Arnaud Maggs, né le à Montréal et mort le à Toronto est un artiste et photographe canadien. Designer graphique de formation, il sera notamment reconnu internationalement pour ses œuvres photographiques à partir des années 1970.
Biographie Arnaud Maggs est né le à Montréal. Le , à la fin de la Seconde Guerre mondiale, il commence son service militaire dans l'aviation royale canadienne. Après la guerre, il commence sa formation comme designer graphique. Durant tout le long de sa carrière il continue sa formation en étudiant dans plusieurs écoles, notamment à Toronto et Milan .
La carrière d'Arnaud Maggs est en évolution constante, puisqu'il a commencé à travailler comme designer graphique dans des agences de publicité dans les années 1950, devient photographe commercial et de mode dans les années 1960, puis émerge comme artiste dans l'art visuel et la photographie au cours des années 1970 .
Il passe la majeure partie de sa vie dans la ville de Toronto, ou il meurt le .
Designer graphique
Arnaud Maggs a travaillé comme designer graphique dans les villes de Montréal, Toronto, New York, Santa Fe et Milan entre 1950 et 1965 .
En 1947 il est embauché comme apprenti chez "Bomac Federal Ltd.", une maison de gravure de Montréal, dans le département des arts. Il y développe sa connaissance du design graphique, mais surtout de la typographie.
Entre 1947 et 1950 il s'installe à Toronto et travaille comme lettreur chez Bridgen's Ltd. En 1950 il étudie avec le designer et typographe Carl Dair .
En 1951 il s'établit à son propre compte comme graphiste à la pige à Montréal.
À la suite d'une rencontre avec le designer Américain qui changera sa perception de l'art, il déménage à New York en 1952 où il travaille toujours comme pigiste . Il travaillera sur la conception graphique de pochettes de disques pour la Columbia Records, et sur des illustrations de magazines populaires tel que Seventeen . Une de ses œuvres favorites est d'ailleurs la couverture de l'album «Jazz at Massey Hall» en 1953.
En 1954 il retourne à Toronto, travaille aux Templeton Studios, puis redevient pigiste en 1957.
En 1959 il s'en va travailler quelques mois au Studio Boggeri de Milan, il participe à des projets pour le fabricant de pneu Pirelli et le laboratoire pharmaceutique Roche. Il en profite pour prendre des cours de dessin à l'Académie di belle Arti di Brera de Milan .
En 1962 et 1963 il collabore avec l'architecte Alexander Girard à Santa Fe. Il dessine alors des tissus pour l'entreprise de meubles et matériel de bureau Herman Miller.
De retour à Toronto en 1963 il travaille chez l'agence de publicité Art Associates, dont il deviendra le directeur artistique.
Photographe de mode
En 1966, il s'achète un appareil photographique Nikon usagé et décide de devenir photographe de mode.
En 1968, il décroche un emploi comme apprenti photographe chez TDF Artists Limited, qui à l'époque est l'une des agences de publicité les plus importantes au Canada. Il a fait le portrait de nombreuses personnalités canadiennes, artistes et politiciens .
En 1969, il voyage en Europe (Londres, Belgique, France, Espagne), puis en Afrique du Nord.
En 1970, de retour au Canada, il quitte TDF Artists Limited car la profession de photographe le satisfait de moins en moins.
Artiste En 1973, Arnaud Maggs décide d'abandonner son travail de photographe commercial pour devenir artiste.
La même année, il suit des cours de dessin à l'Artists Workshop de Toronto et étudie l'anatomie auprès de Paul Young. Lors de ces cours, il se prend de passion pour les proportions des têtes et son objectif devient de représenter ces formes dans ses œuvres. Pour Maggs, la seule façon de reproduire exactement ces proportions et de montrer ce qu'il voit est la photographie. Il considère alors son nouveau travail comme une manière de joindre son intérêt profond de l'approche analytique, ses connaissances graphiques (notamment de la photographie), et sa sensibilité artistique.
