Bessie Coleman (née le à Atlanta, Texas et morte le à Jacksonville, Floride) est une aviatrice américaine. Elle est la première femme noire au monde à pouvoir piloter et la première personne d'origine afro-américaine et amérindienne à détenir une licence de pilote qu'elle obtient en 1921.

Dans un pays très marqué à cette époque par la ségrégation raciale, aucune école de pilotage n'accepte d'enseigner à Bessie Coleman les bases du pilotage. Elle apprend à piloter en France, à l'École de pilotage Caudron du Crotoy. De retour aux États-Unis, elle devient un phénomène médiatique et participe à de nombreux spectacles aériens.

Elle trouve la mort au cours de la préparation de l'un de ces spectacles à Jacksonville en Floride. Souhaitant observer le terrain depuis les airs, elle ne s'attache pas. À la suite d'une vrille précédant le crash de son appareil, elle est éjectée de l'appareil et s'écrase au sol.

Biographie Enfance Dixième d'une fratrie de treize enfants, Bessie Coleman naît le à Atlanta dans le Texas. Ses parents, George et Susan Coleman, se sont installés dans cette ville pour répondre aux besoins de main-d'œuvre de l'industrie du coton. Lui est métis, ayant trois grands-parents choctaw ou cherokee et un grand-parent noir ; elle est noire. Peu après sa naissance, les Coleman partent s'installer à Waxahachie, à une cinquantaine de kilomètres au sud de Dallas, là où les perspectives de développement et d'emploi sont plus attrayantes.

En 1901, son père décide de quitter le Texas, ne supportant plus la ségrégation raciale instaurée par les lois Jim Crow, sa condition de Noir étant aggravée par ses origines amérindiennes. Il décide de se rendre dans l'Oklahoma, alors dénommé Territoire indien, d'où sa famille est originaire et où la pleine citoyenneté est accordée aux descendants d'Amérindiens, mais Susan refuse de le suivre. Peu après, deux des frères de Bessie Coleman quittent à leur tour le foyer familial. John, âgé de 15 ans part rejoindre son frère plus âgé, Walter, à Chicago où il travaille comme bagagiste chez Pullman et Isaiah part s'installer au Canada et devient un fermier prospère.

vignette|upright=0.9|alt=Des personnes travaillent dans un champ de coton. Au premier plan, une femme et un enfant noirs.|Récolte du coton aux États-Unis, vers 1900.

Susan Coleman élève alors seule ses quatre petites filles, Bessie, Elois (née en 1894), Nilus (née en 1896) et Georgia (née en 1898) et est embauchée comme cuisinière par un couple de Blancs, et , qui lui viennent en aide matériellement. Lorsque sa mère travaille chez les Jones, Bessie s'occupe des tâches ménagères à la maison, fait la baby-sitter pour ses petites sœurs et manque de ce fait régulièrement l'école. Quand vient l'été, les Coleman comme l'ensemble de la population noire de la région participent à la récolte du coton et les écoles pour Noirs sont fermées tant que dure la récolte. Afin d'échapper au travail dans les champs de coton, Bessie envisage de poursuivre des études supérieures. En 1910, après avoir mis de l'argent de côté, elle part pour Langston dans l'Oklahoma et s'inscrit en classe préparatoire à la mais ses économies s'avèrent insuffisantes et après moins d'un an passé à Langston, elle doit retourner à Waxahachie où elle travaille comme blanchisseuse. Encouragée par sa mère et assurée de l'assistance que pourra lui apporter son frère Walter, elle décide en 1915 de partir pour Chicago.

Vie à Chicago Arrivée à Chicago, elle s'installe chez son frère Walter qui vit là avec son épouse, en cohabitation avec son autre frère John et sa femme puis se fait employer comme manucure. Parmi ses clients figurent Robert Sengstacke Abbott, fondateur et éditeur du qui défend la cause des Noirs et , promoteur immobilier et banquier qui influenceront tous deux sa carrière.

