thumb|left|Carte des écorégions terrestres d’Australie selon l’IBRA version 7.Les forêts et maquis du Sud-Ouest australien forment une région écologique identifiée par le Fonds mondial pour la nature (WWF) comme faisant partie de la liste « Global 200 », c'est-à-dire considérée comme exceptionnelle au niveau biologique et prioritaire en matière de conservation. Elle regroupe plusieurs biorégions du biome méditerranéen de l'écozone australasienne (communément appelé bush australien).
Le Sud-Ouest australien est l’une des deux zones à climat méditerranéen d’Australie, l’autre étant la zone Sud Centrale.
La zone à climat méditerranéen du Sud-Ouest de l’Australie est située dans l’extrême sud-ouest de l’île-continent où elle couvre une surface de près de 48,9 millions d’hectares (). Cette « écorégion »GOLE, C. (2006). The Southwest Australia Ecoregion - Jewel of the Australian Continent, South West Australia Ecoregion Initiative, PO Box 4010, Wembley, W.A. 6913. Avril 2006, 32 pages couleur, format A4. est reconnue mondialement comme un des points chauds majeurs pour la biodiversité de la planète.
L’écorégion comprend la Province Botanique du Sud-OuestBEARD, J. S. (1980). A new phytogeographic map of Western Australia. Western Australian Herbarium Research Notes 3: 37-58., à laquelle se rajoute une aire de gradation aride (la zone de transition) vers un climat tropical per-aride (rares pluies non saisonnières ou de saison plus chaude).
Critères climatiques thumb|Carte schématique de l’aridité dans le Sud-Ouest de l’Australie en fonction de classes de mois secs pouvant être définis dans un diagramme ombrothermique au sens de BAGNOULS & GAUSSEN.Le climat méditerranéen est caractérisé par au moins un mois sec pendant la saison chaude (été), la sécheresse mensuelle étant définieBAGNOULS & GAUSSEN (1957). Les climats biologiques et leur classification. Ann. Géogr. 66, 193-220. lorsque la courbe des précipitations moyennes mensuelles en millimètres est située au-dessous de celle des températures moyennes mensuelles en degrés Celsius multipliées par deux.
Pluviométrie thumb|Carte synthétique des précipitations annuelles moyennes, avec les limites des isohyètes de 250, 300, puis de 100 en 100 jusqu’à 1 400 mm / an délimitant les bioclimats méditerranéens.Les précipitations sont extrêmement variables dans le Sud-Ouest de l’Australie et leurs moyennes annuelles (P) se situent entre 250 et plus de 1 400 mm / an délimitant un gradient décroissant entre l’extrême sud-ouest et la limite per-aride nord-est, avec les bioclimats : per-humide (P > 1 000 mm / an) cantonné à trois aires (les Darling Ranges, les caps Naturaliste et Leeuwin et le grand sud le long de l’Océan Antarctique), humide (800 < P < 1 000 mm / an) entourant le bioclimat précédent et cantonné à l’extrême sud-ouest, sub-humide (600 < P < 800 mm / an) entourant le bioclimat précédent avec quelques isolats le long des côtes des océans Indien ou Antarctique, semi-aride (400 < P < 600 mm / an) entourant le bioclimat précédent en direction du nord-est et reliant les deux océans, aride (250 < P < 400 mm / an) délimitant la zone triangulaire d’affinité méditerranéenne et en limite avec les climats per-arides à pluies non saisonnières.
On peut penser par extrapolation que les précipitations sur la Chaîne de Stirling, seul relief dépassant les 1 000 mètres, soient supérieures à la plaine environnante – le chiffre de 1 100 mm / an est avancé par les météorologues – ce qui inclurait cette chaine dans un « pic » de bioclimat per-humide enclavé dans du semi-aride.
Température thumb|Carte synthétique indiquant les limites en zone méditerranéenne du Sud-Ouest australien des courbes isothermes de la moyenne des minima du mois le plus froid de l’année (m), égales à +7 et +10 °C et les correspondances avec les variantes thermiques tempérée, chaude et très chaude.La moyenne des minima du mois le plus froid (m) a été retenue pour définir les subdivisions thermiques de ce climat méditerranéen. La cartographie montre que seules deux courbes isothermes caractéristiques sont présentes dans le Sud-Ouest de l’Australie avec m égal à 7 et 10 °C, délimitant trois zones différentes d’un gradient de continentalité, dénommées en Europe « étages altitudinaux de végétation ». Nous n’emploierons pas cette expression pour cette zone méditerranéenne, son altitude moyenne, comprise entre 200 et 500 mètres au-dessus du niveau des océans, n’étant pas vraiment discriminante et ne conduisant pas sauf exception (Stirling Range au nord d’Albany par exemple) à de vrais étages de végétation différenciés.
Au vu de la neige fréquente en hiver, et plus rarement au printemps sur le Stirling Range, il a été avancé par extrapolation des stations les plus proches en plaine que les températures maximales hivernales seraient de 11 °C avec des minimales de 3 °C. Les sommets légèrement supérieurs à 1 000 mètres du Stirling Range appartiendraient donc à une variante thermique fraîche avec un m < 3 °C pour le mois le plus froid, correspondant à un étage méso-méditerranéen quasi généralisé en zone méditerranéenne française. On peut citer comme exemple les fourrés de taillis collinéens (« montane mallee thicket ») qui occupent les versants et sommets de plus de 400 m d’altitude de plusieurs pics du Stirling Range.
