thumb|Théâtre Colón, à Buenos Aires en Argentine. thumb|Le vieil opéra de Francfort, construit en 1880. Un opéra est un édifice conçu dans l'objectif d'y représenter des œuvres lyriques. Comme nombre de théâtres, il est constitué d'un bâtiment abritant une scène, une fosse d'orchestre, une salle, des coulisses, des ateliers de confection des costumes et de construction des décors et des bureaux destinés à l'administration de l'institution qu'il abrite. Il trouve sa spécificité et son appellation au où il est complété par un foyer destiné aux mélomanes pour être à nouveau plus largement intégré à la fin du dans des structures de type centre culturel ouvertes à tous les arts du spectacle.
Histoire thumb|Dionysos, dieu de la tragédie. thumb|Euterpe muse de la musique. thumb|Jacopo Peri dans le costume d'Arion dans le intermède de La Pellegrina donnée au Palais Pitti le . thumb|Le Teatro Olimpico de Palladio où résonnèrent les chœurs de Gabrieli en 1585.
Antiquité gréco-romaine S'appuyant sur le système musical d'AristoxèneVitruve, De architectura, Livre V Chapitre IV, « De la musique harmonique selon la doctrine d'Aritoxène » (Lire en ligne p. 223) et rendant hommage aux architectes du théâtre grec antique, Vitruve décrit, au , dans son traité De architectura, l'acoustique idéale des théâtres. Il explique l'emploi de vases d'airain que Mummius avait apportés à Rome après avoir fait abattre le théâtre de Corinthe et tels qu'ils furent probablement mis en œuvre dans le Théâtre de Pompée. Les théâtres en bois étant naturellement sonores, ces vases, placés entre les sièges sur les gradins, servaient de résonateurs dans les édifices en pierre : Vitruve, De architectura, Livre V Chapitre V, « Des vases du théâtre » (Lire en ligne p. 243). L'odéon construit par Périclès à proximité du Théâtre de Dionysos à Athènes était, selon la Souda, destiné à la répétition de la musique qui devait être chantée dans le grand théâtre ou, selon Plutarque, à l'audition par le jury des musiciens concourant pour le prixVitruve, De architectura, Livre V Chapitre IX « Des portiques et des promenoirs qui sont derrière la scène » (Lire en ligne p. 286).
Les théâtres antiques réunissent les conditions idéales mais l'heure n'est pas encore à l'opéra : il s'agit de rendre leur culte aux divinités et non de vénérer les muses. Le propos est religieux, il est accompagné de chant et de musique instrumentale. Le culte est public et le public est constitué de citoyens aussi bien que des autres catégories de la population. Quatre siècles plus tard, l'Église a abandonné les spectacles tels qu'ils étaient pratiqués dans l'Antiquité. Les histrions, représentatifs de la civilisation gréco-romaine, disparaissent peu à peu.
Moyen-Âge Le Moyen Âge délaisse les théâtres antiques, qui subsistent sous la forme de gigantesques carrières de pierres, comme beaucoup d'autres bâtiments antiques, publics ou privés. La musique a toujours sa place dans les cultes. Elle continue à rassembler le public mais son contenu est entièrement renouvelé. Le Jeu de Daniel est une pièce de théâtre chantée, caractéristique de la renaissance médiévale du . Le sujet, tiré du Livre de Daniel, intégré à la Bible, traite de la captivité d'Israël à Babylone. Ce sont les étudiants de l'École épiscopale de Beauvais qui en ont été les auteurs et les acteurs. Au , le théâtre chanté à caractère religieux trouvera une place de choix dans les mystères joués sur le parvis des cathédrales. Comme auparavant, ils traitent de sujets sacrés mais il ne s'agit pas de culte proprement dit. Le théâtre musical profane existe aussi, mais a un aspect plus populaire et plus intime (cf., par exemple, le Jeu de Robin et Marion, d'Adam de la Halle, au ).
