thumb|alt=Des échantillons de bois, coffrets en forme de livres, sont conservés dans une armoire bibliothèque vitrée|Xylothèque du monastère de Strahov à Prague (République tchèque). Une xylothèque (du grec ancien , « bois », et , « armoire, caisse ») est le lieu où est conservée et consultée une collection organisée d'échantillons de bois. Par métonymie, la xylothèque désigne aussi la collection elle-même. Le bois, matériau naturel omniprésent même dans des sociétés fortement industrialisées, peut être étudié sous divers aspects : la xylothèque est ainsi utile non seulement comme référence pour identifier les espèces dans des études de systématique ou d'anatomie, mais aussi en ethnographie, en archéologie, en criminalistique, pour la restauration d'œuvres d'art, pour déterminer la valeur économique des essences ou pour retracer les variations du climat.
Les plus anciennes collections de bois connues sont rassemblées dans des cabinets de curiosités à la fin du . De véritables bibliothèques de bois apparaissent au siècle suivant en Prusse et présentent les échantillons comme des livres ou des petits coffrets en bois de cœur et d'aubier, contenant rameaux, feuilles, fleurs et fruits. Les échantillons peuvent prendre des formes très variées. Ainsi, dans le Japon du , des collections montrent plutôt une représentation de l'arbre peinte sur une planchette de son bois. Des sculptures en bas-relief et en haut-relief illustrent les essences de panneaux de bois provenant de l'ancien musée colonial de Haarlem. Aux jardins botaniques royaux de Kew, les échantillons de bois récoltés par l'artiste anglaise Marianne North sur tous les continents entre 1871 et 1885 constituent le lambris de la galerie où sont exposées ses peintures. Dans les années 1920, le journaliste américain Rudolph Edgar Block constitue une collection de de bois appartenant à différentes.
Les premières xylothèques institutionnelles, créées notamment par des musées, des jardins botaniques et des laboratoires de recherche fondamentale ou appliquée, se développent à partir du . Leurs collections sont désormais composées de disques ou de de bois, ainsi que de blocs ou de planchettes, accompagnés de coupes fines, de préparations microscopiques, de photos et d'un échantillon d'herbier. Elles sont présentes dans le monde entier et les plus importantes se trouvent en Indonésie, aux Pays-Bas, aux États-Unis, au Brésil et en Belgique.
Dans des conditions trop humides, les échantillons sont susceptibles d'être attaqués par des vrillettes ; bien secs et à l'abri de la lumière, ils peuvent se conserver presque indéfiniment.
Rôle et fonctions thumb|Collection d'échantillons de bois dans un atelier de restauration au musée national d'Art de Catalogne.|alt=Photo d'un laboratoire avec des échantillons de bois alignés sur des panneaux au mur. Matière première d'origine végétale, le bois est l'objet d'étude de plusieurs disciplines, parmi lesquelles la systématique, l'anatomie ou l'écologie, mais aussi la paléoécologie, la paléobotanique, l'archéobotanique, l'ethnobotanique, la botanique économique ou la science des matériaux. Les collections de bois sont complémentaires des herbiers pour l'étude des espèces végétales et servent comme eux de bases à l'enseignement.. Elles sont encore employées pour étudier les propriétés physiques et mécaniques du bois, comme sa dureté et sa résistance..
Les institutions détentrices d'une xylothèque l'utilisent tant pour leur mission propre qu'au profit d'une large communauté externe. Les collections servent de référence pour identifier des échantillons de bois inconnus lors de fouilles archéologiques ou paléontologiques, d'analyse, de restauration ou d'estimation de la valeur d'œuvres d'art, ou pour le commerce du bois, notamment dans le cadre de la lutte contre le trafic d'espèces protégées... Des échantillons de la xylothèque de l'université de Kyoto ont été utilisés pour confirmer l'identification des essences des planchettes du Tripitaka Koreana.. Les collections de bois sont aussi employées pour des expertises médico-légales. ou criminalistiques, comme dans l'affaire du bébé Lindbergh, ou lors de conflits de voisinage.
