Lhistoire de la franc-maçonnerie est jusqu'au milieu du , exclue du champ de l'histoire universitaire classique. À partir du milieu du apparaît en Allemagne un courant d'étude historique et critique qui se détermine comme . Ce courant traverse la Manche et se retrouve en Angleterre où plusieurs personnalités de la franc-maçonnerie constituent la première loge de recherche du monde, Quatuor Coronati n°2076. Une structuration universitaire prend forme à compter du milieu du , en Espagne, en France et en Belgique avec la mise en œuvre de centres de recherche, de chaire universitaire et de cercles d'études historiques. Ces travaux débouchent sur une nouvelle discipline qui prend le nom de .
Au , les travaux des historiens situent la naissance de la franc-maçonnerie dans les Iles britanniques entre le . Elle s'exporte rapidement sur le continent pour se répandre en Europe, puis dans les empires coloniaux des puissances occidentales. Elle connaît diverses évolutions, tant philosophiques et spirituelles, que politiques. Espace de sociabilité et d'échange, ses membres s'impliquent souvent dans la société par des actions philanthropiques, éducatives ou politiques et traversent les . Espace de réflexion symbolique et initiatique, elle transmet à travers des rites une tradition philosophique ou spirituelle qui vise à l'évolution intellectuelle ou morale de ses membres. Ces rites diffèrent parfois de forme, mais s'appuient sur les mêmes mythes et légendes fondatrices.
Combattue par les courants réactionnaires et religieux, comme par les milieux nationalistes, elle connaît des périodes fastes de développement et de présence internationale et des périodes de persécution, d'extinction partielle ou totale. Elle demeure au largement décriée ou condamnée par les religions qui condamnent son relativisme et son cosmopolitisme.
La franc-maçonnerie est ouverte aux femmes depuis le début du , principalement en Europe, et après de fortes résistances d'une franc-maçonnerie exclusivement masculine. Elle est, au , présente sur tous les continents. Dans tous les pays, elle s'adapte aux évolutions de son environnement politique. Elle tend à se rebâtir sur des projets conformes à un idéal utopique, de république universelle pour le courant latin et libéral ou d'éducation, et de fraternité internationale pour le courant anglo-saxon et traditionnel.
Historiographie
Jusqu'au milieu du , l'histoire de la franc-maçonnerie fut exclue du champ d'étude de l'histoire universitaire classique. La difficulté de la transmission de son histoire, du fait maçonnique, de ses rites ou de ses légendes vient qu'elle s'est appuyée pendant très longtemps sur des travaux d'historiens ou d'essayistes ayant une approche , qui peine à différencier mythes maçonniques et faits historiques.
Avant que ne se développent l' et la maçonnologie, de nombreux ouvrages français ou étrangers ne se soucient pas de vérifier leurs sources et de contrôler les hypothèses, d'où de nombreuses interprétations douteuses. À partir de 1865, apparaissent quelques ouvrages dignes d’intérêt historique. Au-delà de ces difficultés méthodologiques, l'étude historique de la maçonnerie, en France notamment, nécessite une prise de distance au regard de l'implication ancienne de l'institution dans la vie intellectuelle et sociale du pays.
L'historiographie maçonnique se partage jusqu'à une date récente entre deux types d'auteurs. Ceux qui y sont hostiles pour des raisons politiques ou religieuses, et ceux qui y sont résolument favorables, ceux-là appartiennent le plus souvent à une obédience. Cette production partiale entraîne deux conséquences : d'une part, une qualité inégale des travaux produits et d'autre part, l'esprit polémique des auteurs. Les scènes, personnages ou événements qui corroborent leur point de vue personnel falsifient ou reconstruisent la réalité historique.
La recherche historique moderne s'est éloignée de ces querelles doctrinaires ; elle a renvoyé dos à dos ces courants d'historiens souvent égarés. L'historiographie maçonnique se modifie durant la seconde moitié du . Elle opère un retour sur elle-même en revoyant son rapport à la société civile et politique. Elle apaise le conflit avec l’Église catholique ; elle est un objet d'étude historique cohérent, sérieux et moins polémique. Les années 1970 voient les premières études historiques, documentaires et critiques.
Genèse Loges et corporations opératives
L’Écosse entre opératif et spéculatif
Les Îles britanniques berceau de la franc-maçonnerie spéculative
Théorie de la transition
La théorie de la transition est le nom que donnent les historiens et maçonnologues aux événements et pratiques qui auraient abouti à la transformation des loges opératives, des corporations de maçons du Moyen Âge et de la Renaissance de Grande-Bretagne en loges spéculatives de la franc-maçonnerie.
Cette transition se serait effectuée par de gentlemen masons au cours des . Ces auraient reproduit les pratiques des loges opératives, auraient conservé la symbolique et l'organisation de ces dernières, et auraient donné naissance à la franc-maçonnerie spéculative.
Cette théorie est étudiée par les historiens et maçonnologues depuis le milieu du . Au regard des dernières recherches, elle s'avère non fondée et relève des mythes maçonniques construits sur la base des textes fondateurs de la franc-maçonnerie. Elle n'est majoritairement plus reconnue, au .
Pour expliquer la création de loges spéculatives, la est préférée par les maçonnologues contemporains.
Textes fondateurs et mythes maçonniques
Les textes fondateurs de la franc-maçonnerie sont l'ensemble des textes manuscrits, gravés ou imprimés entre le et le , et ayant servi à la création et à la structuration de la franc-maçonnerie spéculative. Ils sont constitutifs d'un ensemble de mythes maçonniques qui alimentent l'imaginaire maçonnique.
