Cono Hnaéjé Hamu, est un homme politique indépendantiste kanak, né le dans la tribu de Traput et le district de Lössi à Lifou (Nouvelle-Calédonie), président de la commission permanente du Congrès de la Nouvelle-Calédonie de 2002 à 2004 et maire de Lifou de 1989 à 1993.

Militant indépendantiste

Cono Hamu est instituteur dans son île natale, Lifou. En parallèle, il est membre de l'Union calédonienne (UC), ancien parti autonomiste créé en 1953 et qui est devenu indépendantiste à partir de 1977, et donc du Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS) fondé en 1984 par Jean-Marie Tjibaou afin de fédérer la plupart des mouvements séparatistes et nationalistes kanak, choisissant à l'époque, et jusqu'en 1988, une stratégie de revendication par la lutte. Cono Hamu est alors, durant cette période de trouble dite des « Évènements » des années 1980, un militant actif des « Comités de lutte » de Lifou. Il se fait connaître notamment pour avoir, avec son groupe, séquestré du 22 au le chef de la subdivision administrative (équivalent de sous-préfet) des Îles Loyauté Jean-Claude Demar« AU FIL DE L'HISTOIRE DU FLNKS ... », blog indépendantiste Naku Press.

Maire de Lifou

Élection

Cono Hamu mène la liste de l'UC lors des élections municipales de , la plus grande et la plus peuplée des trois communes insulaires des Loyauté, face à la liste du Rassemblement pour la Calédonie dans la République (RPCR, principal parti de la droite anti-indépendantiste de l'époque) dirigée par l'ancien maire Robert Paouta Naxué. Il remporte la victoire au second tour le .

Une figure de la politique provinciale

Après la mort de Jean-Marie Tjibaou et Yeiwéné Yeiwéné, respectivement numéros un et deux de l'UC et du FLNKS, assassinés à Ouvéa le , Cono Hamu est indiqué par certains médias, à l'instar du magazine national L'Express, comme le remplaçant le plus vraisemblable pour prendre la tête de la liste du Front indépendantiste dans les îles Loyauté lors des premières élections provinciales organisées le Fl. LECLERCQ, « La deuxième mort de Tjibaou », L'Express, 12/05/1989. C'est finalement Richard Kaloï qui est choisi pour prendre cette première place, et Cono Hamu prend la deuxième position sur la liste Arrêté n° 1208 du 24 mai 1989 fixant les listes de candidats aux élections des membres des assemblées de province et du Congrès dont la déclaration collective de candidatures a été définitivement enregistrée, JONC n°6632, 27/05/1989, p. 1176. Celle-ci arrive largement en tête avec voix, 45,97 % des suffrages exprimés et 4 sièges sur 7, contre votes, 33,99 % et 2 élus à la liste RPCR là-aussi emmenée par Robert Paouta Naxué ainsi que bulletins, 16,94 % et 1 conseiller pour le « Front anti-colonialiste », émanation du petit parti indépendantiste modéré Libération kanak socialiste (LKS) du grand-chef maréen Nidoïsh Naisseline Résultats des élections aux assemblées de province et au Congrès du 11 juin 1989, JONC n°6638, 27/06/1989, p. 1426. Richard Kaloï devient le président de l'Assemblée provinciale, Cono Hamu .

Conflit avec les coutumiers

Il défend un développement économique basé par le désenclavement et la construction d'infrastructures, ce qui entraîne des relations difficiles avec les autorités traditionnelles kanak sur un territoire communal en quasi-totalité constitué de terres coutumières. Son administration est surtout touchée par un conflit né du projet du port de Wé, ce qui finit par lui coûter la mairie.

