vignette|350px|Photographie de Belfort après son siège pendant la guerre par Adolphe Braun (« Vue générale de Belfort » issue de l’œuvre Le théâtre de guerre, 1870-1871).

La presse française durant la guerre franco-allemande de 1870 a connu une très forte activité. La fin du second Empire ayant déjà laissé entrevoir un changement dans le domaine de l’information, notamment avec le recours à des moyens de communications de masse tels que la presse écrite, le conflit opposant la France et la Prusse, du au est non seulement suivi par la presse française mais aussi, par voie de conséquence, par l’ensemble de la population française.

Cette période marque ainsi un tournant dans le traitement et la diffusion de l’information en temps de guerre.

Description de la presse de l’époque Au début de l’année , la presse écrite française, et plus précisément politique, est marquée par la couleur très affirmée de ces journaux.

Les journaux politiques d’opposition vignette|200px|Portrait de Victor Hugo, célèbre opposant à qui a quitté la France de 1851 à 1870. Il fonde en 1869 Le Rappel.

Malgré la législation très répressive mise en place dès par le gouvernement de avec par exemple l’installation d’avertissements, la presse d’opposition arrive à trouver sa place en France. Cela dit, elle est assez faible et sa marge de manœuvre est limitée et parfois même obligée de pratiquer l’autocensure. Le poids des législations et la sévérité du second Empire entraînent ainsi une forte affirmation des « parti pris » dans la presse. Cependant, la presse se libéralise et la loi du 11 mai 1868 assure un retour en arrière et une répression moins féroce des journaux politiques.

On remarque ainsi assez facilement les journaux d’opposition et surtout républicains, qui n’ont fini de se développer qu’à partir de cette date. En 1868, ils représentent lecteurs contre pour les journaux ministériels (c’est-à-dire bonapartistes). Les journaux d’opposition sont de toutes sortes mais encore peu nombreux.

Ils sont : légitimistes et mondains où paraissent à exemplaires L’Union, L’Univers, La Gazette de France ; orléanistes Le Journal des débats ( exemplaires en 1861) ; surtout « progressistes » et républicains. Très réprimés, ils sont tout de même les plus lus dans les années 1860, portés par Le Siècle, quotidien à exemplaires.

vignette|150px|left|Charles Delescluze, fondateur du Réveil.

Ils s’accompagnent également de L’Opinion nationale et de La Presse.

Ils sont rejoints à partir de 1868 par Le Réveil, journal radical jacobin fondé par Delescluze, L’Avenir national, papier républicain anticlérical dirigé par Alphonse Peyrat, La Cloche (avec Louis Ulbach en rédacteur en chef), Le Rappel fondé par Victor Hugo en 1869 et La Marseillaise. Ces journaux, apparus un ou deux ans avant la guerre, sont des quotidiens très critiques envers le régime. Le café de Madrid est un point de rassemblement des journalistes d’opposition. Les journaux républicains sont d’ailleurs présents dans toute la France à la veille de la guerre : toutes les grandes villes avaient le leur. Ils se multiplieront de manière incontrôlée pendant la guerre républicaine, engagée à partir du .

La Marseillaise : journal représentatif de la presse d’opposition

Henri Rochefort.|vignette|150px

Fondé le , La Marseillaise succède à La Lanterne et se présente comme un quotidien aux revendications socialistes. Il est mené par Rochefort, ancien rédacteur en chef de La Lanterne, et « essaiera de remplacer ceux qui sont occupés à rendre l’âme » pour des motifs économiques ou judiciaires.

La ligne éditoriale principale sera la critique de la personne de Napoléon III, du personnel impérial et de la politique du second Empire, ce qui n’était pas sans contrarier le régime ; il était très souvent interdit de vente. Il regroupa des jeunes journalistes ardents et engagés, qui traqués par le gouvernement, s’exposèrent sans crainte à la prison et aux amendes.

Avec Le Rappel et La Cloche, il eut un succès immédiat : comme la quasi-totalité de la presse politique fondée à l'époque, ces journaux étaient très âpres envers le régime, avec des tendances républicaines et démocratiques qui plaisaient au peuple. De plus, « ils s’adressaient plus à un public passionné qu’instruit, plus ardent » (Taxile Delord).

Les journaux politiques favorables au régime

vignette|upright|left|L’empereur des Français Napoléon III en 1858 par Alfred de Dreux.

Les journaux bonapartistes se sont développés durant le régime impérial et atteignent leur point d’orgue en 1861 avec lecteurs. Cela dit, les journaux d'opposition étaient lus par le double de Français à cette période et même le triple en 1868 ( contre ).

Très engagés également, ils étaient emmenés par Le Moniteur universel : journal officiel du gouvernement, il sera remplacé le par Le Journal officiel de l’Empire français. Servant comme journal de propagande et de transcription des débats parlementaires, il servit au gouvernement de Napoléon III jusqu'à la fin du second Empire pour faire passer messages et revendications aux partisans. Aussi, des journaux comme Le Constitutionnel, Le Pays ou La Patrie joueront un rôle dans la propagande sur la guerre.

Sur 67 journaux politiques en France, 38 se trouvent à Paris à la veille du conflit contre la Prusse. La législation répressive contre les journaux politiques entraîne un fort développement des journaux non politiques : ils sont 470 à Paris en 1857, soit vingt fois plus nombreux, et traitent de tout avec plus ou moins de succès. Ces journaux traitent principalement de la vie mondaine et culturelle et sont appelés la « petite presse » à l’exemple du Figaro créé en 1854 par Hippolyte de Villemessant.

