Le perspectivisme désigne les doctrines philosophiques qui défendent l'idée que la réalité se compose de la somme des perspectives que nous avons sur elle. Autrement dit, ce sont les différents points de vue que nous avons sur elle qui la constituent. On trouve des développements significatifs de cette idée chez Montaigne, Leibniz, Nietzsche, Ortega y Gasset, entre autres. On en perçoit quelques traces chez Pascal également.
Cependant, sa première déclaration majeure est considérée comme le développement du concept par Friedrich Nietzsche au , ayant construit sur l'utilisation du terme par Gustav Teichmüller quelques années auparavant. Pour Nietzsche, le perspectivisme prend la forme d'une antimétaphysique réalisteFor Nietzschean perspectivism as a form of realist antimetaphysics, see especially: (Also as a form of contextualism and anti-foundationalism. Note that while Nietzsche rejects traditional metaphysical realism, he is nevertheless a realist in an antimetaphysical sense.) tout en rejetant à la fois la théorie des correspondances de la vérité et l'idée que la valeur de vérité d'une croyance constitue toujours sa valeur de valeur ultime. La conception perspectiviste de l'objectivité utilisée par Nietzsche voit les déficiences de chaque perspective comme remédiables par une étude asymptotique des différences entre elles. Cela contraste avec les notions platoniciennes dans lesquelles la vérité objective est considérée comme résidant dans un domaine totalement sans perspective See especially page 148.. Malgré cela, le perspectivisme est souvent interprété à tort comme une forme de relativisme ou comme un rejet total de l'objectivité. Bien qu'il soit souvent erroné d'impliquer qu'aucune façon de voir le monde ne peut être considérée comme définitivement vraie, le perspectivisme peut plutôt être interprété comme tenant certaines interprétations (comme celle du perspectivisme lui-même) comme définitivement vraies.
Le perspectivisme rejette l'idée qu'un homme appréhendé comme classique ou normal puisse avoir accès à une réalité objective, indépendamment d'une situation, d'un contexte culturel ou d'une appréciation subjective. Pour autant le perspectivisme n'exclut pas la possibilité qu'il y ait un point de vue métaphysique absolu, qui serait lui même une perspective, avec une optique intrinsèque et contenant la somme de toutes les perspectives.
En philosophie Montaigne accepte la variation des points de vue dans l'espace ou dans le temps, et l'applique à l'étude de soi :
Blaise Pascal, dans son Essay pour les coniques (1640), montre que le même cône, selon la position du plan où on le projette, donne des figures géométriques bien différentes. Passant à la philosophie stricte, Pascal pose son perspectivisme :
L'univers de Leibniz est composé de substances qui sont autant de points de vue individuels différents.
La notion de perspectivisme est utilisée par la critique pour désigner Martine de Gaudemar, , Dix-septième siècle, 2005/1 (n° 226), : sur la réalité.
Dans ses œuvres, Nietzsche fait un certain nombre d'énoncés sur la perspective qui s'opposent parfois tout au long du développement de sa philosophie. Le perspectivisme de Nietzsche commence par remettre en question les notions sous-jacentes de , et comme étant des absurdités.. Au lieu de cela, tout est attaché à une certaine perspective, et tous les spectateurs sont limités dans un certain sens aux perspectives à leur disposition.. Dans Généalogie de la morale il écrit :
Bien que Nietzsche ne rejette pas clairement la vérité et l'objectivité, il rejette les notions de vérité, de faits et d'objectivité.
Selon Ortega y Gasset, le perspectivisme apparaît comme une solution philosophique équilibrée entre le rationalisme et le relativisme. Entre la vérité du rationalisme, qui est une vérité universelle mais sans vie, et la vérité du relativisme, qui est une vérité singulière mais qui ne vaut que pour l'individu, le perspectivisme pose que la vérité dépend d'une perspective déterminée, valide depuis un point de vue particulier, mais complémentaire des autres points de vue. C'est sur cette base philosophique que le philosophe espagnol peut affirmer que Une perspective n'est pas une fiction, mais une dimension de la réalité, son « organisation » mêmeLa perspectiva es uno de los componentes de la realidad. Lejos de ser su deformación, es su organización (ibid.)..
En ethnologie L'anthropologue brésilien Eduardo Viveiros de Castro théorise sous le nom de "perspectivisme" le fait que certains peuples ne pensent pas seulement que les animaux se comportent comme des humains mais que, réciproquement, les animaux perçoivent les humains comme des animaux, comme si le point de vue d'une espèce sur les autres dépendait toujours du corps où elle résideEduardo Viveiros de Castro, "Perspectivisme et multinaturalisme en Amérique indigène", trad. de l'an., Journal des anthropologues, , 2016, . . François Héran, "Vers une sociologie des relations avec la nature", Revue française de sociologie, vol. 48, 2007.. Philippe Descola a lié cette conception à l'animismePhilippe Descola, Par-delà nature et culture, Gallimard, 2005..
Notes et références
Voir aussi Bibliographie Friedrich Kaulbach, Philosophie des Perspektivismus: Wahrheit und Perspektive bei Kant, Hegel und Nietzsche, Mohr Siebeck, Tübingen 1990 . . Benoît Timmermans (éd.), Philosophie de la perspective, Paris, Vrin, 2006. Eduardo Viveiros de Castro, , trad. de l'anglais, Journal des anthropologues, , 2016, . Emmanuel Alloa, Partages de la perspective, Paris, Fayard, 2020 .
Articles connexes
Catégorie:Théorie épistémologique