Les relations entre la Mongolie et le Tibet . . Elle déclinent temporairement après le départ des Mongols vers leurs terres d'origine au Nord. C'est au que les Mongols, par l'intermédiaire d'Altan Khan, renouent avec le Tibet, en invitant Sonam Gyatso, dont la réputation était déjà importante, et reçu de celui-ci le titre de dalaï-lama. Rétrospectivement, les deux précédentes incarnations de Sonam Gyatso reçoivent le titre de dalaï-lama. En 1642, Lobsang Gyatso, le dalaï-lama est nommé chef politique au Tibet par Güshi Khan. Une relation politico-spirituelle originale dite de chö-yon entre les lamas tibétains et les princes mongols se développe alorsRaphaël Liogier, A la rencontre du Dalaï-Lama, Flammarion, Paris, 2008, p. 75-78, des relations qui connurent des suites sous Thubten Gyatso, le dalaï-lama et Tenzin Gyatso, le et actuel.

Relation politique de Sakya Pandita et Drogön Chögyal Phagpa avec l’empire mongol vignette|Carte de la Dynastie Yuan en 1294

En raison de leurs situations géographiques et économiques, la Mongolie et le Tibet jouèrent un rôle important dans l'histoire de l'Asie centrale, contrôlant la « route de la soie ». Les relations entre les Mongols et les Tibétains ne devinrent très fortes qu'à partir du Urgungge Onon, Derrick Pritchatt, The Relationship between Mongolia and Tibet, in Asia's First Modern Revolution: Mongolia Proclaims Its Independence in 1911, 1989, BRILL. , p. 111

Après la mort de Gengis Khan en 1227, les Tibétains arrêtèrent d’envoyer leur tribut aux Mongols. En conséquence, en 1239-1240, le prince Godan, petit-fils de Gengis Khan et deuxième fils de Ögödei Khan, mena un raid dans la région de Lhassa, tuant quelque 500 moines et pillant des monastères, des villages et des villes. Deux monastères Kadampa furent détruits. Poursuivant la politique mongole de contrôle des régions soumises par l'intermédiaire de potentats locaux, et imitant les Tangoutes qui avaient établi avec les lamas tibétains des relations patron-conseiller religieux, Godan demanda à ses commandants de chercher un lama remarquable. Ce fut finalement à Sakya Pandita, lama considéré, que Godan envoya une lettre d' "invitation" et des présentsThomas Laird, avec le Dalaï-Lama, Christophe Mercier Une histoire du Tibet : Conversations avec le Dalaï Lama, de, Plon, 2007, , p. 121-122.

thumb|220px|Drogön Chögyal Phagpa (1235-1280), l’un des cinq fondateurs de sakyapa, premier lama vice-roi du Tibet En 1244, Sakya Pandita fut convoqué par Godan et entreprit le voyage vers le camp royal avec deux de ses jeunes neveux, Drogön Chögyal Phagpa, dix ans et Chhana, six ans, qui a par la suite publié un recueil des écrits de Sakya Pandita.

En chemin, ils s'arrêtèrent à Lhassa, où Phagpa prononça ses vœux de moine bouddhiste novice devant la statue du Jowo installée au Jokhang et offerte par la princesse Wencheng, l'épouse chinoise de Songsten GampoThomas Laird, Dalaï-Lama, Une histoire du Tibet : Conversations avec le Dalaï Lama, traduction Christophe Mercier, Plon, 2007, . Sakya Pandita rejoignit en 1247 le camp de Godan à Liangzhou dans l'actuelle province de Gansu, où les troupes mongoles exterminaient les Chinois Han en les jetant dans un fleuve. Sakya Pandita, horrifié, donna des instructions religieuses, notamment que tuer un être est un des pires actes selon le Dharma du Bouddha. Sakya Pandita impressionna les proches du prince par sa personnalité et ses puissants enseignements ; il aurait aussi guéri Godan d'une maladie de peau tenace. Aidé de Phagpa, il adapta l’écriture ouïghour afin que les Écritures bouddhistes puissent être traduites et retranscrite en mongol qui, jusqu'à ce moment, était une langue uniquement oraleNorbu, Thubten Jigme and Turnbull, Colin. Tibet: Its History, Religion and People, p. 195. Chatto & Windus (1969). Reprint: Penguin Books (1987).. En retour, l'autorité temporelle sur les 13 myriarchies [Trikor Chuksum] du Tibet Central lui fut donnée et il fut nommé vice-roi du Tibet central, les provinces tibétaines de Kham et d'Amdo étant sous le contrôle des Mongols.