Un nouveau type de presse : Le Petit Journal

Les spécialistes désignent l’événement le plus marquant de la presse du second Empire par la création du Petit Journal. En effet, titrant déjà à exemplaires l’année de sa création en 1863, il atteignit fin 1869 (durant l’affaire Jean-Baptiste Troppmann) environ lecteurs.

Il représentera deux tiers des ventes pendant la guerre avec l’aide des journaux créés depuis et reprenant sa formule tels que Le Petit Parisien (1876) ou Le Rappel. « Les dernières années du second Empire sont l’époque où la lecture du quotidien change d'échelle » dira Marc Martin.

vignette|150px|Émile Gaboriau, auteur de L’Affaire Lerouge qui paraît dans Le Pays en 1863. Ce journal cible les milieux populaires, qu’ils soient ruraux ou urbains et coûte seulement 5 centimes de francs (1 sou). Pour arriver à ce prix aussi bas, il est réduit de moitié au niveau du format : ce qui explique son nom de « petit » journal. Il est un des journaux précurseur de nouvelles formes d’achat : non soumis à l’obligation de vendre par abonnement individuel, il s’achète au numéro. Les journaux sont vendus dans la rue, par l’intermédiaire de vendeurs de rues et de porteurs (apparition des fameux crieurs de journaux). Ayant des ressources importantes apportées grâce à la publicité, le journal peut se vendre en province avec l’association des compagnies de chemins de fer.

Il a également un contenu se basant sur trois facteurs tout nouveaux pour l’époque : la chronique, le fait divers et le roman feuilleton ; l’actualité n’est que très peu abordée. La chronique se trouve en première page et parle parle d’un sujet touchant aux événements, à l’actualité ; ces sujets étaient rédigés de main de maître par Timothée Trimm, de son vrai nom Léo Lespes. Le fait divers, peu traité par les autres journaux est largement développé. Enfin, le roman feuilleton avec comme chefs de file Paul Féval et Émile Gaboriau (inventeur du roman judiciaire) est très aéré et très facile à lire.

Forces d’expansion, limites et censures Avec l’évolution et la croissance de la librairie industrielle et l’usage de l’imprimé, la presse écrite commence à jouer un grand rôle dans la vie quotidienne des Français.

Vers une presse de masse La presse a subi de nombreux bouleversements qui lui ont permis de se développer considérablement. Sous le second Empire on assiste à une libéralisation de la presse à partir des années 1860 : tout d’abord envers des quotidiens comme Le Petit Journal pour donner toute sa place à la parole publique ; et ensuite avec la loi du 11 mai 1868 qui allège la législation précédemment mise en place et verra une augmentation des journaux politiques : le journal ne doit plus être accepté forcément par le gouvernement mais simplement déclaré, les avertissements sont abolis et le timbre est légèrement réduit (de 6 centimes à 5 centimes). vignette|left|150px|Émile de Girardin, fondateur de La Presse en 1836.

Le changement a pourtant été amorcé dès la monarchie de Juillet. En effet on assiste à la création de la « nouvelle presse » moins chère et plus moderne avec la création en 1836 de journaux encore présents en 1870 : La Presse et Le Siècle (aujourd’hui républicains). Les rédactions s’étoffent également et voient la multiplication des rédacteurs en chef. La fin du colportage avec la loi du et la création d’une commission chargée de surveiller cette pratique participe aussi à ce bouleversement.

La presse de masse se caractérise aussi par le développement de la librairie industrielle et les révolutions de l’imprimé : l’accélération du processus d’alphabétisation conjugué à une production plus importante correspondent à la multiplication des tirages et la baisse des prix permet de considérer le journal comme le symbole d’une consommation de masse.

vignette|150px|Louis Hachette, fondateur de la maison d’édition homonyme en 1826. Les réseaux de diffusion s’améliorent (apparition du chemin de fer) et les journaux sont dès lors publiés dans toute la société française. L’apparition de la publicité apporte des ressources encore plus importantes aux journaux : elle prendra une place majeure dans la seconde moitié du . « Désormais, et pour longtemps, le commerce des nouvelles et courtage de l’espace publicitaire dans la presse sont en France étroitement liés » (Marc Martin).

La loi en vigueur sur les journaux politiques entraîne le développement de journaux non politiques ; apparition d’une presse très diversifiée et spécialisée : illustrés, satiriques, arts, théâtre… Ils touchent donc tous les publics et créent une véritable information pour tous, qui ne se limite plus forcément à une lecture par abonnement mais plutôt par numéro. Plus généralement dans le monde du livre, de grands éditeurs entrainent une véritable mutation : Hachette, Lévy, Larousse ou encore Hetzel créent des collections qui s’étendront au fil du temps, associée à une multiplication des librairies et des bibliothèques. Durant la guerre franco-allemande de 1870, cette révolution de la presse entamée précédemment et perpétuée permettra un relai du conflit jamais vu auparavant et va toucher l’ensemble des Français.

Censure et limites encore présentes : particulièrement pour les journaux politiques d’opposition vignette|left|Daguerréotype du prince-président Louis-Napoléon Bonaparte (futur ), vers 1851. Pourtant, cette mutation de la presse écrite en France va être freinée par une législation très répressive de ces journaux durant le second Empire. Cela sera toujours le cas pendant la guerre.