thumb|Cacho fio pour Noël 2011 à Beaumes-de-Venise Le cacho fiò ou cacho-fue (cacha-fuòc, selon la norme classique) est une ancienne cérémonie liée à Noël et au solstice d'hiver durant laquelle l'on met une grosse bûche d'arbre fruitier au feu. Liée au paganisme, elle avait été christianisée puisqu'elle s'accompagnait d'une bénédiction, durant le transport de la bûche vers le foyer.

Étymologie Le terme occitan cacho-fiò (en graphie mistralienne) désigne actuellement la bûche de Noël que l’on allumait traditionnellement dans la cheminée la veille de cette fête. Le folkloriste Arnold van Gennep localise ainsi ce mot : Manuel de folklore français contemporain, 1937-1958, réédité sous le titre Le Folklore français, Laffont, collection « Bouquins », 1999, volume 3, p. 2528-9. Ces données sont confirmées, avec quelques variantes phonétiques mineures, par l’enquête effectuée vers 1970 pour le tome IV de l’atlas linguistique de la ProvenceJean-Claude Bouvier et Claude Martel, La Langue d’oc telle qu’on la parle, 2016, page 292, carte 1330 bis.

Si l’on considère l’histoire de ce mot, on peut constater la concomitance de deux formes, cachafuoc et gachafuoc, attestées dès le XVe siècle. On trouve cachefuoc dans deux textes mêlant occitan francisé et latin, l’un de 1480 : unum cachefuoc ferri, l’autre de 1486 :  duo cachefeu et unum gardebrasier , cités par Paul PansierHistoire de la langue provençale à Avignon du XIIe au XIXe siècle, 1924, t. II, p. 32 a. L’interprétation de ces termes ne va pas de soi : un cachefuoc ferri ne peut pas désigner une bûche, mais un accessoire en fer, peut-être un chenet (confusion possible avec capafuoc), plutôt qu’un selon Pansier (le terme occitan pour « étouffoir » est estofador). Quant à duo cachefeu et unum gardebrasier, il pourrait s’agir d’une paire de chenets et d’un gardabrasier, « garde-feu » ou « grille de feu », instrument de fer placé entre les chenets pour contenir les braises sous les bûches ; un synonyme de ce terme apparaît aussi en 1470 sous la dénomination gardafuoc, que cite encore Pansier.

Pour gachafuoc, la première attestation apparaît en 1498Comptes de la ville d’Avignon, cité aussi par Pansier, idem, p. 90 a : , c’est-à-dire « pour la collation, de mettre le gachafuoc la veille de Noël ». Pansier traduit ce mot en reprenant la définition de Frédéric Mistral dans son dictionnaire Tresor dóu FelibrigeTresor dóu Felibrige, tome 1, p. 409, à l’entrée cacho-fiò ; « bûche de Noël ; grande flambée », et en y ajoutant « feu de joie » ; mais le mot pourrait là aussi désigner un chenet ou un garde-feu.

Deux autres attestations anciennes se trouvent dans un Vocabulaire provençal-latin (dit aussi Floretus), manuscrit datant vraisemblablement de la seconde moitié du XVe siècle. Ce texte a été édité par A. Blanc dans la Revue des langues romanes : capafuoc et guachafuecRevue des langues romanes, n° 57, 1870, pp. 29 / 87 : capafuoc (p. 57) ; guachafuec (p. 70). Ce Vocabulaire traduit les deux formes par un mot formé sur des racines grecques, suivi du suffixe latin -ium : hypopyrgium, que le glossaire de latin médiéval de Du Cange traduit par « andier » ou « landier », synonymes de « chenet ».