Ainsi, au début de l'année 1991, la mairie prend à bail un terrain à Wé afin d'y aménager des infrastructures portuaires. Or, un conflit foncier s'ensuit entre deux clans, les Ujicas et les Katrawa. Cono Hamu prend parti pour les premiers, alors que l'autre camp est vite soutenu par le grand-chef du district de Lössi, Henri Boula. Le maire est hospitalisé en 1991 après avoir été agressé lors d'une réunion coutumière pour essayer de trouver un compromis, et des violences ont lieu des deux côtés. Le conflit culmine en 1992 lorsque les cases du clan Ujicas sont incendiées, tandis que Cono Hamu est banni en , avec sa femme et ses enfants, de sa tribu par les autorités du district de Lössi. La grande-chefferie voisine de Gaitcha, et son grand-chef Pierre Zéoula, lui refuse l'entrée sur son territoire coutumier en , lui interdisant l'accès à la mairie qui est occupée par un Comité de coordination de chefs qui prend en main les services de base et demande la destitution du maire. Le troisième grand-chef de l'île, celui du district septentrional du Wetr, Paul Sihaze, proclame pour sa part sa neutralité et autorise la réunion de conseils municipaux dans ses terres. Les partis politiques, et la majorité municipale, se divisent, et Richard Kaloï finit par appeler en à mettre fin aux divisions locales. À la suite de cela, et à la démission de plusieurs conseillers municipaux, Cono Hamu démissionne en pour remettre son mandat en jeu : des élections municipales anticipées, dont le premier tour se tient le . S'il n'obtient pas le soutien de l'UC, sa liste, baptisée « Front pour le développement de Lifou » (FDL), arrive en tête au premier tour avec 23 % des suffrages exprimés, mais est défait au second tour par une coalition « pro-coutume » menée par le LKS Macate Wenehoua (lui-même un coutumier), comprenant également le RPCR, qui gagne 39 % des voix et 20 des 29 sièges. Cono Hamu se retire alors, en invoquant la nécessité de « retrouver un climat de sérénité à Lifou » Fr. SODTER, « New Caledonia », Melanesia in Review: Issues and Events-1992, THE CONTEMPORARY PACIFIC, automne 1993 « New Caledonia », Melanesia in Review: Issues and Events-1993, THE CONTEMPORARY PACIFIC, automne 1994G. DIJOU (un des acteurs des « Évènements de Lifou » qui lui a valu d'être condamné), « LES EVENEMENTS DE LIFOU EN 1990 - 1991 », site www.libertes-internets.net consulté le 6 décembre 2012. Dr W. S. McCallum, « New Caledonia » in French South Pacific Policy 1981-1996, 1996, mis en ligne sur www.venetic.com, consulté le 6 décembre 2012Ph. GODARD, Le Mémorial calédonien. Tome X : 1988-1998, p. 64.

Le conflit coutumier continue à avoir des répercussions, notamment judiciaires, par la suite, mais elles ont surtout pour conséquence pour Cono Hamu d'amorcer un tournant dans sa carrière politique.

Une image d'indépendantiste modéré

Dissidence de l'UC

Car Cono Hamu et ses partisans se retournent par la suite contre la Province des îles Loyauté et son président Richard Kaloï, le domicile de ce dernier à Nouméa étant notamment attaqué. Prévoyant d'étendre son positionnement politique aux autres îles, Cono Hamu finit par être exclu de l'UC en . Il crée alors, le , son propre parti, qui reprend le nom de sa liste des municipales partielles, le Front pour le développement des îles Loyauté (FDIL). Il modère notamment son discours indépendantiste, mettant l'accent sur une émancipation économique préalable, il ne cache pas ses critiques envers les structures coutumières traditionnellesR. BERTRAM, P. DE DECKKER, Gouverner la Nouvelle-Calédonie: l'accord de Nouméa à l'épreuve de son premier gouvernement, éd. L'Harmattan, coll. « Mondes océaniques », 2009, p. 163.

Il monte ainsi une liste sous cette étiquette aux Îles Loyauté lors des deuxièmes élections provinciales, le . Il obtient le quatrième et avant-dernier score, avec voix (15,92 %) et un seul siège sur sept pour Cono Hamu, mais il détourne ainsi une part importante de l'électorat du FLNKS de Richard Kaloï (qui retombe à 38,4 % des suffrages exprimés) - lui faisant perdre ainsi sa majorité absolue à l'assemblée provinciale (où le Front indépendantiste ne dispose plus que de 3 élus) -, mais aussi du RPCR (désormais mené par Simon Loueckhote, élu sénateur en 1992, 20,5 %, toujours deux conseillers), tandis que le LKS de Nidoïsh Naisseline se maintient voire progresse légèrement (à 20,2 % et toujours 1 seul élu). Cono Hamu participe alors à la création d'une véritable « coalition anti-FLNKS » avec Simon Loueckhote et Nidoïsh Naisseline, qui porte le ce dernier à la présidence de l'assemblée provinciale à la place de Richard Kaloï, Cono Hamu obtenant pour sa part à nouveau la vice-présidence et le sénateur anti-indépendantiste la (ce dernier, s'opposant rapidement à plusieurs choix économiques ou financiers du nouveau président, se retire de cette alliance et perd donc sa vice-présidence en 1996)Ph. GODARD, Le Mémorial..., op. cit., p. 205.

