1910 à 1916, déclenchée par la révolte des Abés de 1910, vers les territoires d'Afrique-Équatoriale française : république du Congo, Centrafrique ; Déportation-extermination de 1,2 million d'Arméniens par l'Empire ottoman, en 1915-1916, considérée comme le deuxième génocide du (voir génocide arménien) ; Déportation de travailleurs belgesJean-Louis Van Belle : La Déportation des ouvriers belges en Allemagne (1914-1918). D’après le journal de Léon Frérot (Biesme), Safran (éditions), Bruxelles, 2013, et français en 1916, dite « déportation civile » ou « déportation du travail » (en opposition à la « déportation politique ») ; Déportation après le traité de Lausanne en 1923 de plus de de chrétiens d'Anatolie vers les Balkans et de près de des Balkans vers la Turquie ; Déportation après le traité de Versailles en 1919 de plus de et Lorrains germanophones vers l'Allemagne, et de d'Allemands des anciens territoires allemands (re)devenus français, polonais, lituaniens, danois… La déportation de divers groupes de citoyens soviétiques vers le Goulag par la Tchéka-Guépéou-NKVD-KGB dans le demi-siècle 1918-1968Nicolas Werth, Histoire de l'Union soviétique : de l'Empire russe à la Communauté des États indépendants, 1900-1991, Presses Universitaires de France, Paris, 1990 ., sous diverses accusations (« saboteurs », « contre-révolutionnaires », « dissimulation d'informations aux autorités », « collusion avec une puissance impérialiste étrangère », « koulaks », « prosélytisme religieux », « déviationnisme par rapport à la ligne du Parti »…) et pour différentes raisons (réticence face à la collectivisation et aux réquisitions, attachement à des traditions religieuses ou ethniques, mise en doute du bien-fondé des décisions des autorités…), notamment durant la « terreur rouge » et les « Grandes Purges » ; Déportation en Europe au des JuifsDéportation d'Europe de l'Est vers les camps de la mort, Mémorial de Yad VashemDatabase of deportations during the Holocaust - The International Institute for Holocaust Research, Mémorial de Yad Vashem , des Tsiganes, des résistants, des opposants politiques et des homosexuels par les nazis et leurs états-satellites (dont environ déportées depuis la France de Vichy) ; Sur le massacre des Juifs dans les camps d'extermination, voir Shoah ; Sur la déportation de peuples à la suite du pacte germano-soviétique, voir transferts de populations germano-soviétiques et Generalplan Ost ;