vignette|Panorama d'ensemble de la Fondation Francke (gravure de 1749). vignette|Cour intérieure de la Fondation Francke (gravure, vers 1750) La Fondation Francke de Halle (naguère appelée Institut de Glaucha, du nom d'un quartier de Halle) subventionne un grand nombre d'institutions culturelles, scientifiques, pédagogiques et sociales allemandes. Créée en 1698 par le pédagogue et théologien piétiste August Hermann Francke, elle jouit depuis des décennies d’une renommée internationale. Ses locaux historiques offrent un exemple unique d'architecture scolaire et figurent sur la liste proposée par l'Allemagne pour le classement au Patrimoine mondial de l'UNESCO. Aujourd'hui plus de 50 institutions se sont implantées sur les terrains de cette fondation, dont quatre écoles, quelques instituts de l’Université Martin-Luther, le Fonds Fédéral de l'Action Culturelle (Kulturstiftung des Bundes) et l'Institut Allemand de la Jeunesse (Deutsches Jugendinstitut).

Histoire De l'école de charité à l'orphelinat vignette|August Hermann Francke (1663–1727) C'est le qu'August Hermann Francke est nommé pasteur de l'église Saint-Georges de Halle, dans le faubourg sud de Glaucha (incorporé à la ville de Halle en 1817). Simultanément, il est nommé professeur de grec ancien et de langues orientales à l'université de Halle. Devant , il se met à enseigner le catéchisme tous les dimanches après la messe, aussi bien aux enfants qu'aux adultes. Pour soulager la misère des enfants, il prélève sur le denier du culte.

Une somme plus importante qu'à l'ordinaire : quatre thalers et 16 groschen, recueillie dans le tronc de l’église à l'issue des fêtes de Pâques en 1695, l'incite à entreprendre une œuvre de plus grande ampleur.

D'emblée August Hermann Francke ouvrit une « école de charité », d'abord installée dans une salle de la sacristie. Les enfants reçurent d'abord leurs leçons d'un étudiant en théologie de l’université de Halle. La bonne réputation de cette petite école fit que le nombre d’écoliers grimpa rapidement, et quelques semaines plus tard, des bourgeois de Glaucha y envoyaient leurs enfants moyennant une modeste contribution. À l’été 1695, les cours étaient déjà suivis par 50 écoliers. Et comme un nombre croissant de familles aisées voulaient y envoyer leurs enfants, il finit par ouvrir à la Pentecôte de 1695 un Pædagogium destiné à l’instruction et à l’éducation d’enfants de la noblesse et la haute bourgeoisie. Puis en 1697 ce fut une école de latin pour les enfants de la bourgeoisie se destinant à une carrière académique. L’enseignement était toujours assuré par des étudiants, qui bénéficiaient en contrepartie d’une chambre, de bois de chauffe et d’une bourse de 16 groschenGustav Friedrich Hertzberg: August Hermann Francke und sein hallisches Waisenhaus. Verlag der Buchhandlung des Waisenhauses, Halle-an-der-Saale 1898, p. 18. Devant la multiplication du nombre d’enfants déshérités ou orphelins abandonnés à la misère, Francke décida de les scolariser moyennant une contribution des familles, et c'est ainsi que l’idée d'un orphelinat prit forme. L'électeur lui accorda divers privilèges, comme l'exemption des droits d’accise, d’octroi et de passage, et grâce à de nouvelles donations, il put en 1698 poser la première pierre de la nouvelle institution. Au mois d’, Francke inaugurait le bâtiment, qui était en même temps le siège de sa fondation.

