L'armée byzantine sous les Comnènes est l'armée byzantine lors de la dynastie des Comnènes commençant avec Alexis Ier Comnène en 1081. C'est ce dernier qui réforme profondément l'armée à la fin du et au début du . Ses réformes sont approfondies sous ses successeurs Jean II Comnène et Manuel Ier Comnène. Alexis bâtit une nouvelle armée qui remplace complètement l'ancien modèle militaire byzantin. L'armée des Comnènes est primordiale dans la restauration de l'Empire byzantin sous cette dynastie et elle est déployée dans les Balkans, en Italie, en Hongrie, en Russie, en Anatolie, en Syrie, en Terre sainte et en Égypte.
Introduction
À l'aube de l'ère Comnène en 1081, le territoire de l'Empire byzantin s'est considérablement rétracté. Entouré d'ennemis, ruiné financièrement par une longue période de guerre civile, l'avenir de l'empire apparaît incertain. De surcroît, l'Empire byzantin n'est qu'un pâle reflet de sa forme passée. Au cours du , des décennies de paix et de négligence ont entraîné une réduction des vieilles forces thématiques. En outre, l'anarchie politique et militaire qui suit la bataille de Mantzikert en 1071 a détruit les tagmata professionnelles, le cœur de l'armée byzantine. À Manzikert, les unités vieilles de plusieurs siècles et dont les origines remontent parfois à l'Empire romain sont anéanties. La perte de l'Asie Mineure prive l'Empire byzantin de sa principale terre de recrutement. Dans le même temps, l'Empire byzantin est exposé dans les Balkans aux invasions du royaume normand de Sicile, aux visées expansionnistes de la principauté de Dioclée et aux raids petchénègues traversant le Danube.
L'année la plus noire de l'armée byzantine intervient en 1091 quand Alexis ne peut aligner que 500 soldats issus des forces professionnelles de l'empire. Elles forment le noyau de l'armée auquel s'ajoutent les domestiques des parents d'Alexis et des nobles enrôlés dans l'armée. L'armée byzantine est aussi soutenue par de nombreux Coumans. Cette force hétéroclite remporte la bataille de la colline de Lebounion contre les Petchénègues. Cependant, grâce à leurs compétences, leur détermination et leur expérience, Alexis, Jean et Manuel Comnène parviennent à restaurer la puissance militaire byzantine. Toutefois, lors de ses premières années, ce processus ne peut être perçu comme un plan structuré. En effet, Alexis est souvent contraint de réagir aux évènements au lieu de les contrôler et les changements qu'il met en œuvre dans le domaine militaire sont très souvent imposés par la nécessité immédiate.
Cette nouvelle armée est constituée d'un noyau de troupes professionnelles et disciplinées. Il comprend des unités de la garde redoutables comme la Garde varangienne, les Athanatoi (une unité de cavalerie lourde positionnée à Constantinople), les Vardariotai et les Archontopouloi recrutés parmi les fils d'officiers byzantins morts au combat. On retrouve aussi des régiments de mercenaires et d'autres unités de soldats professionnels issus des provinces de l'empire. Parmi celles-ci, on trouve la cavalerie des cataphractaires venant de Macédoine, de Thrace et de Thessalie. Ce phénomène peut être vu comme les débuts de la féodalisation de l'armée byzantine. L'octroi de propriétés en pronoia dont les terres, ou plus précisément les revenus de celles-ci, sont garantis en échange d'obligations militaires devient un élément majeur de l'infrastructure militaire vers la fin de la période des Comnènes. Ce processus ne fait que s'accroître par la suite.
Bien que l'ère Comnène se caractérise par des guerres constantes, elle est étonnement dénuée de tout traité militaire, genre qui semble disparaître au cours du . Ainsi, à la différence des époques précédentes, on ne possède pas les descriptions détaillées des tactiques et de l'équipement militaires byzantins. Les informations concernant les aspects militaires de l'époque des Comnènes peuvent être tirées de commentaires issus de la littérature biographique et historique de l'époque, des panégyriques de cour et des preuves picturales.
Effectifs
Lors du règne d'Alexis , l'armée de campagne comprend approximativement . À la fin du règne de Jean II, l'ensemble de l'armée byzantine compte aux alentours de et à la mort de Manuel, dont les campagnes fréquentes sont menées à grande échelle, l'armée est probablement bien plus grande. Les historiens modernes estiment la taille des armées des Comnènes en campagne à ou . En 1176, Manuel parvient à rassembler autour de 35 à dont Byzantins, le reste étant constitué de contingents alliés venant de Hongrie, Serbie et de la principauté d'Antioche. Toutefois, un tel déploiement de forces reste exceptionnel.
Au cours de cette période, les provinces européennes des Balkans peuvent fournir plus de au total, soit à peu près autant que les effectifs issus des provinces asiatiques. Cela permet de chiffrer la cavalerie byzantine à environ, sans compter les contingents alliés. En 1200, l'armée de campagne se chiffre à tandis que l'armée entière est estimée à (dont mercenaires). Enfin, Constantinople est défendue par une garnison permanente de auxquels s'ajoutent les de la Garde varangienne, chargés de la protection des palais impériaux.
Structure
Hiérarchie du commandement et composition des unités
Sous la direction de l'empereur, le commandant en chef de l'armée est le grand domestique. Son commandant en second est le protostrator. Le chef de la marine est le mégaduc, également commandant militaire de la Crète, des îles de la mer Égée et des régions méridionales de la Grèce continentale. Les provinces et les forces armées qu'elles abritent sont dirigées par un doux (duc) ou un catépan (bien que ce titre soit parfois conféré au gouverneur au rang inférieur au doux), officier militaire détenant une autorité civile. Une localité fortifiée ou une forteresse est commandée par un officier portant de titre de kastrophylax (gardien de château). D'autres commandants aux grades inférieurs, à l'exception de certains titres archaïques, sont connus par la taille de l'unité qu'ils commandent. Ainsi en est-il du tagmatarches commandant une tagma (un régiment). Le commandant de la Garde varangienne possède un titre particulier, celui dakolouthos (acolyte) indiquant sa proximité personnelle avec l'empereur.