Toujours étudiés de nos jours, ces documents datent, pour partie, d'avant la création de la première obédience maçonnique, la Grande Loge de Londres et de Westminster, en 1717. Ils mettent en lumière les liens entre la maçonnerie opérative d'Écosse et d'Angleterre et les premières loges maçonniques spéculatives de la franc-maçonnerie.
Les mythes occupent une place centrale dans la franc-maçonnerie. Issus de textes fondateurs ou de diverses légendes bibliques, ils sont présents dans tous les rites maçonniques et dans tous les grades. Ils utilisent des paraboles conceptuelles. Ils peuvent servir de sources de connaissance et de réflexion. L'histoire le dispute souvent à la fiction. Ils s'articulent principalement autour des histoires légendaires de la construction du temple de Salomon, de la mort d'Hiram, son architecte, et de la chevalerie.
Quelques thèmes mythiques originels font partie des symboles qui composent le corpus et l'histoire de la franc-maçonnerie spéculative.
Certains mythes n'ont pas eu de postérité, mais transparaissent dans quelques hauts grades. D'autres empruntent à l'imaginaire médiéval, ou bien à des mystiques religieuses ; ils ne s'encombrent pas de vérités historiques pour créer des filiations avec des corporations ou des ordres disparus.
Grande Loge d'Angleterre
La première Grande Loge d'Angleterre est la première obédience maçonnique créée dans le monde. Elle est fondée le , par la fusion de quatre loges londoniennes. Ses principes fondamentaux sont inspirés de l'idéal des Lumières et de la révolution scientifique du . Elle prend le nom de Grande Loge d'Angleterre en 1738 et connaît une grande expansion à travers le monde, durant la première moitié du .
La première grande loge est fondée peu de temps après l’avènement sur le trône de Grande-Bretagne, le , de George , premier roi de la Maison de Hanovre et de la fin de la première des rébellions jacobites en 1715..
Officiellement son origine remonte au jour de fête de la Saint Jean le Baptiste : quatre loges de Londres réunies dans la taverne du ont fusionné à l'initiative de Jean Théophile Désaguliers, du pasteur anglican James Anderson et d'autres francs-maçons, pour former la première obédience maçonnique.. Ces quatre loges portaient le nom des tavernes où elles se réunissaient : , , , . Ce nouvel organisme prend le nom de , il est chargé de la création et de la gestion de nouvelles loges de ..
Ancienne Grande Loge d'Angleterre
Le second quart du voit l'arrivée à Londres de nombreux migrants économiques irlandais, ces derniers sollicitent leurs entrées dans les loges de la première grande loge et se la voient souvent refuséesThe Minutes of the Grand Lodge of Freemasons of England, 1723–1739, Quatuor Coronatorum Antigrapha,Vol 10, 1913, .. Ils rejoignent pour la plupart des loges indépendantes de la capitale. En 1751, cinq de ces loges s'unissent pour former une grande loge rivale, elle fédère rapidement toutes les loges indépendantes d'Angleterre qui refusent la tutelle de la première grande loge..
Elle prend le nom de , elle est parfois nommée selon d'autres intitulés tel que ses archives le mentionnent en entretenant une forme de confusion sur sa dénomination exacte. Sur son sceau est inscrit et dans certains certificats maçonniques qu'elle délivre à ses nouveaux membres, elle porte le titre de J. Ramsden Riley, Masonic Certificates, Quatuor Coronati Antigrapha, Vol VIII, 1891..
Expansion continentale
Expansion internationale
Querelle du Grand Architecte de l'Univers
La querelle du Grand Architecte de l'Univers est en franc-maçonnerie, et plus particulièrement dans la franc-maçonnerie francophone, l’événement qui marque un tournant dans l'évolution des pratiques maçonniques. Elle fut à l'origine d'un schisme entre la franc-maçonnerie dite « régulière » et la franc-maçonnerie « libérale ».
Elle fut également pendant tout le , avec les questions de mixité, de l'engagement politique et de la ségrégation raciale, l'une des querelles internationales de régularité maçonnique.
Femmes en franc-maçonnerie
L'admission des femmes en franc-maçonnerie est très diverse selon les époques et les pays.
En 2016, dans un nombre croissant de pays, notamment en Europe, les femmes peuvent rejoindre des obédiences maçonniques mixtes ou exclusivement féminines, ces obédiences faisant généralement partie du courant adogmatique ou libéral de la franc-maçonnerie.
Historiquement, et tout en restant restreinte, la présence de femmes du métier dans la maçonnerie opérative et sur des chantiers de construction est attestée dès le . Y accéder ne leur est pas strictement interdit, mais le statut des femmes, en général, à cette époque, ne leur permet d'appartenir à des corporations que sous certaines conditions très spécifiques.
Dans la franc-maçonnerie spéculative, la première femme initiée aurait été Elisabeth Aldworth, reçue en Irlande vers 1712, dans des circonstances tout à fait inhabituelles. Après la création en 1717 de la première obédience maçonnique en Angleterre et la promulgation des constitutions d'Anderson, l'interdiction de les recevoir en loge maçonnique est institutionnalisée. Plus aucune femme n'est admise en tant que franc-maçonne au sens strict, jusqu'à l'initiation en France de Maria Deraismes le .
Cependant, dans cet intervalle, apparaissent différents ordres mixtes d'inspiration maçonnique, tels que la maçonnerie dite , en France, ou encore l' aux États-Unis.
La création de la première obédience mixte en France, à la fin du , est un long processus d'ouverture aux femmes d'une franc-maçonnerie exclusivement masculine depuis sa création. De multiples remises en cause rejoignent parfois les combats féministes du début du . Une première obédience féminine est installée et se développe aux côtés d'une branche mixte ouverte aux femmes, et pratiquant les rites maçonniques historiques, dans leurs plénitudes philosophiques et initiatiques.