vignette|Les Tricoteuses jacobines, gouache de Jean-Baptiste Lesueur, 1793, musée Carnavalet. Les femmes sous la Révolution française participent aux événements sociaux, politiques et philosophiques, bien que les philosophes des Lumières, qui appellent à un changement des mentalités, aient des positions souvent contradictoires sur la place des femmes. C'est donc bien souvent de leur propre initiative que des femmes participent aux journées révolutionnaires, à partir de la journée des Tuiles ou de l'affaire Réveillon, mais leur condition n'est pas abordée en 1789, lors de l’élaboration de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen par l’Assemblée constituante.

La constitution de définit de façon identique l’accession à la majorité civile pour les hommes et les femmes, autorisant les femmes à témoigner, contracter librement des obligations ; la loi du consacre leur droit de vote dès 21 ans dans les assemblées générales communales visant au partage entre tous et toutes des biens communaux.

Plusieurs associations sont créées comme la Société patriotique et de bienfaisance des Amies de la Vérité de 1791 à 1792, club fondé par Etta Palm d'Aelders, et le Club des Citoyennes Républicaines Révolutionnaires en 1793. Les Tricoteuses, des femmes du peuple, assistaient aux séances de la Convention nationale, des clubs populaires et du Tribunal révolutionnaire tout en tricotant. Des figures notables émergent comme Pauline Léon, Manon Roland ou Olympe de Gouges, qui publie la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne (1791), dans laquelle elle revendique que la femme soit libre et égale aux hommes en droits.

En 1792, le ci-devant royaume de France se dote d'un nouveau système politique et démocratique : la République française qui, pour les hommes citoyens, est porteuse de nouvelles libertés et d'égalité. Si les hommes bénéficient d'une grande avancée sur le plan de la représentation démocratique, les femmes, elles, restent des marginales du nouveau régime et sont exclues du droit de vote aux élections politiques.

En droit civil, la législation maintient le principe de l'autorité maritale mais, par la loi de septembre 1792 sur l’état civil et le divorce, établit une symétrie de droits entre hommes et femmes et remet en cause l'indissolubilité traditionnelle du mariage chrétien. Le droit des filles à l'enseignement primaire est reconnu mais rien n'est prévu pour leur accès à l'enseignement secondaire et supérieur.

Beaucoup de femmes refusent la déchristianisation révolutionnaire et se signalent par leur soutien au clergé réfractaire, ce qui les range dans le camp de la contre-révolution.

Les femmes à la veille de la Révolution Une société divisée en trois ordres vignette|Femme du tiers-état portant la charge du clergé et de la noblesse (estampe anonyme 1789). L'individu d'Ancien Régime appartient à un ordre Noblesse, Clergé, Tiers états, cette structuration de la société fait qu'une femme noble ou religieuse est supérieure aux femmes comme aux hommes du tiers-état. Elle amène les femmes concernées à des logiques de privilèges qui relèguent au second plan la prise de conscience de la nécessaire amélioration de la condition féminine. Les Femmes de la noblesse ont vu leur pouvoir politique décliner depuis la Renaissance, résultat entre autres d'une volonté royale de limiter le pouvoir des puissants de France.

Les femmes sont exclues de la prêtrise, mais le couvent reste pour les filles cadettes ou de petite noblesse une issue pour toutes les nobles à la dot insuffisante pour trouver un parti.

Les femmes du tiers état, lequel représente 98 % de la population, sont les plus nombreuses. Elles sont de conditions et de situation financières très diverses, même si le travail y est la norme. La bourgeoisie la plus aisée est sensible aux idées nouvelles et se rapproche sur ce point des nobles les plus libérales ; mais la grande majorité est tout à la fois l’assistante du mari dans son commerce ou son artisanat et le pivot de la cellule familiale. Elles restent très majoritairement à l'écart des questions politiques et sociales. Les femmes du peuple assument un rôle d'épouse, de mère et de travailleuse. A Paris, les blanchisseuses ou les dames de la Halle formeront le gros des bataillons des sans-culottes. Majoritairement chargées de subvenir aux besoins de la famille, elles seront très sensibles aux crises frumentaires, et les révoltes contre ces crises portent en germe des revendications politiques.

Les femmes ne sont pas éligibles mais les femmes nobles, les communautés de religieuses propriétaires d'un fief votent pour la désignation des députés aux états généraux, le droit de vote étant attaché à la propriété et non à la personne ou au sexe. En l'absence de précision dans les textes régissant la participation aux assemblées de paroisse des femmes du tiers état, la participation des femmes chefs de famille, veuves et célibataires est variable selon les régions. Il en est de même pour les cahiers de doléances. Plusieurs de ceux par corporations témoignent pourtant de l'influence des veuves de maîtres-ouvriers, en demandant la suppression des droits qu'elles doivent payer au décès de leur mari à la suite de la déclaration royale du . Du côté des 134 cahiers restants de la noblesse, il n'est pas fait mention de revendications propres à améliorer le statut des femmes, hormis 3 qui demandent d'adoucir le statut des « filles-mères », et 23 qui réclament l'établissement de chirurgiens et sages-femmes expérimentées. À l'inverse, 22 demandent le maintien de la loi salique. Des revendications, résultant des avancées du siècle des lumières, circulent toutefois à travers les provinces. L'une d'entre elles, signée par Antoine Rigobert de Mopinot de la Chapotte (qu'on a curieusement confondu avec une Madame de Coicy qui a été considérée à tort comme l'autrice de certains ouvrages et opuscules), intitulée « Sa demande des femmes aux États généraux, par l’auteur des femmes comme il convient de les voir », reprend en 15 pages un ouvrage en deux tomes paru en 1785 anonymementFadi El Hage, « Madame de Coicy ou Mopinot de la Chapotte démasqué. Les Femmes comme il convient de les voir et son véritable auteur », in Bulletin du bibliophile, 2022/1, p. 89-96.. Se focalisant sur l'obtention des ordres de chevalerie pour les femmes , le texte indique en en-tête « Les femmes forment la moitié de l’espèce humaine qui habite le territoire de la France. Depuis des siècles, elles ne sont rien dans la Nation française et elles ne peuvent avoir quelque influence dans les affaires que par des moyens secrets de ruse et de séduction qui très souvent, il faut l’avouer, leur réussissent ». D'autres textes militent pour l'admission des femmes aux États généraux, tel celui d'une anonyme B***B*** en pays de Caux, dont l'appel « Et vous, citoyennes de provinces régies par des coutumes aussi injustes et aussi ridicules » est repris l'année suivante, en 1790, par une veuve dans son Cahier de doléances et réclamations des femmes du Département de la Charente, témoignant de cette circulation des idées.