La fondation Francke du au Grâce à de nouvelles largesses de l'Electeur, il devint possible d'aménager successivement une librairie, une imprimerie et son atelier de reliure, une pharmacie et un cabinet de sciences naturelles. Les bénéfices de ces ateliers permirent de subventionner l'orphelinat et de développer l'organisation. En 1708, les recteurs mirent sur pied un journal paraissant trois fois par semaine, le Hallische Zeitung. L'année suivante, un nouveau pavillon à colombages accueillait sur trois étages une école pour les jeunes filles, puis en 1710 deux nouveaux bâtiments en prolongement de l'orphelinat : le « collège des Anglais » (Englische Haus), pour l'accueil d'élèves britanniques, et le bâtiment des communs : avec au rez-de-chaussée un réfectoire, et à l'étage la salle de concert pouvant accueillir jusqu'à personnes. Cette même année, Francke parvint, avec la collaboration du baron prussien Carl Hildebrand von Canstein, à mettre sur pied la société biblique Canstein, qui est la plus ancienne au monde aujourd'hui. Cette association fit imprimer jusqu'au des millions de bibles en langue allemande, avec une reliure soignée. Ainsi la Fondation devint la vitrine de Halle aux yeux du monde. Depuis le , elle était grâce à son réseau de missionnaires actifs, le foyer du piétisme pour la province de Prusse-Orientale et les Pays baltes, et au-delà, pour la Russie, la Pologne, la Bohême, la Slovénie, la Scandinavie, l’Angleterre et les Provinces-Unies, les Indes et l’Amérique du Nord.

En 1810, l'institution s'accrut d'une école professionnelle appelée Realschule, suivie en 1835 d’une École supérieure de jeunes filles (Höhere Töchterschule), le futur Lycée.

Bouleversements du vignette|Le mur nord de l'orphelinat () peu avant sa démolition (1972). Le système scolaire à plusieurs filières, fruit de la constance et de l'amour du prochain des piétistes, de la collaboration avec des institutions scientifiques, et du maintien d'une activité économiquement profitable portèrent la réputation de l'orphelinat de Halle au-delà des frontières de l'Allemagne. L'éducation piétiste fit son œuvre à travers le monde entier à l’initiative de médecins, de pédagogues et de missionnaires. On en voit encore aujourd’hui les traces non seulement dans de nombreux pays d’Europe, mais aussi en Inde et aux USA. L'organisation des premières missions protestantes en Inde, la diffusion du Diaconat, la multiplication d'école professionnelles en Allemagne, les millions de bibles imprimées en allemand et la composition d'innombrables hymnes religieux en allemand trouvent leur origine dans les œuvres de la Fondation Francke. L'essor de l'éducation populaire et la réputation d'excellence de la fondation exigeaient la construction de locaux plus vastes : c'est ainsi qu'à l'automne 1906, on construisit un nouveau bâtiment, la Latina, pour l'enseignement des humanités. Les statistiques de 1911 dénombrent déjà 3056 écoliers à la Fondation Francke. En 1920, la nouvelle école professionnelle (Oberrealschule) bénéficiait à son tour d'un second bâtiment.

Sous le Troisième Reich, la Fondation conserva sa vocation de ville-école chrétienne. Cela a tenu à l'indulgence, à la négligence et au réseau d'accointances de l'établissement avec certains membres du régime. La Latina demeura ainsi l'un des derniers lycées classiques de la région. Au cours de la Deuxième Guerre mondiale, quelques bâtiments furent détruits lors d'une attaque aérienne de , notamment une partie des appartements du pasteur August Hermann Francke et la Latina.

Avec la formation de la RDA, la Fondation Francke perdit son indépendance : nationalisée, ses locaux tombèrent peu à peu en ruine. Seuls les locaux scolaires ou occupés par l'Université Martin-Luther furent maintenus en état. Par respect pour le passé de cette ville-école, les autorités de RDA lui conservèrent le nom August Hermann Francke, bien qu'un Institut Universitaire de Technologie ainsi qu'un centre de formation permanente (Erweiterte Oberschule) portassent déjà ce nom.

Dans les années 1970, on abattit le mur nord de l'orphelinat pour construire un boulevard. Cette chaussée mène encre aujourd'hui directement à l'intérieur de la fondation et sépare la pharmacie du reste des locaux historiques. Plusieurs immeubles ont été édifiés sur les plantations de l'institution. En 1978, on construisait une école-type (Typenschulbauten) Erfurt TS 75 à l'emplacement des jardins.