La grande majorité de la zone du Sud-Ouest est incluse dans une aire où m est compris entre 3 et 7 °C, soit une continentalité de variante tempérée, ce qui équivaudrait à un étage thermo-méditerranéen qui n’est que très rarement présent sur le littoral Français dans l’extrême est provençal et ponctuellement dans le sud du Roussillon ou le long des côtes corses. Cette aire comporte dans le sud-ouest australien des altitudes comprises entre 0 (au sud, en bordure de l’Océan Antarctique) jusqu’à plus de 500 mètres le long de l’Océan Indien et pouvant ponctuellement dépasser 1 000 mètres dans le Stirling Range le plus au sud.
Une aire de variante chaude le long du littoral avec m compris entre 7 et 10 °C, d’abord mince ou inexistante le long du littoral sud-est, puis plus importante sur la côte de l’Océan Indien) et finissant par pénétrer franchement à l’intérieur des terres au nord de la zone. Cette aire correspondrait à un étage infra-méditerranéen variante chaude comme le Souss ou le piémont nord du Haut Atlas marocains. L’altitude dominante y est ici strictement incluse entre 0 et 200 mètres.
Une dernière aire (très chaude), présente ponctuellement sur la côte ouest, puis de manière continue au nord, avec m supérieur à 10 °C serait proche d’un étage infra-méditerranéen à variante très chaude comme dans le sud atlantique marocain. L’altitude de cette aire ne dépasse pas 100 mètres et ne s’éloigne guère du littoral dans la zone climatique qui nous intéresse.
Le nombre de jours de gelée et surtout les minima absolus fonctionnent dans d’autres zones climatiques méditerranéennes comme des régulateurs, avec un impact des froids très sévère sur les limites géographiques d’espèces gélives.
Or, en Australie Occidentale, il n’y a eu aucune influence des périodes de glaciation en raison de l’absence de tout relief important. Une grande partie de la flore issue du Gondwana (Proteaceae) ainsi que de nombreuses Myrtaceae ont pu prospérer, occuper de nombreuses niches écologiques et donc se différencier en de nombreuses espèces. Sans aucune surprise, les minima absolus des stations à long terme montrent que la totalité des stations littorales ont des minima absolus proches de zéro degré Celsius et très souvent plutôt positifs. L’exception semble être la côte de l’Océan Antarctique avec un record de température la plus froide pour l’état d’Australie Occidentale à -5,9 °C. Il faut ensuite entrer d’une centaine de kilomètres dans les terres pour trouver des minima absolus négatifs, mais toujours supérieurs à -5 °C. Ce ne sont pas là des températures connues pour avoir un impact notoire sur le système foliaire et encore moins sur les tissus des tiges et troncs des végétaux.
Caractéristiques de l’écorégion du Sud-Ouest de l’Australie thumb|Carte des biorégions de l’Interim Biogeographic Regionalisation for Australia (IBRA version 7) dans l’écorégion du Sud-Ouest de l’AustralieDEPARTMENT OF SUSTAINABILITY, ENVIRONMENT, WATER, POPULATION & COMMUNITIES – DSEWPC (2012). Revision of the Interim Biogeographic Regionalisation of Australia (IBRA) and the Development of Version 7. Canberra..Une écorégion est formée par une aire étendue contenant un assemblage géographiquement distinct d’espèces, de communautés naturelles, de dynamiques naturelles et de conditions environnementales particulières.
L’écorégion du Sud-Ouest de l’Australie comprend la province botanique du Sud-Ouest qui est composée des régions biogéographiques (biorégions) suivantes du nord au sud et d’ouest en est : les plaines sableuses de Geraldton (Geraldton Sandplains), la plaine costale du fleuve Swan (Swan Coastal Plain), la ceinture à céréales de la rivière Avon (Avon Wheatbelt), la forêt de jarrahs (Jarrah Forest), la région du fleuve Warren (Warren), la région des mallees (Mallee), les plaines d’Esperance (Esperance Plains).
S’y rajoutent trois biorégions de transition de la province botanique Éréméenne (Eremaean) : la région de Yalgoo (Yalgoo), la région de Coolgardie (Coolgardie) et la plaine côtière de Hampton (Hampton).
Il a de plus été établi que les précipitations très variables d’une année sur l’autre que reçoit cette zone de transition ont un effet majeur sur les spéciations et la distribution actuelle de la flore du Sud-Ouest de l’Australie. Cette zone de transition a aussi été le théâtre d’intenses pulsations climatiques à long terme, oscillant entre des conditions humides et sèches pendant les deux derniers millions d’années et conduisant à une flore locale adaptée et riche.
Cette écorégion recèle 5 710 espèces de plantes autochtones parmi lesquelles près de 3 000 plantes endémiques. Plusieurs raisons pour expliquer la diversité de sa floreMCQUOID, N. (1998). Guide to the wildflowers of South Western Australia, the wildflowers of the South West, Simon Nevill Publications. Pages 16-17. : elle fait partie de l’ancien Gondwana et a gardé des relations phylogénétiques anciennes avec les continents voisins qui le constituaient. L’Australie faisait partie du supercontinent du sud appelé Gondwana avec d’autres plaques comme l’Afrique, Madagascar, l’Île Maurice, l’Inde, la Nouvelle-Zélande, l’Amérique du Sud, l’Antarctique et la Nouvelle-Calédonie. La famille des Proteaceae en est la meilleure preuve puisqu’elle se retrouve disséminée dans la plupart de ces régions ;