Le comté (ou pays) de Madrie (Mérezais, Mérensais, parfois même Madrecin.) est un ancien pagus mérovingien aux contours mal connus s'étendant à l'ouest de l'actuelle Île-de-France et sur la partie sud-est de l'actuelle Normandie orientale, qui fut administrée par des comtes francs vers la fin du , au milieu du , pour disparaître complètement dès la première moitié du ..
Toponymie Les mentions les plus anciennes de Madrie sont : Madriacensis pagi v. 692, [in] pago Madriacensi en 707.François de Beaurepaire , in pago Matriacensi 751-752.., Rumaldus Madriacens, Comes … in pago Madriacensi en 754MABILLON (J.) Acta sanctorum ordinis S. Benedicti …- saeculum tertium (1734) pars seconda VENETIS - vita s. Germani episc. Parisiens. §XIX, et note a., Theobertus comes Matricensis en 802., filiam Theoberti Comitis Matricensis en 822., in pago Madriacensi v. 825., villam pagi Madriacensis en 849MABILLON (J.) Annales Ordonis S. Benedicti : Complectens res gestas ab anno Christi DCCI. ad annum DCCCXLIX. Inclus, 1704, t.2, , LII..
Hypothèse de Méré (Île-de-France, Yvelines) : (Pinciacensi comitatu), prima potesta Medriaca v. 879-999., ad Mairiacum en 997., potestate Madreia, potestate Madriaca en 997., S. Dionysii de Madriaco en 1158GALLIA CHRISTIANA, in provincias ecclesiasticas distributa: qua …, (1744), t. 7, p. Instrumenta p. 67 §LXXXII, p. 69D, LXXXIII., de Meri en 1209., de Mereio v. 1270, prévosté de Mairay en 1317.., Meriacum, Meracum, Mereaorum en 1490., Cure de Merey en 1648., Merey v. 1757IGN, plan de Cassini, vers 1757, Méré v.1850IGN, carte d'état-major 1820-1866..
L'étymologie de Madriacensis ou Matriacensis indique que ce toponyme est formé de la racine latine Matri- ou gauloise Matri-. (latin mater, -tricis « mère » ou gaulois matir « mère », attesté dans le Plomb du Larzac : adiega matir aiias « Adiega, mère d'Aiia ».) employée de manière littérale « Mère » ou sous forme d'un anthroponyme Matrius, dont la consonne occlusive sourde -t- passa, sous les Mérovingiens, à -d-. Il est suivi du suffixe gaulois et gallo-romain -acum « domaine de »Jean-Pierre Levet, Orient et Occident- suffixe gaulois latinisé -acum (1996) + suffixe latin adjectival -ensis « du pays, du territoire »Pierre-Henri Billy, La « condamine », institution agro-seigneuriale in Étude onomastique (), . (> gallo-roman -ESI > ancien français -eis > français -ais). Madriacensis peut être traduit par « pays du domaine de la Mère ou de Matrius », le Mérézais, comme Pinciacensis a donné Pincerais. Potestate Madriaca (prévôté de Méré) est le seul toponyme candidat, le plus homologue dans cette région, à pouvoir prétendre succéder à Madriacensis. Il correspondrait à la bourgade de Méré, plutôt qu'à Merey (Eure). Ce nom est formé également de la racine gauloise et latine Matri- + suffixe gaulois et gallo-romain -acum « domaine de » devenu Madri- par lénition de l'occlusive sourde. Son ultime évolution, de Ma(d)ri(aca) par le double amuïssement de l'occlusive dentale -d- du radical Madri- et de l'occlusive -c- de la finale -acu, aboutit à Mairy, Méri, Merey et Méré. Dans cette hypothèse, les formes anciennes Matriacensis permettent d'établir Matri- > Madri-, le -d- s'est amuis sous les Mérovingiens, et rendent moins forte l'explication par le latin materius « matériaux, bois de construction »Ernest Nègre, Toponymie générale de la France: Étymologie de de lieux, Librairie Droz, Genève, 1990, t. 1, , n° 1861.. Madriaca peut se traduire par « Domaine de la (Déesse) Mère ou de Matrius ». En effet, le culte des "Mères" a laissé des traces innombrables dans la toponymie de la Gaule.
Du Bouchet, au , a forgé à partir de la forme Madriaca du un mot savant en français : Madrie, et conjecturant que Merey était la capitale du Madriacensis, hypothèse qui a été reprise par la suite.