Il achète une Rollei usagée et commence à photographier ses amis, famille et collègues, puis il entreprend de photographier des artistes de Toronto (Northrop Frye, Peggy Gale, Ydessa Hendeles, Suzy Lake, Liz Magor, Michael Snow, ).
En 1974, il étudie l'imprimerie au Collège d'Art de l'Ontario.
En 1975, il participe à sa première exposition collective "Exposure" au Musée des Beaux Arts de l'Ontario à Toronto.
En 1978, il participe à sa première exposition individuelle à la David Mirvish Gallery de Toronto.
Entre 1984 et 1987 est organisée la première grande exposition itinérante des œuvres de Maggs, par The Nickle Arts Museum de Calgary. Plus de 13000 images sont exposées dans cette tournée canadienne.
En 1992, il commence sa collaboration avec Susan Hobbs et sa galerie.
En 1999, la galerie The Power Plant organise la première grande rétrospective des œuvres de Maggs .
Ses travaux de designer graphique
Voici des exemples des travaux réalisés par Maggs :
Années 1950 :
Couvertures ou illustrations pour les magazines Canadian Art, Mayfair Magazine, Woman's Day Magazine, Seventeen Magazine,
Publicités réalisées pour le compte de compagnies telles qu'Imperial Oil Review, Jiffy and Jello food products, J&P Coates Threads, CIL Nylon, United Paper Mills, Columbia Records et R.C.A. Victor.
Années 1960 :
Travaux réalisés pour les compagnies ou organisations White Rose, General Motors, Kraft Cheese, Canadian Weekly, Financial Post, the Jockey Club, Eatons, Falconbridge Nickel, UNICEF, Expo 67, Canadian Mental Health Association, la Croix Rouge, le festival de théâtre Stratford ,
Illustrations dans Chatelaine Magazine et Maclean's.
Années 1970 :
Illustrations pour des timbres de Postes Canada, notamment un timbre spécialement mis en vente lors des jeux olympiques de 1976,
Illustrations pour Toronto Life Magazine,
Couverture des albums des musiciens canadiens Bruce Cockburn et Murray MacLachlin.
Ses travaux de photographe de mode
Durant sa carrière de photographe commercial, Maggs a photographié de nombreuses personnalités canadiennes dans les domaines des arts, de la politique et des affaires, telles que , Karen Kain, Timothy Findley, Northrop Frye, Eldon Garnet, Graeme Gibson, , Stephen Lewis, Al Waxman, Leonard Cohen, Alice Munro, Irving Layton, Rachel Wyatt, Lily Schreyer, Pierre Elliott Trudeau, Joe Clark et Jean Chrétien.
Ces portraits sont détendus et désinvoltes, en totale opposition avec les portraits très stricts et sans expression qu'il fera en tant qu'artiste.
Ses travaux d'artiste
Les œuvres de Maggs peuvent se catégoriser comme suit : Séries de portraits, Travail d'archivage à partir d'écrits et documents éphémères, Compositions typographiques, Œuvres sur les livres rares.
Toutes ses œuvres sont reliées aux personnes qu'il a rencontrées, aux lieux où il est allé, et aux évènements et expériences de sa vie qui l'ont marqué. Quelle que soit la catégorie à laquelle appartient l'œuvre, on peut toutes les voir comme autant de portraits de l'artiste, une manière d'obtenir que ses propres expériences ne soient pas oubliées .
Travaux sur les portraits [1976 - 1984]
Pendant presque une décennie Maggs va s'intéresser à la fois à l'étude de la physionomie humaine et à la typologie (systèmes de classification et d'ordonnancement). Le travail de Maggs de cette époque se caractérise par des séries de portraits disposés en de larges installations imposantes en grilles.
Des portraits minimalistes
Les portraits sont réalisés sans aucune mise en scène : les sujets sont pris de face ou de profil, le visage bien visible, sans sourire. Maggs photographie avec un éclairage "axial" pour montrer l'asymétrie du visage. Il utilise une lumière très directe qui vient d'en haut et d'en arrière de l'appareil photo. Sans être une lumière dure, c'est une lumière assez forte pour montrer la personne exactement telle qu'elle est.
