Le massacre du Zong () est le meurtre estimé à Le nombre exact de morts est inconnu mais James Kelsall le second du Zong dit ensuite que « le nombre de noyés montait à 142 dans l'ensemble » (Lewis 2007, p. 364). à partir du , sur le Zong, navire négrier britannique de Liverpool qui se livrait au commerce triangulaire pour le compte du Gregson slave-trading syndicate (« syndicat du commerce d'esclaves Gregson »).

Le syndicat a pris, pratique courante, une assurance sur les vies des esclaves du navire. Lorsqu'à la suite d'erreurs de navigation et selon des estimations erronées, le Zong semble risquer de manquer d'eau potable, l'équipage jette des esclaves par-dessus bord pour les noyer, au motif, contesté, d'assurer la survie du reste de sa cargaison d'esclaves, et espérant ainsi empocher sur les esclaves tués l'assurance contre les avaries au lieu de perdre de l'argent sur des esclaves qui mourraient de soif ou de maladie en mer ou qui mourraient après leur débarquement. vignette|upright=1.3|Le Négrier, représentation par Joseph Mallord William Turner de meurtres d'esclaves inspirée par le massacre du ZongBurroughs 2010, p. 106.. Quand le Zong arrive au port de Black River en Jamaïque, il fait une demande aux assureurs afin d'obtenir la compensation pour la perte des esclaves. Lorsque les assureurs refusent de payer, l'affaire est résolue en justiceGregson v Gilbert (1783) 3 Doug. KB 232).. Le jugement déclare que dans certaines circonstances, tuer des esclaves de manière délibérée était légal et que les assureurs pourraient devoir rembourser la mort des esclaves. Mais le Lord juge en chef du Banc du Roi, William Murray, rend un jugement contre le syndicat propriétaire des esclaves à cause de nouvelles preuves suggérant que le capitaine et son équipage étaient en faute.

À la suite du premier procès, l'esclave affranchi Olaudah Equiano porte les nouvelles du massacre à l'attention de l'activiste anti-esclavagiste Granville Sharp, qui essaye sans succès de poursuivre l'équipage pour meurtre. À cause du conflit en justice, l'affaire du massacre reçoit une plus grande publicité et stimule le mouvement abolitionniste britannique de la fin du et du début du : le massacre du Zong devient un des symboles de l'horreur du passage du milieu des esclaves vers le nouveau monde.

La Society for Effecting the Abolition of the Slave Trade (« Société pour l'abolition de la traite négrière ») est fondée en 1787. L'année suivante le parlement adopte la première loi qui régule le commerce des esclaves, et qui limite le nombre d'esclaves par bateau. En 1791, le parlement interdit aux compagnies d'assurance de rembourser les propriétaires de bateaux dans le cas où les esclaves étaient jetés par-dessus bord. Le massacre a inspiré des œuvres d'art et de littérature. Il a été commémoré à Londres en 2007 avec d'autres événements pour célébrer le bicentenaire du Slave Trade Act 1807 (« loi sur la traite des esclaves de 1807 ») qui a aboli le commerce des esclaves africains. Un monument des victimes du massacre a été édifié à Black River en Jamaïque, leur port de destination initiale"The Zong case study", Understanding Slavery Initiative website, 2011.

Le navire et l'équipage Le Zong Le Zong était originellement appelé le Zorg (signifiant "Soin" en néerlandais) par ses propriétaires, la Middelburgsche Commercie Compagnie. Il opérait comme navire esclavagiste basé à Middelbourg, aux Pays-Bas, et avait fait un voyage en 1777 pour livrer des esclaves sur la côte du Suriname en Amérique du SudWebster 2007, p. 287. Le Zong était un « navire à poupe carrée » de 110 tonnes burthenLewis 2007, p. 365.. Il a été capturé par le brick britannique de 16 canons HMS Alert le . Le 26, les deux navires arrivent au fort de Cape Coast dans l'actuel Ghana, un important lieu de la traite négrière qui était maintenu et occupé par la Royal African Company (RAC) comme d'autres forts et châteauxLewis 2007, p. 359.. Le fort était utilisé comme quartier général régional par la RACWalvin 2011, pp. 76–87.