Renaissance
Période baroque Au début du ,en Italie, le chant se renouvelle une fois encore, avec l'apparition de l'art baroque à l'apogée de la Renaissance. Les tentatives pour retrouver la tragédie antique donnent naissance à une forme musicale entièrement nouvelle, en réalité assez éloignée de ce qui avait servi de modèle (pour une raison simple : le langage musical avait considérablement évolué et on n'avait guère conservé les partitions anciennes). Ce mouvement et ces recherches sont animés, en particulier, par la camerata fiorentina du comte Bardi, et théorisés par un de ses membres, Vincenzo Galilei, le père de l'astronome. Ces travaux donneront naissance à la tragédie en musique, qu'on appellera un peu plus tard l'opéra. Cette forme, uniquement profane, se développe d'abord sans des lieux privés, aristocratiques, avant de susciter des bâtiments publics qui lui seront dédiés : ce seront les teatri dell'operaLe terme italien d’opera (féminin, comme sa traduction en français « œuvre », au contraire de sa francisation en « opéra » qui a pris le masculin d'« ouvrage ») est un raccourci pour opera lirica (« œuvre lyrique »). Il peut aussi être employé dans le sens d'« œuvre de bienfaisance » et on le retrouve par exemple dans la terminologie Opera del Duomo (« conseil de fabrique de la cathédrale »). Pour éviter la confusion avec ce second sens, les opéras italiens portent tous le nom, non pas d’opera, mais de teatro suivi de celui du quartier (Teatro Argentina), du dédicataire (Teatro Verdi (Trieste)), ou de l'institution gestionnaire (Teatro comunale (Bologne)). Ils deviennent teatro dell'opera (« théâtre où l'on joue des œuvres lyriques ») uniquement lorsque seul le nom de la ville leur est associé (Teatro dell'Opera di Roma)..
L'opéra à caractère religieux (musicalement tout aussi élaboré mais représenté de manière plus simple) est né lui aussi dès le début du , à la Congrégation de l'Oratoire à Rome, et prit le nom d'oratorio.
Lorsqu'est construit le premier opéra public, le Teatro San Cassiano, en 1637 à Venise, l'art lyrique est essentiellement un divertissement des cours princières. L'opéra, qui ne dit pas encore son nom, apparaît en filigrane bien avant cette date dans les spectacles donnés lors de fabuleuses fêtes organisées à l'intérieur des palais de la péninsulePierre Brunel, « L'académie florentine et la naissance de l'opéra » in Jean-Paul Barbe et Jackie Pigeaud Les académies (Antiquité-), Presses Université Laval, 2005 (Lire en ligne pp. 73-83) : au Palazzo Vecchio de Florence aménagé par Giorgio Vasari pour La Cofanaria, comédie de Francesco d'Ambra donnée dans la Gran Salle delle commedie du Teatro di corte aux Offices, avec des intermèdes de Giovan Battista Cini mis en musique par Francesco Corteccia et Alessandro Striggio, pour les noces de François Ier de Médicis et Jeanne d'Autriche, le Première de La Cofanaria, Almanacco di Gherardo Casaglia, amadeusonline.net, (Lire en ligne) ; au pour lAminta, pastorale dramatique du Tasse donnée devant la cour du duché d'Urbino avec des chœurs et des intermèdes musicaux sur la commande de Lucrezia d'Este, amie du poète, en 1574Tasso, Luigi Tonelli, Torino, Paravia, 1935, (Lire en ligne p. 100) ; au Palais Pitti de Florence pour un spectacle total sur un thème mythologique, dont la musique est composée par Alessandro Striggio, et Claudio Merulo, et les airs chantés par Giulio Caccini, donné à l'occasion du remariage de François de Médicis avec Bianca Capello en 1579 ; pour La Pellegrina, pièce de théâtre de Girolamo Bargagli, donnée dans le salone grande aménagé par Bernardo Buontalenti, complétée par des intermèdes musicaux de Cristofano Malvezzi, Antonio Archilei, Emilio de Cavalieri, Luca Marenzio, Giulio Caccini, Giovanni de' Bardi et