L’église Notre-Dame-de-la-Nativité de Saverne est une église paroissiale, anciennement collégiale située à Saverne dans le département du Bas-Rhin en France. Elle est classée au titre des monuments historiques depuis 1977.

Initialement église paroissiale consacrée sous le vocable de saint Barthélemy et saint Ulrich, elle est élevée en 1485 au rang de collégiale consacrée à la Nativité de la Vierge, statut qu’elle perd à la Révolution française, comme toutes les autres collégiales.

Sur le plan architectural, il s’agit d’un édifice complexe juxtaposant des éléments issus de différentes campagnes de travaux : une phase initiale de construction en style roman, vers le milieu du , dont subsiste essentiellement le clocher-porche, une première campagne gothique à la fin du , dont le principal témoin visible est le chœur, et une seconde campagne gothique à la fin du , dont date une grande partie de la nef, ainsi que le bas-côté nord et la chapelle le prolongeant.

Dans le périmètre de l’église se trouve également un bâtiment annexe comprenant une crypte-ossuaire, surmontée d’une chapelle consacrée à saint Michel, ainsi qu’une ancienne galerie de style Renaissance, qui a été convertie en sacristie.

Historique Les grands chantiers du L’église romane Bien qu’il y ait des soupçons quant-à l’existence antérieure de lieux de culte païens sur le site de l’église actuelle, aucune preuve n’en a été découverte. Le plus ancien document mentionnant directement l’église est une donation en faveur de celle-ci réalisée le par l’écuyer Henri de Borre. Avant cette date on trouve mention de curés de Saverne dès 1211, ce qui laisse supposer, de manière indirecte, qu’un lieu de culte existait déjà auparavant, même s’il ne s’agissait peut-être que d’une église domaniale faisant partie de la colonge de l’évêque (). Par ailleurs, les caractéristiques architecturales des parties les plus anciennes de l’édifice, en particulier les premiers niveaux du clocher-porche, indiquent une époque de construction antérieure à 1285, probablement vers le milieu du .

Cette construction s’inscrit dans le contexte de l’affirmation de la domination de la ville de Saverne par les évêques de Strasbourg, qui forcent progressivement les Geroldseck et les empereurs à leur céder leurs droits. L’église est alors consacrée sous le vocable de saint Barthélemy et peut-être aussi déjà de saint Ulrich, bien que celui-ci ne soit mentionné qu’à partir du . Elle remplace en tant qu’église paroissiale l’ancienne , qui était une église dite marchiale, c’est-à-dire desservant plusieurs communautés, et se trouvant donc très excentrée.

La première campagne gothique alt=gravure ancienne représentant une ville médiévale entourée de remparts avec un paysage de montagnes à l’arrière plan|vignette|Vue de Saverne en 1644. L’église est visible à gauche avec ses deux flèches gothiques. Le premier changement majeur dans la structure de l’édifice intervint dans le troisième quart du . Les travaux commencent par la construction du chœur gothique, qui n’est pas immédiatement voûté, mais reste simplement charpenté ou lambrissé. S’ensuit la reprise de la nef qui, d’après le peu d’éléments romans conservés dans celle-ci, est probablement de grande ampleur : le mur oriental est entièrement démoli et reconstruit, tandis que les murs nord et sud sont percés de baies gothiques, l’ensemble de la nef étant par ailleurs rehaussé de plusieurs mètres. Cette surélévation des murs entraînant celle des toitures, elle a pour conséquence d’enlever son caractère de tour au clocher, qui ne dépasse alors pratiquement plus du toit de la nef et dont les baies orientales donnent désormais dans les combles. Plutôt que de reconstruire une tour ou d’ajouter un étage gothique, le maître d’œuvre conserve son aspect roman : il démonte le dernier étage sur trois côtés puis le remonte en conservant ses éléments romans, moins les baies qui sont réinsérées dans un nouvel étage ajouté au-dessus. La tour est toutefois coiffée d’une flèche de charpente au caractère plus gothique que . Enfin, cette première grande campagne de travaux s’achève par la construction de la voûte du chœur, qui a lieu vers 1420.