Sakya Pandita passa 4 ans auprès du prince Godan. En 1251, juste avant sa mort, il écrivit une dernière lettre au Tibet faisant de son neveu Chogyal Phagpa son héritier : « Le Prince m'a dit que si les Tibétains, en matière de religion, aidaient les Mongols, ils recevraient en retour un soutien en matière temporelle. De cette façon, nous pourrons répandre notre religion au loin. Le Prince ne fait que commencer à comprendre notre religion. Si je reste plus longtemps, je suis sûr que je pourrai répandre la religion de Bouddha au-delà du Tibet et ainsi, aider mon pays. Le Prince me dit qu'il ne dépend que de lui de faire du bien au Tibet, et que de moi de lui faire du bien à lui. Je deviens vieux, et je ne vivrais plus très longtemps. Que cela ne vous fasse pas peur, car j'ai transmis tout ce que je sais à mon neveu, Phagpa. » Il transmit avant sa mort son autorité religieuse à Phagpa en lui donnant sa conque et son bol de mendiant.

Sakya Pandita mourut en 1251, à l'âge de 70 ans, au temple de la Pagode blanche () de Liangzhou (Gyu-ma) où ses restes furent conservés. Le prince Godan mourut peu après la même année.

En 1251, le karmapa, Karma Pakshi est invité par Kubilai Khan à son palais de 'Ur tu où il arriva en 1254 John Powers, David Templeman, Historical Dictionary of Tibet, Scarecrow Press, 2012, , p. 353. Il y séjourna trois ans, pour ne pas causer de conflits avec l'école Sakyapas, très influente auprès de Kubilai à cette époqueDzogchen Ponlop Rinpoché et Michele Martin, Une Musique venue du ciel : Vie et œuvre du Karmapa, Claire Lumière, (2005) — Série Tsadra — , p. 360-362. Il reconnait le frère de Kubilai Khan Möngke, Khan de l'Empire mongol (r. 1251-1259), comme un de ses anciens disciples. Après la mort de Möngke, Kubilai Khan lui succède et deviendra par la suite empereur de Chine, installé à Khanbalik (actuelle Pékin). Kubilai Khan avait conservé rancune envers le karmapa car ce dernier avait refusé de rester à la cour les années précédentes et qu’il avait l'impression qu'il était plus proche de son frère Möngke. Kubilai ordonna l’arrestation du karmapa, qui s'échappa par des prodiges miraculeux.

Après la mort de Sakya Pandita, son neveu Phagpa resta au camp de Zhibi Timur, fils de Godan. Il avait appris à parler le mongol et cinq ans plus tard il passa au service de Kubilai Khan qui lui demanda notamment de concevoir une nouvelle Écriture pour unifier l'écriture multilingue de l’Empire mongol. En réponse, Chögyal Phagpa modifia l'écriture tibétaine traditionnelle et créa une nouvelle série de caractères appelée l'Écriture Phagspa, qui fut achevée en 1268.

Ainsi commença une alliance forte et Sakya Dansa, siège du monastère de Sakya, devint la capitale du Tibet. Cette situation dura jusqu'au milieu du . Pendant le règne du Sakya Trizin Sonam Gylatsen, la province tibétaine Centrale de U fut prise par le myriarche Changchub Gyaltsen, marquant le « commencement de la fin de la période de pouvoir des Sakyapa au Tibet Central »Penny-Dimri, Sandra. "The Lineage of His Holiness Sakya Trizin Ngawang-Kunga." The Tibet Journal, Vol. XX No. 4, Winter 1995, p. 71.Tsepon W.D. Shakabpa, Tibet: A Political History (1967), Yale University Press, New Haven and London, cf p. 86. et pp. 62-63.