Une sexuation croissante des rôles Les philosophes des Lumières, qui appellent à un changement des mentalités, ont des positions souvent contradictoires sur la place des femmes. Jean-Jacques Rousseau et la majorité des philosophes du restent attachées à l'inégalité traditionnelle ou ont sur le sujet une position ambigüe malgré les positions avancées de ceux, comme Diderot ou Montesquieu, qui rejettent l'infériorité naturelle de la femme. De nombreux philosophes, médecins, écrivains ont croisé leurs approches pour décrire ce qu'ils considèrent être la féminité, et font ressortir ce qu'ils considèrent être la nature des femmes et leur « constitution délicate », « tendresse excessive », « raison limitée » et « nerfs fragiles ».

À la veille de la Révolution, la situation des femmes s'est fortement détériorée par rapport aux siècles précédents. Sous la houlette des juristes, les ont vu renaître la notion de puissance maritale, empruntée au droit romain, et de plus en plus les femmes sont ramenées au statut de mineures incapables de gérer leurs biens. Dans le même temps, malgré l'immense disparité des normes régionales en matière de règles d'héritages et statut matrimonial, « les contraintes démographiques qui pèsent lourdement sur les Français multiplient les situations où les femmes se retrouvent de fait gérant ou possédant des biens ». Cet écart entre réalité et discours sur un « ordre idéal masculin » est potentiellement générateur de conflits et de violences..

Très largement les hommes ne considèrent pas les femmes de 1789 comme leurs égalesÀ l'exemple de Marc Antoine Baudot, député de Saône-et-Loire..

Les femmes et la politique

Insurgées et émeutières vignette|Gravure représentant les femmes marchant sur Versailles, le . Les manifestations de femmes pendant la Révolution sont d'abord le prolongement de leur rôle traditionnel dans les crises de subsistance sous l'Ancien Régime : alarmées par la cherté des grains, la menace de disette et le refus de l'exportation des grains vers l'étranger ou même d'autres provinces, elles s'attroupent, seules ou aux côtés des hommes, sur les marchés et les lieux d'embarquement, s'en prennent aux commerçants et aux fonctionnaires royaux et imposent parfois la distribution du grain gratuitement ou à prix réduit. Ces troubles se multiplient avec la mauvaise récolte de 1788Solenn Mabo, « Les citoyennes, les contre-révolutionnaires et les autres : participations, engagements et rapports de genre dans la Révolution française en Bretagne », Histoire, Université Rennes 2, 2019..

Pendant la Révolution, une majorité des femmes participe massivement aux actions collectives en se situant à l'égal des hommes, sans mettre en avant de revendications propres à leur statut, pensant que la priorité est à l'établissement d'un ordre social nouveau qui devrait résoudre leurs problèmes spécifiques en même temps que les autres. D'autres, moins nombreuses, et soutenues par quelques hommes, mettent en avant une réflexion sur les inégalités de statut, idée défendue avant elles par Christine de Pizan dans sa Cité des dames. La rencontre entre ces deux courants amène un foisonnement des initiatives, et progressivement la mise en place d'organisations purement féminines. Mais si la participation des femmes aux actions révolutionnaires est initialement bien accueillie, voire encouragée par les dirigeants (Convention, Assemblée nationale), la situation s'inverse rapidement, et un coup d'arrêt est marqué en 1793 avec l'interdiction des clubs de femmes et de leur simple droit à manifester.

Les femmes vont marquer leur présence et l'importance de leur rôle dès 1788. À Grenoble, lors de la journée des Tuiles le , la population prend les armes pour empêcher le départ des parlementaires souhaité par le Roi et repousse les régiments royaux qui occupent la ville. Les témoins sont alors étonnés de l'énergie qu'elles déploient, de la détermination dont elles font preuve. Elles immobilisent les voitures au milieu des rues, elles entourent et gardent les magistrats qui sont séquestrés toute une nuit.

Le , à Cambrai, Caroline Beaumé prend la tête de l'émeute en réaction contre un marchand de grain soupçonné d'accaparement ; elle est condamnée à mort par pendaison le .

Le , elles déclenchent également des violences dans la Sarthe à cause d'un manque d'approvisionnement en grain. Un maréchal déclare : .

Lors des journées des 5 et , animées à la fois par la crainte de la contre-révolution et de la disette, elles sont les premières à se rendre à Versailles pour ramener de force le roi Louis XVI et sa femme Marie-Antoinette à Paris. La garde nationale, composée exclusivement d’hommes, ne se manifeste que dans l’après-midi.

Avant les journées du et du , un député déclare « les femmes commenceront le mouvement (…) les hommes viendront à l’appui des femmes »Un député, Histoire des femmes, Paris, Plon, 1997..