Parallèlement, des travaux sont entrepris dans les bâtiments annexes de l’église. En particulier, une chapelle est construite au-dessus de l’ossuaire situé à l’extrémité orientale du cimetière paroissial installé au nord de l’église ; elle est achevée en 1456 et dédiée à saint Michel.

La deuxième campagne gothique Le changement majeur de la fin du a lieu sous l’épiscopat d’Albert de Bavière, qui élève l’église au rang de collégiale en 1485. Elle accueille alors les chanoines d’Obersteigen, dont le chapitre a été fondé en 1482 à la suite de la sécularisation de l’ordre de la Steige. Cette élévation est accompagnée d’une modification du protecteur principal, qui devient la Vierge Marie en sa Nativité ; les anciens vocables subsistent toutefois comme protecteurs secondaires et sont augmentés en 1501 de saint Wolfgang et sainte Agnès. L’église devient également au le siège de plusieurs confréries, chacune disposant d’un autel qui s’ajoute ou remplace des autels préexistants.

Ces changements dans l’organisation du culte sont accompagnés d’importantes modifications architecturales entre la fin des années 1480 et 1501, avec la participation de l’architecte Hans Hammer, ancien maître d’œuvre de la cathédrale de Strasbourg. Les premiers grands travaux consistent en l’adjonction d’un collatéral sur le côté nord de la nef, prolongé d’une chapelle consacrée à la Vierge et destinée à accueillir le tombeau monumental d’Albert de Bavière réalisé par le sculpteur Nicolas de Haguenau. Cette première phase peut être datée de 1492-1496, comme l’indiquent les millésimes gravés en différents endroits du collatéral et de la chapelle. La seconde phase, qui a lieu vers 1501 d’après le millésime gravé sur l’un des contreforts, consiste à voûter la nef. Ces deux phases de chantier sont accompagnées d’autres travaux de plus faible ampleur : modification de certaines baies du mur sud de la nef, construction de la chaire et du jubé, bien que dans ce dernier cas il pourrait s’agir d’une reconstruction. La seconde campagne gothique se termine par la pose des voûtes de la chapelle Saint-Michel, qui portent le millésime de 1504 et la marque de Hans Hammer.

Bien que la seconde campagne gothique soit le dernier chantier majeur, un dernier petit chantier a lieu en 1539, lorsque l’évêque Guillaume de Honstein commande à son maître maçon Blaise Zingg une galerie en style Renaissance. Celle-ci est construite le long du mur d’enceinte, entre l’ossuaire et la porte de l’Oberhof. Son rôle est non seulement de relier le château et la chapelle Saint-Michel, mais il est également prévu qu’elle contienne une représentation sculptée du Christ au Mont des Oliviers ; en outre elle est surmontée d’un étage dans lequel est installée une bibliothèque. Ces travaux, achevés en 1541, entraînent également le remaniement de l’accès à l’ossuaire, désormais enterré sous la galerie, ainsi que la voûte du corridor créée entre le mur d’enceinte et celui de la galerie, du fait qu’il doit supporter une partie de l’étage supérieur.

Les transformations postérieures au Moyen Âge La réalisation de la galerie est le dernier chantier dont l’exécution était planifiée et dont le but était d’améliorer autant la fonctionnalité que l’esthétique de l’église et de ces annexes. À partir du , l’église ne connaît que petites réparations et constructions de fortune, qui altèrent considérablement les bâtiments à certains endroits et ne tiennent que rarement compte de l’esthétique. En 1619, peut-être en prévision du siège de la ville par Mansfeld et par la nécessité de disposer de davantage d’espaces couverts, la galerie du Mont des Oliviers est doublée par un nouveau mur, tandis que celui de la chapelle Saint-Michel est rehaussé d’un étage. Au même moment, un nouveau bâtiment de deux étages, qui prend le nom de , est construit le long du mur du chœur, à l’est de la chapelle de la Vierge. . En 1717, le jubé est déplacé à sa place actuelle, contre le mur oriental de la nef.