Mistral mentionne aussi des formes similaires, sans en donner la date : gacho-fue, qualifiée de « marseillaise » (c’est-à-dire provençal central) et gacho-fuò, qualifiée de « dauphinoise » (c’est-à-dire drômoise). Les deux formes cachafuoc et gachafuoc peuvent s’expliquer par la proximité phonétique en occitan du [g] (occlusive sonore) et du [k] (occlusive sourde), qui donne d’autres formes doubles, par exemple cat et gat « chat », camba et gamba « jambe », crapaud et grapaud « crapaud », etc. Le mot gachafuoc est tombé de ce fait dans l’attraction des verbes cachar « cacher » ou « casser, presser »Tresor dóu Felibrige, t. 1, p. 408 ou encore du verbe homophone gachar « gâcher »Tresor dóu Felibrige, t. 2, p. 4.

Une explication plausible de la forme gachafuoc est donnée par le Französisches etymologisches Wörterbuch, publié sous la direction de Walter von WartburgFranzösisches etymologisches Wörterbuch, publié sous la direction de Walter von Wartburg, tome 3 paru en 1949, p. 656 a, note 31, sous l’étymon latin focus : le premier élément serait le verbe gachar (variante : agachar) « guetter, veiller », avec l’idée de garder, de surveiller le feu (et non gachar « gâcher »). Il a pu se produire, de plus, une confusion entre cachafuoc / gachafuoc et capafoc / capfuec « chenet », du fait de leur proximité et de leur fonction presque identique.

Il semblerait donc, compte tenu de tous ces éléments, que gachafuoc et cachafuoc désigneraient, à l’origine, des garde-feu ou des chenets, et que le sens de « bûche » leur ait été attribué ultérieurement, par relation de contiguïté (métonymie) : par exemple, au XVIIIe siècle, dans le Dictionnaire provençal et françois de Sauveur-André Pellas (1723)Dictionnaire provençal et françois de Sauveur-André Pellas (1723), p. 57 à l’entrée cachofuec : . Le mot est donc devenu aussi, à partir du XVIe siècle, synonyme d’étrennes, surtout celles données aux serviteurs, en raison d’une autre évolution métonymique : le cacha-fuoc, perçu comme un présent fait au feu pour Noël, a désigné alors un présent en monnaie ou en cadeaux divers. Quoi qu’il en soit, expliquer le mot par « cache-feu » serait un non-sens, comme l’a fait remarquer le folkloriste Arnold van Gennep : Arnold van Gennep, Le Folklore français, idem, p. 2529

La fête du feu En Provence, la soirée de Noël commençait par l'ancienne coutume païenne du cacho fioAnita Bouverot-Rothacker, Le Gros Souper, éd. Jeanne Laffitte, . Cet allumage rituel de la bûche de Noël (calendau, en provençal) correspondait à un rite du feu caché et présageait le retour du feu neuf, le feu du premier Soleil de la nouvelle annéeArts et traditions de Noël en Provence.

La cérémonie avait lieu devant la cheminée avant de se mettre à table pour le gros souper. Le plus jeune et le plus vieux portaient ensemble une bûche d’un arbre fruitier (poirier, cerisier, olivier) Tradition du cacho-fio qui devait brûler pendant trois jours et trois nuits. Ils devaient faire trois fois le tour de la table recouverte de ses trois nappesLo cacho-fio sur le site tradicioun.org.

Une triple libation sur la bûche était ensuite pratiquée par le plus jeune de l'assemblée, avec du vin cuit, et le plus ancien prononçait les paroles suivantes : En provençal En françaisCacho-fiò Bouto-fiò Alègre, alègre Dièu nous alègre Calèndo vèn, tout bèn vèn Dièu nous fague la gràci de veire l’an que vèn E se noun sian pas mai, que noun fuguen pas mensBûche de Noël, Donne le feu Réjouissons nous Dieu nous donne la joie Noël vient, tout vient bien Dieu nous fasse la grâce de voir l’an qui vient Et si nous ne se sommes pas plus Que nous ne soyons pas moins.

La bûche devait durer jusqu'au jour des Rois. Quand elle était calcinée, elle passait pour miraculeuse. Ses cendres, déposées sur la nappe de Noël, ne la brûlaient pas et des morceaux de charbon étaient placés dans les étables pour protéger le bétail des maladies.

Notes et références

Voir aussi

Tió de Nadal Tradition provençale

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