Origine du comté Le pagus était dans l'Empire romain une subdivision des tribus (Civitas); ici, il laisse comprendre une petite tribu vassale des Carnutes. Madriacensis ne s'applique à aucun peuple connu par les textes; on ne trouve nulle mention d'un peuple appelé par ce nom. Il existe une piste: un trésor de monnaies gauloises a été découvert à Mézières-sur-Seine, en Madrie, au et au site d'un important sanctuaire frontalier.. L'analyse de celui-ci indique que la puissance émettrice était intercalée entre les Veliocasses, les Parisii, les Aulerques, à l'écart des cités des Carnutes et des Parisii, et limitée au Nord par la Seine. Il peut s'agir d'un pagus, ou d'un petit peuple tampon affranchi de la guerre contre Rome de la tutelle de l'une des puissantes cités limitrophes.. Plus tard, les mérovingiens reprirent les divisions romaines. Leurs rois nommaient un administrateur du pagus qui portaient les titres antiques de comte (comes). À l'origine, ces officiers demeuraient sous l’étroite surveillance du Palais et pouvaient facilement être révoqués ou déplacés. Comme le Pincerais était issu du nom de la cité de Poissy, il est vraisemblable que le Mérézais soit lui aussi issu d'une cité nommée Méry, Mairie ou Méré.
Limites du comté de Madrie Ses limites exactes ont fait l'objet de recherches récentes qui affinent son contourLuc Bourgeois, L'occupation du sol dans l'ouest parisien du . Thèse, Paris I-Sorbonne (1995), t. 1, , 68 et partie, cartes Madrie (Fig. 21), Pincerais (Fig. 15)..
Au moment où la Madrie apparaît dans les textes, son territoire était déjà divisé entre les diocèces de Chartres et d'ÉvreuxBenjamin Guérard, Polyptyque de l'abbé Irminon (1844), t. 1, .. Si les évêchés correspondent effectivement, dans leurs grandes lignes, aux civitates antiques, la Madrie est une création tardive qui ignore les limites administratives antérieures. Le comté s'étendait sur les actuels confins sud-est du département de l'Eure et nord-ouest du département des YvelinesAdolphe de Dion, Société Archéologique de Rambouillet, 1873, t.1, , ...
La Madrie avait pour limites au nord la Seine, à l'est le Pincerais, au sud le Chartrain et à l'ouest le Dreugésin et la rivière l'Eure. Dans le diocèse d'Évreux, nous avons à l'extrême nord-ouest La Croix-Saint-Leufroy in fines Madriacensis (en 690), et Cailly-sur-Eure qui appartint en 788 à Nebelong (Nibelung/Nivelon)., comte de Madrie. Dans le diocèse de Chartres, la région nord le long de la Seine formait l'archidiaconé du Pincerais, qui se divisait en doyennés de Poissy et de Mantes : on peut intégrer le Mantois dans la Madrie.
Appartiennent à la Madrie (in pago Matriacensi, ) : La Villeneuve-en-Chevrie, La Gamacherie près de Bréval, Rolleboise ; Saint-Germain-de-Secqueval près de Mantes, Bléry, Tilly, Bréval, Gille, Saussay ; Civry-la-Forêt : Sibriaci in pago Matriacensi, 753. ; Hermeray, Adainville, Bourdonné, Condé-sur-Vesgre.
Les comtes de Madrie Selon l'archéologue Adolphe de Dion, l'histoire des comtes de Madrie est fort difficile à débrouiller. Cette lignée est issue de la famille des Nibelungides, appelés ainsi car plusieurs portent ce nom Nibelung ou Nivelon. Ce nom, composé germanique de nibel « brouillard, nuée » (cf. allemand Nebel « brouillard ») + suffixe germanique de parenté -ung « fils de », est proche parent des termes français nuage et nébuleux, peut-être en rapport avec des histoires épiques franques comme la Chanson des Nibelungen ou l'Anneau du Nibelung.