Des CCI à la FCCI

Il se montre un partisan de négociations avec les anti-indépendantistes, notamment pour éviter le référendum d'autodétermination prévu en 1998 selon les accords de Matignon-Oudinot de 1988 qui ont mis fin aux violences des « Évènements ». Ce référendum fait craindre tant au RPCR qu'aux indépendantistes un retour des violences, par frustration quant au résultat, les esprits étant encore fortement marqués par les années 1980. Il fonde alors, le , avec Nidoïsh Naisseline et certaines personnalités du FLNKS (le président de l'Assemblée de la Province Nord, et figure de l'UC dont il était considéré comme le numéro trois après Jean-Marie Tjibaou et Yeiwéné Yeiwéné à la fin des années 1980, Léopold Jorédié, l'ancien président de l'UC François Burck ou le numéro deux du Parti de libération kanak, dit Palika, et ancien maire de Yaté Raphaël Mapou) des « Comités de coordination indépendantistes » (CCI) pour préparer les discussions sans plus tarder. Cette démarche est critiquée par les dirigeants du FLNKS et des partis le composant qui, s'ils sont d'accord avec l'objectif de trouver un nouvel accord institutionnel, ont posé un « préalable minier » à toute reprise des négociations avec les anti-indépendantistes et l'État : des grèves ou mouvements sociaux sont notamment soutenues dans les années 1990 pour obtenir le massif minier du Koniambo pour la Société minière du Sud Pacifique (SMSP), détenue depuis 1990 par la Province Nord, ce afin d'alimenter le projet de construction d'une usine métallurgique dans le Nord et de soutenir ainsi le rééquilibrage économique de l'archipel. La revendication du FLNKS finit par obtenir gain de cause au début de l'année 1998, et l'accord de Nouméa est signé le .

Quoi qu'il en soit, les membres des CCI issus du FLNKS sont exclus (surtout pour ceux provenant de l'UC, le Palika pour sa part rejetant dans ses statuts toute mesure disciplinaire de ce genre) ou démissionnent de leurs partis pour créer en , en dehors du Front indépendantiste et avec une ligne plus modérée, la Fédération des comités de coordination indépendantistes (FCCI). Cono Hamu décide de fusionner alors son FDIL dans ce nouveau mouvement, dont les élus (y compris Hamu) coopèrent activement désormais avec le RPCR dans les institutions.

Cono Hamu mène ainsi la liste maintenant appelée FCCI aux Îles Loyauté pour les premières élections provinciales nées du nouveau statut issu de l'accord de Nouméa, le Listes candidates aux élections provinciales de 1999, site officiel du Congrès. Il améliore son score de 1995, en atteignant les voix, les 16,02 % et 2 sièges sur 14 (dont 1 des 7 qui siègent également au Congrès), tandis que l'UC, conduite par le maire de Lifou (depuis 1995) Robert Xowie et qui a souffert de la présence d'une liste distincte du Palika menée par Charles Washetine de Maré (10,73 % et 2 élus), voit son électorat davantage s'essouffler ( votes, 30,38 % et 6 élus). Le RPCR de Simon Loueckhote (19,05 % et 2 sièges) et le LKS de Nidoïsh Naisseline (16,44 % et 2 conseillers également) se maintiennent pour leur part à la deuxième et troisième place, respectivement Publication des résultats de l'élection des membres du Congrès et des Assemblées de Province du 9 mai 1999, JONC n°7 377, p. 2022-2023.

Coopération avec le RPCR