Rencontre entre Altan Khan et Sonam Gyatso, le dalaï-lama Le dalaï-lama, Sonam Gyatso expliqua à la délégation d'Altan Khan qu'il souhaitait rencontrer ce dernier près de la frontière mongolo-tibétaine. Altan Khan en discuta avec les dignitaires Baruun Tumen. Il fut décidé que la rencontre aurait lieu à Tsavchaal dans le Kokonor où, à la demande d'Altan Khan, fut construit le monastère de Thegchen Chonkhor où le dalaï-lama se rendit le 15 mai 1578 L. Chuluunbaatar, Political, economic and religious relations between Mongolia and Tibet, in Tibet and Her Neighbours : A History. McKay Alex (éd.), 2003, Londres, Edition Hansjörg Mayer, p. 149-155.

Yonten Gyatso, dalaï-lama et petit-fils d'Altan Khan Yonten Gyatso, le dalaï-lama est né en 1589 en Mongolie. Son père, Tsultrim Choeje, était un chef tribal des Mongols Chokar et le petit-fils d'Altan Khan, chef de l'Aile droite des Mongols contrôlant toute la Mongolie, et sa mère, de Tsultrim Choeje, se dénommait Phakhen NulaThe Dalai Lamas (Site officiel du Dalai Lama) sur dalailama.com.

Guerres entre le Khanat qoshot et Khanat dzoungar pour le contrôle du Tibet

Entre 1630 et 1636, le desi du Tsang, Karma Tenkyong Wangpo, s'empare de Lhassa : ..

Le dalai-lama, Lobsang Gyatso, appelle la tribu Qoshot de Güshi Khan, lui-même dévot de l'école gelugpa, et qui s'était installé, en 1640, au bord du lac Qinghai (Kokonor en mongol) et avait également conquis le Tsaïdam, tous deux dans l'actuelle province du Qinghai.

Il est défait au fort de Shimbatsé (centre urbain de l'actuelle Ville-préfecture de Shigatsé). Vers 1642, Tardongpa, dirigeant les troupes mongoles qoshots de Gushi Khan, partisan du palais de Ganden Phodrang (siège du dalaï-lama), envahissent la plaine, le roi Karma Tenkyong Wangpo et les forces royales se réfugient dans la forteresse. Lobsang Gyatso, dalaï-lama, déclare alors ne plus vouloir être sous le pouvoir du roi de Tsang, mais uniquement les Qoshots. Les troupes mongoles sortent victorieuses du siège à la fin de l'année 1642.

Güshi Khan place Lobsang Gyatso au pouvoir religieux. Celui-ci en retour se place sous la protection de la tribu des Qoshots qui deviennent alors maître de l'ensemble du Tibet , : Ruth, « Geschichte des Buddhismus in der Mongolei », II, 248 et 265 (d’après le Jigs-med-nam-mka). Tong houa lou dans Courant, Asie Centrale, 23-25. Schulemann, Gesch. d. Dalai-lamas, 133. Rockhill, The dalai-lamas of Lhasa, T’oung pao, 1910, 7..

Période du Ganden Phodrang

Relations sous Thubten Gyatso, le dalaï-lama Le séjour du Thubten Gyatso dalaï-lama, fuyant l'invasion britannique, de 1904 à 1906 en Mongolie, contribua à développer les relations avec le peuple mongol et son chef spirituel, le Bogdo KhanClaude Arpi, Tibet, le pays sacrifié, préfacé par le Dalaï Lama, Calmann-Lévy, 2000, , pp. 113-116.. Lors du traité d'amitié et d'alliance entre le Gouvernement de Mongolie et le Tibet en 1913, les deux entités se félicitent de leurs émancipations vis-à-vis de la ChinePhilippe Paquet, L'ABC-daire du Tibet, 2010, 248 p. Mongolie.

La République populaire mongole, un État communiste fondé après la mort du Bogdo Khan en 1924, mis en place une ambassade à Lhassa entre 1926 et 1928 Sampildondov Chuluun, Uradyn E. Bulag, The Thirteenth Dalai Lama on the Run (1904-1906): Archival Documents from Mongolia, BRILL, 2013, , p. 4.

En décembre 1932, un an avant sa mort, le dalaï-lama laisse un testament politique, où il insiste sur la nécessité de ménager l'Inde et la Chine, d'entretenir une armée garante du territoire, de refouler le communisme pour éviter au Tibet le sort de la MongolieLaurent Deshayes, Histoire du Tibet, Fayard, 1997, pp. 294-296..

Relations sous Tenzin Gyatso, le dalaï-lama