Certaines collections sont hautement spécialisées : le Laboratory of Tree-Ring Research de l'université de l'Arizona à Tucson s'intéresse ainsi spécifiquement à la dendrochronologie et à la dendroclimatologie, ainsi qu'à l'étude de l'impact du changement climatique sur les arbres. D'autres laboratoires de recherche associés à une xylothèque mènent des travaux multiples couvrant plusieurs disciplines distinctes : par exemple, les chercheurs du musée royal de l'Afrique centrale à Tervuren, dont les travaux sont surtout axés sur l'étude écologique et l'anatomie des bois de l'Afrique au sud du Sahara, étudient également la dendrochronologie et sont fréquemment appelés à identifier l'essence d'objets en bois.., à évaluer les possibilités d'espèces présentes sur le marché ou de nouvelles espèces ou encore à identifier des charbons de bois ou des bois fossiles pétrifiés dans le cadre d'études préhistoriques ou anthropologiques..
Avec la déforestation croissante, le rôle des xylothèques est devenu crucial car de nombreuses espèces ligneuses pourraient disparaître avant même que des échantillons n'aient pu en être prélevés et qu'elles n'aient été décrites.. De plus, la surexploitation et le déboisement des forêts tropicales compromet leur régénération et la valorisation d'un plus grand nombre d'espèces est susceptible de contribuer à leur gestion durable. En parallèle, le bois connaît au début du un regain d'intérêt important comme matériau de construction. Cette perspective amène les chercheurs de l'INRA, en France, à mettre en place une xylothèque comprenant des échantillons de bois « idéaux » : présentant trois plans de coupe (transversal, tangentiel et longitudinal), ils permettront d'évaluer le potentiel des différentes essences et de mieux prédire leurs propriétés mécaniques..
Collections historiques Alors que la confection d'herbiers semble remonter au début de la Renaissance., les premières mentions de collections de bois n'apparaissent qu'à la fin du dans les cabinets de curiosités. À l'origine simple collection d'objets, la xylothèque devient, sous l'influence des Lumières et de la taxonomie de Linné, une collection systématique..
La période du voit aussi une très forte augmentation de l'exploitation forestière en Europe en raison des besoins croissants en bois, notamment pour l'industrie métallurgique et pour la construction navale. Les forêts, dont la superficie s'est drastiquement réduite, ne suffisent plus à assurer l'approvisionnement et, en France comme en Allemagne, une administration spécifique se met en place pour assurer leur survie et développer des connaissances de technique forestière. Corollairement, l'enseignement forestier se développe.. C'est dans ce contexte que, à la fin du , les premières « bibliothèques de bois » (traduction littérale de l'allemand ) destinées à présenter le bois et les caractéristiques botaniques de l'arbre dans son ensemble voient le jour en Prusse, avec pour but de mieux faire connaître la forêt et d'encourager et faciliter sa restauration. D'autre part, les essences exotiques suscitent un intérêt croissant sur le Vieux continent : le Portugal, par exemple, s'intéresse particulièrement aux possibilités d'utilisation des bois tropicaux en provenance de son empire colonial.
Cabinets de curiosités À côté du « Centone » de Rumphius dont la trace est perdue depuis le milieu du ., les collections de bois les plus anciennes encore connues au sont celles de Heinrich Linck à Leipzig (1670) Tjerk Miedema, « De eerste houtverzameling uit 1670 : Het houtkabinet van Linck », dans ., d'Albertus Seba à Amsterdam (1710), et celle réunie par Christian Clodius à Zwickau (1729) pour le cabinet de curiosités d'Auguste II de Pologne à Dresde. Dans la Deutsche Encyclopädie en 1790, elles sont mentionnées sous le nom de La Deutsche Encyclopädie cite également la collection de Hitzell à Coblence dont aucune trace n'a pu être retrouvée.. Selon Jan Christiaan Sepp, ces bois .