Dans des séries telles que Sixty-Four Portraits (1976-1978), Starn Twins (1978), Série LeDoyen (1979), Kunstakademie (1980), Joseph Beuys, 100 Frontal Views et Joseph Beuys, 100 Profile Views (1980), Downwind Photographs (1981-1983), et Turning (1981-1983), Maggs photographie un sujet unique, de face et de profil, en noir et blanc sur un fond neutre, dans une séquence taxonomique.
Dans son œuvre 48 Views (1981-1983), on peut voir en revanche un ensemble d'artistes et intellectuels canadiens parmi les plus connus, tels que Martha Hanna, William Ronald, Gabor Szilasi, John Max, Sam Tata, David Miller, Clara Gutsche, Suzy Lake, Liz Magor, Adrienne Clarkson, John Ralston Saul, Anne Thomas, James Borcoman, Pierre Boogaerts, Renee Van Halm, David Heath, Stan Denniston, Michael Schreier, Evergon, Noel Harding, Colin Campbell, John Reeves, Walter Curtin, Yousuf Karsh, Michael Snow et Ydessa Hendeles.
Pour présenter ses photos, Maggs a pensé au système d'identification judiciaire mis au point par Alphonse Bertillon de la préfecture de Police de Paris. Ce système est idéal pour comparer les magnifiques formes variées des têtes.
Le choix des sujets Le travail de Maggs est souvent décrit comme formel, voire clinique. Adoptant une approche taxinomique, il répertorie et expose ses sujets comme s'il s'agissait de spécimens dont on peut analyser et comparer les formes et les traits physiques.
Son travail pourrait donc être qualifié de simple étude du signalement anthropométrique, impersonnel et sans humanité, mais au contraire, ses œuvres représentent des expériences et associations personnelles . Maggs choisit ses sujets par goût personnel et pour rendre hommage aux gens qui ont une influence sur sa pratique .
C'est ainsi qu'ont été réalisées ses deux célèbres séries Joseph Beuys : 100 Frontal Views et Joseph Beuys : 100 Profile Views (1980). Après s'être rendu à une rétrospective sur l'artiste Joseph Beuys au musée Guggenheim à New York et ayant été très impressionné par son travail, Maggs décide de prendre immédiatement un avion pour l'Allemagne et de se présenter chez Beuys sans la moindre introduction, et arrive à convaincre celui-ci de participer à une session de portraits.
La fonction de la grille La disposition en grille est utilisée par Maggs comme un outil. À cause de la régularité des formes et parce qu'elles sont situées sur une grille, à première vue le spectateur a une impression d'unicité et de répétition, mais après un temps d'observation, il réalise au contraire à quel point chaque forme, chaque personne est unique.
Quant aux successions de portraits d'un sujet unique, ces images sérielles presque cinématographiques, évoquent le passage du temps. Le spectateur est témoin des subtils changements enregistrés dans l'expression et posture des sujets durant la courte séance de pose .
Maggs utilise donc ses grilles de portraits comme des tableaux taxinomiques qui permettent de dévoiler sur le sujet humain ce qu'un unique portrait ne pourrait révéler seul. La grille devient un outil pour voir et comprendre.
Exemple : 64 portraits studies, 1978 .
Son travail d'archivage [1985 - aujourd'hui]
Maggs rompt avec le travail de portraits sur lequel il a bâti sa réputation. Mais cela s'inscrit dans une continuité car son besoin de collecter, classifier et ordonner des éléments photographiques selon ses propres systèmes (création de catalogues et taxonomies) n'a pas disparu, ainsi que (du moins dans un premier temps) son arrangement en larges grilles.
Des papiers éphémères
Maggs commence à passer ses étés en France et trouve, dans des marchés aux puces parisiens, des écrits éphémères, papier à lettres, étiquettes, échantillons, factures et livres, qu'il prend désormais comme sujets .
Ce ne sont ni des documents officiels, ni des documents portant sur la vie de personnages célèbres. Au contraire il s'agit de papiers jetables de la vie quotidienne de personnes anonymes. Ces différents objets ont tous en commun leur relation avec le passé.