Les comtes de Madrie (Comes Madriacensis)FRERE (Stéphane) Caractérisation d’un terroir villageois au Moyen Âge et à l’époque moderne : Garancières et étude de cas : le domaine de Fresnay. D’après le mémoire de maîtrise (Université Paris I) -1993/1994. En ligne. sont : le plus ancien Romuald (Rumaldus Madriancens comes), mort en 754 à Saint-Germain-de-Secqueval à GuervilleMABILLON (J.) Acta sanctorum ordinis S. Benedicti…-VITA S. GERMANI EPISC. PARISIENS. (1734), t.2, §XIX, et note a ;. Il tourmenta sa vie durant les moines de l"abbaye de Saint-Germain-des-PrésMABILLON (J.), Res gestas ab anno christi DCCI. ad annum MCCCXLXIX (1704), t. 2, , ligne 37-39., "il en fut châtier par une mort brutale"HENSCHENIO (Godefrido) PAPEBROCHIO (Daniele) Acta sanctorum, Maii… (1866), t. 6 , p. 784, Index Historicus R. un jour qu'il était venu entendre la messe à la chapelle Saint-Germain de Secqueval.. Nebelong (ou Nivelon ou Nibelung) (°725-†770-786), fils de Childebrand , comte de Provence 737. Il était comte propriétaire de Perrecy (768-814), neveu de Charles Martel. Il aurait eu deux fils : Nibelung II qui suit, et Childebrand II, 788 missus en Autunois 796, (°750-† ap. 796). Nebelong (ou Nivelon ou Nibelung) (°750-† ap. 805?) fils probable de Nebelong , comte de Madrie? ., comte du VexinSETTIPANI (Christian) La Préhistoire des Capétiens (Nouvelle histoire généalogique de l'auguste maison de France, vol. 1), Villeneuve-d'Ascq, éd. Patrick van Kerrebrouck, (1993) 545 p.; p. 345, Childebrand II 342-4. Thibert p. 352-3 et 434. Ce fut lui qui, en 788, donna l'alleu de Cailly à l'Abbaye de la Croix-Saint-Leufroy. Il paraît avoir vécu au-delà de 805. Il aurait eu trois enfants, ou proches apparentés: Nibelung III, comte de Bourgogne 818, Theodebert comte de Madrie qui suit, Childebrand III, comte d'Autumois 796 (°770-†827-836). Thibert (ou Theodebert) (°775-† ap. 822), missi dominici de Charlemagne en 802, et en 822, comte de Madrie au mariage de sa fille Ringarde (alias Ingeltrude). C'est un homme important car sa fille épousa Pépin Ier d'Aquitaine, fils de l'empereur d'Occident Louis le Pieux; dans cet acte; elle est dite uxore filia Theotberti Comitis MatricensisLABBE (Philippe) Chronicon Ademari S. Eparchii; nova Bibliotheca manuscriptorum librorum, rerum Aquitanicarum (1657), t. 2, p. 159. le village de Thiverval, bien que dans le Pincerais, pourrait avoir un rapport avec le comte de Madrie. Le village d'Auteuil, aussi dans le Pincerais, a une paroisse sous le vocable de Saint-Éparche, saint assez rare. Adémar de Chabannes, moine du , a écrit une vie de Saint-Cybard (ou Saint Eparche) d'Angoulême et écrit une histoire de Francie où il cite en particulier l'épouse de Pépin. On peut se demander si cette dédicace doit son origine à un lien entre l'Aquitaine et la Madrie, pays de l'épouse de Pépin. Herbert de Vermandois (ou Heribert) (°850-†907), l'arrivée des Normands suscita le besoin de faire une "marche" de l'Oise pour se protéger. Herbert est apparenté aux Pippinides et par sa mère aux Nibelungides, qui reçut les différents territoires du Vermandois, Soissonnais, Meldois, Vexin et Madrie encore en 864 en leurs possessions (Nivelon IV). Il obtiendra en 888 le comté de Meaux parce qu'il abandonne le carolingien Charles le Simple, roi de Francie pour le roi Eudes, comte de Paris, roi de Francie (888-898). Herbert II de Vermandois (°880-†943), fils du précédent. Il est présent quand Charles le Simple donne l'Abbaye de la Croix-Saint-Leufroy en Madrie à l'Abbaye de Saint-Germain-des-Prés en 918. Liutgarde de Vermandois (978), fille du précédent, donne des territoires du pagus Velcasino (Juziers, Limay) et du pagus Madriacensis (Arnouville, Mantes-la-Ville) qui étaient sous sa protection.
Du Bouchet et Mabillon établissent une généalogie faisant descendre Hugues Capet de Nebelong , mais leur opinion est aujourd'hui généralement abandonnéeDU BOUCHET (Jean) La Véritable origine de la seconde et troisiesme lignée de la Maison royale (1646)..
Une capitale inconnue, mais …