La fondation Francke aujourd'hui vignette|Reconstruction du hall d'accueil délabré de la Fondation Francke (1991) Depuis 1991 les bâtiments historiques ont été en grande partie restaurés (en 2012, plus de la moitié des 50 pavillons) avec l'aide de financements fédéraux, régionaux, municipaux, voire privés, et rendent vie aux quelque de terrain. La Fondation Francke figure en bonne place dans le livre blanc publié en 2001 (le Blaubuch), qui dresse la liste des institutions culturelles historiques de l'ancienne Allemagne de l'Est, et qui recense à ce jour (2013) 20 « phares culturels ». Pour le tricentenaire de la Fondation Francke, la Monnaie allemande a frappé en 1998 une pièce commémorativeAnnonce officielle de la pièce commémorative des 300 ans de la Fondation Francke, et les Postes Fédérales ont édité un timbre représentant l'orphelinat Notes de la Deutsche Post à propos du timbre commémorant les 300 ans de la Fondation Francke.

La brasserie et les cuisines (pavillons n°37-39, où se trouve le siège de l'institution) ont été reconstruites en 2009, et réinaugurées en 2011. Derrière, le pavillon n°36/36a (maisons de bergers du début du , bâtiments intacts de la métaierie) héberge le Séminaire National de l'Enseignement. La réhabilitation de l'entrée principale de la Fondation Francke, au n°3-5 de la Franckeplatz, n'a pu débuter qu'en 2006. ELle comporte des maisons d'hôtes des , que Francke avait acquises et qu'il destina à l'enseignement et aux bonnes œuvres. Les appartements du fondateur Francke, les premiers à être remis en état, ont pu être ouverts au public en 2008, avec le centre d'information, la librairie de l'orphelinat, la « mansarde à la Bible » ainsi que l'exposition sur la vie et l'œuvre du fondateur de l'institution. Ce bâtiment construit en 1655 était une auberge avec pour enseigne Goldene Rose . Dans son état réhabilité, il a été inscrit au patrimoine national allemand au titre de 2010.

Rayonnement actuel La Fondation Francke demeure aujourd'hui une institution d'importance nationale par ses multiples liens avec l’étranger. Le bâtiment historique de l'orphelinat et son conservatoire artistique et scientifique (le plus ancien musée privé d'Allemagne), le bureau du pasteur Francke, le Krokoseum et le fonds ancien de la bibliothèque Francke et ses étagères coulissantes de style baroque sont ouverts aux visites publiques. Outre des expositions permanentes, l'ancien orphelinat accueille des manifestations spéciales sur des thèmes tous liés à l'histoire de la Fondation Francke. La salle de réception est le théâtre de conférences et de concerts.

Le complexe monumental, occupant des terrains enclos en plein centre de la ville de Halle, a traversé trois siècles pratiquement intact. La Lange Haus de la cour supérieure, le Lindenhof, est la plus grande construction à colombages d'EuropeCf. l'article de qui affirme même que « sur les terrains de la Fondation Francke de Halle se trouve le plus grand immeuble à colombages du monde. », avec une longueur de plus de et six étages.

Les édifices de la fondation ont été inscrits sur la liste de la délégation allemande pour le Patrimoine mondial de l’UNESCO, en tant qu'exemple unique en son genre d'architecture scolaire et philanthropique.

Les différents services (sélection) Institutions scientifiques L'orphelinat historique et les appartements de Francke vignette|Locaux historiques de l'orphelinat (2009) L'orphelinat, édifié entre 1698 et 1700, a été le premier bâtiment de l'institution socio-pédagogique voulue par August Hermann Francke. Construit à l'aide subventions, il abrita, jusqu'à ce que les autres bâtiments du Lindenhof voient le jour, les divers services comme le dortoir et les salles de cours, la librairie, la pharmacie et l’imprimerie. Aujourd'hui ce bâtiment, le n°1 du campus, forme le cœur de la fondation Francke. Il s'y tient des manifestations scientifiques et culturelles, des expositions à caractère historique et des concerts.