Durant l'ère Comnène, les termes originels désignant les unités de base de la cavalerie byzantine comme le bandon et le moira disparaissent progressivement pour être remplacés par l' allagion qui compterait entre 300 et 500 hommes. L'''allagion, dirigé par un allagatōr, est probablement divisé en unités de 100, 50 et 10 hommes. Lors des campagnes, les allagia peuvent être regroupés (souvent par groupes de trois) en des unités plus grandes appelées taxeis, syntaxeis, lochoi ou tagmata. L'unité d'infanterie est le taxiarcha, mentionnée pour la première fois sous Nicéphore II Phocas et qui compte théoriquement . Elle est placée sous le commandement d'un taxiarchēs.
Unités de la garde La plupart des premières unités de la garde ne survivent pas au règne d'Alexis .
Les Scholai, les Immortels (athanatoi) et les Excubites ne sont pas mentionnés lors des règnes de ses successeurs immédiats. Parmi les exceptions notables figurent la Garde varangienne et les vestiaritai, et probablement les archontopouloi. L'hetaireia (littéralement : « les compagnons ») dirigée par le Grand Hétériarque est encore mentionnée bien qu'elle ne soit déjà plus qu'un ensemble d'unités individuelles désigné par un titre administratif plus qu'un régiment en tant quelL'Hétairie est mentionnée par Cinnamus comme étant présente lors de la bataille de Sirmium en 1167 et un megas hetaireiarches (Grand Hétériarque) nommé Jean Doukas est mentionné ()..
À cette époque, la Garde varangienne est composée d'Anglais, de Russes et de Scandinaves et compte . Immédiatement après la bataille de Dyrrachium, Alexis recrute pour former la tagma des archontopouloi. Les Vardariotes, une unité de cavalerie constituée à l'origine de Magyars christianisés de la vallée du Vardar est constituée plus tardivement, probablement sous le règne de Jean II. Ils sont commandés par un officier occupant le rang de primmikērios. Sous les Comnènes, une catégorie de personnes connue sous le nom d' oikeioi (« ceux du foyer ») gagne en importance. Lorsqu'ils sont mobilisés en période de guerre, ils sont l'équivalent des chevaliers occidentaux et auraient servi comme cataphractaires. Ces troupes domestiques pourraient avoir inclus la suite personnelle de l'empereur, ses parents et ses proches conseillers eux-mêmes accompagnés de leur suite personnelle. On peut y rajouter les jeunes aristocrates attachés à la cour et probablement les vestiaritai. Les oikeioi auraient été armés avec les meilleures armes et armures, et montaient les meilleurs chevaux disponibles. Bien que l' oikos ne constitue pas formellement un régiment, elle n'en reste pas moins une unité redoutable. Cependant, elle ne semble intervenir que dans les cas où l'empereur participe en personne aux campagnes. Les officiers des vestiaritai se voient octroyés le titre de sébaste, très important dans la hiérarchie impériale, et deux d'entre eux, Andronic Lampardas et Alexis Pétraliphas, sont deux généraux importants. Sous Alexis , et probablement aussi sous ses successeurs, loikos impériale sert aussi comme une sorte d'état-major pour entraîner les jeunes officiers prometteurs. Ainsi, Alexis prend 300 jeunes officiers à son service qu'il entraîne personnellement. Lors de la campagne contre Bohémond en 1107-1108, les meilleurs de ces officiers dirigent les forces chargées de contenir les forces normandes sur les côtes albanaises. Le résultat victorieux de cette campagne est probablement du en partie à la discipline croissante au sein des forces byzantines, du fait de la qualité de leurs commandants.
Régiments autochtones
Au cours du , les unités composées de soldats-fermiers appartenant aux thèmes (les provinces militaires) sont largement remplacées par des tagmata professionnelles et plus petites.
Du fait de l'anarchie politique et militaire de la fin du , seules les tagmata du sud des Balkans survivent. Ces régiments, dont les soldats peuvent être considérés comme des mercenaires autochtones, deviennent une composante intégrale de l'armée centrale et de nombreuses armées de campagne sous les Comnènes. Parmi ces régiments, ceux de Macédoine, de Thrace et de Thessalie sont les plus notables. Bien que levées dans des provinces particulières, ces unités ont depuis longtemps cessé d'être de simples unités locales de défense. Au fur et à mesure que les régions sont reconquises et de mieux en mieux contrôlées, des forces provinciales y sont rétablies.
Lors du règne de Manuel I, l'historien Nicétas Choniatès mentionne que l'armée de campagne est divisée entre tagmata orientales et occidentales. Cela implique que les régiments réguliers sont les origines et l'organisation de l'infanterie autochtone de l'armée byzantine de l'époque sont mal connues. On sait qu'il existait un registre officiel des soldats servant dans l'infanterie mais leurs origines géographiques et les noms des unités ne sont pas mentionnés. La cavalerie étant organisée en unités régionales, il est probable que l'infanterie suive le même modèle. Il est possible que chaque tagma provinciale, comme celle décrite dans les sources sous les noms de « Légion Macédonienne » ou « Division Macédonienne », comprenne une taxiarcha d'infanterie (voire plus) aux côtés des contingents mieux connus de cavalerie lourde (kataphraktos).
Régiments étrangers et contingents alliés