Début , le Zong est acheté par le propriétaire du William, au nom d'un syndicat de marchands de LiverpoolLewis 2007, p. 360.. Les membres du syndicat sont Edward Wilson, George Case, James Aspinall and William, James et John GregsonWalvin 2011, p. 217.. William Gregson a des intérêts dans 50 voyages esclavagistes entre 1747 et 1780 et a été maire de Liverpool en 1762Lewis 2007, p. 358.. Vers la fin de sa vie, les navires dans lesquels Gregson avait une part financière avaient transporté africains en esclavage vers les AmériquesWalvin 2011, p. 57..

Le Zong a été payé avec un effet de commerce et les 244 esclaves déjà à bord faisaient partie de la transaction. Le navire n'était assuré qu'à partir du moment où il commençait son voyageLewis 2007, p. 361.. Les assureurs, un syndicat de Liverpool, assurent le navire et les esclaves jusqu'à livres sterling, approximativement la moitié de la valeur des esclaves sur le marché. Le reste du risque était supporté par les propriétairesWalvin 2011, pp. 70–71..

L'équipage Le Zong est le premier commandement de Luke Collingwood, ancien chirurgien du WilliamLewis 2007, pp. 358, 360.. Bien que Collingwood manque d'expérience en navigation et en commandement, les chirurgiens de navires esclavagistes étaient le plus souvent impliqués dans la sélection des esclaves achetés en Afrique, leur expertise médicale leur permettant de déterminer la « valeur marchande » d'un captifKrikler 2012, p. 409.. Si le chirurgien rejetait un captif, l'individu était soumis à une « mort commerciale », étant considéré sans valeur, et pouvait être tué par ses geôliers africains. Parfois ces meurtres avaient lieu en présence du chirurgien. Il est vraisemblable que Collingwood avait déjà été témoins de tueries de masse d'esclaves. Comme l'historien Jeremy Krikler l'a commenté, ceci l'avait peut être préparé psychologiquement à tolérer le massacre qui prit place à bord du ZongKrikler 2007, p. 31.Walvin 2011, p. 52.. Le second du Zong est James Kelsall, qui a aussi servi sur le William.

Le seul passager du navire, Robert Stubbs, était un ancien capitaine esclavagiste. Au début de 1780 il a été nommé par le comité africain de la Royal African Company (RAC) gouverneur d'Anomabu, une place fortifiée britannique près du château de Cape Coast au GhanaWalvin 2011, pp. 76–87.. Ce poste le faisait également vice-président du conseil du RAC du château. À cause de son incompétence et à cause de l'inimité avec John Roberts, le gouverneur du château, Stubbs a été expulsé de la gouvernance d'Anomabu par le conseil du RAC au bout de neuf moisLewis 2007, pp. 359–360.. Les témoignages rassemblés par le comité africain du RAC, l'accusent d'être un alcoolique à moitié illettré qui avait mal géré les activités esclavagistes du fortWalvin 2011, pp. 82–83.. Stubbs était donc à bord pour retourner en Grande-Bretagne; Collingwood peut avoir pensé que son ancienne expérience sur les navires esclavagistes pouvait lui être utile.

Le Zong a un équipage de 17 hommes quand il quitte l'Afrique, ce qui est bien trop peu pour maintenir des conditions sanitaires adéquates sur le bateauKrikler 2012, p. 411.. Les marins qui étaient prêts à risquer la maladie ou les révoltes d'esclaves étaient difficiles à recruter en Grand-Bretagne et encore plus durs à trouver pour un vaisseau pris aux Hollandais au large des côtes de l’AfriqueWalvin 2011, pp. 45–48, 69.. L'équipage du Zong est un mélange de l'ancien équipage hollandais, de l'équipage du William et de marins recrutés dans les colonies de la côte africaine.

Massacre Lorsque le Zong appareille le d'Accra avec à son bord africains il transporte plus de deux fois le nombre de personnes qu'il peut convoyer en toute sécurité. Dans les années 1780 les navires britannique transportent en moyenne 1,75 esclave par tonne ; sur le Zong, le ratio atteint 4 par tonneWebster 2007, p. 289.. Un navire esclavagiste de l’époque transporte environ 193 esclaves et il est extrêmement inhabituel pour un navire de la taille relativement modeste du Zong d'en transporter autant.