La fin du est le début d’une période de destructions, qui débute par la démolition de la flèche de charpente gothique en 1760. Puis, à la Révolution, les cloches sont confisquées, les tombeaux des évêques pillés et celui d’Albert de Bavière complètement détruit. L’église est un temps convertie en temple de la Raison et en lieu de réunions politiques, avant d’être finalement transformée en entrepôt à foin. L’église est rendue au culte catholique en 1799. Enfin, en 1842, la flèche coiffant le chœur est abattue.

Après 1870, les nouvelles autorités allemandes nomment un nouveau curé et ordonnent une grande restauration de l’église : la est démolie, le badigeon beige couvrant l’intérieur est décapé, le mobilier refait en style néo-gothique et de nouveaux vitraux sont installés. Vers 1910, l’espace à l’intérieur de l’église est insuffisant pour le nombre de paroissien et l’état de la tour préoccupant. Le curé Huber envisage alors un projet particulièrement ambitieux consistant non seulement à ajouter un collatéral au sud, mais surtout à détruire le clocher-porche pour étendre la nef vers l’ouest, en lui ajoutant deux tours. Ce premier projet est rejeté par l’administration, qui conditionne la réalisation des travaux au remontage de la tour à l’identique.

L’état de la tour continuant de se dégrader au point de présenter un danger, l’administrateur du district ordonne la fermeture de l’église à partir du et interdit la sonnerie des cloches. L’étude technique qui est réalisée préconisant le démontage et la reconstruction presque complète de la tour, le curé Huber y voit une occasion de relancer son projet d’agrandissement. Il propose ainsi de profiter des travaux pour décaler la tour de dix mètres vers le sud, de construire dans son prolongement un collatéral et d’étendre la nef et le bas-côté nord pour les aligner sur la tour, avec une façade néo-gothique. Malgré la campagne d’opinion intense du curé, le projet est rejeté après qu’une nouvelle solution technique bien moins coûteuse ait été trouvée. L’église est à nouveau ouverte au culte le , mais il faut attendre le pour que les cloches puissent de nouveau sonner.

L’église est endommagée par un bombardement aérien le , qui occasionne la destruction d’une partie des vitraux. La Seconde Guerre mondiale n’entraîne pas de dégâts importants, mais l’ossuaire est transformé en abri anti-aérien et n’est restauré dans ses dispositions antérieures que lors des travaux de 1969-1973. Lors de cette même campagne, la majorité du mobilier néo-gothique est enlevée. Peu après ces restaurations, en 1977, l’église est classée Monument historique.

Architecture Clocher-porche vignette|Clocher-porche vu du nord.|alt=photographie en couleur montrant en contreplongée une tour carrée de cinq niveaux en grès rose Le clocher-porche est une tour de plan quadrangulaire de de large par de long à l’extérieur au-dessus du socle. Il compte cinq niveaux d’élévation, chacun présentant un léger retrait sur le niveau précédent, le tout étant coiffé d’un toit de faible hauteur à quatre versants. La tour est posée sur un socle à gradins, dont la hauteur importante est en partie liée au changement de niveau du sol depuis la construction, le sol d’origine étant plus haut. La maçonnerie présente un appareil régulier de grès rose, toutefois il apparaît clairement que les pierres utilisées pour les trois premiers niveaux n’ont pas la même provenance que celles des quatrième et cinquième niveaux, plus foncées. De même, la technique de construction est différente : les blocs de la partie supérieure portent tous des trous de louve, absents des trois premiers niveaux, et sont maçonnés avec des joints plus épais.