Jacopo Peri, à l'occasion des festivités organisées pour le mariage de Ferdinand de Médicis et Christine de Lorraine, le Première de La Pellegrina, Almanacco di Gherardo Casaglia, amadeusonline.net, (Lire en ligne); pour l' Euridice, favola drammatica de Jacopo Peri coécrite avec Giulio Caccini sur un livret d'Ottavio Rinuccini et considérée comme le premier opéra, donnée à l'occasion du mariage de Marie de Médicis et d'Henri IV de France, le Première de l'Euridice de Peri, Almanacco di Gherardo Casaglia, amadeusonline.net, (Lire en ligne) et pour celle de Caccini donnée le Première de l'Euridici de Caccini, Almanacco di Gherardo Casaglia, amadeusonline.net (lire en ligne); au de Florence pour Dafne, favola pastorale in musica de Jacopo Peri sur un livret d'Ottavio Rinuccini, parfois considérée, avant l' Euridice, comme le premier opéra, et donnée pour un petit cercle d'érudits par Jacopo Corsi, musicien et mécène proche de la Camerata de' Bardi, le Première de Dafné, Almanacco di Gherardo Casaglia, amadeusonline.net, (Lire en ligne). au Palais ducal de Mantoue pour L'Orfeo, favola pastorale in musica de Claudio Monteverdi sur un livret d'Alessandro Striggio d'après la Favola di Orfeo d'Angelo Poliziano, donnée dans la Galleria dei Fiumi du Teatro di Corte pour l' le Première de L'Orfeo, Almanacco di Gherardo Casaglia, amadeusonline.net, (Lire en ligne). au Palais de la Pilotta de Parme pour Mercurio et Marte « tournoi royal » sur un texte de Claudio Achillini et des intermèdes musicaux de Claudio Monteverdi, donné au Théâtre Farnèse construit par Giovan Battista Aleotti et inauguré à l'occasion du mariage d'Édouard Ier Farnèse et de Marguerite de Médicis le Inauguration du Théâtre Farnèse, Almanacco di Gherardo Casaglia, amadeusonline.net, (Lire en ligne).
La musique vocale, qui n'est pas encore d'opéra, résonne aussi dans les théâtres publics comme l'Olimpico, bâti à Vicence par Andrea Palladio pour l' Accademia olimpica selon les préceptes de Vitruve, et où les chœurs d'Andrea Gabrieli viennent s'insérer dans la représentation d'''Œdipe roi de Sophocle donnée pour l'inauguration le Inauguration du Teatro olimpico, Almanacco di Gherardo Casaglia, amadeusonline.net, (Lire en ligne). Et le premier des oratorios, La Rappresentatione di anima e di corpo d'Emilio de' Cavalieri est donné sous la forme d'un opéra sacré mis en scène dans les murs de l'ancien oratoire de la Vallicella à Rome, siège de la congrégation des oratoriens, en février 1600La Rappresentatione di anima e di corpo sur operabaroque..
L'Italie, où l'opéra connaît une grande popularité, voit se construire en suivant de nombreuses scènes grâce à de généreux mécènes. À l'époque d'Henry Purcell, il n'existait pas d'opéra à Londres. En Allemagne, le premier opéra est construit à Hambourg en 1678. Les premiers opéras des États-Unis sont utilisés pour différentes fonctions, art lyrique et autres événements musicaux mais aussi danses traditionnelles, représentations théâtrales, foires et vaudevilles.
Aux , la construction des opéras est souvent financée par les princes et les personnes fortunées qui assoient leur prestige ou leur position sociale et affirment leurs ambitions politiques par des actions de mécénat. Avec la montée de la bourgeoisie au , le mécénat aristocratique fait place à un système de soutien public. Dans les années 2000, le financement de la culture et donc des opéras s'oriente vers un mélange de subventions institutionnelles, de recettes propres et de dons privés.
Caractéristiques
thumb|Le Metropolitan Opera de New York : 3800 places. thumb|La fosse d'orchestre du Palais des festivals de Bayreuth est recouverte par la scène et dissimulée aux yeux du public thumb|Écran de surtitres sur le cadre de scène de l'Opéra Garnier.