Le « Centone » de Rumphius thumb|upright|Le cabinet de curiosités de Rumphius.|alt=Gravure montrant des personnages s'activant autour d'objets variés dans un décor néoclassique La collection de spécimens d'histoire naturelle rassemblée par Georg Everhard Rumphius lors de son séjour à Ambon, et acquise par Cosme III de Médicis en 1682, comportait un étrange meuble fabriqué par un artisan local à partir de de bois en provenance de différentes îles d'Indonésie. Rumphius avait étudié et catalogué ces espèces qu'il mentionne dans son Herbarium Amboinense. Le « Centone » se présentait comme une armoire de de haut, de large et de profondeur, à deux portes cachant deux colonnes de dix tiroirs, posée sur un support à quatre pieds. Les espèces d'arbres employées pour le fabriquer appartenaient à une trentaine de familles distinctes, dont les mieux représentées étaient les Leguminosae, les Lauraceae et les Rubiaceae, et parmi les plantes de mangrove, les Rhizophoraceae et les Sonneratiaceae. Le meuble est resté dans les collections du Palais Pitti à Florence jusqu'à la mort – sans descendance – de Jean-Gaston de Médicis en 1737, puis passant de mains en mains, il a été racheté par Giovanni Targioni Tozzetti, transmis à Ottaviano Targioni Tozzetti puis à Antonio Targioni Tozzetti. Il est mentionné pour la dernière fois dans un courrier d'Antonio daté de 1854, dans lequel celui-ci propose de le revendre au Musée d'histoire naturelle de Florence. Sa trace est perdue depuis lors.
Xylothèque de Linck Le cabinet d'histoire naturelle de Linck est créé en 1670 par Heinrich Linck, pharmacien à Leipzig, et développé par son fils Johann Heinrich Linck l'Ancien, puis par le fils de celui-ci, Johann Heinrich Linck le Jeune. Au décès de ce dernier en 1807, en l'absence d'héritiers (tous ses enfants étant morts avant lui), sa veuve cherche à vendre la collection dans sa totalité aux enchères. Finalement le cabinet est acquis en 1840 par Othon-Victor de Schönbourg-Waldenbourg et transféré en 1844 dans le , en Saxe, spécialement construit à cette fin.
La xylothèque de Linck, dont le catalogue est publié par Johann Heinrich Linck le Jeune., se compose de de bois (de × × ), la plupart polis, disposés par séries de 30 dans un meuble rococo à , très vraisemblablement de facture plus récente que le meuble d'origine. Chaque échantillon est pourvu d'une étiquette manuscrite avec la dénomination de l'essence en latinLa collection de Linck étant antérieure à la classification binominale de Linné, il ne s'agit pas des noms scientifiques des espèces. et le classement est alphabétique. Il s'agit, pour la majeure partie, d'espèces indigènes et, pour une petite partie, d'espèces exotiques, comme le palissandre, le mahonia et l'ébène. Dans le cas des buissons et des racines, plusieurs morceaux sont collés ensemble pour former une planchette du bon format. Les échantillons couverts de cristaux de DDT, à la suite des traitements insecticides appliqués sous le régime de l'Allemagne de l'Est, ont dû être décontaminés..
Cabinet de curiosités d'Albertus Seba Des échantillons de bois sont mentionnés dans l'inventaire du cabinet de curiosités d'Albertus Seba vendu en 1717 au tsar Pierre le Grand..
Grünes Gewölbe En 1729, Christian Clodius livre à Auguste II de Pologne, pour son cabinet de curiosités de la Grünes Gewölbe à Dresde, une collection de de bois, contre une somme de , Neueste Reisen durch Deutschland, Böhmen, Ungarn, die Schweiz, Italien und Lothringen, Hannover, 1740-1751, 2200 p. (cité par ).. Il en publie le catalogue sous le pseudonyme Lignophilus (en français « l'ami du bois »)..
Maarten Houttuyn