Le , elle épouse Claude Glenn, un ami de son frère Walter de quatorze ans son aîné mais les circonstances qui entourent le mariage de Bessie Coleman sont confuses car lorsqu'elle choisit de quitter le logement de son frère pour s'installer dans son propre appartement, il semblerait que son époux n'y ait jamais véritablement vécu. Même auprès du reste de sa famille, la relation qu'ils entretiennent n'est pas claire ; elle ne montre pour lui aucune preuve d'attirance physique et les deux nièces de Bessie qui ont vécu chez elle à Chicago n'ont jamais suspecté que l'homme qu'elles appelaient puisse avoir été autre chose qu'un ami de la famille. Il est possible que Bessie trouvait en Claude Glenn l'ami dont elle avait besoin et que cette amitié lui suffisait.

Lorsque les États-Unis entrent en guerre aux côtés des Alliés durant la Première Guerre mondiale, Walter et John sont incorporés dans le corps de l'armée et participent aux combats sur le sol de France. Bessie Coleman découvre alors dans la presse les exploits des aviateurs français et américains dont notamment Eugene Bullard, premier pilote de chasse afro-américain, qui la fascine.

Après le retour de ses frères, elle s'intéresse de plus en plus à l'aviation et souhaite concrétiser son rêve d'apprendre à piloter et de mettre sa réussite au service de la communauté noire. À Chicago cependant, comme partout ailleurs aux États-Unis, aucune école de pilotage n'accepte de recevoir d'élève afro-américain, encore moins lorsqu'il s'agit d'une femme. Bessie Coleman décide alors de faire part de son projet à Robert S. Abbott. Ce dernier lui conseille d'aller apprendre en France où dit-il, Il l'encourage alors à apprendre le français et à économiser puis s'engage à l'aider à trouver une école de pilotage en France. Elle prend alors des cours de français à l'école Berlitz de Chicago mais ses économies sont encore loin de pouvoir financer son projet. Jesse Binga, qui est aussi un ami de Robert S. Abbott, lui propose de lui venir en aide.

Apprentissage en France vignette|droite|alt=Document papier où figure sur la partie gauche la certification que Sur la partie droite figure la photographie d'une femme en gros plan portant un casque d'aviateur, en dessous de laquelle apparaît la signature de Bessie Coleman ainsi que le numéro du brevet : 13810.|Licence d'aviation de Bessie Coleman. La date de naissance indiquée est le , soit quatre ans de moins que son âge réel.

Bessie Coleman embarque pour Paris le . Elle cherche à s'inscrire dans une école de pilotage de la région parisienne mais celle-ci refuse temporairement toute nouvelle inscription de femmes car deux femmes viennent de se tuer alors qu'elles apprenaient à piloter. Elle se rend alors en Picardie et s'inscrit à l'École de pilotage Caudron du Crotoy, la plage servant de piste de décollage et d'atterrissage. Elle apprend à piloter sur un biplan Nieuport Type 82 à double commandes, un modèle fréquemment utilisé en France à l'époque pour l'apprentissage des jeunes pilotes. Après sept mois d'entraînement, elle obtient la licence internationale de pilote de la Fédération aéronautique internationale le , devenant ainsi non seulement la première femme noire pilote mais également la première personne d'origine afro-américaine à obtenir cette certification. Déterminée à améliorer ses compétences, Coleman passe les deux mois suivants à prendre des leçons auprès d'un as français près de Paris et le , elle embarque pour New York.

Retour aux États-Unis À son arrivée à New York, la presse américaine, tant noire que blanche, salue sa réussite. Avant de retourner à Chicago, elle est l'invitée d'honneur d'une représentation de , une comédie musicale entièrement jouée par des acteurs noirs qui triomphe à Broadway. À la fin de la représentation, lorsque Bessie Coleman apparaît sur scène pour recevoir une coupe en argent sur laquelle sont gravés les noms des acteurs, elle est ovationnée par toute l'assistance, Blancs et Noirs réunis.

vignette|redresse|gauche|alt=Photographie d'une femme en tenue d'aviateur.|Bessie Coleman, vers 1922.