Après avoir embarqué de l'eau potable à São Tomé, le Zong commence son voyage à travers l'océan Atlantique vers la Jamaïque le . Le 18 ou le navire approche de Tobago dans les Caraïbes mais ne s'y arrête pas pour refaire ses provisions d'eauLewis 2007, pp. 362–363..

vignette|gauche|upright=1.3|alt=Carte de Caraïbes montrant Tobago, Hispaniola et la Jamaïque|Carte des Caraïbes montrant Tobago, Hispaniola et la Jamaïque notamment.

Il n'est pas certain de qui, si quiconque, dirigeait le navire à ce stade du voyageWalvin 2011, p. 90.. Luke Collingwood était gravement malade depuis un certain tempsWalvin 2011, p. 87.. Son second James Kelsall avait été suspendu à la suite d'une dispute le . Robert Stubbs qui avait été capitaine des années auparavant commande temporairement le Zong pendant la maladie de Collingwood mais n'est pas enregistré comme membre d'équipageWalvin 2011, pp. 77, 88.. Selon l'historien James Walvin, cette fracture de la chaîne de commandement peut expliquer les erreurs de navigation et l'absence de vérification des réserves d'eauWalvin 2011, pp. 89–90..

Le 27 ou , l'équipage repère la Jamaïque à une distance de mais la prend pour la colonie française de Saint-Domingue sur l'île d'HispaniolaLewis 2007, p. 363.Walvin 2011, p. 92.. Le Zong continue sa navigation vers l'ouest laissant la Jamaïque derrière lui. L'équipage se rend compte de son erreur seulement après que le navire a parcouru sous le vent de l'île. Le surpeuplement, la malnutrition, les accidents et la maladie ont déjà tué plusieurs marins et environ 62 esclaves Walvin 2011, pp. 89, 97.. James Kelsall clamera plus tard qu'il ne restait plus que 4 jours d'eau sur le navire et que la Jamaïque était de 10 à 13 jours de navigationOldham 2007, p. 299..

vignette|redresse|alt=Plan du navire esclavagiste le Brookes qui montre l'extrême surpopulation dont étaient victimes les esclaves du commerce transatlantique|Plan du navire esclavagiste le Brookes, contenant 454 esclaves. Avant le Dolben Act de 1788, le Brookes en transportait 609 pour , ce qui faisait 2,3 esclaves par tonne. Le Zong transportait 442 esclaves et faisait ce qui faisait 4 esclaves par tonneWalvin 2011, p. 27..

Si les esclaves mouraient à terre, les propriétaires du bateau n'avaient aucune indemnité de la part des assureurs. Idem si les esclaves mouraient de « mort naturelle » (terme utilisé à l’époque) en mer. Mais si des esclaves étaient jetés par-dessus bord afin de sauver le reste de la « cargaison » alors une demande pouvait être faite aux assureurs au nom de l'avarie communeWebster 2007, p. 291.. L'assurance couvrait la perte d'esclaves dans ce cas à par têteWeisbord 1969, p. 562..

Le , l'équipage se rassemble pour envisager que certains esclaves soient jetés par-dessus bordWalvin 2011, p. 97.. James Kelsall clamera plus tard qu'il s'y était opposé mais que la décision a ensuite été prise unanimement. Le et enfants esclaves sont jetés depuis les fenêtres des cabines à la merLewis 2007, p. 364.. Le ce sont hommes qui sont jetés à la mer et 36 les jours suivants. Dix autres, dans un geste de défiance face à l'inhumanité des esclavagistes sautent d'eux-mêmes à la mer. Ayant entendu les cris des victimes qui étaient jetées à la mer, un esclave demande que le reste des Africains ne soient plus approvisionnés en eau et nourriture plutôt que d'être jetés par-dessus bord. L'équipage ignore sa demandeWalvin 2011, pp. 98, 157–158.. Au total, 132 Africains ont été tués au moment où le navire atteint les Caraïbes. Le récit du procès au banc du Roi rapporte que l'un des esclaves réussit à remonter à bord du navireRupprecht 2008, p. 268..