De retour chez elle à Chicago, elle est interviewée par un reporter du et fait un récit complet de son séjour passé en France. Lorsqu'on lui demande pourquoi elle a voulu apprendre à voler, elle déclare Elle annonce également qu'elle a commandé un chasseur Nieuport équipé d'un moteur de 130 chevaux avec lequel elle souhaite se produire dans des spectacles aériens en Amérique et dans d'autres pays. L'avion qu'elle prétend avoir commandé ne sera jamais livré. Comme d'autres de ses collègues pionniers de l'aviation, Bessie est encline à l'exagération et tout ce qu'elle raconte n'est pas forcément vrai. Alors que les vols commerciaux ne sont pas encore d'actualité, elle sait que le seul moyen de gagner sa vie dans l'aviation est de se produire dans des spectacles aériens et que pour se faire connaître, elle doit se servir de la presse en racontant des histoires sensationnelles.

Elle réalise rapidement qu'il est difficile pour un pilote de gagner sa vie. Beaucoup d'entre eux deviennent dans des cirques aériens, voyageant de ville en ville et se livrant à des acrobaties périlleuses au risque de leur vie. Malgré sa licence de pilote, elle a conscience qu'elle n'a pas les qualifications nécessaires pour intégrer l'un de ces cirques aériens et qu'elle doit prendre de nouvelles leçons pour développer son habileté en vol et accroître son éventail de figures aériennes. De nouveau cependant, personne à Chicago ne souhaite la prendre comme élève et elle doit retourner en France pour se perfectionner. Elle quitte New York le à bord du Paris à destination du Havre.

Voyage en Europe Arrivée au Havre le , Bessie Coleman se rend à Paris où elle passe environ deux mois à prendre des cours avancés de pilotage. Souhaitant rencontrer l'avionneur Anthony Fokker, elle obtient le un visa pour les Pays-Bas où celui-ci est installé depuis la fin de la Première Guerre mondiale. Il la reçoit, lui fait visiter sa fabrique et lui propose de voler sur plusieurs de ses appareils. Le , elle quitte Amsterdam pour se rendre en Allemagne où elle reste dix semaines. À Berlin, elle fait la connaissance de plusieurs aviateurs dont qui lui donne d'autres leçons de pilotage avancé et se fait filmer par Pathé News, d'abord à côté de son avion puis survolant le palais de l'empereur vaincu. La première semaine d', elle quitte Berlin et se rend de nouveau à Amsterdam où elle embarque pour rentrer aux États-Unis.

Carrière aux États-Unis Lorsqu'elle arrive à New York le , de nombreux reporters l'attendent pour l'interviewer. De nouveau, elle embellit son parcours afin de donner d'elle l'image d'une jeune femme audacieuse et pleine de charisme. Il ne fait aucun doute que certains de ses récits sont vrais mais certains sont contradictoires ou proches de la pure invention. Dans certains interviews par exemple, elle ajoute l'Angleterre, la Belgique et la Suisse à la liste des pays visités alors que son passeport n'en fait pas mention et continue de donner son âge comme étant 24 ans alors qu'elle en a déjà 30. Elle annonce également qu'elle attend la livraison d'une douzaine d'avions Fokker qu'elle a commandés dans le but d'ouvrir une école d'aviation mais ceux-ci n'arriveront jamais.

Espérant tirer profit de la notoriété nouvelle de sa protégée, le organise un spectacle aérien à New York dont Bessie Coleman sera la vedette. Initialement prévu le , il sera finalement reporté au à cause de la pluie. Elle est ensuite invitée à voler pour le à Memphis, puis à Chicago. Pour ce meeting aérien dont la publicité est encore assurée par le , « » comme on la surnomme désormais s'est inspirée des as de la Grande Guerre pour l'élaboration de son programme et au cours d'un second vol, elle dessine un huit avec son appareil rendant ainsi hommage au d'infanterie de l'Illinois. Sa mère, ses sœurs Georgia, Elois et Nilus, plusieurs de ses nièces ainsi que son neveu Arthur Freeman assistent au spectacle. Ce dernier, alors âgé de huit ans, restera profondément marqué par la performance aérienne de sa tante et deviendra plus tard pilote à son tour.